Trois Kōchō se trouvaient sur le terrain d'entraînement numéro 7. Anciennement Jiraiya, Kakashi et Sasuke, ils discutaient activement d'une potentielle nouvelle technique spatio-temporelle. La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà mais cela ne semblait pas gêner les trois hommes qui avaient gardé leurs lunettes de soleil malgré l'obscurité autour d'eux.
« Je vous le répète, il va falloir s'y mettre à deux pour envoyer l'un de nous dans un autre univers. » répéta le Kōchō-Jiraiya avec patience. « Il semblerait que la technique nous ayant amené ici ait été créé par Minato Namikaze, le Yondaime Hokage. Jiraiya a passé plusieurs fois à plancher dessus, sans compter le temps que nous y avons passé tous les trois. Le plan ne souffre d'aucun défaut. »
Ses deux compères acquiescèrent, vraisemblablement convaincu par leur double qui en savait probablement plus qu'eux sur cette technique.
« Cependant… on ne peut se permettre de vous envoyer, vu que vous disposez du sharingan. Nous allons en avoir besoin pour trouver et appréhender les deux fugitifs. Ce qui ne laisse pas vraiment le choix. Je vais devoir y aller. »
Si son avis n'était pas partagé par ses compères, ils ne firent aucune remarque. Seule une question sortit de la bouche du Kōchō-Kakashi.
« Quand ? Et où surtout ? »
« Maintenant. Si tout se passe comme prévu, je serai de retour à l'instant même où je partirai. C'est là tout l'avantage de cette technique. Quant à où… Je pense avoir le plaisir de le découvrir une fois sur place. En avant ! »
Sans attendre, les Kōchō-Kakashi et Kōchō-Sasuke posèrent leurs mains au sol.
« Ninpō ! Le portail dimensionnel ! » s'écrièrent-ils dans une synchronisation quasi-parfaite.
Les secondes s'écoulèrent, tandis que les ninjas se concentraient ardemment pour réussir la technique. La fatigue se faisait ressentir tandis qu'ils posaient un genou à terre. Leur réserve chakra s'épuisait tel la neige fondait au soleil, et alors qu'ils étaient à bout et sur le point de s'évanouir, une bulle bleue d'environ deux mètres de diamètre apparut entre eux. Sans attendre et perdre cette opportunité, le Kōchō-Jiraiya s'avança vers la bulle et entra dedans. Epuisés et à court d'énergie, ses deux acolytes perdirent connaissance, tandis qu'il voyait le voyageur dimensionnel revenir, affublé d'une étrange robe noire.
A l'instant où le Kōchō pénétra dans la bulle, le monde autour de lui défaillit. Les formes, les couleurs, tout sembla se mélanger et tourbillonner autour de lui. Cette sensation ne lui était pourtant pas inconnue. C'était la même chose que quand il avait débarqué dans ce monde fait de chakra. La seule différence était qu'à l'époque, il avait été emporté contre sa volonté. Aujourd'hui, c'était en connaissance de cause qu'il se trouvait dans ce lieu, qui semblait être un sas entre les différents univers. Si tout se passait correctement, il allait enfin pouvoir rentrer chez lui.
Après un temps qui lui parut être excessivement long et extraordinairement court, faute de repère temporel au sein de cette dimension passerelle, les éléments autour de lui semblèrent se reformer dans un ensemble cohérent. L'instant d'après, il se trouvait dans une vaste pièce où la plupart des murs étaient cachés par d'immenses bibliothèques. Seul un pan de mur avant été épargné des livres pour y placer une armoire mal fermée qui laissait échapper une douce lueur argentée. Accrochés au plafond, de nombreux instruments tournaient sur eux-mêmes ou effectuaient des cliquetis de manière régulière. Face à lui, un vieil homme se trouvait derrière un large bureau en bois massif qui semblait avoir eu de nombreuses vies. Celui-ci sourit en le voyant et, d'un geste de la main, l'invita à s'asseoir.
« Bonsoir, jeune homme, je vous attendais. » prononça aimablement son interlocuteur.
Le Kōchō resta bouche bée sur ce constat. De nombreuses choses le gênaient vis-à-vis de ce vieillard. Premièrement, il lui avait dit l'attendre. Comment était-ce seulement possible ? Son accoutrement était également très étrange. Il portait en effet une longue robe verte émeraude, et c'était sans compter sa longue barbe blanche qui devait être plus grande que le Kōchō, même si celui-ci n'était pas bien grand. De plus, il ne paraissait guère étonné de voir surgir un inconnu d'une sphère bleutée au beau milieu de la nuit.
Cependant, c'était l'appellation qu'il avait utilisé qui le laissait perplexe. Certes, l'homme en face de lui semblait bien plus âgé que lui, mais lui-même avait la cinquantaine bien tassée et pouvait donc difficilement être qualifié de jeune homme. Son hôte sembla remarquer ce désarroi puisqu'il tourna la tête sur sa droite. Le Kōchō suivit le regard du vieil homme et constata qu'un miroir se trouvait désormais à côté de lui flottant à quelques centimètres du sol.
Un hoquet de stupeur se fit entendre lorsque le Kōchō vit son reflet. Ce n'était pas un quinquagénaire dégarni qui se regardait dans le miroir, mais un adolescent mince dans un costume trop grand pour lui. Ses cheveux recouvraient l'entièreté de son crâne et plus seulement les côtés. Il avait devant lui la version de ses dix-sept ans.
« Je me nomme Albus Dumbledore. » se présenta son hôte. « Je vous en prie, asseyez-vous. »
Comme pour joindre le geste à la parole, il fit surgir de nulle part un long bout de bois qu'il agita négligemment. Comme par magie, la chaise qui se trouvait devant le Kōchō pivota sur elle-même, comme pour l'inviter à s'asseoir dedans. Après une légère hésitation, l'adolescent s'exécuta.
« Vous devez avoir une multitude de question, je le conçois. Mais pour l'heure, je vous propose de vous expliquer pourquoi je vous attendais. »
Voyant que le nouveau venu ne disait rien, comme pour l'encourager à continuer, Albus poursuivit son explication.
« Vous vous trouvez actuellement à Poudlard, l'école de sorcellerie de Grande Bretagne, dont je suis le directeur. C'est ici que sont formés tous les jeunes sorciers de chaque génération pour en faire de respectables membres de la communauté sorcière. Cependant, il y a douze années de cela, une prophétie a été prononcée, nous concernant tous les deux. Je vous en épargnerai les détails aujourd'hui, étant donné la masse d'informations que vous allez avoir à gérer ce soir. »
Le directeur fit une légère pause, probablement pour laisser à l'adolescent le temps d'assimiler ce qu'il venait de dire, et ouvrit un tiroir de son bureau. Il en sortit plusieurs bonbons au citron et en tendit un au Kōchō qui le prit presque aussitôt. Le vieil homme réajusta ensuite ses lunettes en demi-lune et se racla la gorge.
« Je sais que vous n'êtes pas un adolescent. Pas mentalement en tout cas. La prophétie mentionne un homme qui aurait traversé le temps et l'espace pour renverser la menace noire. Il m'a fallu plusieurs années pour entrevoir les prémices de cette menace. Et alors que les heures les plus sombres approchent, vous voilà, devant moi. »
« Et qu'aurais-je à y gagner à vous aider ? Je ne sais rien de vous, et vous ne savez visiblement rien de moi, ni de mes motivations ou de ce qui m'a amené ici. C'est une erreur de calcul, tout simplement, et rien de plus. »
Non loin de se laisser intimider ou même déstabiliser, le professeur Dumbledore sourit, surprenant son invité.
« Je suis ravi de voir que vous prenez enfin part à cette conversation. Et vous avez entièrement raison. Je ne connais rien de vous. La seule chose que je sais vraiment, c'est que cette erreur de calcul, comme vous dites, n'est pas le fruit du hasard. J'ai appris à ne pas sous-estimer les prophéties. Votre venue était donc annoncée depuis des années et ni vous ni moi ni personne n'aurait pu l'empêcher. Le renversement de la menace noire qui plane sur le monde sorcier se fera avec vous, de gré ou de force. Aussi, je vous propose de coopérer. »
Le visage du Kōchō s'étira dans un rictus contrit, tandis qu'il retirait ses lunettes de soleil, laissant apparaître deux billes noires de jais. Lui, plus que quiconque savait qu'il ne fallait pas sous-estimer les prophéties. Jiraiya avait entendu celle du Gama-sennin, impliquant une personne capable de sauver le monde d'un funeste destin. Le vieil ermite pervers était d'ailleurs persuadé que la personne en en question n'était autre que Naruto. Et le fait que celui-ci ait échappé à la « Kōchification » l'inquiétait au plus haut point. Enfin, ce n'était pas le plus important ici.
« Vous n'imaginez pas à quel point je sais ô combien les prophéties peuvent être vraies, dangereusement vraies. A vrai dire, je comptais rentrer chez moi mais me voilà ici, avec vous, à réaliser une prophétie. Toutefois… »
Le plus jeune des deux se tourna vers le miroir, l'air embêté.
« Je n'explique pas ce rajeunissement. » finit-il. « Pas que je m'en plaigne, mais c'est assez surprenant, je dois l'admettre. Et pourtant, j'ai vu et accompli un certain nombre de faits que beaucoup qualifieraient d'impossible. »
« L'impossible est une notion que beaucoup d'hommes mésestiment. » acquiesça Dumbledore avec sagesse. « Si je puis me permettre, nous sommes le 4 août 1977. Si mon intuition est exacte, et je dois avouer que je ne me trompe que rarement, il semblerait que vous veniez du futur et que, chose étonnante, vous ne connaissiez rien du monde de la magie jusqu'à aujourd'hui. C'est incroyable, mais vu votre réaction, c'est la seule conclusion plausible qui me vienne à l'esprit. »
« Je viens effectivement de l'année 2012, même si c'est en réalité un peu plus compliqué que ça. » confirma le voyageur temporel.
« Je vois… » se contenta de répondre le sorcier. « Quoi qu'il en soit, il se fait tard et il serait malvenu de continuer cette conversation tout de suite. Mr Rusard vous attend à la sortie de mon bureau et vous montrera vos quartiers pour le mois à venir. Une bonne nuit porte toujours conseil et vous permettra de prendre du recul sur tout cela. »
Comprenant que c'était une manière polie de le congédier, le Kōchō salua son hôte d'un léger signe de la tête et se dirigea vers la sortie. Il descendit l'escalier en colimaçon tandis qu'une gargouille s'écartait pour le laisser passer, dévoilant un homme au dos voûté, tenant une chatte dans ses bras. Sans un mot ni un regard, l'homme commença à marcher, l'adolescent sur ses talons.
Le professeur avait eu le temps de se préparer pour cette rencontre. Avec les éléments à sa disposition et la prophétie, il avait ressassé encore et encore cette conversation pour trouver le meilleur moyen de convaincre son interlocuteur. Et s'il avait été surpris de voir un jeune homme habillé en moldu dans son bureau, il n'avait rien laissé paraître. Les réponses de l'adolescent en face de lui étaient à la fois pleines de vérités mais terriblement évasives. Un maître de la manipulation comme lui savait pertinemment ce que cela signifiait. Et dans un sens, cela l'effrayait.
Désormais seul dans son bureau, Albus Dumbledore soupira longuement. Le directeur avait prévu le cas de figure où la personne désignée par la prophétie serait en âge de faire ses études à Poudlard. Tout un faux dossier avait été minutieusement préparé, au cas où, mais quelque chose chez cet adolescent, qui n'en était pas vraiment un, l'inquiétait. La dernière personne à lui avoir fait ressentir cela n'était autre que Tom Jedusor. Mais après tout, ne fallait-il pas quelqu'un du même acabit pour se dresser face à lui ?
