Donc, voilà un autre OS, qui devait faire partie du "projet" initial ! C'est pas un truc extra mais ça m'a bien amusé de l'écrire. Et puis ça change du Vanixel malsain qui tourne mal (Et je dis pas ça parce que le prochain OS est un truc malsain qui tourne mal. Ou peut-être que si ?)

Bonne lecture !


Limaces

Il a vraiment des drôles d'idées Axel, parfois. Déjà la semaine dernière, mettre de la boue dans la serrure de la porte pour plus avoir classe, c'était sacrément débile, surtout qu'ils avaient tous leur sac et leurs affaires à l'intérieur. Oh, pour sûr que ça avait marché, et c'était bien le problème. Mais parfois, Van se demande s'il le roux réfléchit un peu avant de mettre en place ses idées tordues. Et puis là, vraiment, son truc qu'il lui propose, c'est bizarre. On dirait un plan tout pourri pour se moquer de lui après.

« - Bah c'est comme ça qu'ils font les adultes, déjà. »

Il a l'air vexé maintenant, sa tête de triangle toute renfoncée dans son énorme doudoune rouge pétard. Mais Van sait que c'est pas vrai. Il est comme ça Axel, il fait semblant pour avoir ce qu'il veut. C'est un « chiard capricieux », comme son papa dit. Il insiste, il s'impatiente, il prend un ton tout doux comme le miel, avec une petite voix comme celle de Kairi, il penche la tête sur le côté avec ses grands yeux verts et un sourire mignon. Quand ça marche pas du premier coup, il recommence le jour suivant, et celui encore après. Y a toujours un moment où les gens craquent. Ils sont cons. Pour eux, un enfant de six ans, ça sait pas faire des crasses. C'est juste comme une grosse peluche nounours, inoffensif et adorable.

Adorable, Van il dit pas. Ax sait comment faire pour attendrir les gens, et ça marche super bien. Mais inoffensif, c'est un énorme mensonge et une très mauvaise blague. Et puis, il serait pas ami avec lui, sinon. Les grosses peluches nounours c'est chiant. Pas intéressant.

« - Je sais, moi aussi j'ai des parents.

- Ils font des bisous devant toi ?

- Parfois ouais.

- Beurk. C'est dégueulasse. »

Bon, vu sa tête, c'est pas souvent que ses parents doivent se « rouler des pantins » devant lui.

« - Pourquoi tu veux le faire si c'est dégueu ?

- C'est pas pareille de le faire tout seul ou devant d'autres gens. »

Ce qu'Axel lui dit pas, c'est qu'il veut surtout imiter les adultes. Vanitas le sait parce que lui aussi, même si c'est vraiment très bizarre, il en a envie. Un peu. Ça a l'air vachement bien quand ce sont les autres qui le font, il veut voir comment c'est en vrai. Et puis … c'est un truc de grand, quoi. Et faire des trucs de grand, à Van, ça lui donne comme les papillons qui volent dans le ventre. Il se sent super fier, après. Il peut regarder les marmots de haut parce qu'il fait des choses que les petits font pas. Il en sait plus. Et en savoir plus, ça lui donne un côté classe, comme chez les gars du CM2 qui sont déjà allés dans la cour du collège et qui racontent comment c'est.

C'est trop cool le collègue. Là-bas, on mange des frites tous les jours.

« - On essaye ? » Axel lui demande.

Ses yeux brillent comme des billes au soleil, parce qu'il est sûr que Van va dire oui et qu'il a vraiment hâte. Mais ça fait un peu peur quand même, cette tête de fouine toute contente.

« - Juste pour voir. »

Le garçon rouge sourit victorieusement. Il s'assoit face à son camarade et s'avance un peu pour passer ses jambes par-dessus les siennes parce que c'est plus pratique que d'être à quatre pattes. Si près, les yeux de Vanitas sont un peu moins jaunes, ils vont vers l'orange. Evidemment il ne fait pas le moindre geste vers lui. Puisque c'est l'idée d'Axel, c'est lui qui doit se bouger. L'autre attend sagement, ses doigts figées sur le sol, comme une petite diva prétentieuse. Et c'est vrai qu'il est prétentieux, Van, quand il veut. Il aime qu'on lui donne de l'attention. Quand il a la meilleure note, il prend tout son temps pour aller chercher sa feuille sur le bureau du maître, avec sa petite main qui glisse tout doucement sur le papier pendant qu'il vérifie le chiffre en rouge.

Les pensées d'Axel sont brusquement interrompues. Il vient de coller sa bouche sur celle qui attend juste en face.

C'est pas folichon, au début, alors il presse un peu plus, mais rien n'y fait. Tout ce qu'il sent, ce sont des lèvres toutes chaudes qui ont un peu le goût du sucre à cause du dessert de midi à la cantine. Peut-être qu'il faut attendre, mais même après avoir compté jusqu'à six dans sa tête, toujours rien. Un peu déçu, il se recule.

« - Alors ?

- C'était naze. » La diva lâche sans aucun tact.

Perplexe, la petite allumette ne peut pourtant qu'approuver. Quoi que, « naze », c'est un peu fort. Etrange, il aurait dit. Malaisant. Comme quand il s'amuse à faire des têtes assez moches devant le miroir, le nez écrasé contre la vitre, et qu'il a soudain peur qu'on le surprenne.

« - Y en a qui font ça avec la langue, y parait. » Il décide de préciser pour cacher son malaise.

«- Avec la langue ?

- Ben tu la mets dans la bouche de l'autre et tu la tournes. »

L'idée suffit à le faire grimacer.

« - Mouais … »

Pas très convaincu, Van invite quand même son ami à s'approcher d'un geste du menton, parce qu'on ne sait jamais. Axel se penche à nouveau, hésite près du visage de son camarade. Il a tout plein de question dans la tête, mais c'est un peu tard pour se les poser. Peut-être qu'ils auraient dû planifier ça avant, plus en détail ? Est-ce qu'il doit sortie la langue avant ou pendant qu'il l'embrasse ? Et il fait comment, si l'autre n'ouvre pas assez la bouche ? Est-ce que ça n'est pas un peu dégoutant, quand même ? En plus, leur salive vont se mélanger. Et si leurs dents se cognent, il fait quoi ?

Ces questions-là, le petit aux yeux jaunes ne se les pose pas. Il se contente de laisser l'autre l'embrasser une nouvelle fois, et il fait tout comme il a dit. Mais franchement, ce n'est pas une grande réussite. Déjà, sentir la langue d'Axel tourner dans sa bouche, c'est un peu comme avaler une grosse limace. Non, en fait, c'est carrément comme avaler une grosse limace. Une grosse limace vivante. Ensuite, ils sont trop près, et leurs dents finissent effectivement par se taper. Et puis, sérieusement, il est où l'intérêt, là-dedans ? L'échange est juste affreusement bizarre, humide, mais très certainement pas agréable. Ça lui soulève même un peu le cœur, alors quand son ami se recule, la seule chose qu'il ressent vraiment, c'est du soulagement. Il essuie précipitamment sa bouche, comme son vis-à-vis. Il ne serait pas contre un énorme verre d'eau.

« - C'est dégueu.

- Ouais.

- Vraiment dégueu.

- Beurk.

- Plus jamais tu proposes un truc pareil.

- C'était pour voir.

- Oui bah tu verras tout seul, la prochaine fois.

- Mais je peux pas faire ça tout seul !

- Bas les couilles.

- T'as pas le droit de dire ce mot-là.

- Bas les couilles.»

Là tout de suite, Van se sent un peu honteux. Il avait hâte d'essayer, mais tout ce qu'il a trouvé sur la bouche d'Axel, c'est un désagréable sentiment de déception, bien loin de la fierté qu'il espérait.

« - Je comprends pas pourquoi les grands font ça.

- Parce qu'ils sont cons. »

Un léger silence entre eux. Gênant, le silence.

« - On en parle pas, hein ?

- Si tu l'dis, j'te pousse dans les escaliers de la bibliothèque. »

Oui, clairement, cette histoire ne doit jamais atteindre d'autres oreilles que les leurs.