Coucou tout le monde !

C'est parti avec le premier chapitre de cette fic. Pas de panique, vous allez avoir l'impression que ça n'a strictement rien à voir avec le prologue, et c'est normal. Les explications viendront à la fin.

Voilà, je vous laisse lire. Un grand merci à tous ceux qui ont laissé des reviews pour le prologue, ça m'a fait énormément plaisir. J'espère que la suite vous plaira.

Bonnes fêtes de Pâques ! (Ne vous bourrez pas trop de chocolat, hein, ça donne mal au ventre...) XD

Bises ;)

Peaseblossom

Disclaimer : rien ne m'appartient, sauf l'histoire.


Chapitre 1

Dix-neuf ans plus tard

19 ans plus tard, Gare de King's Cross, Londres

Le quai 9 3/4 était bondé. Il y avait des gens partout. Des sorciers retardataires tentaient tant bien que mal de se frayer un chemin dans la foule, à grand renfort de cris pressés. Des chariots à bagages plus ou moins vides s'entassaient pêle-mêle au bord du quai. Des enfants couraient en criant, sous le regard réprobateur des personnes qu'ils bousculaient. Certains pleuraient. D'autres balayaient sur leur veste des poussières invisibles pour se donner une contenance.

Avec un regard froid, Drago Malefoy regarda tout ce petit monde s'agiter, affolé par le départ imminent. Scorpius leva vers lui un regard effrayé. Il posa une main rassurante sur l'épaule de son fils et s'engagea dans la mêlée, sa femme à sa suite.

La locomotive rouge vif du Poudlard Express lâcha un panache de fumée avec un cri strident. Le train s'étendait sur toute la longueur du quai. Des adolescents adressaient des signes de la main à leurs parents par les fenêtres à guillotine entrouvertes.

Scorpius lui jeta un regard mi-paniqué, mi-excité. Un léger sourire étira ses lèvres. Son fils lui ressemblait tellement. Les mêmes cheveux blonds et fins. Les mêmes yeux gris. Le même visage pointu. Mais quand il souriait, c'était le sourire d'Astoria.

Des souvenirs de sa vie à Poudlard lui revinrent en mémoire. Le premier départ. L'angoisse. La peur de ne pas être à la hauteur. Le château. La Répartition. Les cours. La salle commune de Serpentard. Le Quidditch. Ses amis. Les bons moments et les pires aussi. Tout cela lui paraissait si loin, à présent. Poudlard avait-il changé ? Il n'y avait pas mis les pieds depuis une éternité. La vieille McGonagall avait pris sa retraite, et les élèves avaient déjà réussi à user un directeur, qui avait démissionné en juin dernier. Un certain Cyrus Anceps prenait sa succession cette année. Son fils connaîtrait donc l'école sous un jour dont il ignorait tout, et dont il ne pouvait rien prévoir.

« Ça va aller. Tu es un Malefoy, non ? »

Il se rendit compte que cette phrase pouvait très bien s'appliquer à lui-même. Le petit hocha vigoureusement la tête. Il lui ébouriffa tendrement les cheveux. Astoria serra Scorpius contre elle. Une larme coula sur la joue pâle de la jeune femme. Et Drago pensa à Lyra. Il détourna les yeux.
Son regard se posa sur un petit groupe non loin d'eux. Il reconnut Potter, Weasley, Granger et leurs enfants. Un sourire teinté de mélancolie flottait sur leurs lèvres. Soudain, Potter croisa son regard. Les prunelles émeraude allèrent de lui à son fils et il lui adressa un léger signe de tête auquel il répondit. Tout en embrassant sa fille, une petite rousse aux grands yeux bruns, Weasley marmonna quelque chose qui fit rire Potter et indigna Granger.
Il revint à son fils. Scorpius regardait l'horloge dont l'aiguille se rapprochait dangereusement de onze heures. Drago empoigna sa volumineuse valise et la hissa dans le train.

« Bon courage, Scorpius, lui souffla-t-il.

– Vous m'écrirez, hein ? demanda-t-il d'une petite voix perdue.

– Chaque jour, si tu veux, » répondit Astoria.

Mais c'était son père que le petit garçon regardait. Et dans ses yeux, Drago lu un nom. Un seul. Lyra. Le petit garçon avait compris qu'il ne servait à rien d'en parler à sa mère. Que cela ne ferait que gâcher ce départ, qu'il attendait depuis qu'il était en âge de comprendre ce qu'était Poudlard, et ce qu'était la magie. Drago hocha légèrement la tête. Scorpius sourit et grimpa sur le marchepied.

« Ne te mêle pas des embrouilles des Potter, » lui recommanda-t-il.

Il se sentait nostalgique. Merlin savait que ça ne lui arrivait pas souvent. Il était si étrange de se retrouver de ce côté du quai, de voir partir ce train.

La porte se referma dans le dos du petit garçon. Le chef de gare siffla longuement. Quelques secondes plus tard, le nez collé à la vitre, Scorpius leur adressait de grands signes de la main, tandis qu'avec un sifflement joyeux, le train s'ébranlait. Il le regarda un long moment disparaître, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un tout petit point noir dans le lointain.
Les doigts froids d'Astoria touchèrent sa main. Elle lui sourit légèrement.

« Allons-y. »

Ils traversèrent la barrière magique et se retrouvèrent dans la gare moldue. Un rayon de soleil traversait la grande verrière. Ils se retrouvèrent pris dans une vague de voyageurs descendant d'un train arrivé voie 10. Quelque part devant lui, Drago vit la crinière de Granger. Elle tenait par la main un petit garçon aux cheveux roux et au visage constellé de taches de rousseur, qui regardait autour de lui, l'air fasciné.
Granger. Ça faisait longtemps qu'il l'avait vue. Il lui arrivait de croiser Potter et Weasley au Ministère où ils étaient Aurors, mais elle, jamais. Il se souvint avoir lu dans un article qu'elle avait récemment reçu un prix pour ses travaux. Elle faisait des recherches pour le compte de Sainte-Mangouste, semblait-il. Un domaine obscur mêlant magie, génétique et neurologie.

Un bout d'idée germa dans son esprit. Trop ténu pour mener à quoi que ce soit, mais obsédant comme une ritournelle. Tout ce qu'il savait, c'était que cela avait un lien avec Granger et ses recherches.

Un mouvement de foule la déroba à son regard, et il essaya de ne plus y penser. Il sentit le bras d'Astoria s'enrouler autour du sien. Ils sortirent de la gare, prirent une petite rue de traverse et transplanèrent sans un mot.

Le manoir était égal à lui-même. Une épaisse couche de nuages s'amoncelait dans le ciel. Il allait bientôt pleuvoir. Dans le parc, les dernières roses s'épanouissaient à l'ombre des haies fraîchement taillées. Un paon blanc, le dernier, dé-grattait plaintivement dans les plates-bandes. Il redressa son aigrette en les entendant arriver puis les ignora.

Ils remontèrent l'allée caillouteuse. Le gravier crissait sous leurs pieds. Une ou deux fois, Astoria, déséquilibrée par ses talons hauts, s'appuya sur lui. Il n'aimait pas son nouveau parfum. Il faudrait qu'il pense à le lui dire.
Une grive se posa non loin et se mit à chanter. Mais rien n'égayait l'humeur de Drago. Il venait de laisser partir son fils et il s'inquiétait pour lui. Les Malefoy, quoique jugés et réhabilités, n'étaient pas très bien vus, malgré le soutien officiel des héros de guerre, Harry Potter en tête. La guerre avait laissé des traces difficiles à effacer. Et il ne voulait pas que son fils souffre de ses torts. Il n'était pas fier de ce qu'il avait fait. Mais il avait toujours essayé d'en protéger ses enfants.
Pourtant, même s'il pensait à ce jour depuis la naissance de Scorpius, rien n'aurait pu le préparer à la violence de la morsure qu'il ressentait au cœur à cet instant. Il n'était pas facile de laisser ses enfants grandir. Il se sentait plus vieux, d'un coup.

« C'est étrange, n'est-ce pas ? »

La voix d'Astoria était rêveuse. Il se tourna vers elle. Elle était ravissante ce jour-là. Ses cheveux sombres étaient élégamment remontés en chignon, piqués de quelques épingles à tête de saphir, qui s'accordaient à la teinte de ses yeux. La coupe cintrée de son manteau soulignait sa taille si mince et élancée. Avec un sourire, il l'attira contre lui et embrassa son cou. Son regard étincela comme une étoile. C'était ce qu'il aimait le plus chez elle. Ses yeux qui avaient capturés la nuit. Lyra avait les mêmes.

« Bien sûr que c'est étrange. Mais c'est une autre histoire qui commence. »

Il tentait d'avoir l'air plus détendu qu'il ne l'était vraiment. Ça sembla marcher. Elle sourit à son tour et ils reprirent leur marche vers le manoir. De petites allées ombragées s'évadaient du chemin principal et disparaissaient au détour d'un buisson ou d'un massif de lys. Devant eux se profilaient les lignes pures, sobres et blanches du manoir. L'une des grandes portes fenêtres du rez-de-chaussée était ouverte et une légère brise en agitait les rideaux. Tout respirait la tranquillité et le silence.

Ils gravirent les trois marches du perron. La porte s'ouvrit d'elle-même en les reconnaissant, sans un bruit.

Alors qu'ils retiraient leur manteau, Narcissa Malefoy vint à leur rencontre, aussi droite et altière que d'ordinaire. Ses longs cheveux blonds, semés d'argent, étaient ramenés sur son épaule. La soixantaine passée, le temps ne semblait pourtant pas avoir prise sur elle.

« Il est parti ?

– Il est parti. »

Elle soupira, mais il y avait un sourire dans ce soupir. Elle avait toujours eu un faible pour Scorpius.

« Il a grandi si vite. Et il te ressemble tellement. »

Un voile de mélancolie glissa sur son visage. Astoria prit la main de Narcissa et la serra doucement. Les deux femmes s'entendaient bien. Sans doute un peu trop pour la santé de Drago. Mais dans le fond, il ne s'en plaignait pas.

« Où est Lyra ? » demanda-t-il.

Le visage de sa femme se rembrunit. Narcissa se raidit imperceptiblement.

« Elle n'a pas bougé. Comme d'habitude. »

Il eut une ombre de sourire. Il déposa une bise sur la joue de sa mère pour se faire pardonner.

« J'y vais. J'ai du travail, » annonça-t-il.

Il embrassa Astoria et grimpa les grands escaliers. Il passa devant une galerie de portraits. Anciens pour la plupart. Quand il était petit, leur visage enfariné et renfrogné, posé sur leur collerette de tulle lui flanquait la frousse. Mais à présent, leurs petites gesticulations prophétiques ou leur reniflement de nez dédaigneux l'indifféraient.

Les bougies plantées sur des chandeliers de bronze, patiné par le temps, s'allumaient toutes seules sur son passage, et s'éteignait quelques instants plus tard.
La magie de cette demeure ne cessait de le fasciner. Un émerveillement un peu enfantin, certes, mais irrépressible. C'était dans les murs, dans les poutres, jusque dans les moulures et les vitres. Quelque chose d'inexplicable. Quand tout était silencieux, on entendait parfois un bourdonnement très discret. Et Drago savait que c'était la respiration de la maison. Ce souffle de vie qui en faisait un monde à part.
Il entra dans l'aile droite. D'un coup de baguette, il écarta les rideaux d'une fenêtre. Le jour nuageux se précipita dans le couloir, traçant un grand rectangle de lumière morne sur le parquet sombre.
Il passa devant la chambre d'enfants. Et il s'arrêta. Elle était là, assise en tailleur sur le lit que son frère n'occuperait plus. Silencieuse. Trop pour une petite fille de huit ans. Une vague de sentiments contradictoires s'empara de lui.

Elle était belle. Comment aurait-il pu en être autrement ? C'était sa fille. Elle était un peu maigrelette sans doute. Cela faisait ressortir l'ossature délicate de son visage. Ses cheveux blonds et fins comme de la soie d'araignée s'étalaient sur ses épaules, vaguement tressés. Elle leva les yeux vers lui. Les mêmes yeux qu'Astoria. Plus brillants encore. Mais quelque part au fond de lui, sa présence le dérangeait. Il lui semblait toujours lire une accusation mêlée de déception dans son regard. Parce qu'il n'arrivait pas à l'aimer comme il devrait. Parce qu'Astoria n'arrivait même pas à poser les yeux sur elle. Une tache sur les nobles armoiries des Malefoy. Et pourtant...

Il essaya de sourire. De lui sourire. Échec lamentable. Comme toujours. Alors il se détourna, vaincu, encore une fois. Parce qu'il ne savait pas comment lui parler. Parce qu'il n'en avait pas le courage. Il se sentait lamentable. Il la détestait de lui faire ressentir ça. Et il s'en voulait de la détester, alors que rien n'était de sa faute.
La pluie se mit à tomber, clapotant joyeusement contre les vitres.

Il avança dans le couloir, tapissé d'arabesques vertes, se maudissant mille fois pour la lâcheté et la honte qui l'emplissaient. Il l'adorait, et il la haïssait. Pour tout ce qu'elle n'était pas. Et toute la tension que cela engendrait. Astoria la voyait comme une erreur. Narcissa, comme une aberration. Et lui vivait tout cela comme une malédiction. Tout aurait pu être si simple, si... Et Scorpius qui n'était plus là. Il adorait sa petite sœur. Il était le trait d'union entre elle et ses parents. Lui savait la faire sourire, la faire parler. Et Astoria qui avait refusé qu'elle vienne lui dire au revoir... Il avait cédé, sachant qu'elle pouvait être plus butée que lui. Scorpius aurait raté son train, de toute façon. Il se rendit compte qu'il se cherchait des excuses et s'en trouva pathétique.

Il n'avait jamais imaginé que cela lui tomberait dessus un jour. Ce genre de choses n'arrive qu'aux autres, en principe. Mais non, en fait. Et la réalité l'avait rattrapé. A sa naissance, Lyra était parfaite. Mais elle avait grandi. Et tout s'était effondré.
L'embryon d'idée qu'il avait eu à la gare revint le tourmenter. Granger. Mais qu'est-ce que Granger... Et ça le frappa comme une évidence. Granger... Granger pourrait l'aider. Il faudrait négocier, certainement, mais ça valait la peine d'essayer. Et peut-être... Peut-être que tout s'arrangerait.

Il se réfugia dans son bureau, s'assit à sa table de travail et prit sa tête entre ses mains. Il vit une plume d'aigle acérée, un flacon d'encre et n'hésita qu'une seconde. Il prit la plume et de son écriture serrée et anguleuse, il rédigea sa missive.

Granger,

J'ai besoin de ton aide. Retrouve-moi à douze heures trente précises au Chaudron Baveur.

D. Malefoy

Il fit claquer sa langue et un hibou grand-duc s'arracha à son juchoir. Drago observa une seconde son vol gracieux et silencieux à travers la pièce. Ses plumes noires frissonnantes. Son regard d'or perçant. L'oiseau se posa sans bruit sur le bureau et tendit une serre. Drago cacheta sa lettre, l'attacha à la patte du hibou et ouvrit la fenêtre d'un coup de baguette.

Une odeur de terre mouillée s'engouffra dans la pièce. Le clapotis de la pluie résonna plus fort. Le hibou lui jeta un regard dubitatif. D'un coup de tête, Drago l'enjoignit à décoller. L'oiseau claqua du bec, mais s'envola. Drago le regarda pensivement s'éloigner puis disparaître entre les arbres du parc. La fenêtre se referma sans un bruit. Et Drago vaqua à ses occupations.

Une petite heure plus tard, le hibou revint. Il claqua durement du bec contre le carreau de la fenêtre. Drago le fit entrer et récupéra la réponse de Granger. Le hibou ébouriffa ses plumes, projetant des gouttes de pluie dans tous les sens, et partit bouder sur son perchoir. Drago haussa les épaules et décacheta la lettre.

Bonjour, Malefoy,

Je ne suis pas à tes ordres, et un peu de politesse ne te ferait pas de mal. Mardi, neuf heures, à mon bureau de Sainte-Mangouste. A prendre ou à laisser.

H. Weasley

C'était bien Granger. Ou Weasley, peu importait le nom. Il soupira. Mais il n'avait pas le choix. Elle était sa dernière chance. Sa dernière chance de ressouder sa famille, de faire disparaître cette tension insoutenable. Si quelqu'un était capable d'arranger les choses, ce ne pouvait être qu'elle. Après tout, soigner les problèmes magiques, c'était son boulot, non ?

Parce que les Malefoy ne peuvent pas être des Cracmols, et que Lyra n'avait pas de pouvoirs magiques. Le secret le mieux gardé du monde magique. La fille des Malefoy.