Mission 1

Convictions

21 ème jour du mois du Bois 1837


La nuit était calme et douce, les rayons de la pleine lune venaient caresser les pierres où était assit Daud, les pieds pendu dans le vide à observer le quartier inondé tout en fumant sa cigarette. Cela ne faisait que quelques jours que Emily était montée sur le trône et il y avait déjà du changement, Anton Sokolov et Pierro Joplin avaient trouvé un remède contre la peste et commençaient à soigner les malades, l'honneur du Protecteur avait été lavé et il avait tout naturellement trouvé sa place auprès de l'Impératrice Emily Kaldwin première du nom.

Corvo Attano.

Daud fut impressionné par ce personnage, il avait tout perdu en une après midi mais il avait réussi à tout récupérer en quelques semaines et coups d'épées.

Thomas, son fidèle second était apparu devant lui telle une ombre surgissant de la nuit.

« -Maître. J'ai repéré une embarcation qui s'est accostée à la raffinerie. Le Protecteur Royal en est descendu et il se dirige par ici, il ne devrait plus tarder. Il ne porte rien d'autre que son masque et son épée.

-Laisse-le passer, reste en retrait au cas ou. Surtout, dis aux autres de ne pas intervenir. »

L'assistant esquissa une courbette avant de se volatiliser.

Quand on parle du loup on voit le bout de son museau, mais le loup était-il là pour le tuer ? L'assassin ne tarderait pas à le savoir. Après tout, sa dernière rencontre avec Corvo, il y a un mois, ne s'était pas vraiment déroulé comme l'avait pensé Daud.

Le garde du corps royal après son évasion du bagne avait commencé son travail de vengeance pendant que lui traquait une sorcière. Il les avait tous exécuté. Tous ! Ce vendu grand superviseur Campbell, les horribles jumeaux Pendelton, la belle Lady Boyle, le fourbe Lord Régent et même son ancien allié l'amiral Havelock qui l'avait trahi. Il avait tué les instigateurs de ce sournois complot et ceux qui l'avaient manipulés, mais lui, celui qui avait percé la poitrine de l'Impératrice avant de livrer son enfant en pâture aux hommes de Burrows, il ne l'avait pas tué. Pourquoi ? Si il y a bien une chose que Daud n'aime pas, c'est les mystères. Et celui là en était un gros.

Peut être trouverait-il la réponse auprès de son compatriote serkonien.

Le Protecteur s'était téléporté près de l'assassin. Il retira son masque avec sa main gauche, sa marque en évidence. Daud observa le regard de Corvo. Ses yeux marrons était calmes, presque sereins, nulle animosité, nulle colère à son égard. Après avoir tiré sa dernière bouffé, il jeta son mégot dans le vide.

« -Bonsoir Daud. »

C'était la première fois qu'il entendait sa voix, lorsqu'il était venu au repaire la dernière fois, il avait récupéré ses affaires dans l'usine baleinière avant de venir se battre contre lui, le tout sans se faire voir par les recrues du maître assassin, Corvo était resté muet derrière son masque, il n'avait rien dit. Seul Daud avait parlé.

L'homme en rouge fut un peu surpris, il ne s'attendait pas à cette voix grave et rocque, il eu un léger frisson.

« -Que puis-je pour toi, Protecteur. Es-tu venu terminer se que tu avais commencé avant que tu ne me laisse en vie ?

-Non. Il s'est assis à ses côtés. Je suis venu chercher les réponses à mes questions.

-Voyez vous ça. Railla l'assassin.

Corvo observa Daud qui avait porté son attention sur le mur d'en face. Comment formuler les questions qui le hantait ? Est-ce que l'assassin accepterait d'y répondre au moins ?

-Pourquoi avoir tuer l'impératrice si c'était « le pire de tout » ?

-Pourquoi m'avoir épargner l'autre fois ?

-On ne répond pas à une question par une autre ! S'irrita Corvo.

-Répond-moi et peut être je te répondrai.

-Je ne sais pas vraiment... Quelque chose en moi... Les mots que tu as prononcés m'ont...touchés.

L'assassin jeta un regard au Protecteur. Ce dernier regardait l'eau clapoter en contre-bas, le visage grave et triste. Daud tira une autre cigarette et l'alluma.

-Autre chose ?

-Euh, oui. J'ai vu avec Sokolov, il dit que s'est une bonne idée de nettoyer les rues, soigner les malades et de remettre les bâtiments en état, mais il veut aller plus loin en réhabilitant le quartier inondé et reconstruire la digue. J'ai réussi à le convaincre de ne pas en parler tout de suite au parlement parce que je voulais en discuter avec toi.

-Pourquoi ?! S'énerva le meurtrier. Je suis à la tête d'un gang d'assassins, un homme recherché pour de multiples meurtres, dont celui de ta chère Impératrice, tu ne devrais pas te soucier de mon avis !

-C'est vrai, je pourrai faire comme si de rien n'était, pourtant je n'y arrive pas. En plus, pour tout remettre en place, il nous faut des fonds et des hommes et nous en manquons un peu, sans compter que je ne suis pas Lord Régent, je conseille juste Emily dans ses décisions.

Le Protecteur Royal avait prit le temps d'étudier la question observa l'assassin.

-Qu'attends-tu de moi, Protecteur ? Demanda Daud qui s'était adouci.

-Tu m'as dis l'autre fois que tu ne voulais plus tuer, est-ce toujours le cas, tu veux vraiment quitter la ville ?

Daud toucha la bourse contenant les dix milles quatre vingt trois pièces qu'il avait récoltées pour disparaître, se qu'il n'avait pas fait en fin de compte, pourquoi ? Peut-être à cause du combat qui s'était déroulé entre eux, et particulièrement de sa fin.

-Oui.

-C'est dommage, je voulais que tu te joigne à moi...

Daud attendait la suite.

-Le don que tu as ainsi que le mien, et celui de tes hommes. Il peut servir à autre chose, autre chose que tuer. On peut changer ça. Enfin, réfléchis-y. J'accepterai ta réponse, quelle qu'elle soit. »

...

L'air froid lui transperçait la peau jusqu'à l'os. La dernière fois que Corvo avait été appelé dans le Grand Vide, il était enfermé dans un des bâtiments au quartier inondé, l'Outsider avait le sens du timing, comme toujours. Que voulait l'entité cette fois ? Il avança donc dans les décors déstructurés jusqu'à arriver sur une esplanade où le jeune homme aux yeux noirs l'accueillit.

« -Mon cher Corvo, si tu savais avec quelle satisfaction j'aime à t'observer. Je n'ai donné ma marque qu'à peu de gens à travers les siècles et il en reste aujourd'hui seulement six. Mais je dois avouer que tu es celui qui me donne le plus de jubilations. Penses-tu vraiment que Daud va accepter ton offre ? Une sorte d'amnistie, c'est ça ? Le seul problème, c'est que Daud suit ses propres règles. Il n'a pas pour habitude de rendre des comptes à quelqu'un d'autre que lui même. Mais je peux t'aider à faire en sorte que tu obtiennes se que tu veux. Cherches une femme nommée Éva Wheelright, c'est une sorcière, un peu comme l'était Mamie Chiffon. Trouve-la et elle t'aidera. Je compte sur toi, Corvo. »

...

Aillant reprit ses vieilles habitudes de Protecteur Royal, Corvo se leva tôt, il devait préparer la journée de la jeune Impératrice. Il ne pouvait s'empêcher de penser à se que l'Outsider lui avait dit la nuit dernière. Comment une sorcière pourrait l'aider à convaincre Daud ? Il n'en savait rien, mais si elle pouvait réellement l'aider, alors il la trouverait. Mais comment faire ? Qui dans cette ville connaît tout le monde ? Slackjaw sans doute. Daud lui aussi devait avoir beaucoup de relations. Mais Corvo se voyait mal demander à Daud des renseignements sur une femme qu'il connaissait de près. Alors le Protecteur porta son attention sur le chef de gang. Durant l'après-midi, il profita que Emily ai ses cours avec ses professeurs pour sortir, prétextant une visite de routine. Corvo se dirigea vers la sortie, une fois dans la cour du palais qui reprenait doucement des couleurs plus gaies, il se dirigea vers une des barques qui étaient à quai et traversa le fleuve pour aller au au quartier de la distillerie. Les gardes faisaient toujours leurs patrouilles, voulant à tout prix sécuriser les rues du gang de Bottle Street. Corvo opta donc pour la discrétion, il passa par les toits et les corniches. Mais en remontant une rues, il entendit une discussion entre deux superviseurs, expliquant qu'une expédition pour traquer une sorcière était en cours au quartier Wyrmwood entre la porte sud de Kaldwin Bridge et l'Académie de Philosophie naturelle. Il n'a pas fallu longtemps à Corvo pour comprendre que c'était peut être cette femme qu'il cherchait lui aussi. Le Protecteur devait donc se rapprocher le plus vite possible. Il ne connaissait pas assez bien le fleuve pour si aventurer seul. Il voulait donc prendre avec lui son ami fidèle, celui qui lui avait épargné une mort atroce et qui connaissait le fleuve bien mieux que lui.

...

Samuel Beechworth était en train de réparer une des vitres cassées du pub.

« -Bonjour Samuel, je vois que les travaux avancent un peu. Fit Corvo .

-Oui, mais si vous êtes là se n'est pas pour me donner un coup de main.

-Il faut que je me rende à Wyrmwood, vous pouvez m'y amener ?

-C'est pas n'importe quoi, que vous demandez là ! Enfin je veux bien vous rendre ce service.

-Je ne vous remercierai jamais assez pour tout se que vous avez fait pour moi Samuel.

-N'en parlons plus. Bon, on y va ! »

Durant le trajet, le vieux loup de mer expliqua à Corvo que ce quartier était l'endroit où logeaient de drôles de personnages et les scientifiques peu recommandables, mais qu'il était aussi le théâtre des raids des Superviseurs à cause du Passage de Wyrmwood, un lieu sordide où se retrouvaient les adeptes des arts occultes et philosophes en quêtes d'objets glauques. Corvo appréciait les petits récits de son ami, ainsi que le fait qu'il ne pose aucune question sur ses intentions. Samuel disait toujours que moins il en savait sur les missions de Corvo, mieux il se portait, il ajoutait parfois « J'ai assez donné avec Havelock. »

Corvo se demandait toujours se qu'avait bien pu ressentir le marin suite aux changement de son ancien supérieur. Peut-être s'en doutait-il ? Samuel ne voulait jamais en parler, il éludait la question avec beaucoup d'agilité. Si il ne voulait pas en parler, c'est que c'était peut-être trop douloureux pour lui.

Le Protecteur s'interrogea, était-ce ce genre de lieux que fréquentait Daud, comme le pensaient les hommes de Slackjaw ? Daud... Encore lui. Il se demanda un instant si l'homme était toujours dans les parages ou avait-il fini par quitter la ville comme il le voulait ?

Samuel accosta sur un ponton, le Protecteur sauta par dessus la barque et étudia les lieux. Malgré la simplicité de l'architecture, les bâtiments étaient relativement en bon état, quelques graffitis ornaient parfois les façades, sans doute pour indiquer les objets illicites à acquérir contre quelques pièces. Le garde du corps repéra une autre embarcation plus loin, assez grande pour contenir une dizaine d'hommes. Il remarqua alors le blason des Superviseurs et jura.

Le Protecteur enfila son masque et sa capuche avant de demander à Samuel de rester ici mais de déguerpir aussitôt si jamais il y avait du grabuge.

Corvo soupira, le voilà encore à traquer des gens, comme si rien n'avait changé.

Il repéra une corniche pour se téléporter sur un toit tout proche pour avoir une vue d'ensemble, prenant le temps d'observer les rues et les bâtiments grâce à sa vision des ténèbres. Le garde du corps n'avait rien vu d'anormal jusqu'à tomber sur les corps sans vie d'un homme dans l'artère principale et plus loin deux hommes dont un avec une boîte à musique et un chien qui gisaient, tout aussi morts. Il en a donc déduit que la sorcière devait se trouver de se côté. Il se déplaça discrètement jusqu'à se trouver dans la rue parallèle. Corvo a senti le cœur commencer à pulser gentiment dans sa poche, il l'a donc sorti pour repérer une rune et un charme d'os à quelques mètres de lui. Il entendit un bruit tout proche, un espèce de crissement dans l'air, un appel du Vide, mais en observant attentivement, il n'a rien vu d'autre que des mouettes voler docilement dans le ciel rosissant. L'épéiste reporta son attention sur la rune toute proche, peut être qu'elle serait sur un autel et que l'Outsider viendrai se moquer de la bêtise humaine comme il l'aimait le faire à chaque fois.

Il se téléporta jusqu'au toit en question pour se glisser par la fenêtre, la pièce couverte de symboles peints en rouge se rejoignant vers une table recouvert de rideaux violets. Un superviseur était fasciné par l'objet hérétique et semblait hésiter à avertir ses supérieurs ou à le garder pour lui. S'approchant furtivement Corvo l'étouffa rapidement avant de saisir le bout d'os gravé avec finesse. Nulle apparition divine.

Activant de nouveau sa vision, il repéra plus loin les superviseurs épée aux poings et le cœur continuait à ronronner dans sa poche, prouvant la présence du charme d'os à proximité. Là. Il avait enfin trouvé cette Éva. Sortant par la même fenêtre, Corvo grimpa sur le toit pour plus de discrétion. À nouveau ce bruit. Une fois passe encore, mais là... Il devait se préparer au pire. Pliant le temps pour profiter de l'effet de surprise il dégaina épée et pistolet pour se retrouver face à Daud, qui n'était pas affecté par le pli temporel pointait sur lui son épée et son arbalète.