Voici le 2ème chapitre de cette petite fic sans prétention. J'espère qu'il vous plaira. J'ai quelques chapitres déjà écrits alors dites moi si ça vaut le coup que je mette la suite. Bisous.

- Tu es sûr de la route ? interrogea-t-elle en lui lançant une œillade soupçonneuse par-dessus une immense carte routière qu'elle avait dépliée sur ses genoux.

- Oui à la fin ! répondit nerveusement son compagnon.

Cela faisait deux heures qu'ils roulaient et environ une heure et demie qu'ils auraient dû, selon l'itinéraire indicatif, être arrivés à destination. La jeune femme doutait sérieusement du sens de l'orientation de son petit ami. Elle leva les yeux au ciel et étouffa un juron excédé contre la vitre de sa portière. Depuis qu'il s'était engagé dans un croisement inconnu pour « prendre un raccourci », ils n'avaient pas réussi à retrouver la route initiale et la tension était montée de minute en minute. Il ne pouvait pas dire qu'elle ne le lui avait pas déconseillé, mais non, il fallait toujours que ce mulet n'en fasse qu'à sa tête. Et encore une fois, ils s'étaient perdus. Comme par-dessus le marché, il rentrait dans des accès de colère impressionnants dès lors qu'il était contrarié, elle ne pouvait même pas se permettre le plaisir de lui faire remarquer ce que tous les hommes détestent entendre, surtout lorsqu'il s'agit de trouver leur chemin : elle avait eu raison. Cela étant, pour aussi insupportable qu'elle puisse lui paraitre, ce n'est pas par elle que le coup de grâce fut porté à son égo de mâle débrouillard. C'est Mérédith qui en obtint le privilège lorsque le téléphone de la passagère sonna et qu'elle dut expliquer au couple d'amis qui les attendait depuis bientôt deux heures, la raison de leur retard. L'appel, en plus d'avoir profondément agacé Liam, eut le mérite de leur permettre d'arriver à bon port en seulement vingt minutes.

- Hermione, s'écria une jeune femme aux épaisses boucles rousses et aux yeux sombres et brillants en se jetant à son cou.

Un instant déséquilibrée par l'énergique étreinte de son amie, elle la gratifia d'un sourire chaleureux et lui rendit son salut.

- Ça faisait un sacré bail qu'on ne s'était pas vus, lança la belle Irlandaise.

- Eh bien oui, un an. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un petit ami financièrement capable d'offrir à sa douce un voyage autour du monde, la railla gentiment l'arrivante.

- C'était fabuleux, reprit Mérédith sans se démonter. J'ai des tas de choses à te raconter et plein de photos à te montrer. Mais vous deux, comment allez-vous ?

Elle se retourna pour observer Liam décharger leurs sacs du coffre de la petite voiture, puis elle fit de nouveau face à son vis-à-vis.

- Eh bien, si on exclut les six dernières heures, ça ne va pas trop mal, répondit-elle avec un sourire sarcastique.

- Ah, les hommes et leur fierté masculine, soupira Mérédith en prenant le bras de sa comparse. Pas un pour rattraper l'autre !

- Pas même moi ? fit une voix grave dans leur dos.

Toutes deux sursautèrent et se retournèrent de concert pour se retrouver nez à nez avec un fringant jeune homme aux yeux d'un bleu si clair qu'ils mettaient parfois mal à l'aise la jeune femme.

- Surtout pas toi Wesley, lança la rouquine à son fiancé d'un sourire entendu. Aide Liam à porter les bagages au lieu de chercher à te faire graisser l'oreille comme un pauvre malheureux.

Bras dessus bras dessous, les deux filles ouvrirent la marche jusqu'au loft démesurément grand qui allait héberger le couple de retardataires pendant deux jours.

- C'est complètement dément ! lâcha-t-elle en pénétrant dans la pièce à vivre.

- Complètement, acquiesça son amie. Ce qui l'est encore plus, c'est que le père de Wesley nous laisse y vivre jusqu'à notre retour à Londres. Il dit que nous n'allons pas payer un loyer pour seulement un petit mois.

- Vous rentrez le mois prochain ? C'est une nouvelle extra ça ! s'enthousiasma la jeune femme. Et le mariage est prévu pour quand ?

- Juillet normalement. A la fin du mois. Mais ce sera une petite fête toute simple, nous ne voulons pas inviter beaucoup de personnes ni faire une cérémonie trop importante.

Hermione lança un regard dubitatif autour d'elle.

- Quand on vit dans un palais comme celui-ci, je doute que l'on puisse vraiment avoir la même notion de ce que constitue un mariage modeste.

Mérédith balaya une mèche derrière son épaule dans un éclat de rire et prit place sur le sofa. Elle invita sa complice à la rejoindre.

- Et toi, avec Liam ? Hum ? Dis-moi ? C'est pour quand ?

Soudainement mal à l'aise, elle entreprit d'éluder la question en se forçant à rire aussi sincèrement que possible. Au fond d'elle, elle savait bien que Mérédith ne plaisantait pas, mais elle préférait tourner sa question en dérision. Elle ne se sentait ni capable ni très encline à lui expliquer la complexité de la relation existante entre elle et Liam.

- Quand partons-nous ? tenta-t-elle de changer de conversation.

- Hmm, d'ici une petite demi-heure. Le temps que les garçons se reposent un peu. Tu n'as jamais testé ce parc ?

- Non, je t'avoue ne pas être très friande des rollers coster.

- Sérieusement ? demanda son homologue avec un demi-sourire moqueur. Ne me dis pas que tu vas refuser d'y monter avec nous. La quasi-totalité des attractions sont des grands huit. Sans ça, venir jusqu'ici ne présentait pas un grand intérêt.

- Mais moi j'essayerai de surmonter ma peur panique du vide et mon absence totale de confiance envers les machines. Par contre, je ne garantis pas que Liam soit un foudre de guerre !

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire.

oOoOoOo

- Allez ! Ne fais pas le bébé, il y a des enfants de dix ans qui le font !

- Non c'est non ! s'emporta Liam livide. A dix ans, on est inconscient du danger. Je ne tiens pas à m'élever à plusieurs dizaines de mètres pour ensuite m'écraser comme un fruit trop mûr sur le bitume.

- Je vous l'avais dit, lança la jeune femme les bras croisés sur sa poitrine en roulant des yeux.

- Allez Liam, le supplia la jolie rousse aux yeux pétillants d'excitation. Ça va être génial tu vas voir !

- J'ai dit non ! Je ne vois pas l'intérêt de me balancer au-dessus du vide en attendant que ma tête se décroche du reste de mon corps.

- Cap'taine Courage a parlé avec sagesse ! se moqua Wesley.

- Fichez-lui la paix, intervint Hermione. Je ne tiens pas à pouvoir retracer son exact parcours dans le parc en lavant son caleçon à notre retour, cingla-t-elle avec un sourire carnassier.

Il la gratifia d'un regard flamboyant. Vengeresse, elle n'avait pas oublié les pénibles heures de route qu'il lui avait faite passer.

- Ce n'est pas une question de courage, se renfrogna-t-il. Je n'ai simplement pas confiance en la mécanique de ces engins.

- Pleeeuuuuutre, chantonna nonchalamment sa petite amie en avançant de quelques pas dans la longue file d'attente.

Le teint du jeune homme, déjà coquelicot, vira au cramoisi et tout en serrant les poings à s'en faire craquer les phalanges, il vint se positionner juste devant elle dans la file. Hermione se retourna vers ses deux amis et leur adressa un clin d'œil complice. Première manche : gagnée.

- JE VAIS MOURIR ! JE VEUX DESCENDRE !

- HAAAAAAAAAA !

Elle n'avait pas eu le temps de réaliser à quelle hauteur le wagonnet dans lequel ils étaient installés se situait, qu'ils étaient déjà arrivés en bas, la tête écrasée contre leurs genoux par la pression et la vitesse, et qu'ils remontaient en flèche vers le ciel. La jeune femme crut à plusieurs reprises que son cœur allait remonter le long de son œsophage pour sortir par sa bouche. Yeux grands ouverts, elle hurlait à gorge déployée. Mérédith, qui occupait la place à côté de la sienne, lui donnait la réplique chaque fois qu'elle reprenait sa respiration pour crier de plus belle. A l'arrière, les deux garçons étaient silencieux : Wesley, les bras levés et les cheveux au vent, ponctuait de temps à autres le rodéo de sonores « wouhou », alors que Liam, les mains fermement agrippées aux poignées de sécurité, gardait les lèvres résolument scellées. Si le premier avait l'air aux anges, le second semblait au bord du malaise. Elle-même s'était demandé plusieurs fois avec une boule au ventre, comment le train pouvait rester collé aux rails alors que ses fesses ne cessaient de décoller de son siège chaque fois qu'ils atteignaient un point culminant. Après plusieurs frayeurs dans divers rollers coaster du parc, elle en était finalement arrivée à la conclusion qu'elle préférait ne pas savoir.

- Seigneur ! s'épouvanta le jeune homme blond avant que ne soit lancé sur les rails le wagonnet d'un manège à sensations dans lequel ils venaient tous quatre de s'arnacher.

- Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea la jeune femme, méfiante.

- Tu n'as pas entendu ?

- Entendu quoi ? s'impatienta-t-elle, l'appréhension gagnant son estomac.

- Ils ont trouvé une pièce, ils ne savent pas d'où elle vient !

- Quoi ? s'écria-t-elle paniquée.

C'était trop tard, la machine venait d'être lancée et alors que ses cheveux passaient devant ses yeux pour saluer les voitures garées sur le parking soudainement renversé, elle l'entendit articuler :

- Un à un !

- LIAAAAAAAAM ! Espèce de dégénéré ! Crétin ! Triple andouille !

S'amuser de ce genre de choses était en dessous de tout. Lui faire peur de cette façon n'avait vraiment rien d'amusant et ce n'était en aucun cas de bonne guerre. Elle avait cru mourir là-haut, la tête renversée toutes les cinq secondes pendant les deux minutes les plus longues de toute sa vie.

- Tu n'es qu'un imbécile ! s'égosillait-elle toujours au déjeuner.

- Tu n'avais qu'à pas me lancer sur ce terrain-là, lâcha-t-il calmement.

- Ça n'a rien à voir ! Tu m'as faite croire qu'il y avait un dysfonctionnement dans la machine et que nous allions mourir. C'est complètement différent. J'aurais pu tenter quelque chose d'inconsidéré pour essayer de me libérer des sangles.

- Tu es encore vivante non ? se moqua son petit ami d'un air détaché.

Face à l'impassibilité de Liam, le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour.

- Ce n'est pas dans la machine qu'il y a un dysfonctionnement, c'est dans ton cerveau ! Crétin ! éructa-t-elle avant de lui renverser son soda sur le pantalon et de s'éloigner de la table à vive allure.

Elle ne s'arrêta qu'après avoir mis une bonne distance entre elle et le reste du groupe. Elle fulminait toujours. Quel comportement puéril ! C'était tellement gamin de sa part. Et ne pas le reconnaître… Elle ferma les yeux et prenant appui sur une rambarde de sécurité, inspira profondément, sentant la colère bourdonner à nouveau dans ses oreilles.

Sans crier gare, elle se retourna vivement, comme si un insecte l'avait piquée, et observa les alentours, sourcils froncés… encore cette sensation d'être épiée. Cela faisait quelques temps maintenant et cette impression devenait franchement récurrente. Soit elle virait paranoïaque, soit quelqu'un avait décidé de la faire tourner en bourrique. Elle ne remarqua pourtant personne qui semblait s'intéresser à elle. Les gens se promenaient entre eux dans le sous-bois du parc, riaient aux éclats ou encore se donnaient de grandes claques dans le dos, pour se remonter d'une attraction éprouvante ou se donner du courage pour la suivante. Elle tenta de chasser cette pensée de son esprit et se mit en quête de toilettes afin de se rafraîchir un peu.

Elle avait beau faire, l'impression dérangeante ne la quittait pas. Pourtant, elle ne cessait de lancer des coups d'œil par-dessus son épaule sans jamais apercevoir quiconque qui lui paraisse suspect. Du reste, les œillades effrayées qu'elle jetait de ci de là commençaient à attiser, au mieux la curiosité, au pire le mépris, des personnes qui les croisaient. Arrivée à destination, elle s'enferma dans un cabinet de toilettes et poussa un long soupir en s'adossant contre la porte. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Entre ces rêves étranges qui la déboussolaient de plus en plus, ses délires paranoïaques et les réactions excessives dont elle gratifiait souvent Liam, tout le monde allait finir par la prendre pour une folle.

Elle déverrouilla la cabine et se dirigea vers les lavabos surplombés de miroirs piqués de rouille. Elle observa son reflet un instant. Ses traits étaient tirés, sa peau pâle et les cernes creusaient de sombres sillons sous ses yeux qui la faisaient ressembler à une déterrée. Elle passa un peu d'eau sur son visage et porta quelques gouttes à ses lèvres. Il fallait qu'elle prenne des vacances. Elle avait besoin de repos, de se retrouver, seule, loin de toute cette agitation, de toute source de stress…

Elle sursauta en apercevant dans la glace, le reflet de Mérédith. Elle ravala un cri et porta une main à son cœur.

- Avoue ! commença-t-elle. Vous vous êtes tous promis de me tuer dans le week-end !

Son amie lui répondit par un sourire éclatant.

- Liam te cherche partout. Il sait qu'il a fait l'idiot. Il a été vexé par ta remarque avant que vous ne montiez dans le grand huit. Il a voulu bêtement te faire payer l'humiliation que tu lui as faite endurer. Il a compris qu'il avait agi comme un imbécile et voudrait te présenter des excuses.

Elle lui rendit son sourire… un peu plus timoré et réservé cependant.

- Eh bien allons retrouver ce gamin de premier ordre ! lança-t-elle en se retournant vers la jeune femme aux cheveux roux.

L'après-midi se déroula sans autre incident notable. Liam s'était calmé, avait présenté de plates excuses à sa dulcinée et s'était conduit en parfait gentleman le restant de la journée. Quant à elle, elle s'était engagée à ne plus le charrier sur sa peur viscérale des manèges à sensations pourvu qu'il prenne le parti de ne pas passer ses nerfs sur elle chaque fois que quelque chose n'allait pas comme il le voulait. Tout semblait de nouveau aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Toutefois… elle réprimait à chaque seconde, son envie de faire volte-face pour découvrir enfin l'identité de celui qui la suivait depuis maintenant plusieurs jours.

Elle avait beau se raisonner, tenter de se convaincre qu'elle n'était suivie que dans sa tête, elle ne parvenait pas à faire cesser cette sensation dérangeante et cela la rendait littéralement folle.

- Okay, on termine les courses et on vous attend sur le parking du supermarché alors. A tout à l'heure et, essayez de ne pas vous écharper ! plaisanta la future Mrs Wesley Graam avant de faire un signe de la main à ses amis et de s'éloigner.

Il était 20h passées, la lune s'était levée et tous les quatre étaient épuisés de leur journée. Les deux londoniens s'étaient proposés pour aller chercher la voiture et la rapprocher de la petite supérette implantée à quelques centaines de mètres du parc pendant que leurs amis allaient y faire quelques emplettes pour le dîner. Il faisait nuit depuis plus d'une heure et de lourds nuages menaçaient de déverser sur eux les trombes d'eau qui les lestaient si près de leurs têtes.

- Dépêche-toi, lança Liam qui avait quelques mètres d'avance. On va prendre quelque chose si tu continues à trainer.

La jeune femme lança un dernier coup d'œil soupçonneux par-dessus son épaule et pressa le pas. Depuis qu'ils avaient quitté Mérédith et Wesley, la sensation d'être suivie s'était amplifiée et doublée d'un pressentiment désagréable qui étreignait fortement son estomac. Elle songea avec anxiété qu'il faudrait réellement qu'elle consulte à son retour à Londres. Ses tentatives de se persuader qu'il ne s'agissait là que d'une manifestation du surmenage qu'elle subissait ces dernières semaines, ne parvinrent pas à la rassurer pour autant. Plus ils s'enfonçaient dans le parking mal éclairé, plus l'angoisse la tiraillait.

Un coup de tonnerre retentit et elle laissa échapper un cri en accélérant la cadence. Liam éclata de rire face à la réaction enfantine de sa petite amie. Elle pesta un instant et la pluie commença à tomber dru. Il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond chez elle. Un craquement dans son dos la fit se retourner brusquement… rien. Elle se mit à trottiner pour rattraper Liam, le ventre noué.

- Liam, attends-moi s'il te plait !

- Tu n'as pas l'air tranquille mon ange, lui sourit-il en lui prenant la main. C'est l'orage qui te rend nerveuse ?

Les cheveux qui gouttaient sur son front donnaient à son visage une pétulance qui la rassura quelque peu. Il avait l'air tellement serein il ne pouvait rien se tramer. Néanmoins…

- Tu n'as rien entendu ? l'interrogea-t-elle alors qu'il fouillait dans sa sacoche afin de trouver les clefs du véhicule.

La pluie Herm', la pluie, répondit-il nonchalamment sans lever les yeux.

Son cœur tomba dans sa poitrine lorsqu'elle se fit happer par le bras. Elle poussa un cri.

- Hermione!

L'individu qui l'avait mise à terre et avait chapardé son sac à main avançait à présent vers Liam. Pétrifiée, elle ne parvint d'abord pas à bouger.

- File- moi les clefs de ta bagnole ! ordonna la voix rauque de l'agresseur.

- Pas question !

Elle ne pouvait distinguer le visage de l'individu, en revanche, elle pouvait parfaitement comparer la corpulence des deux hommes et il n'était pas exagéré de dire que Liam ne faisait pas le poids.

- Donne-les-lui Liam ! le supplia-t-elle.

- Ta gueule ! lui cria l'homme. Tu ferais mieux d'écouter ta copine si tu veux pas que j'aie à me servir de ça sur elle !

Elle ne voyait pas tout ce qui se passait mais entendit le son caractéristique d'un cran d'arrêt dont la lame vient de sortir. Elle se redressa sur ses jambes.

- Non, s'entêta le jeune homme, la voix nettement moins assurée cette fois.

Elle pouvait remarquer que son regard oscillait sans cesse du visage à la main de son agresseur. Sans crier gare, il se rua sur le jeune homme et asséna un violent coup de poing contre sa tempe. Il s'écroula, laissant échapper la sacoche en cuir que l'inconnu ramassa avant d'avancer de nouveau vers lui. Cette fois, elle aperçut un scintillement argenté alors qu'il levait le bras pour frapper sa victime déjà à terre. Tout se passa en un éclair dans sa tête.

- Non ! cria-t-elle en lui sautant dessus.

En voyant que le voyou allait s'acharner sur son compagnon, elle n'avait pas réfléchi et s'était jetée sur lui, le griffant, le mordant pour qu'il s'éloigne. De nouveau elle se retrouvait à terre. A présent, elle percevait clairement chaque ligne de son visage. Il était laid, laid et repoussant. La colère ridait son front et une lueur de démence s'était emparée de son regard. Il la gifla du revers du point et sa tête heurta le bitume. Liam au sol, elle était finie : il allait surement la passer à tabac, peut-être même la tuer… c'était en tout cas ce qu'il disait. Etait-ce donc ça cette impression de se sentir observée ? Tout ça pour un sac à main et des clefs de voiture ? songea-t-elle l'esprit embrumé.

Elle ferma les yeux et rentra la tête dans les épaules quand, entre deux insultes, il leva de nouveau la main… le coup ne vint jamais. Quand ses paupières s'ouvrirent de nouveau, la silhouette massive s'écroulait à ses pieds. Elle recroquevilla ses jambes et observa quelques secondes le corps inerte, silencieuse. Son attention fut alors attirée par les pans d'un long manteau sombre qu'elle entendait claquer au vent quelques dizaines de centimètres devant elle. Ses pupilles braquées sur les jambes du pantalon noir de l'illustre inconnu qui venait de neutraliser le délinquant, elle ne parvenait pas à lever les yeux sur lui. Sans qu'elle comprenne pourquoi, son cœur manqua un battement, puis un second. Plus que de l'appréhension, elle ne POUVAIT pas se résoudre à le regarder en face. Une part d'elle-même voulait remercier son sauveur, lui sauter au cou pour les avoir sortis de là elle et son ami, mais l'autre ne voulait pas découvrir son visage. Il sembla rester devant elle une éternité, l'écrasant de sa hauteur, muet et imposant… Il la fixa longtemps, elle pouvait sentir son regard lui brûler les entrailles. Les fesses dans l'eau, trempée jusqu'aux os, elle resta figée, dévorée de l'intérieur par une sensation cuisante. Ne raisonnait à ses oreilles que le martèlement de la pluie en un bourdonnement assourdissant. Une boule dans la gorge, l'estomac noué, elle entendit ses pas s'éloigner et sa voix s'élever alors qu'il laissait tomber devant le nez de Liam les clefs de la voiture et le sac à main de sa compagne.

- C'est à toi de veiller sur elle… pas l'inverse !

La voix était grave, soyeuse… et elle réveilla dans le creux de sa poitrine des bourdonnements dérangeants, un pincement douloureux. Quand les bruits de pas se furent suffisamment éloignés, elle parvint à surmonter sa paralysie pour replacer la mèche mouillée qui lui obstruait la vue derrière son oreille. Alors elle l'aperçut… la haute silhouette effilée qui disparaissait déjà dans l'obscurité.

Hahaha, la tornade a fait une brève apparition semble-t-il. Des volontaires pour un chp' supplémentaire,?