Merci beaucoup, beaucoup à Dioxygen et à Guest (reviewer anonyme) pour leur deux reviews qui m'ont fait énormément plaisirs, j'espère ne pas décevoir avec ce nouveau chapitre. Je vais essayer de tenir un rythme de un chapitre par semaine maximum, vu que c'est ce que je vais faire pour le forum. Je ne vous en dis pas plus, et voici le début de ses aventures.
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Sur l'île des hommes poissons : qu'est-ce qu'un sentiment, Part 1
La mer était calme, plate, placide. Pas une vague à l'horizon. Je tentais de rabattre ma capuche sur mon front afin de me protéger du soleil mais comme à chaque fois, je me rappelais qu'elle avait toujours été trop courte, laissant apparentes mes cornes. L'océan est ce que je trouve le plus proche de moi. Il est infini comme mon éternelle jeunesse, insensible lorsqu'il s'agit de voler une vie, calme et monotone ne ressentant qu'un seul sentiment, la colère, qui déchaine ses vagues et fait sombrer tout ce qu'il y a autour de lui.
C'était la seule chose à laquelle je pensais, seul, à bord de ma barque en train de ramer. Mes supérieurs et moi-même avions convenus que j'irais seul sur l'île afin d'être plus discret. Un adolescent seul – qui ne porte pas l'uniforme des Marines qui plus est – attirera beaucoup moins l'attention qu'un bâtiment complet avec escorte jusqu'au port. J'avais pour ordre de m'arrêter d'abord à Goa pour faire un premier état des lieux ainsi qu'une évaluation de la puissance des hommes poissons. J'avais hoché la tête pour donner mon assentiment. Peu m'importait où j'allais du moment que je rencontrais ces étranges hominidés pour leur poser des questions sur leurs origines et s'ils avaient entendu parler d'une espèce comme la mienne. Et bien sûr je devais avant tout accomplir la mission que m'avait donné le colonel Fury : libérer l'archipel de cette menace. Il ne m'avait pas préciser si je devais les arrêter ou les tuer, seulement que j'avais carte blanche. Cela signifiait donc qu'il préférait que je les tue. Il me le précisait toujours quand il voulait des prisonniers.
Je m'arrêtai un instant de ramer. On m'avait donné une carte et une boussole pour aller directement à Goa, je ne devais plus être très loin. Surtout qu'on ne m'aurait pas donné une simple barque vide si l'île était très loin. La main en visière, j'observais l'immense étendue salée qui me faisait face puis tournait lentement et prudemment sur moi-même. Là. J'avais un peu dérivé de mon chemin mais je voyais bien une île à quelques kilomètres de ma position. Si je la voyais, cela sous entendait que tout éventuel homme poisson présent sur l'île me repérait aussi. De toute façon, je n'étais pas là pour être discret.
Je ramai pendant une bonne demi-heure avant d'arriver enfin sur une plage déserte. Sable fin, arbres tropicaux, rochers chauffés par le soleil, c'était un lieu propice à la détente et à la farniente. A condition bien entendu d'oublier les énormes sillages de boue, les débris de verres, le sang séché et les cadavres de bâtiments qui jonchaient la route juste derrière ladite plage où je venais d'arriver. Visiblement, les choses avaient dégénéré dans le coin. Tranquillement, sans m'émouvoir de ce passage, je mis ma barque sur la plage, la tirant dans un coin ombré et caché afin de pouvoir visiter la ville, tout du moins ce qu'il en restait.
L'air était remplie d'une odeur maritime : algues, embruns, écumes. Mais rien ne sentait la fumée ou quoique ce soit qui évoquait un incendie. En observant attentivement les tranchées à terre, je me rendis compte que je n'avais aucune idée de comment elles avaient été faites. De tailles monstrueuses, elles creusaient un demi-cercle d'au moins cinq cents mètres de rayon, la terre était retournée comme lors d'un séisme, elle était plus sombre par endroit signe qu'un liquide l'avait trempée – sang ou autre – et des échardes de bois la parsemaient. J'allais avoir à faire à une masse de frappe très très forte. Un peu plus loin après quelques maigres minutes de marche j'arrivais enfin devant quelques habitations.
Il était absolument certain que ce n'était pas le centre de Goa ici. Goa ne pouvait raisonnablement pas être composé de quatre maisons seulement. Si l'on pouvait encore appeler ça des maisons. Deux d'entre elles étaient littéralement renversées, les toits enfoncées dans le sol, les portes à hauteur de lucarne. C'était un spectacle assez imposant je devais le reconnaître. Mais pas assez pour que je m'arrête le contempler. Les deux autres maisons n'étaient que débris et je ne pouvais pas affirmer qu'elles aient été des habitations d'ailleurs, peut-être étaient-ce des commerces. Toujours est-il que les propriétaires des bâtiments étaient regroupés entre eux et pleuraient à chaudes larmes.
D'après leurs conversations entrecoupées de sanglot, une famille avait été tuée car incapable de payer la somme exigée par les hommes poissons. Mes soupçons se confirmaient : je les avais loupés de peu. Le groupe épleuré se tourna vers moi. Curieusement, ils virent d'abord la seule et unique chose qui représentait mon appartenance à la Marine et non pas mes cornes contrairement aux autres. Une petite fille, les yeux encore humides de larmes, vint même tapoter ma boucle de ceinture, l'emblème de la Marine. Il n'en fallut pas plus pour que ces quelques infortunés se regroupent autour de moi, murmurant, espérant, demandant une aide, des nouvelles d'un éventuel sauvetage de mes supérieurs. Je les ignorai et continuai de promener mon regard sur les dégâts matériels tout en fermant et ajustant mon sweat pour qu'il couvre ma ceinture. Je ne voulais pas me retrouver de nouveau confronter à ce genre de rencontres pathétiques.
Ces villageois avaient disposé les corps en ligne, les uns à côté des autres. Deux adultes, deux enfants. Voilà qui pourrait m'intéresser, j'allais enfin pouvoir voir concrètement les dégâts que les hommes poissons pouvaient infliger à des corps humains. Je n'étais pas déçu du voyage. Les enfants avaient été étranglés avec tant de force que des fragments d'os ressortaient de leur gorge, leurs yeux étaient gris et semblaient sur le point de sortir de leurs orbites. Les parents étaient dans un état encore plus sanglant. Ils semblaient avoir été mangés. Ils portaient des marques de crocs à des endroits où ils étaient censés avoir de la chair. Je n'avais pourtant pas entendu dire qu'ils mangeaient les humains. Ou alors était-ce une tentative pour impressionner encore plus leurs prisonniers ? Garder une main mise sur eux par la peur ? Peut-être. Toujours est-il que je devais garder en tête de ne pas laisser les mâchoires m'approcher ou même me faire frapper trop durement. J'avais beau ne pas être humain, je ne guérissais qu'à peine plus vite qu'un humain basique, cela était mon seul avantage avec Angry. J'allais devoir ruser pour les combats, il était hors de question que je finisse comme un vulgaire repas.
Les survivants me regardaient maintenant avec crainte et colère. Ils avaient finalement remarqué que je n'étais pas humain. A moins que cela ne soit dû à mon intérêt pour leurs morts qui était mal vu. Je trouverai sans doute plus d'informations en centre ville, c'est au cœur de Goa que je devais aller.
Paisiblement, je me détournais des cadavres et avançais droit devant moi. Même si ces bâtiments étaient en périphérie de la ville, cette dernière ne pouvait pas se trouver bien loin, l'île était bien trop petite pour ça. Je n'avais qu'à suivre les routes défoncées ou les pleurs au loin pour trouver mon chemin. Au bout de quelques mètres, mon raisonnement se vérifia et je trouvais des arbres déracinés et d'innombrables marques de violence gratuite envers le paysage de cette île. J'ajoutais un penchant pour les démonstrations de force à la liste des caractéristiques de mes adversaires tout en continuant d'observer silencieusement ce qui m'entourait. C'est ainsi que je vis la désolation qu'était Goa. Toutes les maisons avaient été comme déracinées et retournées de la même façon que celles vu tantôt. C'était d'autant plus impressionnant que le village entier était dans cet état, pas un seul bâtiment n'avait été épargné. Même les structures en métal ou en béton n'avaient pas résisté aux attaques des hommes poissons, preuve irréfutable de leur puissance physique monstrueuse. C'était la ville entière qui saignait et appelait à l'aide. Les habitants étaient repliés sur eux-même mais pleuraient à chaudes larmes, certains exprimaient leurs douleurs par des cris indistincts tandis que d'autres restaient plantés bêtement devant leurs morts, l'air hagard et perdu. Les blessures, mortelles ou non, semblaient être les mêmes qu'observées précédemment. Je n'avais donc plus rien à faire ici.
Avec indifférence, je rebroussai chemin et m'apprêtai à refaire la courte distance qui me séparait de ma barque. Maintenant que je savais plus ou moins à qui j'avais à faire, je pouvais partir vers l'île de Kokoyashi sans aucun problème. Je n'avais pas fait quelques pas qu'on me saisit par la manche. C'était une gamine. Les yeux rougis par les larmes, le nez dégoulinant de morve, du sang coulant de son front, elle tenait dans son autre main une peluche décapitée. Elle ne me parla pas mais se contenta de pleurer en me serrant convulsivement la manche.
D'un geste sec, je tentai de me défaire d'elle, sans résultat. Je lui saisis donc la main et tirais avec plus de force qu'elle, la repoussant entièrement d'un même mouvement. Pas stable sur ses jambes, elle s'effondra, misérable, pendant que je m'éloignai sans un mot, sans un regard pour elle.
