Histoire de fous

Chapitre II: Le Serment des Horaces

Disclaimer : Tout est à JKR, Macbeth, qui est à Shakespeare, la Vénus de Milo au Louvre, le titre à David et Aréthuse à la mythologie grecque. Rien à moi, je vous dis. Pour voir le tableau en question, c'est http : / www . picturalissime . com / t / davidhoraces . jpg (en supprimant les espaces, bien sûr)

Au passage, merci à Brume Froide qui m'a redonné le courage d'écrire ce chapitre... Et à toi aussi, Peach, bien sûr, je ne risque pas de t'oublier.


Aréthuse de Mayeul venait d'une famille nombreuse, exaspérante, et compliquée. Pour simplifier les choses, il y avait trois filles, trois copies parfaites de la Vénus de Milo. La première avait eu la draconite à huit ans et avait le visage marqué de cicatrices, la troisième s'appelait Aphrodite et méritait bien son prénom, et la deuxième s'appelait Aréthuse, était blanche, fière et indifférente. Bref, une statue, très froide et parfaitement inaccessible à tout sentiment, ce qui pose problème quand vos parents voudraient vous voir mariée.

Aréthuse était la moins séduisante des trois filles Mayeul, et son père commençait à s'inquiéter : malgré la profusion de jeunes hommes qui avaient envahi la Normandie ces derniers temps, à dix-sept ans elle n'était toujours ni mariée ni fiancée.

En désespoir de cause, on avait pensé à l'Angleterre… Car, c'est bien connu, les Anglais ont si mauvais goût qu'ils sont près à épouser des Anglaises (or toutes les Anglaises sont rousses et ont de grandes dents) ; dans ses conditions, un sosie de la plus belle statue du Louvre ne devrait pas avoir trop de mal à trouver quelqu'un.

Aréthuse ne connaissait qu'un seul Anglais, et il était Ecossais donc non représentatif, mais elle avait sauté sur l'occasion pour quitter la France.

Elle fut donc envoyée à Poudlard, avec pour ses parents l'espoir qu'elle mettrait le grappin sur quelqu'un de riche, jeune et intelligent, et dont on connaîtrait la famille depuis quelques siècles – voire un cousin éloigné, mais évidemment on ne pouvait pas tout avoir.

Bien évidemment, elle était douce et mélancolique, autant que ses sœurs étaient vives et décidées. Et puis… Et puis, de cette famille si nombreuse et si exaspérante, il ne restait plus après la guerre qu'Aréthuse et son père. Quant aux sept autres : morts, exilés, envolés…

Bref, Aréthuse n'était pas mécontente de fuir cette famille quelque peu encombrante, dont une Allemande exilée en Argentine, trois frères tous morts au combat, et une belle-sœur parfaitement idiote… et son père, le vieux Mayeul, qui, veuf inconsolable, n'était pas de très bonne compagnie.

Tout cela est très compliqué, mais Aréthuse y était si habituée qu'elle n'y faisait pas attention du tout, et voulait juste y échapper. Elle s'enfuit en Angleterre rejoindre son dernier frère, et il mourut le jour de son arrivée. L'Aréthuse, ayant pleuré tout l'été (enfin, au moins deux jours), se trouva fort dépourvue quand la crise fut venue.

Finalement, elle alla habiter chez les Macbeth, des amis de ses parents, très gentils bien qu'un peu bornés, mais finalement pas plus que ses propres parents.


Tom Jedusor était grand, mince et beau. Mais il terrifiait tous les enfants de l'orphelinat où il était élevé. Tenez, par exemple, il disait toujours que son père était mort pendant la Grande Guerre, qu'il s'était fait tuer en héros pendant la bataille ce la Somme ; et personne, je dis bien personne, n'avait osé lui faire remarquer qu'il était très mauvais soit en histoire, soit en calcul, soit, plus probablement, en mensonge : il se trompait de dix ans dans les dates. Puisqu'il avait dix-sept ans juste en juin 1944, il ne pouvait pas être né avant 1927, mais si il était né en 1917, d'accord, Tom, tout ce que tu voudras. Oui, Thomas, si tu veux. Si vous voulez, pardon. Je vous prie de m'excuser, milord ! Je ne voulais pas vous offenser.

Un psychologue était venu une fois, avait écouté quelques enfants soigneusement sélectionnés, mais dont on avait oublié d'exclure Tom, et avait trouvé le cas Jedusor extrêmement intéressant.

Mais quand Tom avait appris qu'il ne souffrait de rien de plus qu'une banale névrose dont étaient atteints pas mal d'orphelins qui s'inventaient des parents héros, il avait été furieux. Et pour commencer, il avait détruit toutes les notes du psy, qui préparait un livre depuis vingt ans… Ça lui ferait les pieds. Le psy fut désolé, mais trouva ce désir d'originalité tout aussi intéressant. Alors Tom se vengea vraiment – et depuis, à l'orphelinat, on évitait au maximum de croiser Tom… Pardon, Thomas. Pardon, milord.

Cette année comme toutes les autres, Tom – milord Thomas, pardon, avait des projets. Ces projets, disons, sortaient de l'ordinaire : tenez, pas plus tard que l'année dernière, il avait décidé de se créer un Horcruxe et avait donc tué son père. Deux ans auparavant, il avait voulu anéantir ces bâtards Sang-de-Bourbe, et pour ce faire avait lâché un Basilic dans l'école.

Cette année venait le projet le plus dangereux de tous : rien de moins que de s'intéresser aux filles. Déjà il s'était créé un cercle de fidèles et avait classé tous ceux de son année selon leur utilité : ainsi, Rosier, Sang-Pur, intelligent, dévoué, était 'Utile de catégorie 1' ; Hagrid, bâtard, stupide, bouc émissaire parfait mais qu'on ne pouvait employer à grand-chose d'autre – cobaye, peut-être ? – était 'Utile de catégorie 5', la plus basse…

Cette année, ce serait le tour des filles.

Bien entendu, Tom ignorait beaucoup de choses… en particulier, que certaines filles, on les classe « Hors-Catégorie ».


Achille Macbeth était avait vingt-deux ans et venait d'une famille écossaise très ancienne, avec une tradition extrêmement simple : il n'y avait à chaque génération qu'un seul garçon et il épousait invariablement une jeune fille très belle, très intelligente et très ambitieuse. Bref, une femme digne de porter le nom de Lady Macbeth. L'autre tradition, moins importante, était de passer par Serdaigle. Enfin, ça, c'était pour les garçons – les filles, elles faisaient ce qu'elles voulaient (dans la mesure où elles faisaient ce qu'on voulait).

C'était vraiment une famille bien, mais Achille était fils unique et ni son père ni sa mère n'étaient très communicatif. Trois Anglais qui s'aimaient beaucoup mais qui, dans la plus pure tradition du cliché d'Outre-Manche, ne se le disaient jamais. Un peu pitoyable, charmant et désespérant.

Depuis ses quinze ans il passait l'été chez les Mayeul, pour apprendre le français. Depuis le premier été, les trois filles Mayeul, Apolline-je-sais-ce-que-je-veux, Aréthuse et Aphrodite-la-Très-Belle le martyrisaient. Au départ il avait dû se soumettre puisqu'il était seul et qu'elles étaient trois. Bien sûr, il avait tout le soutien de leurs frères, mais… leur soutien moral.

Il gagna quatre amis, les quatre frères Mayeul, particulièrement l'aîné, Ajax, pas mal aussi le deuxième, Arès, et le troisième, Alcide et pas tellement le quatrième, Achille, qui avait le même prénom que lui.

Il revint cependant, tous les étés jusqu'en 1941. Aphrodite se demandait bien pourquoi, et le lui dit, mais il refusa de répondre. Finalement les trois sœurs en conclurent qu'il était, comme tout le monde, amoureux d'Antigone, même si elle n'avait que treize ans la dernière fois qu'il était venu.

Elles se trompaient. Il pensait sincèrement qu'il venait pour apprendre le français, parce que ses parents l'y obligeaient, et parce que les fils Mayeul étaient ses amis.

Il le pensa jusqu'à l'hiver 1942, quand il réalisa qu'il ne pourrait plus venir l'été suivant. Déjà ç'avait été quasiment infaisable pendant l'été 1941. Ce le fut totalement l'année d'après. Alors la France lui manqua tellement… Il comprit qu'il était tombé amoureux de cette famille tellement plus chaleureuse, nombreuse, insupportable que la sienne. Non, c'était plus que ça. Ça, il le savait depuis ses quinze ans.

Tout seul dans un grand appartement de Londres, il comprit qu'il était amoureux – sans aucun encouragement de la part de l'intéressée – d'Aréthuse. Un sosie de la Vénus de Milo jusque dans la froideur de son marbre, et qui avait quatorze ans.

Deux ans et demi plus tard, la Vénus de Milo venait à Poudlard. Cette année, elle avait dix-sept ans, elle était majeure. Comme depuis deux ans il essayait, sans grand succès, de se faire remarquer d'elle, il décida qu'à la fin de l'année non seulement elle l'aurait remarqué, mais elle l'épouserait.

Voilà donc pour Macbeth, et comment il en vint à devenir un Hhhéros (avec trois h) de la Guerre Magique. Dumbledore lui-même le remercia à la Fin, attention, mesdames et messieurs ! Un vrai HHHéros, vous dis-je.


Minerva était très belle, elle aussi (comme Aréthuse, mais en moins froid), et d'une famille écossaise aussi (comme Macbeth, mais en moins ancien) et très ambitieuse aussi (comme Tom, mais en moins confiant). En revanche, pour la timidité, elle ne tenait de personne, et son manque d'assurance était étonnant. Par exemple, elle aurait pu être la meilleur élève en Métamorphose, mais Tom tenait à être premier… eh bien, qu'à cela ne tienne, Tom, je serai deuxième.

Pourtant ce n'était pas le courage qui lui manquait, puisqu'elle était à Gryffondor. Ou alors peut-être que le Choixpeau s'était trompé… Oui, sûrement, ce devait être cela.

Tout le monde sait que le Choixpeau vous met à Serpentard lorsque vous êtes fin, ce qui n'est pas courant chez la plupart des gens, mais assez dans les vieilles familles. Quand vous êtes loyal, quand on est bon, on vous met à Poufsouffle. Tout le monde respecte les Poufsouffle. Quand vous êtes intelligent, à défaut du reste, on vous met à Serdaigle. Quand vous n'avez même pas ça mais que, comme tout le monde, vous avez le courage qu'on vous a inculqué, que vous vous contentez de rêver à ce que vous feriez si seulement vous étiez un homme et pas une gamine, avec en plus cette si belle occasion de montrer son courage… quand vous n'êtes qu'une gamine ambitieuse et qui a pour seule vertu de savoir se taire, on vous met à Gryffondor et on vous nomme Préfète-en-Chef pour vous permettre de vous affirmer.

Voilà ce qu'était Minerva, c'est-à-dire pas grand-chose. Elle essayait de se rassurer en se disant qu'elle n'avait que dix-sept ans… mais bon, à cinq ans Mozart jouait déjà devant l'impératrice, non ? à quinze ans Dumbledore avait inventé trois nouveaux sortilèges de Disfractale, non ? à dix-sept ans, Tom Jedusor avait un tel cercle d'amis que son succès à venir était indiscutable, non ?

… A dix-sept ans, Minerva n'était même pas première de classe.

... A dix-huit, elle serait quelque chose. Elle ne savait pas quoi encore, mais son nom serait sur une liste où il y en avait très peu, ça elle en était sûre.


Ainsi trois d'entre eux avaient un but, et se juraient de l'obtenir... La quatrième tenait les épées.


PS: Oui, bien sûr, la dernière phrase est un peu too much, mais il fallait bien justifier le titre pour ceux qui n'ont pas mon esprit tordu...