Chapitre 1 : Si tout pouvait changer ...

Une cacophonie de sons joyeux résonnaient autour de Yoshiki. De nombreuses images déferlaient dans ses pensées, sans cohérence aucune. Des paroles se mêlaient à des accords stridents de guitare électrique. Enfin, il entendit distinctement de la musique, mais il ne pouvait en déterminer la provenance. Il ouvrit les yeux.

Tout était sombre autour de lui, et à en juger par la fenêtre ouverte, il faisait nuit noire. Le pianiste se redressa péniblement sur son séant, et porta ses mains à son visage. Il se frotta doucement les yeux pour se forcer à se réveiller. Une fois que ces derniers furent habitués à l'obscurité, il prit conscience qu'il était torse nu et a demi-recouvert d'une couverture douce et chaude. Son regard se porta instinctivement sur le côté, cherchant une table de nuit qui n'existait pas. Il finit tout de même par trouver le bouton d'une petite lampe, posée par terre près du futon sur lequel il était assis. Le changement de luminosité fut violent, mais il lui permis de lire l'heure sur la pendule accrochée au dessus de la porte en face de lui : 4 heure du matin. Alors qu'il détaillait cette pièce qu'il ne reconnaissait pas, il se demanda ce qu'il faisait ici et surtout ce qui s'était passé. Il n'avait aucun souvenir de ce qui était arrivé la veille. Il se rappelait juste d'avoir jouer du piano, et d'avoir entendu Toshi chanter... mais que s'était-il passé entre ce jour là et le moment présent ? Alors qu'il se triturait les méninges en quête d'une réponse, il prit enfin conscience que la musique qui s'élevait de derrière la porte était Forever Love couplée aux rires bruyants de deux hommes.

« Et si ce souvenir de piano... n'avait été qu'un rêve ? Pourtant, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose à ce songe... »

Il entreprit de se lever, ce qui n'était pas chose facile sachant qu'il avait l'impression qu'on lui assénait des coups de marteaux dans la tête.

« Mais qu'est ce qui m'arrive ? »

Portant une main à son front trempé de sueur, Yoshiki se traîna jusqu'à la porte d'entrée, titubant sous la douleur comme un ivrogne en plein trip. Alors qu'il l'ouvrait, il se retrouva nez à nez avec un jeune homme aux cheveux roses pétant qui le regarda d'une façon surprise. En un quart de seconde, Yoshiki se rendit compte que l'homme en face de lui portait un tablier de cuisine assortis à ses cheveux et suspendait sa main gauche dans le vide comme s'il s'apprêtait à ouvrir une porte – ce qu'il allait sans doute faire avant que Yoshiki ne le précède. Immobile comme une statue, le pianiste se demanda s'il n'était pas entrain d'halluciner. La main de l'autre finit par retomber contre sa cuisse et un large sourire se peignit sur son visage angélique. Mais où Yoshiki avait-il bien pu contempler cette mimique ?

« Mais que fais-tu réveillé, Yo-chan ? Il est tard, tu devrais retourner dormir !

Cette voix... ce doux timbre avec cette pointe d'amusement... Se pourrait-il que ?

- hi... hide ??!!

Le teint de Yoshiki vira aussitôt au blanc, et il se sentit défaillir. La douleur dans son crâne se fit plus intense encore et il ne put s'empêcher de tomber à genou par terre, les deux mains posées sur le sol, la respiration haletante. De la sueur perlait de nouveau, empruntant le chemin des quelques mèches blondes orientées vers le sol. Ne sachant tout d'abord que faire, hide mit quelques secondes avant de se précipiter sur son ami. L'attrapant par le bras, il le força à se lever et à le suivre jusque dans la pièce suivante. Là, il installa Yoshiki dans un vieux fauteuil de cuir particulièrement confortable. S'assurant qu'il n'allait pas retomber, il laissa quelques instants son ami pour aller lui chercher un verre d'eau sucré. Pour hide, ce n'était pas la première fois qu'il le voyait s'évanouir devant lui, mais il était toujours autant surprit quand cela se produisait. Yoshiki, parvenant à relever la tête, observa hide qui revenait pour s'assoir sur le fauteuil d'à côté. Il lui tendit gentiment le verre qu'il tenait entre ses mains. Yoshiki le but de bon cœur, sans se poser la moindre question. Le contact du sucre lui brula sa gorge asséchée, mais il se sentit tout de suite mieux.

- Et bien tu vois, pas la peine de se mettre dans des états pareils ! chantonna hide de bon cœur.

- Perturbé par la présence de hide sans qu'il puisse déterminer pourquoi, il ne put que le remercier faiblement avant de reposer le verre sur le guéridon installé à sa gauche.

- Veux-tu autre chose où ça va aller ?

- Ça va... mais qu'est-ce que je fais ici ? Et d'ailleurs, où est-ce que je suis ?

- Tu ne te rappelle de rien ?

- Pas que je sache, non ...

Un sillon se creusa entre les sourcils d'hide, signe qu'il était sceptique. Cela ne rassura pas Yoshiki, il était rare qu'hide ne s'inquiète sans raison.

- Je te montrerais bien les raisons de ta présence ici, mais je ne suis pas sûr que tu tienne sur tes deux jambes jusqu'à la salle de répèt'.

Ce fut au tour de Yoshiki d'être sceptique.

- Ne me regarde pas comme ça ! s'exclama hide. On dirait que tu détaille un fantôme.

- Un fantôme...

Pourquoi ce mot faisait tilt dans sa tête ? Il n'eut pas le temps d'approfondir qu'hide l'avait déjà laissé pour retourner vers la cuisine. Une bonne odeur de gâteau embaumait le salon. Les deux pièces étaient reliées par une immense entrée sans porte. Aussi, Yoshiki voyait hide faire des allers retours dans ce petit espace. La musique, bien qu'elle ne constituait plus qu'un fond sonore, tournait toujours, et c'était à présent au tour de X de résonner dans le salon. Mais pourquoi le pianiste avait-il entendu des gens rires ?

- Tu es seul ?

Il dut hausser la voix pour se faire bien entendre.

- Tu as raté Heath, expliqua hide. Il est parti il y a même pas cinq minutes.

- Ah... dommage...

Heath... pourquoi était-il dans son rêve lui aussi ? Si seulement il parvenait à se rappeler...

- Mais dis moi... comment se fait-il que tu sois encore debout à cette heure-ci ?

Cette fois-ci, hide se figea et tourna son regard vers son ami.

- Je suis insomniaque... Tu as oublié ?

- Euh...

Il ne savait quoi répondre. Il préféra donc s'intéresser à autre chose. hide se détourna pour retourner à sa tâche tandis que Yoshiki furetait dans le tas de magazines posé en pile sur le sol. Comme la douleur de son crâne semblait s'amenuiser, il décida de lire pour passer le temps. Il saisit le journal du haut de la pile et regarda la date : 2 avril 1998.

- Dis-moi hide, il est vieux le journal... Tu n'en a pas de plus récent ?

- Comment ça il est vieux... je l'ai acheté hier !

- Mais c'est impossible, nous somme le 8 mai, par le 2 avril ...

C'est à ce moment là que Yoshiki comprit ce qui n'allait pas. Il savait maintenant pourquoi il ne se souvenait de rien, il savait pourquoi voir hide lui avait fait un choc. Le 2 avril 1998... un mois avant le jour fatidique de la mort de son ami... la seule question qui subsistait était : comment Yoshiki savait-il ? Mais c'était probablement trop d'émotion pour lui, car il n'eut pas le loisir de lire plus longtemps : le vide s'empara de son cerveau et il se sentait de nouveau tomber dans un puits sans fond.

***

Quand il se réveilla de nouveau, Yoshiki sursauta. hide était assis en tailleur au niveau de sa tête et le surveillait d'un air serein.

- Enfin réveillé ? Tu passe ton temps à tomber dans les pommes dis-moi ! lança t-il

Un grommellement incompréhensible lui fit office de réponse. Le pianiste se leva brusquement, se rendant compte qu'il n'avait pas bougé depuis la veille. hide n'avait pas du avoir assez de force pour le porter jusqu'à la chambre. Il était donc resté étendu sur le sol, son ami ayant quand même pris la peine de lui mettre un coussin sous sa nuque. Il alla s'isoler dans la chambre pour s'éclaircir les idées, mais aussi pour se changer. Il était toujours torse nu, et arborait un vieux jogging en guise de pyjama. Il constata sur l'horloge qu'il était midi passé. Il n'eut pas à perdre de temps pour retrouver ses vêtements. Ils étaient posés sur une chaise près de la porte d'entrée. Il se rhabilla rapidement, puis retourna auprès d'hide dans le but d'obtenir des explications, et surtout, de quitter les lieux en sachant où aller. Une fois planté devant lui, il l'immobilisa en l'encadrant de ses deux bras posés chacun sur une épaule.

- Tu n'ira nulle part avant d'avoir mangé quelque chose, Yo-chan, décréta hide, son éternel air réconfortant fiché sur ses traits.

Cela avait le don d'énerver Yoshiki, mais ce dernier avait plus urgent à faire que de commencer une dispute. Il tenta de rester calme.

- En l'occurrence, je te tiens, c'est toi qui n'ira nulle part. Explique moi ce que je fais ici et où je suis.

Bien qu'il adopta une moue comique pour exprimer son mécontentement, hide se plia aux exigences de son ami :

- Tu es ici parce que tu n'avais nulle part où aller mon cher. Tu es chez moi, à Tokyo. Et si je t'ai amené chez moi, c'est parce que tu n'allais pas bien.

Yoshiki le dévisagea sans comprendre.

- Pourquoi n'ai-je aucun souvenir de ce qu'il m'est arrivé ?

- Je l'ignore. Mais je peux te dire que tu étais dans un état tellement incontrôlable que si je n'étais pas arrivé tu serai probablement mort.

- Qu'ai-je fais ?

hide semblait hésiter à répondre.

- Tu as une fois de plus saccagé le studio.

- Oh ...

Et pourtant, il ne s'en rappelait toujours pas.

- hide je...

- Non, ne dis rien. Ce n'est pas grave. L'essentiel c'est que tu sois encore en vie.

Mais pourquoi hide affichait-il soudain un air si triste ? Et pourquoi ses joues rosissait-elles légèrement ? Yoshiki préféra enchaîner :

- Non, ce n'est pas ça. Il faut que je t'avoue quelque chose... Tu va probablement me prendre pour un fou mais...

Une autre musique s'éleva, mais celle-ci émanait du téléphone d'hide.

- Désolé mais je dois répondre...

Un petit sourire d'excuse avant d'échapper aux bras musclés de Yoshiki, hide se précipita sur son téléphone qui traînait près de l'évier.

- Moshi moshi ? Ah bonjour chérie ... Oui... oui, il est avec moi...

Un regard en direction du pianiste indiqua à ce dernier qu'il était l'objet de la conversation. Yoshiki leva les yeux au ciel avant de récupérer son manteau qu'il aperçu accroché dans l'entrée, et de quitter l'appartement sans que hide n'ai eu le temps de le retenir.

***

Trois jours passèrent sans que Yoshiki ne prenne le temps d'appeler son ami pour le remercier de s'être occupé de lui. Ayant tout de même conservé ses anciens souvenirs, il parvint à retrouver leur studio d'enregistrement qu'il avait apparemment détruit sans l'avoir réellement souhaité. A présent, il y était, assis derrière sa batterie flambant neuve qu'il avait acheté la veille. Pour ce qui était du reste du mobilier, il commençait doucement à racheter le nécessaire. Heureusement, il n'avait pas touché aux guitares et basses. Même si X Japan, c'était de l'histoire ancienne, Heath, Pata et hide venait de temps en temps pour s'entraîner. Après tout, Yoshiki n'avait pas tourné la page, il le savait. Même sans Toshi, il avait l'espoir de reformer le groupe... Mais il n'avait pas prévu la mort d'hide, et il ne voulait pas que cela arrive. Étrangement, savoir que son ami allait mourir ne le bouleversait pas plus que cela. Et pour cause : il s'était mis dans la tête d'empêcher que cela arrive. Comment ? Il n'en avait aucune idée. Mais il fallait empêcher cela. Il n'arrivait même pas à être perturbé par le fait qu'il ai remonté le temps. En vérité, il ne se posait même pas la question de savoir comment cela pouvait être possible. C'était arrivé, et il y avait une raison. Mais il avait peur. Il avait peur et ne savait pas comment réagir. Devait-il annoncer clairement à hide qu'il allait mourir le mois prochain ? Ou devait-il tout simplement être là au moment où il faudrait le sauver ? Une chose était sûre, Yoshiki ne pourrait supporter de le perdre une seconde fois. Il tenait bien trop à lui pour cela.

Quelqu'un frappa doucement à la porte, et c'est sans attendre la réponse que la personne entra. Yoshiki releva la tête, pour voir apparaître la touffe rose de son ami. Bizarrement, hide n'avait pas l'air d'aller bien. Dès que leurs regards se croisèrent, Yoshiki sut que quelque chose ne tournait pas rond.

- Hey ! Que viens-tu faire ici ? lança le batteur.

- Je pourrais te poser la même question, murmura hide.

Étrange...

- Quelque chose ne va pas ? Tu as l'air... perturbé.

- J'aimerais que ce soit si simple.

- Vas-y, raconte.

hide s'approcha de la batterie et s'assit sur le sol aux pieds de son ami. De ce point de vue là, Yoshiki avait l'air si fort, et si calme. Rien à voir avec ce qu'il était il y a quelques jours. Mais vraisemblablement, le batteur avait l'air d'avoir tout oublié... pour de vrai.

- Dis-moi... commença hide, tu as vraiment tout oublié de ce qu'il s'est passé ?

- Combien de fois vais-je devoir te le dire ? Oui ! J'aimerais que tu m'éclaire d'ailleurs...

- Et moi j'aimerais que t'éclairer soit facile pour moi... mais ça ne l'est pas.

- Explique moi ce qui te rend si étrange...

hide dut se racler la gorge avant de poursuivre.

- L'autre fois, quand tu as tout détruit ici... Je me sens si coupable...

- Qu'ai-je fait qui ai un rapport avec toi ?

- Tu... Je... Je t'ai dit certaines choses que tu aurais préféré ne pas entendre...

hide détourna le regard, comme si pour lui c'était trop douloureux d'exprimer ce souvenir à voix haute.

- Je... je t'ai dit que...

- Que... quoi ?

Yoshiki, avide de savoir, fixait hide avec bien plus d'insistance que la normale.

- ... que je t'aimais.

Le cerveau de Yoshiki mit quelques secondes à comprendre l'information qu'il venait de recevoir. Il manqua de tomber de son tabouret, rétablissant de justesse son équilibre. Il ne savait quoi dire, il ne savait quoi penser. Tout en lui était vide, et il n'arrivait plus à rassembler ses idées.

- C'est sûrement pour cela que tu as tout détruit... Tu es parti juste après, et je t'ai retrouvé en pleine crise de rage dans cette salle... J'ignore encore pourquoi tu as réagit ainsi... Je suis tellement désolé...

La voix teintée de regret de hide avait de quoi soulever le cœur de son ami. Restant aussi neutre que possible pour ne pas le blesser, il répondit d'une voix sûre :

- C'est moi qui m'excuse. Je pense que je n'aurais pas du réagir comme cela. Mais le problème, c'est que je ne me souviens de rien. J'ai l'impression que rien n'est arrivé, que je débarque d'une autre planète. J'aimerais vraiment retrouver la mémoire... Mais je ne sais que faire...

hide chercha les yeux de son ami, et lui suggéra :

- Pourquoi pas une séance chez un psychologue ? Peut être qu'il réussirait à débloquer ta mémoire... Loin de moi l'idée que tu veuille te souvenir de ma confession ou du chaos que tu a engendré ici... Mais à partir de quand ne te souviens-tu de rien ?

Yoshiki réfléchit quelques instants.

- En vérité... Je ne me souviens pas... de certaines chose qu'on a vécue ensemble depuis ces derniers mois. Je me souviens du Last Live... mais après, je ne saurais que dire de ce qui s'est passé.

hide approuva.

- Tu me dois beaucoup d'explication en fait... rajouta Yoshiki.

- Oui, je sais. Je t'expliquerai peut être un jour. Pour l'instant, tu n'a pas l'air d'être perturbé par ce que je viens de dire...

- Je sais pas. Je ne ressens plus rien. J'ai le sentiment d'être une coquille vide.

- Et bien allons voir la personne qui saura t'aider...

Heureux d'avoir trouvé une solution temporaire à son soucis, Yoshiki décida d'écouter son ami. Il n'eut aucun mal à dégotter un spécialiste pour l'aider, et le rendez-vous était prévu pour le lendemain. Il avait peut être simplement peur de ce qu'il allait découvrir ...