Tadadam, le deuxième chapitre est arrivé !

Je suis très contente que le premier chapitre vous ait plu et j'espère que celui-ci sera à la hauteur ! Je tiens à remercier Nalou, Adalas, odea nigthingale, Sanashiya, Maeva Cerise, Dame Marianne et Faii269 pour leurs reviews gentilles, marrantes et/ou surexcitées ;) Youpi !

Encore un joyeux anniversaire à Sanashiya et encore un merci à ma bêta pour son indispensable présence !

Sur ce, bonne lecture à vous ! :)

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Bilbo se mit à éviter les musiciens comme la peste. A la fin de ses séances du mercredi, il rangeait sa salle le plus vite possible pour partir avant qu'ils n'arrivent. Il s'était résigné à ne pas faire de troisième tentative – il n'osait pas imaginer de quelle façon il serait capable de se rendre ridicule.

Mais parfois, il ne parvenait pas à ranger et partir assez vite, ou le groupe arrivait en avance, et il ne pouvait éviter les rencontres. Il s'en allait alors les yeux rivés sur ses chaussures, évitant leurs regards et ignorant délibérément la chaleur sur ses joues.

Et il ne pouvait s'empêcher d'entendre et d'écouter, s'il avait le malheur de rester suffisamment longtemps pour qu'ils commencent à jouer. Et plus il en entendait, plus il avait envie d'en entendre. Il était resté une fois, presque malgré lui, filant juste avant la fin de la répétition pour ne pas se faire remarquer. Puis une deuxième fois – après quelques semaines de lutte entre sa dignité et sa fascination pour la voix de Thorin. Et une troisième, lorsque son self-control avait fini par rendre les armes. Sans vraiment s'en rendre compte, il en était venu à rester tous les mercredis, profitant de la musique qui lui nouait les tripes et faisait courir des frissons le long de son échine, et s'éclipsant silencieusement à chaque fois que le signal de fin était donné.

Ce qui devait arriver arriva au bout de quelques petits mois – un soir alors qu'il était tranquillement adossé au mur, tout juste une demi-heure après le début de la répétition, la musique faiblit et soudain, la porte s'ouvrit sur Thorin. Tétanisé, Bilbo ne put qu'observer le chanteur, terrifié à l'idée de se faire surprendre en train d'écouter aux portes, mais Thorin ne sembla pas le remarquer et commença à se diriger vers les toilettes. Bilbo pria pour qu'il ne se retourne pas, et se glissa sur la pointe des pieds jusqu'à la sortie, mais la porte grinça traîtreusement lorsqu'il tenta de l'ouvrir sans bruit. Thorin fit volte-face, et ils échangèrent un long regard – Bilbo se sentit comme un cerf pris dans les phares d'une voiture lancée à toute vitesse. Les yeux de Thorin le perçaient de part en part, leur air surpris et vaguement réprobateur accentuant la gêne du dessinateur. Foutu pour foutu, il finit de faire grincer la porte et s'en fut aussi vite qu'il put.

Voilà. Maintenant, le groupe ne le prendrait plus juste pour le type pas doué qui racontait des histoires aux enfants. Maintenant, il aurait également une réputation de voyeur. Et, cerise sur le gâteau, il ne pourrait certainement plus assister secrètement aux répétitions…

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Le restant de la semaine passa lentement, et c'est le moral dans les chaussettes que Bilbo s'effondra dans son fauteuil le vendredi soir. Même ses séances avec les ados, pendant lesquelles il avait maintenu un masque de bonne humeur, n'avaient pas suffi à lui faire relativiser la situation. Quel imbécile… il aurait dû savoir qu'il se ferait remarquer. Il s'était laissé entraîner par leur musique sans réfléchir aux risques, et à présent, il en payait les conséquences. Il n'osait pas penser à la prochaine fois qu'il verrait les musiciens – et il tentait d'ignorer la déception de ne plus pouvoir les écouter. Il occulta ostensiblement le tiraillement qu'il ressentait dans la poitrine à l'idée de ne plus pouvoir croiser les yeux de Thorin, d'entendre sa voix vibrer jusque dans ses tripes.

Son chat sur les genoux, installé à son bureau couvert de feuilles volantes et de croquis entamés, Bilbo faisait tournoyer son crayon entre ses doigts, incapable de se mettre à dessiner. Il s'était pourtant promis de monter une petite animation pour le mercredi suivant, mais son cerveau refusait de lui donner de la matière utilisable. Les pensées vagabondant sans but, il commença à griffonner n'importe quoi sans vraiment faire attention. Des gribouillis abstraits comme quand il était au téléphone. Un vague bonhomme. Machinalement, il affina la silhouette du personnage, précisa ses traits, l'attention complètement ailleurs. La feuille étant encombrée de ratures, il en saisit une vierge et retraça soigneusement son dessin, précisant les contours. Il se leva pour aller chercher un verre d'eau, farfouilla sous les piles de brouillons pour retrouver sa boîte d'aquarelles, et jeta un œil critique à son dessin avec un peu de recul. Bilbo s'arrêta net, et un léger tic lui fit froncer le nez. Il avait dessiné Thorin. Avec une guitare. Et un foutu casque à cornes.

Le claquement de sa main sur son visage fit sursauter son chat, et il rit de dépit. Ce type devait certainement le détester, et lui ne trouvait rien de mieux à faire qu'être fasciné par lui au point de le dessiner par inadvertance. Avec un grognement, Bilbo chiffonna la feuille et la balança dans la corbeille, en se promettant de ne pas se laisser tenter par cette source d'inspiration. Il resserra la ceinture de sa robe de chambre et alla se préparer du thé d'un pas décidé. Cinq minutes plus tard, il posait sa tasse avec brusquerie et ressortait le dessin de la poubelle. Il le lissa en s'efforçant de faire taire la voix qui lui disait que c'était une mauvaise idée, se morigénant de l'avoir froissé.

Le dessinateur finit toutefois par réussir à se concentrer sur l'animation qu'il avait l'intention de projeter le mercredi suivant. Il passa le week-end à dessiner, prévoyant de faire le montage pendant les journées du lundi et du mardi.

Il s'interrompit tout juste pour manger, et les quelques tasses de thé qu'il se prépara tiédirent invariablement, oubliées. Ce fut finalement la sonnerie stridente de son téléphone qui le força à s'arrêter, dans la soirée du dimanche. Il décrocha sans regarder l'appelant, la tête encore embrumée par son scénario.

« Allô ?

- Bonsoir Bilbo, salua la voix vibrante de Gandalf. Comment vas-tu ? »

Bilbo haussa un sourcil, se demandant ce qu'il pouvait bien vouloir un dimanche à une heure pareille. Tout en échangeant les banalités de rigueur avec son ami, il inspecta ses œuvres du week-end, et soupira. Il avait dessiné des vikings. Des dragons, du feu, des épées… Pas foutu de te les sortir du crâne, hein ? songea-t-il, avec l'envie persistante de se cogner le crâne contre une surface dure.

« Est-ce que c'est ce que je viens de te dire qui te consterne à ce point, Bilbo ? Ou as-tu simplement cessé de m'écouter ? »

La voix de Gandalf, mi-amusée, mi-réprobatrice, secoua Bilbo, et il s'éclaircit la gorge.

« Pardon, Gandalf, j'avais la tête ailleurs. Qu'est-ce que tu disais ?

Gandalf poussa un long soupir à son tour.

- J'ai horreur de me répéter. Je viens de passer cinq bonnes minutes à te parler d'une opportunité qui aurait dû te ravir, et tu n'en as pas entendu un traître mot. Tu es attentif, cette fois ? »

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Bilbo parcourut la dernière centaine de mètres au pas de course. Gandalf lui avait pourtant bien précisé d'être ponctuel, mais c'était peine perdue - Bilbo était systématiquement en retard quand c'était important d'être à l'heure.

Neuf heures et vingt-neuf minutes. Techniquement, il était dans les temps, mais son ami l'attendait déjà dans le patio de l'accueil, un œil désapprobateur fixé sur sa montre.

Derrière son bureau, la secrétaire le salua d'un petit signe de tête et décrocha son téléphone.

« Monsieur Baggins est là. Je vous les envoie ? Très bien. »

Puis elle s'adressa aux deux visiteurs.

« Il va vous recevoir. Vous connaissez le chemin ! » fit-elle avec un sourire.

Bilbo lui rendit, mi-figue mi-raisin. Oui, il connaissait le chemin. La dernière fois qu'il l'avait parcouru, c'était dans l'autre sens, après s'être fait renvoyer. Il suivit Gandalf dans les couloirs, sans pouvoir s'empêcher de noter que l'ambiance qui régnait dans cet endroit, qu'il avait fréquenté pendant des années, avait drastiquement changé. Terminés, la franche camaraderie et les échanges à travers les portes ouvertes. Disparus, le joyeux capharnaüm des artistes, les affiches et dessins qui couvraient les murs. Tout était devenu… design. Moderne. Presque… aseptisé. Comme si quelqu'un avait fait le ménage à grands renforts de javel et de conformisme – ce qui n'était pas si loin de la vérité.

Gandalf lui pressa l'épaule d'une main rassurante, et le ventre noué, Bilbo déglutit. Il avait très envie d'en finir, à la fois excité par ce qui l'attendait et terrifié d'apprendre au dernier moment que ce n'était en fait qu'un rêve ou une plaisanterie de mauvais goût. Mais heureusement pour lui, l'homme qui les fit entrer dans le bureau cossu était bien réel, et lui broya les phalanges d'une poignée de main vaguement antipathique. La dernière fois que Bilbo l'avait vu, ce même homme lui avait servi des excuses toutes faites pour expliquer son licenciement.

Le directeur les invita à s'asseoir face à lui sur les fauteuils en cuir, qui sentaient encore légèrement le neuf, le propre, le ridiculement cher. Ils grincèrent désagréablement, et l'envie d'en finir de Bilbo redoubla. Par chance, l'efficacité était visiblement de mise, car une caisse – en plastique mat, marqué du logo de la chaîne, pas juste un carton de récupération – visiblement pleine de dossiers attendait sagement sur le sol à côté du bureau, et un document déjà tout prêt à être signé était mis en évidence sur le bureau en verre et acier qui avait probablement coûté un bras ou deux.

Bilbo s'efforça de lire la chose en entier sans montrer de signes d'hyperventilation, mais la tâche était ardue. Rien que le titre lui donnait des palpitations.

Contrat de cession de droits d'auteur

C'était vraiment vrai. Gandalf avait réussi – et Bilbo ne voulait surtout pas savoir comment – à négocier et obtenir l'abandon des droits d'auteur de Cul-de-Sac par la chaîne, au profit dudit auteur. A savoir Bilbo lui-même.

Il redevenait propriétaire de ses dessins, de ce qui avait constitué sa vie de la fin de ses études à quelques mois plus tôt. La caisse contenait la totalité de son travail, y compris les vidéos, enregistrées sur un disque dur. Bilbo avait l'impression qu'on venait de lui rendre un membre amputé. A la fin de sa lecture, il s'empressa de signer, la main d'habitude si sûre devenue tremblante, la paume moite et les phalanges blanchies sur le stylo. A côté de lui, il sentait Gandalf réprimer son rire.

Moins d'un quart d'heure après être entré dans le bâtiment, c'était terminé. En se levant, il se sentait léger, prêt à se mettre à flotter au plafond. Le directeur n'avait pas prononcé plus de quelques mots – asseyez-vous, je vous en prie. Tenez. Tout vous convient ? Parfait. Signons. C'est réglé. – et il leur adressa un « au revoir » tout sauf chaleureux en les raccompagnant à la porte. Gandalf porta la caisse le temps que Bilbo serre à nouveau la main du directeur. Cette fois, il mit toute sa force dans l'échange, et lui adressa un sourire froid. Alors, qui a les phalanges broyées maintenant ? songea-t-il puérilement.

Il ricana bêtement en reprenant la caisse des mains de Gandalf. Aujourd'hui, il pouvait se permettre d'être puéril ; d'ailleurs, ce soir, il se promettait de fêter ça dans la joie et l'excès. Et mercredi – mercredi ! – s'il croisait Thorin, il saurait le regarder droit dans les yeux. Je suis pas si raté que ça, finalement.

La matinée était toutefois loin d'être terminée. Gandalf entraîna Bilbo et sa précieuse caisse à travers la ville, jusqu'à la maison d'édition où il travaillait désormais. Il les amena directement dans le bureau de son propre supérieur, qui les salua avec enthousiasme. Ce bureau contrastait subtilement avec celui qu'ils avaient quitté quelques instantes plus tôt : des fauteuils en cuir, mais usés, confortables, qui avaient pris la forme de leurs utilisateurs au fil du temps. Un bureau qui était peut-être en verre et acier sous la couche de papiers, de maquettes et de livres divers et variés qui traînaient en piles plus ou moins stables. Des murs blancs agrémentés de larges posters mis sous verre. Une plante verte dans un état douteux dans un coin de la pièce. Bilbo ne put s'empêcher de sourire et de soupirer d'aise. Il avait tout juste passé le pas de porte, mais il se sentait comme chez lui, et il se sentait bienvenu.

L'éditeur se présenta brièvement, et Bilbo oublia instantanément son nom, soudain figé par ce qu'il voyait placardé sur le mur. Une des affiches n'était autre qu'un agrandissement d'un de ses propres dessins, une image tirée des débuts de sa carrière. Il avait beau savoir qu'à l'époque, le service marketing de la chaîne avait vendu quelques produits dérivés de Cul-de-Sac – majoritairement des posters – Bilbo n'en avait jamais vu autre part que dans les locaux où il travaillait.

Il fixa donc l'affiche d'un regard vaguement méfiant, vaguement accusateur, l'air d'espérer que le personnage dessiné hausse les épaules en lui expliquant qu'il ne savait pas plus que lui ce qu'il foutait là. Il fut tiré de sa tétanie par le rire de Gandalf et l'éditeur s'éclaircissant la gorge.

« Ahem, oui, hmm, c'est bien ce que vous pensez, déclara-t-il avec un large sourire. J'ai habituellement pour principe de n'afficher ici que des images tirées des publications de la maison, mais… le goût personnel m'a empêché de retirer celle-ci. Cela fait cinq ans qu'elle n'a pas bougé, affirma-t-il avec une note de fierté. Et si tout aujourd'hui marche comme je l'espère, il n'y aura bientôt plus de bataille entre mon goût et mes principes. »

Bilbo se tourna lentement vers lui, un peu perdu malgré les quelques informations que Gandalf lui avait données au téléphone la veille. Ce dernier prit d'ailleurs la parole, les invitant à s'asseoir pour en discuter plus à l'aise. Bilbo obéit mécaniquement, posant sa caisse sur ses genoux et l'entourant de ses bras.

« Bilbo, cette caisse ne va pas s'envoler, inutile de la couver. Pose-la par terre, ordonna Gandalf du ton qu'on emploie avec un enfant récalcitrant. Très bien. Allons-y. »

L'entrevue dura cette fois-ci plusieurs heures, au point que les trois hommes la continuèrent en partageant un repas dans une petite brasserie du quartier.

La maison d'édition dans laquelle travaillait Gandalf était spécialisée dans la bande dessinée et le livre illustré pour enfant, et le directeur appréciait grandement le travail de Bilbo, comme en témoignait l'affiche dans son bureau. Il lui proposait donc de poursuivre sa carrière et de donner une deuxième vie à Cul-de-Sac. Une vie sur papier, au lieu d'une vie sur écran.

L'offre consistait à produire une bande dessinée Cul-de-Sac, éventuellement suivie d'autres tomes en fonction du succès du premier. Evidemment, ce format éliminait tout le travail d'animation, mais c'était un moindre mal comparé à l'arrêt complet de la série. Par ailleurs, la tâche était remplacée par l'organisation des dessins en vignettes, la disposition du texte dans les bulles… En somme, c'était une nouvelle expérience pour Bilbo et pour ses petits personnages, et le dessinateur avait l'impression de ne pas pouvoir accepter assez vite.

Ils revinrent au bureau de l'éditeur après leur déjeuner pour finaliser les aspects contractuels de l'offre, puis Bilbo prit congé avec l'envie de sautiller jusque chez lui – ce qu'il se retint de faire uniquement par égards pour le contenu de sa fameuse caisse.

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« … et jamais plus on entendit parler de Smaug le Terrible », conclut Bilbo en se redressant sur sa petite chaise.

Le groupe d'enfants assis face à l'écran poussa un chœur de « oh » et de « ah » impressionnés. Le conteur sourit et les laissa reprendre leurs esprits quelques instants, puis il se leva et s'épousseta machinalement le pantalon.

« Allez, c'est l'heure. Attendez que vos parents soient là pour partir ! »

Il ouvrit grand la porte de la salle, dévoilant effectivement un petit attroupement de mamans et de papas serrés comme des sardines dans le couloir. Il les salua et échangea quelques mots avec eux le temps que les enfants remettent vestes et chaussures, et peu à peu, la pièce se vida, jusqu'à ce que Bilbo se retrouve seul dans le silence.

Il étira longuement son dos, sa colonne craquant légèrement, et il fit rouler ses épaules nouées. Il fallait vraiment qu'il demande un siège plus adapté – cette chaise pour écolier ne lui convenait vraiment pas, même s'il ne pouvait pas dire qu'il était particulièrement grand… Tout en rêvassant vaguement à un gros fauteuil en cuir, il repoussa la chaise sous la table, puis éteignit le vidéoprojecteur, démarrant sa routine de rangement de la salle.

Il verrouillait le placard lorsque les pas habituels se firent entendre dans le couloir, et il s'empressa de glisser la clé dans sa poche pour éviter de reproduire une bourde qu'il regrettait suffisamment pour ne pas avoir envie de la faire deux fois.

« Toujours là ? grogna une voix grave et rocailleuse dans son dos.

Il fit volte-face, et son cœur tomba comme une pierre.

- Oui, je, je viens de finir de ranger, balbutia-t-il.

L'homme au crâne rasé et tatoué qui se tenait dans l'encadrement de la porte lui adressa un regard froid.

- Va traîner ailleurs », lâcha-t-il, méprisant.

Bilbo serra les dents, mais ne répondit pas. Ça ne servait à rien d'alimenter la haine, surtout quand l'ennemi était un type baraqué qui faisait une tête et demie de plus que lui – et probablement deux fois son poids. Il passa son sac en bandoulière et sortit – et tomba nez à nez avec Thorin. Il se figea, la bouche entrouverte, terriblement gêné, et se sentit rougir lorsqu'il croisa son regard. L'expression du chanteur était neutre, avec une note d'hésitation, comme s'il ne savait pas trop où classer Bilbo entre « malsain » et « affligeant ».

Bilbo tenta de parler, sans savoir exactement ce qu'il allait dire – désolé, je suis pas un fou dangereux, j'écoute juste votre musique, j'adore ta voix, est-ce que tu sais sourire ? – mais, probablement par chance, sa voix se bloqua dans sa gorge et aucun son ne sortit. Thorin le dépassa en secouant légèrement la tête, et Bilbo ne put que s'en aller, déconfit. Pas si raté que ça, hein ? Crétin, songea-t-il. Il n'entendit pas la merveilleuse voix de Thorin entonner une chanson – il était déjà loin.

Heureusement, en rentrant chez lui, il retrouva les esquisses qu'il avait commencées pour sa BD Cul-de-Sac, et tout en se préparant un repas rapide, il parvint à mettre ses déboires de côté. Son amour-propre blessé le poussait à se recentrer sur ses projets à lui, et à ignorer la douleur que lui infligeait sa situation vis-à-vis du groupe – le « je leur montrerai, un jour » n'était pas formulé consciemment, mais il avait relevé le défi.

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Bilbo avança plus rapidement qu'il ne le pensait sur sa bande-dessinée. Il était habitué à devoir faire des centaines de dessins pour quelques secondes d'animation, et des personnages fixes lui donnaient décidément moins de fil à retordre.

Chaque semaine, il envoyait ses nouvelles planches à Gandalf – qui avait été désigné comme responsable pour le projet Cul-de-Sac au sein de la maison d'édition – et celui-ci, comme lorsqu'ils travaillaient pour la télévision, les relisait et lui donnait quelques conseils, pour affiner tel ou tel élément. Lorsque la planche était validée, Bilbo la colorisait, puis renvoyait la version définitive.

Peu à peu, l'album prit du volume, et l'éditeur lui demanda d'agrandir certaines images, et de commencer à travailler sur la couverture, afin de pouvoir préparer la campagne de publicité et la sortie de la bande-dessinée en librairie.

La période des fêtes arriva et Bilbo passa les deux semaines de vacances chez sa mère. Les séances avec les enfants du centre culturel ne recommenceraient que début janvier, et il profita donc du répit avec plaisir, ayant enfin la possibilité de travailler sur sa bande dessinée sans s'interrompre en fin d'après-midi.

Il évita également les rencontres désagréables avec les musiciens – mais il ne put s'empêcher de rêvasser à Thorin. Même à des centaines de kilomètres, l'homme l'obsédait toujours, et Bilbo passa ses nuits à rester éveillé, fixant le plafond sans le voir, les yeux glacés du chanteur dansant dans son esprit, et sa voix résonnant à ses oreilles.

Bilbo s'efforça de se le sortir de la tête, mais la tâche fut difficile, et le retour des vacances élimina toute sa progression au moment où il posa les pieds au centre culturel, le lundi de la rentrée.

Dans l'entrée principale, sur le panneau en liège, était punaisée une grande affiche qui désordonna complètement les battements de son cœur. Into The Dragon's Den se produisait sur scène à la fin du mois, dans une petite salle de concert de la ville voisine.

Bilbo tenta de se faire violence, de ne pas y penser, de ne surtout pas imaginer… Peine perdue. Il acheta sa place le soir même.

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... et voilà pour aujourd'hui !

J'espère que ça vous a plu et que vous avez envie de savoir ce qui va arriver à notre Bilbo préféré...

Encore et toujours, n'hésitez jamais à me laisser un petit mot pour me donner vos impressions ! J'adoooore savoir ce que vous en avez pensé, vous illuminez mes journées !

Des bisous et normalement à mercredi pour la suite ;)

Flo'w