« Le Patronus […] représente une force positive, une projection de tout ce qui sert de nourriture aux Détraqueurs – l'espoir, le bonheur, le désir de vivre […] »
Remus Lupin - Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, JK Rowling, chapitre 12
Le loup de Remus Lupin
« Ne plus être seul, malgré ce que je suis », songea Remus Lupin.
Mars 1976
Cela faisait des mois que ses amis s'entrainaient à devenir des animagi. Et quelques jours auparavant, Peter, comme souvent à la traîne par rapport au reste du groupe, avait enfin réussi. Cette nuit, Remus ne serait pas seul pour la pleine lune. Un cerf, un chien et un rat l'accompagneraient.
Le fait que les trois garçons ne lui aient pas tourné le dos quand ils avaient appris ce qu'il était l'avait bouleversé. Leurs efforts pour devenir des animagi l'avaient réjoui. L'homme avait des amis, mais ce soir, le loup aussi serait entouré.
Pour lui, cette nuit allait être l'épreuve ultime. Accepter le fait que son ami est un loup-garou est une chose. Voir la bête de ses propres yeux en est une autre.
Appuyer sur une des racines du saule cogneur et suivre le sous-terrain qui menait à la cabane hurlante était devenu une routine pour Remus, mais ce soir-là un parfum de nouveauté flottait dans l'air. Il n'était pas seul. Il pouvait tout de même sentir une certaine appréhension émaner de James, Sirius et Peter. Il ne pouvait pas leur en vouloir d'être anxieux. Il n'était lui-même pas serein. Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander s'il aurait toujours des amis le lendemain. Allait-il leur faire peur et les faire fuir? Allait-il les blesser? Allait-il commettre l'irréparable et les tuer? En théorie, un animagus ne pouvait pas devenir un loup-garou s'il se faisait mordre lorsqu'il était sous sa forme animale. En théorie. Mais si la théorie était fausse?
Remus secoua la tête, s'interdisant de penser au pire.
Le chemin de terre devenait escarpé et commençait à monter. Ils durent baisser la tête pour ne pas se cogner sur la roche du plafond. Ils arrivaient au bout du tunnel.
« Tu nous amènes dans un vrai palace, dis-moi Lunard. Combien de demoiselles ont visité ces lieux avant que tu ne te décides à nous y inviter? », ricana Sirius, égal à lui-même, alors que les quatre garçons entraient dans la pièce tout en tapotant leur cape pour en retirer la poussière qui s'y était déposée.
Sirius continua à plaisanter malgré le silence pesant et se laissa tomber sur le lit, dont un pied manquait, créant un nuage de poussière qui fit tousser tout le monde. Comme à son habitude, il frimait et blaguait pour ne pas trahir son anxiété. Peter détaillait la pièce des yeux, l'air terrifié. James, lui, semblait prendre la mesure de leur décision au fur et à mesure qu'il découvrait l'état de la cabane.
Aucun meuble n'était intact. Là, une chaise dont le dossier pendouillait, retenu, Merlin sait comment, par une seule fibre de bois. Là-bas, une table, dont les gravures du plateau étaient massacrées par de profondes marques de griffures. Plus loin, un mur, totalement éventré, laissait entrapercevoir une deuxième pièce, tout aussi poussiéreuse et délabrée que celle dans laquelle ils se tenaient.
La douleur stoppa Remus dans sa contemplation. Recroquevillé sur lui-même, il vit du coin de l'oeil ses trois amis se transformer rapidement. Dans les yeux de Sirius, l'habituelle lueur d'amusement avait disparu, laissant place à l'inquiétude et à la concentration.
Le rat, tremblant jusqu'au bout de sa queue semblable à un vers de terre, s'était réfugié sous le lit bancal. Le cerf resta stoïque, observant, hypnotisé, la métamorphose qui se déroulait devant lui. Le chien se mit à gambader autour de Remus en jappant joyeusement, comme pour encourager son ami. Puis tout devint flou et le garçon se sentit perdre le contrôle de son propre corps. Le loup prenait sa place.
Il se réveilla, quelques heures plus tard, le corps bien moins engourdi qu'il n'en avait l'habitude. Il se risqua à ouvrir un oeil, et découvrit un cerf endormi à sa droite, un rat installé sur sa tête, entre ses deux bois. À sa gauche, un chien ronflait, gueule ouverte et langue pendante.
Bien réveillé, il observa la pièce. Elle n'avait pas changé, aucun meuble supplémentaire n'avait été détruit. De même, il ne repérait pour le moment aucune cicatrice de plus sur sa peau. Et surtout, ses amis étaient vivants.
Les trois animaux à ses côtés commencèrent à remuer. Ils restèrent dans un demi sommeil quelques instants, semblant se demander qui ils étaient, puis James, Sirius et Peter apparurent.
« Tout ça pour ça, mon vieux Lunard. Sérieusement, tu es aussi inoffensif qu'un boursouflet. Il va nous falloir trouver autre chose pour pimenter un peu nos vies. Fais un effort le mois prochain, qu'on rigole un peu. On s'est tellement ennuyé qu'on s'est tous endormi. », grommela Sirius, encore somnolent.
Remus Lupin n'était plus seul, même pendant la pleine lune.
J'imagine que le charme du Patronus est enseigné en septième année, et comme Lupin a été professeur de DCFM, il l'a sans doute relativement vite maîtrisé et a pu créer son premier patronus corporel vers 1977-1978
Certains souvenirs sont plus faciles à choisir que d'autres. Il me paraissait évident que Lupin utilisait celui-là ! Du moins jusqu'à l'arrivée de Tonks (puis Teddy) dans le paysage, mais j'aime penser que même plus tard, il continue d'utiliser le souvenir de cette première pleine lune avec ses amis.
Dans mon esprit, Remus s'est tenu tranquille cette nuit-là (et quasi toutes celles où les Maradeurs l'accompagnaient) parce qu'il n'y avait pas d'être humain à portée de crocs (aka pas de mini Severus Rogue) et la présence des animaux le calme. Cette vision des choses est sans doute simpliste, mais je suis une grande naïve !
Un énorme merci pour vos review/follow/favorite. Je vous aime autant qu'Arthur aime ses prises électriques ;)
