Oh mon dieuuu ! Je m'attendais pas du tout - mais alors pas du tout - à autant de réactions positives de votre part *o* Vous avez pas idée de ce que vous m'avez mis la pression ^^ LumoSwanQueen, Elokiki je vais essayer de publier un chapitre par semaine, ils sont plus courts que dans mes précédentes fictions donc ça devrait être faisable mais j'ai un travail très prenant donc je m'excuse d'avance si je n'arrive pas à tenir le rythme sur la durée ...
Megane je te remercie mais je préférerais que tu complimentes mon écriture ? ^^
Tous les autres qui ont commenté & à qui j'ai répondu en pm ... Et tous les guest à qui je ne peux pas... Merci encore !
Donnnc la suite du pov d'Emma ;) Bonne lecture !
Chapitre 2 :
.
..
.
Emma
.
..
.
Malgré les efforts draconiens de ses parents, Emma ne s'était jamais pliée aux exigences du rang où elle avait eu le malheur de naître.
De sa plus tendre enfance elle n'avait souvenir que de privations même si elle se rappelait encore parfois l'émerveillement avec lequel elle avait découvert la nature et ce qu'elle pouvait lui faire du bout des doigts. Mais bien vite le revers de la médaille l'avait rattrapée, la magie qu'elle ne contrôlait pas se retournant contre elle au point qu'elle mette en péril sa vie et celle des autres.
Elle ne savait plus comment le collier était arrivé entre ses mains - la tornade brillante d'un diamant qui protégeait une pierre dont l'éclat variait souvent selon son humeur - mais le bijou ne l'avait jamais quitté. Et elle s'était résolue à vivre comme le commun des mortels, développant d'autres capacités pour échapper à la surveillance de sa mère. Il aurait été simple de l'enlever et désobéir aux ordres de Snow, mais elle n'avait jamais trouvé le courage de le faire.
Pourtant, c'était là le seul ordre auquel elle n'avait jamais désobéit. Dès qu'elle avait été en âge de dire non elle avait pris un malin plaisir à développer un esprit de contradiction que ses parents évoquaient souvent. Malheureusement, être une Princesse allait apparemment de pair avec le fait d'être surveillée en permanence et ce n'était que très récemment qu'elle avait enfin pu s'entendre avec la nouvelle garde qu'on lui avait assignée.
Ruby était un loup garou. Une créature magique qui faisait partie de ce monde qu'on refusait qu'elle côtoie. Très tôt elle s'était intéressée aux légendes, aux fées qu'elle voyait parfois passer dans les couloirs mais comme la magie qu'elle portait en elle, cet univers lui avait été présenté comme une menace. Progressivement l'appréhension s'était transformée en curiosité et la curiosité en obsession. Une obsession frustrée par le manque d'information que lui fournissait les livres de la bibliothèque et les gens qu'elle pouvait côtoyer.
À croire que la magie était un tabou.
Elle avait beau avoir tenté d'interroger tous les serviteurs du palais, ils semblaient tous contraints au silence. Mais pas Ruby Lucas. Ainsi à grands renforts de sourires charmeurs et à force de se montrer conciliante avec les ordres qu'on lui donnait, elle s'était rapprochée de la louve avec l'espoir de pouvoir obtenir certaines réponses de sa part. Et la brune ne l'avait pas déçue. En quelques mois non seulement elle s'était rendue compte qu'elle pouvait être une réelle amie mais aussi une vraie mine d'informations.
D'abord elle avait écouté les yeux brillants les aventures que Ruby et sa mère avaient vécues lorsqu'elles avaient dû fuir sa belle-mère, s'étonnant encore que son garde du corps ne semble pas avoir pris une ride depuis qu'elle avait eu une vingtaine d'années et que Snow ait pu un jour agir avec l'insouciance d'une rebelle. Ensuite, était venu le temps où elle avait osé demander sa complicité pour pouvoir sortir du château en cachette. Le jour puis la nuit où elle avait pu caresser émerveillée la fourrure de la créature qu'elle était les soirs de pleine lune.
Mais elle avait mis encore plus de temps à évoquer le sujet qui la fascinait plus que tout.
.
.
Elle n'avait pas de souvenir précis de la première fois où elle s'était réveillée hantée par l'image de la sorcière mais elle s'était mise à rêver d'elle très souvent. Une présence tranquille qui veillait sur les aventures dans lesquelles elle s'embarquait dans le monde des songes. Mais il était certain qu'elle avait du la croiser plus jeune, de brèves images lui revenant parfois. Un ange gardien, se plaisait-elle souvent à imaginer lorsqu'il lui semblait se souvenir de situations impossibles dont elle s'était tirée uniquement grâce à l'aide de la mystérieuse inconnue. Et puis le jour dont elle se rappellerait toujours était arrivé. Celui où elle avait pu enfin graver au fer rouge la femme dans sa mémoire.
Par exception, ses parents avaient accepté de l'amener avec eux chez des amis qui fêtaient la naissance de leur enfant. Âgée de onze ans elle se rappelait très bien s'être penchée au dessus du berceau pour contempler le nouveau né en se demandant s'il aurait la même vie qu'elle. L'après midi de préparatifs avait été passé à jouer avec d'autres enfants au milieu des tables dans la grande salle où se déroulerait le banquet. Puis elle avait été traînée dans les étages pour se préparer et enfiler une horrible robe qui l'empêchait de courir comme elle aimait le faire avant de devoir redescendre assister à la fête, un sourire forcé plaqué sur ses lèvres en observant du coin de l'œil les enfants des serviteurs jouer avec liberté dans leur coin.
Mais dans son malheur quelque chose lui avait souri. Perdue dans les couloirs où elle s'était cachée pour fuir le garde du corps qui avait refusé de la lâcher de toute la soirée, elle était tombée sur un duel qui lui avait coupé le souffle. Pour en avoir vu plusieurs depuis la fenêtre de sa chambre d'enfant, Emma n'était pas étrangère à la notion de duel. Mais celui là avait quelque chose de différent. Les deux femmes ne s'affrontaient pas à coups d'épée et de hache, mais à grand renfort de magie en un vacarme tel qu'elle se demandait comment personne n'avait pu les étendre et venir tenter de s'interposer.
- Laisse-moi ! criait la blonde.
- Et perdre la seule amie que j'ai pour des idioties ?!
Elle avait senti son cœur bondir dans sa poitrine lorsque la brune était apparue dans son champ de vision. Le visage dont elle avait tant rêvé, les traits crispés par la concentration et par ce qui ressemblait à de la frustration. L'espace d'un instant elle s'était demandé si elle était là pour la protéger d'un éventuel danger, mais ce soir là, elle avait plutôt l'air d'être le danger.
- Des idioties ?! Cette garce … Cette garce a un enfant !
- Et qu'est-ce que tu comptes faire ? L'enlever ? Le tuer ?
C'était peut-être le moment où elle s'était rendue compte qu'elle n'aurait pas du être là, regrettant presque son garde du corps. Mais peut-être aurait-il été un élément perturbateur que les deux femmes n'auraient pas apprécié. Et quelque chose lui disait qu'il ne fallait pas contrarier des sorcières dont il semblait émaner tant de pouvoir alors même qu'elles étaient « amies ». Elles parlaient tout de même de la possibilité de tuer un enfant. Certainement celui de la fille du roi Stéphane mais ses pieds refusèrent de bouger lorsqu'elle envisagea le fait d'aller prévenir ses parents.
- Et pourquoi pas ?!
- Non !
Elle avait mis un moment avant de se rendre compte que c'était elle qui avait parlé, le souffle encore coupé par le cri qui lui avait échappé et le regard sombre auquel le sien s'était immédiatement attaché.
- Vous ne tuerez pas Elisa !
- Elisa ?! Mais où est-elle allée chercher ce prénom ? entendit-elle la blonde s'écrier derrière elle.
Elle n'avait pas su quoi répondre, consciente qu'elle n'aurait jamais du intervenir en premier lieu, mais elle s'était entièrement sentie happée par la présence en face d'elle.
- Va rejoindre tes parents, ordonna la voix grave de la femme qui la dévisageait avec l'attention d'un aigle s'apprêtant à fondre sur sa proie.
- Je ne vous laisserai pas faire de mal à Elisa !
Du coin de l'œil elle aperçut une robe violette et l'autre sorcière dont la coiffure lui rappelait étrangement deux cornes de dragon. Le regard clair qui la transperça n'avait rien d'agréable mais elle se contenta de serrer les dents.
- Quel est ton nom petite ?
- Princesse Emma White.
- Emma ?
Son prénom venait d'être prononcé avec un rire et elle fronça les sourcils en tentant de comprendre le regard lourd de sous-entendus que la blonde adressait à sa comparse.
- Emma White, répéta-t-elle avec un peu plus de conviction.
- Fille de Snow White, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Et du Pr…
- Oui, c'est bon on a compris Mal, interrompit la brune.
- Quelle charmante petite chose ! Je ne l'imaginais pas comme ça ...
- Et bien maintenant tu sauras. Partons.
- Je ne crois pas non.
- Je ne vous laisserai pas passer et si vous touchez à un seul de mes cheveux, mes parents et leurs amis vous retrouveront et vous enfermerons !
- Ce n'est pas de tes parents que j'aurais peur si je décidais de m'en prendre à toi, lui répondit la blonde d'une voix chantante.
Elle n'avait pas eu le temps de réfléchir au sens de la phrase, la brune s'emparant déjà de la main de son amie pour l'entraîner vers la sortie sans un regard de plus. Son arrivée semblait les avoir suffisamment perturbées pour que le sujet de leur dispute soit momentanément oublié et elle aurait du se contenter de savoir qu'elle venait de sauver l'enfant, mais quelque chose l'avait poussé à suivre les deux femmes.
Derrière une colonne, elle avait observé la brune avancer de nouveaux arguments pour convaincre l'autre de renoncer à son plan. Mais un éclair de magie violette avait mis fin à la conversation, la blonde tombant dans les bras de son amie.
- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? avait-elle demandé contre toute prudence.
- Tu es encore là ? File rejoindre tes parents !
- Elle est morte ? insista-t-elle.
- Endormie.
Elle n'avait pas répondu, fascinée par la facilité avec laquelle l'inconnue avait soulevé le corps de l'autre pour le mettre en travers de l'immense cheval noir qui était apparu en un nuage de fumée devant elles. La femme se hissa sans difficulté sur l'étalon, sa robe se muant en un costume de cavalier et leurs regards se croisèrent à nouveau. Les yeux sombres la détaillèrent quelques secondes avant qu'elle ne s'empare des rênes de sa monture. À cet instant elle ressemblait à une créature mystique qu'elle aurait pu voir dans ses livres de contes. Une fée ou une déesse par qui elle se serait bien laissée enlever.
- Emma ... Va rejoindre tes parents.
Elle avait obéit.
Souvent elle s'était réveillée le souffle court après avoir tenté en vain de rattraper son cheval noir lancé au galop et la sorcière était devenue une obsession. Une obsession dont elle n'avait jamais parlé. Celle à qui elle pensait le matin en se levant, les journées au lieu de travailler ses cours, ses soirées passées au coin du feu et ses après midi de détente les yeux perdus dans le ciel bleu. Elle n'avait même pas eu l'intention d'aborder le sujet avec Ruby mais la louve l'avait surprise dans une ancienne aile du château devant une peinture qu'elle avait découverte plus tôt dans la semaine et qu'elle venait visiter dès que l'occasion s'en présentait. Les yeux plongés dans le regard hautain de la Reine droite comme un I aux côtés d'une version plus jeune de Snow White elle avait l'impression qu'il lui manquait des pièces du puzzle.
La Méchante Reine avait-elle appris. Regina. L'ex épouse de son grand-père dont elle avait déjà entendu parler mais avait imaginé plus vieille, plus froide, moins belle ... Elle était connue pour régner d'une main de fer sur un royaume prospère où il faisait bon vivre lorsqu'on pratiquait la magie noire. Une femme à la tête d'une armée aux talents inégalés qu'elle avait rêvé d'intégrer depuis le jour où elle avait croisé un groupe de soldats dans la forêt. Elle se rappelait encore de la réaction de sa mère qui l'avait immédiatement cachée sous son bras. Pourtant l'idée que la femme qu'elle idolâtrait depuis des années était en fait une sorcière malfaisante n'avait rien changé à ce qu'elle ressentait.
Au contraire.
Alors comme à son habitude, elle s'était mise en quête d'informations. Mais à son grand désarroi elle n'avait rien pu tirer de plus que des sourires en coin et des vagues hochement de tête de son amie. Parce qu'apparemment la Reine était un sujet aussi tabou que la magie elle même et personne d'autre n'avait osé lui donner de précision. Que venait-elle faire dans ses rêves ? Regina ... Elle avait souvent répété son nom qui lui semblait familier sans l'être, imaginé leur rencontre et tout ce qu'elle pourrait lui dire ... Si elle l'osait.
- Tu es encore en train de penser à elle !
La lame d'une épée effleura la fine côte de maille qu'elle portait et elle se remit immédiatement en position de défense. Son garde du corps avait accepté de lui donner des leçons de combat quand ses parents l'autorisaient à peine à tirer à l'arc dans la cours et aujourd'hui encore alors qu'elle aurait du être en train de choisir la robe qu'elle porterait ce soir pour la cérémonie de ses quinze ans elles bataillaient en sueur dans une salle déserte.
- Pas du tout, mentit-elle avec aplomb.
- Alors pare un peu mieux, un gamin de dix ans aurait pu arrêter ce coup !
Ce n'était pas comme ça qu'elle intégrerait les rangs d'une quelconque armée. Elle ne répondit pas, redoublant d'effort pour attaquer avec force. Un éclat fauve passa brièvement dans les yeux de la brune qui arrêta l'instant d'après la lame d'un revers de la sienne. Un jour elle la battrait décida-t-elle. Un jour elle l'affronterait en lui demandant d'utiliser toute sa force de loup et elle la battrait. Ce jour là elle serait prête à se présenter devant le commandant de l'armée noire et se battre en duel pour le droit de faire partie des leurs.
- Stop.
- Quoi ?! Pourquoi ?
- Tu fais n'importe quoi. J'aurais pu te tuer huit fois, tu es trop à découvert. On arrête, ta mère va me virer si elle sait qu'on fait ça au lieu de te préparer
- Ruby ... J'ai vraiment pas envie ...
- Oh allez, je suis sûre que tu vas adorer mon invité.
- Hum ...
- Si si, fais moi un peu confiance.
- Confiance ? répéta-t-elle avec suspicion.
- Ouais, répondit la brune en rangeant son épée dans son fourreau.
- Qu'est-ce que t'as manigancé ? T'as invité un collègue loup garou ? Un avec qui je pourrais sortir pour énerver maman ? s'emballa-t-elle.
Depuis que sa mère s'était mis en tête de lui présenter des prétendants plus ennuyeux les uns que les autres, la jeune fille avait pris un malin plaisir à multiplier les petits amis. Oh il ne se passait rien mais elle avait déjà eut des fous rires en apercevant la réaction de ses parents quand elle apparaissait dans la cour du château au bras d'un saltimbanque ou d'un servant. Pourtant la suggestion fit rire son garde du corps.
- Pas de loup garou alors ? tenta-t-elle à nouveau deux heures plus tard en regardant la brune par dessus l'épaule de la femme qui était en train de l'habiller.
- Nope.
- Un vampire ? Ça existe les vampires ?
- Aucune idée.
Elle allait demander un indice supplémentaire mais comme si elle avait été exaspérée de leur conversation, la servante qui attachait son corset resserra les lacets au point qu'elle doive se taire.
.
.
Elle était en train d'essayer de boire avec un peu de délicatesse sa coupe de champagne sans s'étouffer lorsque quelque chose coula le long de sa colonne vertébrale. Elle faillit se retourner pour crier sur l'idiot qui avait renversé un verre sur elle quand elle remarqua le regard choqué de ses parents. À en juger par l'expression hagarde de certains dans la pièce, elle n'avait pas été la seule à être victime de la sensation. Dans son décolleté le diamant qu'elle portait fidèlement s'échauffa au point qu'elle le sente presque battre contre sa peau et elle sut.
De la magie.
La Princesse se retourna dans la direction de la porte où beaucoup étaient en train de regarder et elle crut que son cœur allait s'arrêter. Elle sentit vaguement quelqu'un se rapprocher d'elle, détectant le parfum familier de son garde du corps et meilleure amie.
- Joyeux anniversaire, entendit-elle soufflé dans son oreille.
Elle ne répondit pas, dévorant du regard celle qui venait de faire son apparition dans la pièce. Moulée dans une robe bleu nuit, la femme qui portait une couronne en or dans ses cheveux remontés en chignon avait capturé l'attention de tous les occupants de la pièce. Les traits n'avaient pas changé depuis la dernière fois, identiques à ceux dont elle s'était toujours rappelés avec une clarté impressionnante. Si elle avait pu elle aurait sauté dans les bras de la louve. Il n'existait pas de cadeau plus approprié.
- Qui l'a invitée ? demanda Snow non loin d'elle.
- Moi, répondit-elle avant que Ruby ne puisse prendre le blâme.
Sa mère émit un son qui ressemblait fort à une indignation mais elle n'y fit pas attention. On rajouterait ça sur la liste de ses méfaits. Elle n'y croyait pas. Ruby avait envoyé une invitation à la sorcière et elle avait accepté.
Elle avait accepté de se rendre à son anniversaire.
Elle observa fascinée le visage impassible se fendre d'un sourire calme quand une jeune femme s'approcha d'elle. Belle. La femme qui avait autrefois appartenu au Ténébreux et qu'elle avait souvent vu dans la bibliothèque s'avançait vers la Reine avec une familiarité qui l'étonna. Elles échangèrent quelques mots avant que la plus jeune ne se penche.
Quelque chose se réveilla en elle lorsqu'elle croisa le regard d'or de la bête qui la fixait, ignorant celle qui était en train de lui gratter le sommet de la tête. Un immense lynx noir dont le pelage brillait sous le feu des chandeliers se tenait calmement auprès de la sorcière. Elle le connaissait réalisa-t-elle, la pensée éveillant à nouveau la sensation qu'une partie de ses souvenirs lui avait échappée. L'animal qui n'avait pas l'air gêné par la foule finit par détourner son regard avec un air presque ennuyé et elle détacha le sien de son corps musclé pour s'intéresser à celui de sa maîtresse.
Sa respiration se bloqua quelque part dans son estomac lorsqu'elle eut remonté l'étendue de taffetas jusqu'aux lèvres laquées d'un rouge profond et aux yeux sombres maquillés de noir pour se rendre compte qu'elle était dévisagée par l'intéressée. Alors que l'étiquette lui aurait ordonné de s'incliner ou d'au moins signaler qu'elle reconnaissait la présence de la Reine d'un signe de tête, elle se contenta de lui adresser un sourire qui ne lui fut pas retourné. Le regard sombre cilla pour glisser le long de la robe grise illuminée de perles qu'elle portait avant de se reporter sur son visage comme si elle attendait quelque chose.
- Incline toi, la pressa Ruby à ses côtés.
Elle était incapable de bouger réalisa-t-elle. Son pendentif la brûlait comme ces jours d'hiver où elle s'approchait trop d'une cheminée et qu'il semblait absorber toute la chaleur des flammes. Le temps s'était arrêté et si elle y avait cru, elle aurait peut-être pensé qu'elle était en train d'être victime d'un coup de foudre.
Son garde du corps enfonça un coude dans ses côtes déjà comprimées et elle finit par s'exécuter. Au loin les lèvres pulpeuses tressaillirent en un sourire en coin à peine perceptible et elle crut qu'elle allait défaillir, pourtant la Reine se détournait déjà, visiblement satisfaite.
- Je vais te tuer ...
- Non. Tu m'en dois une.
La Princesse ne répondit pas, le regard rivé sur la femme devant qui tout le monde s'inclinait avec un empressement empli de crainte.
- C'est ça ton invité ? Tu aurais pu me prévenir ! finit-elle par souffler au bout d'une éternité.
- Ça n'aurait pas été une surprise et puis attend qu'elle t'ait donné ton cadeau !
- Mon cad …. Mon cadeau ! s'affola-t-elle presque.
Si tout le monde était censé lui en apporter un, seuls les Rois et Reines avaient l'honneur de les remettre en mains propres au court de la cérémonie et si la perspective ne lui avait pas fait envie peu de temps avant, l'idée qu'elle puisse échanger quelques mots avec la sorcière la fit frissonner. Quel genre de cadeau avait-elle bien pu lui offrir ?
- … même pas venu nous saluer, pestait sa mère à ses côtés. Emma ! Qu'est-ce qui t'as pris ?!
- Chérie, on en parlera après d'accord ? intervint David qui avait toujours le don de calmer les colères naissantes de sa femme.
- Oui, qu'est-ce qui t'as pris hein ? demanda-t-elle à son tour à Ruby à voix basse en ignorant un homme qui était venu vers elle avec l'intention de l'inviter à faire quelques pas avec lui.
- Tu devrais être plus polie avec tes prétendants ...
- Je suis pas intéressée. Réponds à la question !
- Et bien … On en a parlé, je pensais que la rencontrer te ferais plaisir …
- Comment est-ce que ça se fait qu'elle ait accepté ?
- Tu lui demanderas.
Elle allait lui parler. Vraiment lui parler. La révélation l'avait laissée sur un nuage pour le reste de la cérémonie. Distraitement elle accueillit les invités les uns après les autres, souriant aux cadeaux qui lui étaient faits, indiquant uniquement à Ruby de se saisir d'une épée que le roi Midas lui offrait. Mais ses yeux n'avaient cessé de tomber sur la présence tranquille de la Reine.
Son coeur eut une ratée lorsque leurs regards se rencontrèrent au dessus de l'épaule d'un homme qui était en train de lui tendre un présent. Les orbes sombres ne la lâchèrent plus jusqu'à ce qu'elle doive accepter l'embrasse de celui qui venait de lui offrir un diadème qu'elle ne porterait sans doute jamais.
- Sa Majesté la M… La Reine Regina.
Si elle était outrée par la bourde que le héraut avait manqué faire, l'intéressée ne s'en formalisa pas, allant jusqu'à lui adresser un sourire où l'amusement se mêlait avec l'éclat étrange d'une menace qui le fit trembler. Et si certains avaient remarqué le malaise soudain, il fut immédiatement oublié lorsque la silhouette élancée s'inclina brièvement. Elle avait beau ne pas aimer ses cours d'étiquettes, elle savait qu'une Reine ne s'inclinait pas devant une Princesse.
- Je n'ai pas de cadeau, annonça simplement l'intéressée avant qu'elle ait eu le temps de se remettre du choc.
- C'est … C'est pas grave, votre prés…
Sa phrase fut balayée d'un revers de la main et elle se demanda si la sorcière utilisait ses pouvoirs pour la réduire au silence ou si sa prestance était suffisante.
- Je n'avais aucune idée de ce que quelqu'un comme vous pouvait … Apprécier. Mais je vous offre la possibilité de choisir. Que désirez-vous ?
- C…Comment ?
- Votre cadeau. Demandez. Que voulez-vous ?
« Vous » eut-elle la folle envie de répondre sans savoir pourquoi. Mais ce n'était certainement pas ce qu'on attendait d'elle.
- Etre libre, finit-elle par se décider avec autant d'honnêteté qu'elle pouvait parce qu'elle ne manquait de rien matériellement.
- On restreint votre liberté ?
Le regard sombre s'était détaché d'elle pour se poser sur le couple royal sans cacher sa désapprobation et l'espace d'un instant elle put presque l'imaginer s'en prendre à ses parents si sa réponse avait été positive.
- Non. Non, c'est une impression, répondit-elle avec hâte. En tant que Princesse je n'ai pas la même liberté que d'autres personnes de mon âge …
Elle avait du mal à croire que la scène était réellement en train de se dérouler. Après des mois, des années à fantasmer sur leur rencontre, imaginer leurs premiers mots, les voilà qui sortaient sans qu'elle puisse les contrôler. Si ... banals.
- Et bien si c'est là tout ce que vous désirez …
La Reine fit un pas en avant et elle sentit son ventre se tordre de quelque chose qui ressemblait à de l'appréhension mais n'en était pas. Une fumée violette envahit l'espace derrière la sorcière pour révéler l'impressionnante silhouette d'un cheval. Il y eut plusieurs hoquets de surprise dans la salle où l'assemblée s'était tue pour écouter leur échange mais des chuchotements reprirent de plus belle.
- Un cheval de votre garde ? s'entendit-elle demander d'une voix qu'elle ne reconnaissait pas.
D'une race unique les animaux étaient reconnus dans tous les royaumes comme des destriers sans pair. Choisissant leurs maîtres pour la vie, on leur attribuait des pouvoirs que personne n'avait jamais pu vérifier. Seuls les gardes royaux y avait accès et malgré les nombreuses tentatives de vol, personne n'avait jamais pu en capturer un. À côté d'elle ses parents non plus ne semblaient pas vouloir y croire.
- Quel nom souhaitez-vous lui donner ?
La jeune fille détacha à regret son regard de la sorcière pour s'intéresser à l'étalon à la robe d'un beige doré qui brillait sous l'éclat des chandeliers. Les grands yeux marrons la fixaient avec expectative et elle eut du mal à se décider.
- Bandit, finit-elle par dire à voix basse.
Le nom provoqua un demi sourire, comme s'il avait été attendu.
- Bandit …
Dans la bouche de la brune, il ressemblait presque à un sort. Et c'en était peut-être un réalisa-t-elle quand elle passa sa main ornée de bagues sur la tête de la bête qui sembla s'incliner.
- C'est à dos de cheval que j'ai découvert le sens du mot Liberté, sembla-t-elle expliquer brièvement.
- M... Merci. C'est un immense honneur de pouvoir en posséder un c...
- Posséder n'est pas le bon terme. Mes chevaux ne font qu'un avec leurs maîtres. S'il y a un endroit où vous voulez être, rien ni personne ne pourra l'empêcher de vous y amener. Aimez le et il vous le rendra plus que n'importe quel garde du corps, mais ne faites jamais l'erreur de croire qu'il vous appartient.
Sa voix s'était faite plus dure soudain et comme s'il avait comprit qu'il n'était plus à sa place ici l'étalon s'évapora en un nouveau nuage de fumée. Aurait-elle le droit de le garder ? Elle que tout le monde tenait éloignée de tout ce qui pouvait avoir un trait à la magie ?
Comme si elle avait pu lire dans ses pensées la brune adressa un regard lourd de menaces au couple royal et la jeune femme ne put s'empêcher de remarquer qu'il transpirait quelque chose de plus. Quelque chose qui ne ressemblait pas à une menace mais à une haine profonde, à un mépris tel qu'il la fit frissonner de peur. De peur qu'elle ne représente pas plus que ses parents.
- Princesse ...
La voix basse la tira de ses pensées et elle manqua s'étouffer en avalant sa salive de travers lorsqu'elle remarqua la proximité soudaine. Avant elle, tous les autres l'avaient quittée sur une accolade mais elle ne l'imaginait pas une seconde en faire de même.
- Majesté ?
Elle avait envie de retarder l'inévitable. Quelque chose la dévorait déjà de l'intérieur à l'idée que la femme puisse lui échapper si vite. L'intéressée se rapprocha encore au point de bloquer toute sorte de respiration quand le tissu de sa robe effleura une parcelle de sa peau nue.
- Joyeux anniversaire Emma.
Si elle avait cru que le nom du cheval entre ses lèvres raisonnait tel un sortilège, il n'y avait aucun doute sur la nature de ce qui venait de se passer. Quelque chose venait d'éclater dans sa poitrine, la forçant à porter une main au collier qu'elle n'avait jamais quitté. En face d'elle les yeux sombres glissèrent jusqu'au pendentif et une électricité palpable grésilla lorsque la Reine l'effleura du bout des doigts avec ce qui ressemblait à un sourire triste. Elle tenta d'ouvrir la bouche, réfléchir à une question mais le héraut annonçait déjà un autre souverain et l'instant d'après la sorcière s'éloignait.
.
.
Le reste de la cérémonie était passée en un battement de cils et elle ne se rappelait même plus de l'identité de ceux qui s'étaient pressés devant elle à la suite de la Reine qu'elle ne cessait de guetter du coin de l'œil. L'intéressée ne lui accorda pourtant plus son attention une seule fois, parlant avec des gens qu'elle ne connaissait pas, des dignitaires en costumes colorés qui avaient tous l'air autant impressionnés qu'elle par la femme à qui ils s'adressaient.
Les sourcils froncés elle l'observa saluer son interlocuteur avant de se diriger vers la porte par laquelle elle était entrée et quelque chose se brisa en elle à l'idée qu'elle puisse déjà s'en aller.
- Excusez-moi, souffla-t-elle sans réfléchir à l'homme qui tentait de lui soutirer une danse.
Les pans de sa robe pliés dans ses poings, elle avait abandonné toute dignité lorsqu'elle se mit à courir sur ses talons hauts dans le couloir au sol en marbre. Mais le bruit qu'elle faisait n'avait pas l'air d'attirer l'attention de la brune qui sortait déjà à l'air libre.
- Regina !
Le nom lui avait échappé mais elle n'eut pas le temps de regretter son écart, soulagée de voir la silhouette de la sorcière figée dans l'allée.
- Partez, gronda-t-elle sans se reconnaître aux gardes qui surveillaient la porte d'entrée.
La brune observa quelques secondes en silence les hommes s'éloigner d'un pas peu assuré avant de reporter son attention sur elle avec un regard d'une intensité qui anéantit sa brève témérité.
- L'étiquette voudrait que vous m'appeliez Majesté, finit-elle par dire avec lenteur.
- Majesté, se corrigea-t-elle immédiatement. J'aurais voulu … Vous parler.
- Nous avons déjà parlé Princesse. Mon cadeau ne vous convient pas ?
- Si ! Si, je l'adore, j'aime beaucoup les chevaux et je suis sûre que celui là sera parfait.
- Bien.
- Mais je voulais vous parler ! rajouta-t-elle vite avant que l'autre n'ait l'idée de partir.
- De quoi ?
- Est-ce que … Est-ce vous vous rappelez de moi ?
Il y eut une pause durant laquelle les yeux d'ébène la transpercèrent d'une magie qu'elle sentit l'envahir, ravie après tout ce temps de pouvoir se faire de nouveaux souvenirs de cette présence qui l'avait trop souvent hantée.
- Je me rappelle d'une petite fille inconsciente qui a voulu empêcher une sorcière de faire du mal à ses amis.
Elle ne put s'empêcher de sourire à la façon dont la Reine avait de décrire leur rencontre dans le château du père d'Aurore, mais ce n'était pas ce à quoi elle avait pensé.
- Et avant ça ?
- Avant ça ?
- Avant ça, nous sommes nous jamais croisées ? Majesté ?
- De quoi vous rappelez-vous ?
La question avait été posée sur le ton d'un ordre, celui d'une Reine qui se serait adressée à un témoin dont elle exigeait la vérité et elle eut du mal à trouver une réponse qui ne la compromettrait pas.
- Rien de précis. Mais je sais que j'avais déjà rêvé de vous avant de vous voir ce jour là.
- Rêvé de moi ?
- Euh … Oui, répondit-elle simplement en sentant ses joues s'empourprer.
- Il se peut que nos chemins se soient croisés quand vous étiez plus jeune en effet Princesse mais vous devriez retourner à la fête, je suis sûre qu'il y a des dizaines de jeunes-hommes qui meurent d'envie de vous faire danser.
- Nan je m'en fiche, je préfère être ici.
- Je vois que vos manières sont toujours aussi déplorables …
- Je vous prie de m'excuser, mais je voulais … Toute à l'heure vous avez dit que je pourrais vous demander ce que je voulais si mon cadeau ne me convenait pas, n'est-ce pas ?
- En effet. Mais vous venez de me dire qu'il vous convenait.
- Majesté, j'aimerais … J'aimerais que vous m'acceptiez dans l'académie qui forme vos futurs soldats, se lança-t-elle.
- Non.
La réponse immédiate et sans appel lui brisa le cœur.
- Com… Pourquoi ?
- Ne me méprenez pas avec vos parents Princesse, mes décisions ne sont pas sujet à discussion.
- Je ne les discute pas, j'aurais aimé les comprendre, tenta-t-elle de répondre avec diplomatie.
- Vous êtes trop jeune. Trop fragile, trop innocente. La fille d'ennemis personnels. La liste est longue ...
- Je vois. Je m'excuse de vous avoir fait perdre votre temps.
En face d'elle la sorcière l'observa quelques secondes en silence et si l'examen la dérangeait au point qu'elle ait envie de fuir, elle se força à affronter le regard d'ébène, les larmes refoulées tant qu'elle le pouvait. Son poing serré fut caressé par un pelage de soie et elle regarda bouche bée l'immense Lynx se frotter à elle comme pour la marquer avant de retourner auprès de sa maîtresse dont l'expression s'était soudain adoucie.
- Est-ce que … Est-ce que j'aurais l'occasion de vous revoir ? s'entendit-elle demander lorsqu'elle eut rassemblé le courage nécessaire.
- On a les occasions qu'on se crée Emma ...
Dans sa poitrine son cœur fit un bond tel qu'elle crut qu'il allait faire vibrer le pendentif qui reposait dans son décolleté. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire qu'elle sentit découvrir ses dents malgré les recommandations de sa mère et de l'autre côté de la voie, la brune se contenta de lui adresser un bref signe de tête avant de s'évaporer en un nuage de fumée.
Wesh. Je suis vraiment pas satisfaite du chapitre, mais on va dire que la pauvreté de la narration est due au fait qu'il décrit le point de vue d'une ado de 15 ans xD Mais du coup j'espère que ça vous déçoit pas trop par rapport au premier ? Vous m'avez tellement couverte de compliments que j'ai peur d'avoir mis la barre trop haut ...
