CHAPITRE 1
Incursion du passé
Le réveil se mit à sonner mais j'étais déjà réveillée depuis un bon moment. Jusque là ma vie avait été une succession de hauts et de bas, mais dans l'ensemble je ne m'en sortais pas si mal, enfin, jusqu'à hier soir.
Pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi comme ça ? Tant d'années ont passé… Je n'avais malheureusement aucune réponse à mes questions, du moins pour l'instant, mais en voulais-je vraiment ?
C'est à ce moment là qu'Alice me sortit, un peu brutalement je dois bien l'avouer, de mes réflexions en frappant sur la porte de ma chambre :
- Isabella Marie Swan, si tu n'es pas sortie de cette foutue chambre d'ici dix minutes, je demande à Emmett de descendre défoncer ta porte !
Ni une, ni deux j'étais debout en route pour une bonne douche bien chaude. Il ne manquerait plus que mon voisin du dessus fasse tomber la dernière barrière entre Edward et moi.
Une fois prête, je me précipitais vers la sortie mais c'était sans compter sur la vivacité d'Alice, qui me barra la route d'un bras sorti de nulle part.
- Où vas-tu toute seule en courant comme ça ?
- Ben, au boulot, comme tous les jours. Pour une fois que je ne suis pas en retard…
- Je ne sais pas ce qu'il t'arrive depuis hier soir mais je ne t'ai jamais vu partir aussi rapidement de la maison. On dirait que tu fuis je ne sais quoi. Tu veux qu'on en parle ?
- Alice, tu es ma meilleure amie, et je t'adore, vraiment, mais là j'ai besoin de sortir et je ne veux vraiment pas arriver en retard aujourd'hui. Alors aurais-tu l'amabilité de…
Dieu merci, elle leva son barrage improvisé.
- OK, vas-y, on en reparlera ce soir. Et tu as intérêt à tout me dire.
- D'accord, à ce soir.
Sur ce, je l'embrassais sur la joue et m'apprêtais à filer quand j'entendis la voix que je ne voulais absolument pas entendre ce matin.
- Salut Bella.
Je stoppais net. Bella. Il ne m'avait jamais appelé Bella quand nous étions à Forks, ni lors de nos furtives rencontres au fil des années. Les seules exceptions avaient été le mariage de Rosalie et Emmett et l'enterrement de son père. Mais depuis son arrivée dans la grosse pomme, voilà qu'il m'appelait Bella. J'en avais l'estomac complètement noué.
- Salut Edward… euh excuse moi mais il faut vraiment que j'y aille…
- Ça te dérange si on fait le chemin ensemble ? Après tout, nous allons au même endroit.
Et voilà exactement ce que je voulais éviter. Et maintenant, je fais quoi, hein ? Je dis non ? Si je fais ça Alice ne me lâchera plus, et l'ambiance risque d'être tendue, même au boulot. Je dois bien l'avouer, je suis prise au piège… à moins que je ne trouve une parade.
- Si tu veux. Par contre j'y vais en métro.
Voilà qui devrait m'en débarrasser.
- Aucun problème, je prends ma carte et j'arrive.
Il prend sa carte et il arrive ! Mais quelle poisse ! Moi qui pensais qu'il prendrait un taxi, comme à son habitude, me voilà servie. La journée commence mal, vraiment mal.
- Je te suis.
- OK. Allons-y.
C'est la gorge serrée et la boule au ventre que je quittais le loft en compagnie d'Edward. Trois blocks nous séparaient d'Union Square, trois blocks à marcher seule avec lui, trois blocks que j'allais essayer de passer en silence. Mais apparemment il en avait décidé autrement.
- Je voulais t'en parler hier soir, mais tu es partie précipitamment dans ta chambre après le diner.
- Je ne me sentais pas très bien.
Tu parles que je ne me sentais pas bien. Je le croyais toujours chez Esme à Seattle, surtout que personne ne m'avait prévenue de son arrivée. Bon, ok, le loft appartient à la famille Cullen et je ne suis que la colocataire d'Alice. Mais le voir débarquer et apprendre au cours du dîner que le cabinet d'architecture pour lequel justement je travaillais depuis trois ans maintenant venait de l'embaucher, au même poste que moi et qu'il allait s'installer ici avec Alice et moi, ça faisait trop pour ma pauvre personne.
- Tu n'es pas malade au moins ?
Depuis quand se souciait-il de ma santé ?
- Juste un coup de fatigue.
Je n'ai jamais été une bonne menteuse, mais apparemment il ne le sait pas encore.
- Alice m'avait dit que tu étais architecte toi aussi, mais je ne savais pas que tu travaillais chez KPF. Quelle amusante coïncidence.
Amusante, pour lui peut-être, mais moi ça ne me faisait pas vraiment rire.
- Où as-tu étudié ?
Et voilà, l'interrogatoire à la Cullen commence, ils ne sont pas frère et sœur pour rien ces deux là !
- J'ai étudié à Yale, grâce à une bourse. Et toi ?
C'est quoi ça, maintenant je fais la conversation à Edward Cullen. Non mais je perds vraiment la tête.
- Harvard.
Tu m'étonnes, avec l'argent de sa famille, il ne pouvait qu'aller à Harvard.
Sur ce, le reste du trajet se fit en silence jusqu'aux portes de l'immeuble. Par chance la rame de métro était assez bondée, ce qui m'a évité un nouvel interrogatoire.
Nos chemins se sont momentanément séparés, lui à l'accueil pour obtenir son badge, moi déjà dans l'ascenseur, direction l'espace familier de mon bureau.
Et comme tous les matins, Angela se dirigea vers mon box, mais plus rapidement que d'habitude :
- Salut Bella. Alors, ce week-end ?
- Salut Angela. Mon week-end… comment dire, il avait très bien commencé, mais il s'est plutôt mal terminé. Et toi ? Quoi de neuf ?
- J'ai une nouvelle croustillante pour toi.
- Ah, enfin quelque chose qui va me changer les idées. Alors, qui sort avec qui ?
Angela est chargée de l'accueil, ce qui résume à dire qu'elle est la reine des potins en tout genre.
- Désolée ma belle, mais ce n'est pas aussi croustillant, enfin pour l'instant. Il y a un nouveau jeune architecte qui débarque tout droit de Seattle.
Et moi qui pensais me changer les idées avec le dernier potin, c'est raté.
- Je suis triste de te dire que je suis déjà au courant. Et il s'appelle Edward Cullen.
Le visage d'Angela s'éclaira.
- Cullen, comme Alice Cullen ? Ta colocataire ?
- C'est son frère.
- Ben ça alors, quelle coïncidence.
Il manque le « horrible » dans cette phrase.
- Comme tu dis. Et en plus il s'est installé au loft.
- Ça devient croustillant tout ça. Mais ça n'a pas l'air de beaucoup t'enchanter.
- Disons qu'au lycée c'était un connard de première. Le type arrogant, trop sûr de lui, il m'en a fait voir des vertes et des pas mûres.
Et je suis loin de la vérité. Cet être méprisable m'a littéralement pourri mes années de lycée à Forks.
Après le décès de maman, Phil ne se sentait pas capable de s'occuper de moi, alors je suis partie vivre chez mon père, à Forks. Là-bas, j'ai tout de suite sympathisé avec Alice. Mais Lauren, la starlette du lycée, et sa groupie Jessica ont cru que je faisais ça pour me rapprocher d'Edward. Parce qu'à l'époque du lycée, Edward était de loin le mec le plus craquant, et Lauren le voulait, coûte que coûte.
Alors elle a tout fait pour me pourrir la vie, humiliation sur humiliation. Du coup personne ne voulait être ami avec moi, encore moins sortir avec moi. Sans Alice et sa famille, je ne sais pas ce que je serais devenue. Mais ce n'est en aucun cas grâce à Edward, car il n'a jamais levé le petit doigt pour moi. J'ai même l'amère impression que ça l'amusait.
Et aujourd'hui il débarque dans mon monde, où tout allait pour le mieux…
Angela me tira de mes souvenirs.
- Nom d'un chien ! Mais c'est qu'il est super canon en plus le nouveau.
Que voulez-vous répondre à ça, franchement. Oui, il était toujours aussi canon. Il avait des yeux verts absolument magnifiques, un corps grand et musclé, des fesses… Oh la, tu t'égares ma vieille, c'est d'Edward Cullen dont tu parles là.
- Ouais, ça peut aller.
- Tu te fous de moi Bella ! Tu l'as vraiment regardé comme moi je le regarde ?
- Je le connais depuis tellement longtemps que je ne pense plus pouvoir le regarder comme tu le regardes Ang !
Sur ces bonnes paroles, toute l'équipe a été conviée à une petite réunion, dont le sujet numéro un était Edward Cullen et son entrée dans l'entreprise. Le boss avait l'air super content de sa « nouvelle acquisition », ce qui était loin d'être mon cas.
Et le pire, c'est qu'Edward a réussi à placer que lui et moi étions des amis d'enfance… comme si on avait été amis lui et moi. Tous mes collègues se sont bien sûr retournés vers moi, je n'avais pas ressenti ça depuis le lycée, j'en étais malade et sûrement rouge de honte.
Le reste de la journée se passa plutôt bien, vu que je n'ai plus entendu parler d'Edward. Le boss a eu la bonne idée de l'inviter à déjeuner, ce qui m'a permis de souffler un peu et de me changer les idées avec Angela.
Notre sujet de conversation ces derniers temps était ma future fête d'anniversaire et surtout la liste des invités. Angela craquait pour Ben, un livreur, et elle voulait vraiment qu'il soit des nôtres pour avoir l'occasion de le voir en dehors du bureau. Elle n'avait pas encore fait le premier pas, et comptait sur moi pour que je l'invite.
Ma journée enfin terminée, je commençais à prendre mon sac de sport pour descendre me défouler au Fitness Club mis à notre disposition quelques étages plus bas quand Edward mit sa main sur mon épaule et me demanda :
- Prête à rentrer ?
Je crois bien que c'est la toute première fois qu'il me touche. Ça ne lui ressemble absolument pas. Ce qui a eu pour effet de me faire devenir écrevisse. La tête dans mon sac je lui répondis :
- J'avais prévu de faire un détour par la salle de sport avant de rentrer, alors tu n'as qu'à rentrer sans moi.
- Ce n'est pas trop risqué de rentrer seule le soir ?
Depuis quand se souciait-il de ma sécurité ? Mais que lui était-il arrivé ? Jamais il ne m'avait dit autant de mots à la suite. J'avais l'impression d'avoir un parfait étranger en face de moi.
- Je suis ici depuis trois ans et il ne m'est jamais rien arrivé. Je croirais entendre mon père.
Une lueur de tristesse a traversé ses iris couleur émeraude, juste avant qu'il n'ajoute :
- Il suffit d'une fois. Puisque tu ne veux pas de ma compagnie pour le retour, je rentre de mon côté. A plus tard.
- C'est ça, à plus tard.
Sur ces mots un peu secs de ma part, je pris mon sac de sport et me dirigeais vers l'ascenseur, j'avais vraiment besoin de me défouler.
Deux heures plus tard j'étais de retour chez moi. Avant d'ouvrir la porte, je pris une profonde inspiration, car je savais ce qui m'attendait à l'intérieur. Edward dans la même maison que moi, mais surtout Alice avec un interrogatoire déjà préparé. La soirée promettait d'être longue.
