Quoi? Je continue cette novelisation de délire???

Bah oui, je continue. Pour faire plaisir à Dolly, et aussi me faire plaisir à moi. On verra jusqu'où j'aurai la patience d'aller...


Ça fait bizarre de me trouver à marcher au bras du Président Rufus Shin-Ra, quand j'y pense… qui aurait bien pu prédire que ça allait m'arriver un jour ! Après ce qui s'est passé…

Bon, allez, j'arrête de penser à tout ça.

De toute façon, je n'arrive plus à penser : c'est QUOI cette limousine ??? On va vraiment se balader là-dedans ? En tout cas, à voir le logo de la Compagnie sur les portes, c'est vraiment celle de Rufus…

-Whaaa… ça c'est de la voiture…

-Hm ? Oh, oui…

Je retiens la bave alors que le chauffeur m'ouvre la porte et que Rufus me fait signe de passer devant. Hé bien, l'intérieur est aussi luxueux que l'extérieur, on dirait… et en même temps, c'est sobre, rien de trop clinquant. Il a du goût, le Président…

-Je dois avouer que c'est plutôt étrange, dis-je alors qu'il s'assoit en face de moi.

-Hm ? Quoi donc ?

Il se tourne sur le côté et… ouvre la porte d'un mini-frigo. Hé bien, on aura tout vu…

-Si on m'avait dit que je me retrouverais un jour assise en face de Rufus Shin-Ra dans sa limousine, je n'en aurais jamais cru un traître mot !

-L'impossible n'est rien, ma chère…

-Non, c'est vrai… mais je me serais mal imaginée rester dans la même pièce que vous sans perdre mon sang froid, comme quoi…

Il sort un demi-litre de champagne du petit frigo. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Il a l'air excellent…

-Vous êtes une femme mature et civilisée… je suis un homme mature et civilisé… alors qu'aurait-il bien pu se passer ?

Je me passe une main dans les cheveux. Il n'a pas tort sur ce coup-là…

-Rien de bien méchant, je suppose…

-Exactement.

Il prend deux flûtes à champagne dans une étagère tapissée de velours et me propose un verre, que j'accepte avec plaisir. Je n'allais quand même pas refuser un si bon champagne… Je proposai de trinquer à notre soirée de liberté.

-À la liberté, dis-je en levant mon verre en même temps que lui, aussi illusoire soit-elle.

-Aux illusions !

OoOoO

Je vide la moitié de mon verre. Je vois du coin de l'œil qu'elle en fait autant.

-Les illusions, ce n'est pas ce qui manque…

Un petit moment de silence passe, où nous buvons en regardant à l'extérieur, puis je la vois se frotter la cheville en marmonnant :

-Vive les talons ! Ça ne vaut pas une bonne paire de rangers…

-Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé…

A son regard, je suis sûr qu'elle est en train de m'imaginer en talons… mais pourquoi j'ai dit ça, moi ?!

-Vous ne savez pas ce que vous perdez ! s'exclame-t-elle en retenant difficilement un rire.

-J'ai déjà assez de difficulté à marcher, merci…

Elle reprit un air sérieux. Heureusement, car je n'aime pas trop qu'on rie de moi…

-Oui, pas la peine d'en rajouter… comment est-ce arrivé ?

-D'après vous ?

Je lui lance un regard perçant, auquel elle répond par un air triste. C'est dur de résister à ça…

-Hm… il y a deux ans bien sûr… Je devais être au Cratère du Nord à ce moment-là…

Elle sourit tristement en secouant la tête, puis elle continue :

-Quelle belle idiote j'ai fait, tiens…

Je ne sais pas trop quoi ajouter. Si mon souvenir est bon, elle était… amoureuse de Sephiroth… je l'avais interrogée à cause de ça, mais je n'avais rien pu en tirer… elle avait dû aller le rejoindre là-bas… la pauvre. Qu'est-ce qu'on peut ajouter à ça ?

-Au Cratère ? Vraiment ?

-Disons que les illusions peuvent vous emmener aussi loin que la bêtise. Surtout quand des voix viennent vous y aider, ajoute-t-elle en se tapotant la tempe.

-Jenova ?

-Hm… Jenova… « Mère »…

-Oh non, pitié, vous n'allez pas l'appeler « Mère » vous aussi !

-Si ça peut vous rassurer, la seule mère que j'ai est à Kalm !

Et elle éclate de rire. Je ne peux m'empêcher de rire avec elle. Un peu parce que je suis rassuré, mais aussi parce que son rire semble si sincère…

OoOoO

Je jette un œil dehors à nouveau, après avoir bu une nouvelle gorgée de champagne (qui se trouve à être mille fois supérieur que le meilleur champagne que j'avais déjà goûté). La silhouette sombre de la Tour Shin-Ra se détache du ciel gris sombre, le reste de Midgar semblant croupir à ses pieds.

-Ça doit être impressionnant, la vue de nuit du haut de la Tour…

-La première fois, oui… Vous voulez aller voir ?

-Pourquoi pas ?

Je me tourne vers lui, et je regrette un peu d'avoir accepté ; il a un air un peu blasé… Évidemment, pour lui, ce n'est pas pareil… J'essaie de me rattraper.

-Mais si vous n'en avez pas envie… Vous devez en avoir assez d'être là-bas…

-Tant que ce n'est pas pour le travail, ça ne me dérange absolument pas, répond-il calmement. Et… peut-être me ferez-vous apprécier la vue, vous.

Je rougis un peu, puis je lui fais un beau sourire pour le remercier, c'est le moins que je puisse faire.

-Dans ce cas, allons-y !

Il frappe alors à la vitre nous séparant du chauffeur, derrière lui, lui commandant d'aller à la Tour. Puis il se tourne à nouveau vers moi, reprenant la bouteille de champagne en main.

-Je vous ressers ?

Ah ! Les mots que j'attendais !

OoOoO

Je verse le liquide d'or pâle dans la flûte que me tend Dolly en souriant avidement.

-Ah… dit-elle, je n'ai vraiment pas envie d'être sage, ce soir !

-Ne pas être sage, c'est être libre, pour vous ?

Je me ressers alors qu'elle contemple le liquide dans sa flûte.

-Je ne sais pas… mais je le suis beaucoup trop en règle générale. Il paraît qu'on ne vit qu'une seule fois…

-La vie est un cycle, un éternel recommencement… mais l'âme elle-même ne vit qu'une fois, soupirai-je. Ce qui reste dans le lifestream, ce n'est que ses composantes… Et même si on renaît, on ne peut pas se souvenir. C'est pour cette raison que la vie est un éternel recommencement… toujours les mêmes erreurs, les hommes n'ont aucune mémoire.

-C'est pour cela qu'il faut essayer de vivre ça vie au mieux, non ? En ayant l'impression que ce sera la seule, l'unique…

-Oui…

Je bois une gorgée, puis je tourne mon regard de mon champagne à Dolly.

-Jusqu'ici, poursuit-elle, je ne suis pas vraiment allée dans le sens positif. J'ai un sale défaut, je me lamente trop sur moi-même et je me ferme au monde extérieur.

-Je vous donnerais bien ma place, vous n'auriez pas trop le choix de vous ouvrir au monde…

-Sans vouloir vous vexer, non merci ! Et puis, qui ira chanter dans le club ou je travaille ?

Elle me jette un regard amusé, mais je décide de jouer son jeu et je réponds sérieusement :

-J'irais chanter.

-Vraiment ? Vous savez chanter ? demande-t-elle l'air presque trop amusée.

-Hm… oui…

Je n'ose pas lui avouer qu'à une certaine période de ma vie, je chantais au coin des rues, Dark Nation à mes côtés, une guitare à la main… pour gagner de quoi me payer quelques croûtes… de toute façon, elle ne me croirait certainement pas.

OoOoO

Le Président Rufus Shin-Ra sait chanter ? Je me disais bien qu'il avait une voix sexy, mais je ne m'imaginais pas qu'il savait chanter…

-Ça alors ! Je demande à voir !

-À entendre, plutôt ?

J'éclate de rire.

-Oui, à entendre, surtout !

-Pas maintenant. À la Tour, si ça ne vous dérange pas.

Il avale le reste de sa coupe de champagne d'un coup, comme pour se donner du courage. C'est vrai que chanter demande du courage, parfois, mais là… je laisse glisser un sourire espiègle.

-D'accord, on fera un duo, alors !

-Vous connaissez de bons duos ?

-Hm… j'en connais pas mal en wutaien, à cause de mon répertoire…

Nous engageons la conversation pendant un bon moment, alors que la limousine se glisse entre les hauts buildings de la ville. Et je me rends compte, en parlant avec lui de musique, de langues, d'études… que même si nous ne partageons pas tant de points en commun, nous en avons au moins un qui nous rapproche : l'humour. J'aime le voir rire, j'aime le faire rire, et j'aime ses blagues.

Une autre chose que j'aime bien… c'est qu'il est beaucoup moins frivole qu'il en avait l'air au départ.

-Je n'ai appris à apprécier les choses qu'il y a deux ans, dit-il au détour de la conversation.

-C'est dans les moments difficiles qu'on se rend compte à quel point les plus petites choses sont importantes… dis-je en esquissant un sourire triste.

-Oui, soupire-t-il, comme la vie humaine…

-Mais la vie humaine est une grande chose, aussi dérisoire peut-elle paraître au premier abord. Les humains sont capables de faire de grandes choses quand ils le veulent.

-Oui, c'est ce que j'essaie de faire, répond-il simplement.

OoOoO

Je lève la tête alors que le moteur de la limousine s'arrête complètement, puis j'ouvre la porte, je sors en m'appuyant sur ma canne et je tends galamment la main à Dolly pour l'aider à sortir à son tour. Elle prend ma main, puis jette un regard rempli d'appréhension non pas sur moi, mais au-dessus de moi, vers la masse sombre et imposante de la Tour. Je tente de la rassurer en l'aidant à se relever.

-Vous n'avez rien à craindre…

-Je sais, c'est un réflexe idiot… cet endroit me rappelle de nombreux souvenirs…

-Vous étiez affectée ici ?

Je prends son bras sous le mien et je m'avance vers l'entrée de la Tour, ma Tour, m'appuyant sur ma canne de mon autre main.

-Oui, répond-elle, je m'occupais d'une unité spéciale, mon bureau était situé au 19e étage.

-Hm… pas assez haut.

-La vue était quand même agréable, se défend-elle.

-Elle est meilleure du bureau de mon père.

J'ouvre la porte, puis je la retiens pour elle, qui passe en me remerciant. Puis j'ajoute, en souriant :

-Mais le mieux… c'est d'arriver jusqu'en haut.

Elle se tourne vers moi, le regard brillant.

-Oh… par l'ascenseur vitré… j'ai toujours adoré cet ascenseur ! Combien de fois je me suis retrouvée le nez collé sur la vitre…

Alors que la porte de l'ascenseur vitré s'ouvre devant nous après le « ding ! » sonore, elle me regarde avec un petit sourire rêveur avant d'y entrer. Je ne peux m'empêcher de rire.

-Hé bien, nous allons au dernier étage, alors faites attention ! Si vous gardez votre nez collé contre la vitre pendant tout ce trajet, il va rester plat… Ça serait dommage, un si joli nez…

Elle rit un peu, et je vois bien qu'elle a rougi.

-Vous avez raison, on ne sait jamais… et puis… c'est la première fois qu'on me complimente sur mon nez !

Je glisse ma carte présidentielle dans le lecteur de sécurité, puis j'appuie sur le bouton du dernier étage. Je profite du fait que je ne peux pas la regarder pour ajouter :

-Je pourrais vous complimenter sur bien d'autres choses, vous savez… mais je ne veux pas vous mettre mal à l'aise…

Je me tourne vers elle. Ses joues sont nettement devenues rouges.

OoOoO

Mais ça va pas de me dire des trucs comme ça ? En plus il me dit ça juste après que les portes de l'ascenseur se soient refermées, ça fait dangereusement intime, là !

-Je ne suis pas là pour vous séduire, je suis là pour me faire pardonner, qu'il ajoute.

Bah tiens ! Une chance qu'il dit ça !

-Ce n'est rien, j'ai juste perdu l'habitude des compliments.

-Pourtant, en tant que chanteuse, vous devez bien recevoir des tonnes de compliments !

-Bof, des exclamations, des sifflements, mais rien de sincère… je vis comme une recluse depuis des années, c'est presque ridicule.

Il ne répond pas – de toute façon, il n'y a pas grand-chose à ajouter là-dessus – quand soudain, en jetant un œil dehors, il s'exclame :

-Tiens ! Nous avons dépassé votre 19e étage !

Je ne me retiens plus, tant pis, je colle mon nez contre la vitre.

-Ah… c'est toujours aussi joli…

-Oui… dommage que ça me rappelle les heures supplémentaires… mais bon…

Je décolle aussitôt mon nez de la vitre pour le regarder.

-Vous auriez certainement préféré passer votre soirée ailleurs. Je ne voulais pas vous imposer quoi que ce soit…

-Oh, fait-il en secouant négligemment la main, j'aurais fini ma soirée à cet interminable bal de toute façon, alors… j'aime mieux être ici.

Et je me tourne à nouveau contre la vitre, mais je me retiens pour ne pas y coller mon nez. Il y a quand même des limites…

-Tss… quelle plaie ce bal… J'ai rarement vu un public aussi désintéressé, je me demande bien pourquoi ils ont fait appel à mes services…

-Pour dépenser leur argent d'une manière ou d'une autre, réplique Rufus du tac au tac.

-Oui, et pour meubler la scène avec une potiche, j'imagine…

-Je n'osais pas le dire, mais ça résume la situation.

Ça m'amuse assez d'y repenser, maintenant que je m'en suis sortie. Et je me perds ainsi dans mes pensées et dans la contemplation de la vue qui n'en finit plus de monter, jusqu'à ce que je sois réveillée brusquement par le « ding ! » de l'ouverture des portes. Je sens alors le bras de Rufus qui se glisse sous le mien pour m'entraîner, et je me laisse faire.

-Venez…

-Je vous suis.