Je suis ravie par l'accueil que vous avez réservé à cette fic' ! Merci beaucoup pour vos retours -j'ai l'habitude de répondre à vos reviews en fin de chapitre.
Note : pour m'assurer de la logique de mon histoire, j'ai pas mal adapté la culture naine (c'est pas vraiment fidèle à ce que Tolkien a écrit) donc ne soyez pas choqué dans la suite.
Veuillez noter également que les caractères des personnages ne seront pas exactement les mêmes que dans les films. Après tout ici, le traumatisme de Smaug et de l'exil et de la perte de sa famille n'a pas touché Thorin par exemple. Donc il ne sera pas perturbé, grognon et renfermé H24.
Bonne lecture pour ce chapitre 2 !
Chapitre 2
Frérin poussa la porte du bureau de son frère la mine grave. Thorin était en pleine discussion avec Dwalin sur l'avancée de l'entraînement des nouveaux soldats nains. Quand ils remarquèrent son air sombre, ils se turent. Frérin ferma la porte derrière lui et ne passa pas par quatre chemin.
- Le seigneur Gudrum est mort. Sa fièvre l'a emporté dans la nuit.
Thorin et Dwalin accusèrent la nouvelle sans vraiment comprendre. Gudrum était un petit seigneur qui répondait à l'autorité de Thorin. Il était chargé de la gestion et la préservation d'une toute petite partie de la bibliothèque d'Erebor. Pas que sa mort n'importa pas à Thorin, mais simplement il ne fit pas immédiatement le lien avec le problème qu'essayait de soulever Frérin.
Son frère s'approcha des deux nains pour mieux poursuivre.
- Il était sans héritier. Ses biens vont te revenir Thorin. Ainsi que sa charge.
Cette fois, le premier héritier de Thrain saisit la problématique. Dwalin percuta également.
- Thorin ne peut pas honorer ce mariage il est le futur roi !
- Crois-tu que nous l'ignorons ? siffla Frérin. Si mon père a prit tant de temps pour dénicher un nain en mesure d'épouser l'ambassadeur hobbit ce n'est pas pour que Thorin se retrouve avec ce soucis sur les bras !
Thorin leva la main pour calmer la colère et la frustration qui montait entre les deux nains. Gudrum avait été le candidat idéal. Célibataire, sans héritier et sans famille, avec une petite position et sans prétention ni responsabilité, c'était son seul titre qui avait fait de lui le nain à marier. Par soucis de décence et de ''respect'' pour le hobbit qui assurait le renouveau du commerce en Ered Luin, Thrain -à qui Thror avait délégué la tâche de s'occuper de cette affaire- avait décidé que le mariage serait avec un noble de leur race. Petit noble, mais cela le hobbit n'avait pas à le savoir.
Le problème que posait la mort de Gudrum aujourd'hui ? Chaque noble dépendait d'une maison, et ainsi de suite jusqu'à la maison royale. Le roi Thror dominait l'ensemble des plus grands clans nain. Thrain ceux qui suivaient dans l'ordre de succession. Et ainsi de suite pour Thorin et Frérin. De fait, Thrain avait déniché le profil de Gudrum en écumant les maisons nobles de ses fils -qui par leur position dans la succession aux trônes étaient responsables des maisons les moins prestigieuses.
Or, une très ancienne loi naine imposait qu'en cas de décès d'un noble sans héritier ni proche parent, tout ses titres, bien et responsabilités reviennent au membre de la famille royale dont il dépendait.
Thorin se retrouvait donc avec la charge d'un mariage qu'aucun nain n'aurait pu prévoir. En tant que prince héritier, il était inconcevable qu'il épouse quelqu'un d'autre qu'une princesse naine. Là on parlait d'un mariage avec un hobbit. Un semi-homme. Qu'il soit un homme importait peu, les nains n'étaient pas fermé à l'homosexualité. Dwalin lui même ne cachait pas son attirance pour une jeune nain scribe, un dénommé Ori. La race en revanche posait franchement problème.
Le mariage chez les nains était une institution. Il n'était pas forcément question de sentiment mais c'était un contrat inviolable. Il était impensable que ce que les hommes appelaient divorce ou séparation ait lieu chez les nains. Lier un tel contrat avec une créature inférieure aux nains était insultant aux yeux de Dwalin qui se fit un devoir de le faire savoir à ses princes.
- N'avons nous donc personne d'autre à marier ?
- Gudrum était le seul seigneur avec le profil adéquat, répondit Frérin en croisant les bras sur son torse.
- Thorin, dis quelque chose !
Comme son frère et son ami se tournaient vers lui, l'expression sévère et fâchée, le prince nain se façonna un visage de marbre.
- J'honorerai le marché si aucune autre solution n'est trouvée, dit-il gravement.
Dwalin balança ses bras au ciel, exaspéré par la droiture et l'honneur de Thorin. Ce dernier était extrêmement fâché, ne vous y trompez pas, et il fallait vraiment le connaître comme Frérin pour déceler son exaspération dans les détails. Ses poings serrés, le bleu acier de ses yeux ternis par la frustration et la colère, et le gonflement de sa poitrine.
Thorin était un nain, et un prince de surcroît. Le marier à un hobbit ? C'était une humiliation pure et simple. Sauf que cela faisait partie de ses responsabilités à présent et il ne pouvait pas y déroger par pur caprice. Même son père et son grand-père ne pourraient pas intervenir.
- Essayons de trouver un autre candidat avant l'arrivée du hobbit, proposa Frérin.
- Et comment ? railla Dwalin. Il me semble que vous avez fait le tour de tous les potentiels nains à marier.
- Cela sera toujours mieux de recommencer que d'attendre que Thorin n'ait plus le choix !
Son exclamation fut si brusque que sa voix porta jusque dans le couloir. Là, sans que les nains ne s'en doutent, s'était arrêté -par hasard- Veor, un vieil acariâtre, qui nourrissait une profonde rancœur à l'encontre de Thorin. Le nain avait tout entendu de la conversation et de la situation dans laquelle allait se retrouver son prince. À pas lent, mais décidé, il s'éloigna d'un air mauvais, obsédé par une seule volonté. Que ce mariage ait lieu. Que Thorin soit humilié par cette union avec un semi-homme et qu'il en souffre. Il ferait tout pour s'assurer que personne d'autre que le prince ne remplace Gudrum.
X
Bilbo bouillonnait intérieurement. Le voyage le rendait malade dans tous les sens du terme. Son humeur se dégradait à mesure qu'il s'éloignait de la Comté, couplé à sa tristesse qui le rendait maussade et ronchon. Seule la présence de Gandalf avait maintenu son moral à flot.
Il traînait un rhume depuis les quatre jours de pluie sous lesquels ils avaient été forcés d'avancer, à travers les forêts boueuses de l'Ârnor jusqu'à Bree. Ils avaient dépassé Amon Sûl avec les premières chutes de température et faisaient route vers Mirkwood malgré le temps couvert.
Pour Bilbo, la vie sur la route était éreintante. Il regrettait son lit douillet aux draps soyeux qui sentaient la lavande. Il était las des caillasses qui lui rentraient dans les côtes, de l'inconfort de sa couverture de fortune ou encore du peu de chaleur offerte par le feu de camp le soir. Chaque jour, il passait la moitié de la route à regretter son smial, et l'autre à jurer après les nains qu'il jugeait responsables de son malheur. Et par les nains, il ne visait que les décisionnaires de sa ''condamnation'' et non son escorte.
Il appréciait beaucoup les trois nains avec qui il voyageait. Bofur semblait toujours de bonne humeur, le sourire aux lèvres sous ses longues moustaches tressées. Après le dîner, souvent quand ils étaient tous autour du feu, il tirait sa clarinette de son sac et jouait quelques airs, accompagné aux percussions par Bombur. Parfois Bifur sortait aussi sa clarinette, mais plus souvent, il chantait quelques vieux chants nains, en khuzdul. Bilbo avait d'abord été un peu effrayé par ce nain là, tant il était imposant. Où était-ce le morceau de hache planté dans son crâne qui le rendait si intimidant ? Alors qu'en réalité, mis à part sa fâcheuse manie à parler en khuzdul, et uniquement en khuzdul, il était bienveillant et attentif au bien-être des autres. De fait, si une chose avait été positive dans ce voyage, c'était les progrès en langue naine de Bilbo. Il ne l'avait certes pas mentionné aux nains, mais quand ces derniers conversaient dans la langue de leurs ancêtres, il était attentif, alerte, assimilant tous les mots, les expressions et les accents. Il absorbait tous les détails de cette langue avec facilité. Il était maintenant capable de suivre leur discussion sans problème. Rien que l'écoute l'avait fait progresser de manière renversante.
- Et pour les forges, voulut savoir Bilbo. Comment faites-vous pour que le feu ne s'éteigne jamais ?
Bofur tira sur sa pipe avec un sourire ravi. Depuis quelques jours, le hobbit s'était montré très curieux sur le fonctionnement d'Erebor. Les nains qui l'escortaient avaient d'abord craint qu'il ne soit que morosité vu sa mine déconfite au sortir de la Comté. Mais, même la séparation avec Gandalf aux alentours de Foncombes, qui avait assombrit le hobbit, n'avait pas enraillé ses questions.
Bofur, qui dans un premier temps s'était demandé comment ils allaient pouvoir faire route et se supporter pendant des semaines, avait vite ravisé son jugement. Bilbo avait un esprit vif et éclairé. De sa bouche ne sortaient que des questions ou des constats pertinents qui impressionnaient chaque jour les trois nains. C'était flatteur et à la fois très agréable d'avoir un érudit à qui parler. Bofur se fit une joie d'expliquer le fonctionnement des forges à Bilbo.
Ils avaient dépassé les monts Brumeux depuis plusieurs semaines maintenant et le voyage tendait sur sa fin. Bilbo n'était pas mécontent de le savoir. Il en avait assez de patauger dans boue, d'être assis en permanence sur une selle, de subir les pires intempéries -qui n'étaient pas pire que les ronflements de Bombur-, ou encore de passer d'une allégresse sincère à une dépression difficile à refouler quand il repensait à la Comté, à Baggend, au marché, à son banc au soleil, à la chaleur de sa cheminée et au confort de son fauteuil et ses livres. Sans oublier Rosie-Posie. La mort dans l'âme à chaque fois qu'il repensait au baiser qu'elle lui avait accordé, il se fustigeait mentalement, furieux de n'avoir jamais osé se déclarer. Il ne serait pas empêtré dans ce voyage s'il avait eut la courage de dire trois mots à la jolie hobbit. ''Je vous aime''. Ce n'était pas si compliqué.
C'était encore plus rageant en sachant qu'au terme de ce mariage il épouserait une naine dont il ignorait tout. Dans une cité légendaire dont il ignorait tout -et qui, selon les descriptions de Bofur était souterraine. Génial, tout ce que Bilbo avait apprit à craindre depuis l'enfance. Finir sa vie sans être amoureux et être enfermé. Il priait pour que sa future épouse soit à l'opposé des clichés nains et qu'elle ne lui mène pas la vie difficile. À la limite, il préférait être ignoré.
Il était loin de se douter qu'à Erebor, le prince Thorin devait se résoudre à l'épouser.
X
Malgré les efforts de son père et de son frère, ils n'avaient pas su débusquer un nain qui puisse remplacer le seigneur Gudrum. L'ambassadeur hobbit arriverait avec les premières neiges et rien ne repousserait le mariage. L'humeur de Thorin était de plus en plus acre. Si l'information avait fuité, par Thorin ne savait quel moyen, et que le peuple entier était à présent au courant des futurs épousailles de leur prince, aucun nain ne commettrait l'imper d'oser aborder le sujet devant le dit prince. Encore moins pour le féliciter.
Pourtant, le peuple et la plupart des nains qui connaissaient à peine le prince se réjouissaient de cette nouvelle. Avec la plus grande innocence, ils interprétaient la résignation forcée de Thorin comme une marque de dévouement sincère pour leur peuple et ne l'adoraient que plus encore. C'était bien la seule chose positive que Thorin pouvait en tirer. Mais à présent, impossible de revenir en arrière. C'était d'ailleurs le sujet de conversation que son grand-père avait voulu aborder en faisant le déplacement jusqu'à la salle d'entraînement de la garde royale où Thorin se déchaînait en une violente colère, à faire pâlir ses compagnons d'armes.
Il asséna un puissant coup d'épée sur le bouclier de Nori qui vacilla sous le choc. Le nain pivota de justesse pour esquiver un nouvel assaut de son prince puis se fendit pour lui porter un coup. Thorin dévia aisément la lame avec la surface de son bouclier, et d'un jeu de jambes habile, se rapprocha au plus près de son ami pour le désarmer. L'épée de Nori fila dans l'air pour mieux retomber à plusieurs mètres d'eux. Thorin resta immobile un instant, les yeux plantés dans ceux de l'autre nain, sa lame sur sa gorge, son autre main l'empêchant de répliquer. L'effort physique les avaient mit à bout de souffle et chacun tentait de contrôler sa respiration. Un sourire se dessina sur les lèvres de Nori que Thorin imita bien vite.
- Votre rage vous rend plus vif mon prince, dit Nori sans craindre d'agacer celui qui tenait sa vie au bout de son épée.
- Tant qu'elle ne l'aveugle pas ! se moqua Dwalin depuis sa place contre un mur.
Thorin libéra Nori et agrippa son avant bras dans un salut viril.
- Tes progrès sont également fulgurants mon ami, assura Thorin à son adversaire.
Nori s'inclina respectueusement en recevant le compliment.
- Allez, vous autres, en piste, ordonna Dwalin en se redressant. Ce n'est plus l'heure d'admirer votre prince ! Montrez vous digne de lui !
Le groupe de nain auquel il s'était adressé s'égosilla en un cri d'approbation et se ils se dispersèrent dans la salle par duo pour s'affronter. Dwalin passait entre chaque pour commenter la position d'un tel, la prise d'un autre ou encore le mouvement de certains. Nori et Thorin désertèrent la piste d'entraînement pour rejoindre Balin qui était confortablement adossé à une table couverte d'armes en bois. Le nain offrit une gourde pleine d'eau fraîche à son prince qui s'en saisit en le remerciant d'un signe de tête. Thorin but à grande lampée, se délectant de la fraîcheur du liquide.
- C'était un beau combat, félicita Balin. Mais je crains que vous n'étiez pas totalement à ce que vous faisiez Thorin.
- J'étais très sérieux, contra le nain en faisant grise mine.
- Nous savons tous que vous auriez pu désarmer Nori plus aisément, sans offense mon ami.
L'intéressé secoua la tête en souriant, pas le moins du monde insulté. Thorin en revanche n'était pas ravi par le commentaire.
- Qu'insinues-tu ? Que j'aurais été moins appliqué ?
Balin ouvrit la bouche pour répondre mais sa réplique lui fut enlevée.
- Tu n'étais pas totalement à ce que tu faisais.
Thorin ferma les yeux en reconnaissant la voix de Thror. Il prit sur lui et se retourna pour faire face à son grand-père.
- En combat réel, cela aurait pu te coûter cher, asséna le roi sous la montagne.
- C'est bien pour cela que nous nous entraînons chaque jour, répondit Thorin. Pour palier à ce genre de… confusion.
D'un geste de la main, Thror congédia Balin et Nori qui s'éclipsèrent aussitôt.
- Marche avec moi, proposa Thror en s'éloignant.
Thorin suivit le roi hors de la salle d'entraînement, en récupérant ses affaires au passage. Thror fit une halte à un balcon, percé dans la roche, d'où il avait une vue imprenable sur le secteur dédié à l'entraînement des gardes. Thorin s'arrêta près de lui et contempla l'agitation qui régnait au-dessous.
- Quels sont tes sentiments Thorin ?
La question de Thror résonna aux oreilles du prince avant que ce dernier ne l'analyse et ne cherche une réponse.
- Je t'ai vu te battre, et je sais que tu es tourmenté, continua le roi.
- Je- ce n'est rien, promit Thorin.
Thror se tourna vers lui, grave, et posa sa main sur son épaule.
- Avant d'être ton roi, je suis ton grand-père. Je t'ai pris dans mes mains alors que tu n'étais pas plus gros qu'un caillou, voilà 195 ans. Je te connais mon garçon. Tu es contrarié.
Thorin soupira lourdement.
- Je le suis, mais je ne peux me plaindre.
- Le mariage, devina Thror.
Thorin haussa les épaules.
- Je sais que ce n'est pas la fin du monde, mais… un hobbit ? J'ai de quoi être contrarié.
Thror eut un sourire compatissant.
- Dis toi que ce n'est qu'un mariage. Ce n'est pas comme si tu allais devoir converser avec lui.
Thorin arqua un sourcil. C'était vrai, mais affreusement loin de l'idée qu'il s'était fait du mariage. Il avait toujours su qu'il n'aurait pas droit à l'amour, dû à sa position de prince, et qu'avec un mariage arrangé, il ne pouvait pas en attendre autant. Il s'était fait une raison. Il ne regardait plus les nains ou les naines qui partageaient parfois sa couche avec une arrière pensée autre que le besoin d'assouvir ses envies sexuelles.
- Je le fais pour notre peuple, j'en suis conscient, assura-t-il.
Thror le lâcha pour mieux se pencher et admirer la garnison en contre-bas.
- Tu n'auras qu'a le parquer dans ses appartements et l'oublier, se moqua-t-il. Les hobbits ne vivent pas vieux comparés à nous.
Thorin grimaça. Il ne souhaitait pas la mort de son futur époux mais son grand-père avait raison, ce n'était qu'une question de temps. Il n'aurait aucun attachement pour cette créature et donc aucune raison de se la coltiner.
- Nous poursuivrons notre vie comme nous l'avons toujours fait, en nous assurant de son confort, termina Thror en s'écartant. Il est notre valeur d'assurance pour l'économie des Ered Luin, nous devrons quand même le considérer à ce titre.
Thorin croisa les bras sur sa poitrine, mutique, et acquiesça. Sur le point de disparaître, Thror lança une dernière information à son petit-fils.
- Nous ne ferons pas non plus de cérémonie, si cela peut te rassurer. Je ne souhaite pas que tu vives un tel affront. Nous lui ferons signer les papiers dès son arrivé et tu seras libre de disposer de lui à ta guise.
La poitrine de Thorin se souleva de soulagement à cette nouvelle, bien qu'il n'en laissa rien paraître. Il remercia silencieusement son grand-père. Aussitôt marié au hobbit, il le parquerait dans des appartements loin des siens et aurait à cœur de l'oublier.
X
Bilbo fut parcourut d'un frisson atroce qui le tira de son sommeil. Il se redressa sur sa couche de pierre et scruta l'obscurité qui régnait. La nuit était sans nuage et sans lune. Seul les braises mourantes de leur feu de camp lui permettait de deviner les formes qui l'entouraient. Une émotion amère l'avait tiré du sommeil et il se savait bien incapable de se rendormir à présent. Il se leva, se dépêtra de son plaid et chercha à faire quelques pas.
- Maître Baggins ? l'appela Bofur.
Le hobbit sursauta, et fit volte-face à la recherche du nain.
- Par ici, droit devant vous, chuchota ce dernier.
- Je ne vois rien, siffla Bilbo. Comment m'avez-vous repéré ?
Un rire candide lui répondit alors qu'il entamait à tâtons une avancée dangereuse.
- Les nains ont une très bonne vue dans l'obscurité. Venez, tendez votre main.
Bilbo obéit, et Bofur le trouva sans effort. Il ferma ses grosses paluches sur la main frêle du hobbit et le tira jusqu'à lui. Ils s'assirent sur le tronc qui leur avait servit de banc pendant le dîner et Bofur lâcha Bilbo.
- Vous n'aviez plus sommeil ? interrogea-t-il.
Bilbo qui commençait à s'habituer aux ténèbres secoua la tête.
- Et vous ?
- C'est mon tour de garde.
Bilbo soupira un ''ha'' loin d'être surprit, puis fixa un point devant lui, attendant que ses pupilles terminent de s'accommoder à la nuit.
- Nous arriverons à Erebor dans quelques jours, rappela soudain Bofur.
Bilbo pâlit. Il se demanda si le nain pourrait le remarquer avec sa vue perçante.
- Que ferez-vous une fois là-bas ? voulut-il savoir.
Il sentit plus qu'il ne vit Bofur hausser les épaules.
- Je rouvrirais mon commerce de jouet, supposa-t-il. Et… peut-être que je prendrais mon courage à deux mains.
Bilbo tourna la tête vers lui, intrigué. Lancé, Bofur se racla la gorge et baissa d'un ton.
- Voyez-vous maître Baggins, je connais une naine pour qui mon cœur se languit depuis bien des années.
Bilbo fut tout ouïe. Il n'avait jamais entendu dire que les nains pouvaient être amoureux. Pas que ce soit inconcevable, au contraire, il avait découvert depuis le début de son voyage que les nains étaient de bons vivants, d'agréable compagnie et très sentimentaux, à défaut d'être démonstratifs.
- Quel est son nom ?
- Moradrina.
Bilbo trouva le prénom décidément bien joli.
- Et partage-t-elle vos… sentiments ?
- C'est bien le problème, soupira tristement Bofur. De cela je n'arrive pas à être certain. Avant mon départ pour les Ered Luin, elle m'avait laissé espéré, mais… cela fait 2 printemps maintenant. Je crains de ne pas avoir conservé ses faveurs.
- Ne dites pas cela, lui interdit Bilbo. Si vos intentions sont sincères et votre cœur méritant, elle n'aura pas pu vous oublier.
Bofur eut un petit rire qui souleva ses épaules, faisant cliqueter sa cote de maille sous ses tuniques de voyage.
- Êtes-vous un expert en relation amoureuse maître Baggins ?
- Certes non, admit Bilbo, mais nous les hobbits sommes très sensibles aux voix du cœur. En Comté, aucun mariage n'est célébré sans véritable amour-
Bilbo se tut, coupant sa tirade de lui-même. Il était bien loin de la Comté. Il baissa tristement la tête en se rappelant de son propre sort à venir. Bofur dut le deviner -et aisément- car il reprit avec compassion.
- Vous vous plairez à Erebor, promit-il.
- Vous reverrais-je une fois arrivé ? s'étonna Bilbo.
- Assurément mon ami, sourit Bofur. Si cela vous convient.
Bilbo se sentit soulagé. Il n'aurait jamais cru appeler un nain ami, mais il était heureux que Bofur le voit comme tel. Il s'empressa de répondre.
- J'en serais ravi.
Un court instant de silence suivit, puis Bofur reprit la parole.
- Puis-je me permettre une question, sans doute très personnelle maître Baggins ?
- Je vous écoute, l'invita Bilbo.
- Cette hobbit qui vous a salué à notre départ de la Comté… vous l'aimez n'est-ce pas ?
La bouche de Bilbo s'assécha alors qu'il cherchait ses mots. Il hésita par deux fois avant de réussir à prononcer une phrase cohérente. Et sincère. Le pendentif de Rosie-Posie pesait lourd autour de son cou.
- Au moins aurais-je connu l'amour, supposa-t-il.
Bofur répondit d'un ton hésitant.
- Je suis navrée qu'on vous ai arraché à elle.
Bilbo haussa les épaules. Il était triste, ravagé même, mais depuis le début du voyage il avait apprit à taire ses sentiments, à les enfouir et à en faire le deuil.
- Je sais ce que représente mon mariage à Erebor, dit-il en s'étirant les jambes. Je le fais pour la Comté que j'aime, pour Rosie-Posie également.
- Rosie-Posie, répéta Bofur. C'est charmant.
Oui, ça l'était pensa Bilbo. Soudain prit d'une cruelle envie de pleurer, il se leva précipitamment.
- Je vous souhaite la bonne nuit Bofur. La route sera longue demain.
- Bonne nuit maître Baggins. Reposez vous, nous y sommes presque.
Le cœur de Bilbo rata un battement en décelant une certaine joie dans le ton du nain. Alors que pour l'un il s'agissait de rentrer chez lui, pour l'autre, c'était le début de sa condamnation.
X
Erebor, place forte de Thror, la cité sous la montagne. Un des royaumes de Rhovanion, la Montagne Solitaire. Située au Nord-Est de la Forêt Noire, ce pic isolé dominait une vaste étendue de plaines et surplombait un immense lac traversé par le Celduin, qui prenait sa source dans la montagne. Bilbo avait eut à cœur d'étudier sa future demeure durant son voyage. À présent qu'il la contemplait, il ne pouvait qu'être soufflé par la magnificence du royaume. Bofur lui avait expliqué que les premiers nains sous la montagne avait creusé profondément dans des caves et des halls pour former la cité souterraine et établir le Royaume sous la Montagne. Les richesses minérales étaient infinies et les gisements de pierres précieuses, de mithril, et d'or assuraient la prospérité et la longévité d'Erebor.
Ils parvinrent aux grandes portes en début d'après-midi sous un ciel gris, lourd, prêt à exploser. Bilbo n'osait plus parler à mesure que les échos de la cité naine lui parvenait. La façade de la montagne dans laquelle se découpaient les murailles et les portes passés un pont-levis, était taillée et sculptée avec une finesse et une esthétique naine parfaitement extraordinaire. Bilbo se sentit bien petit face à la gloire qui suintait rien que de l'entrée de la montagne.
Il entendit un nain annoncer leur arriver en khuzdul, puis Bofur d'alpaguer un des gardes qui venait à leur rencontre. Il était plutôt petit pour un nain, doté d'une superbe barbe blanche, légèrement recourbée. Son nez proéminent contrastait avec ses petits yeux vifs. Bilbo descendait à peine de poney, dans les écuries qui jouxtaient l'entrée du royaume, au sein de la montagne, que le nain s'avança vers lui.
- Salut à vous Bilbo Baggins. Je suis Balin, pour vous servir.
- Bonjour, répondit le hobbit un peu intimidé.
- Oh il fait encore bon mais il va neiger dans la nuit, assura Balin en scrutant le ciel par une des fenêtres des écuries.
Bilbo haussa un sourcil, pas certain de comprendre.
- Avez-vous fait bon voyage ? s'enquit le nain sans attendre.
- Heu- oui, tout à fait, assura Bilbo.
- Tant mieux tant mieux. Puis-je vous conduire auprès du prince ?
Il ne laissa pas le temps à Bilbo de répondre et se décala pour lui indiquer d'avancer le premier. Prit de court et légèrement surprit, le hobbit hésita. Il jeta un coup d'œil à Bofur, Bifur et Bombur qui déchargeaient leurs poneys. Bombur capta son regard et lui adressa un salut de la main.
- Nous nous reverrons maître Baggins. Ne tardez pas !
Bilbo hocha la tête, jeta son sac à dos sur son épaule, et de bonne grâce suivit Balin dans les entrailles d'Erebor. Sur son passage, les nains se retournaient, le dévisageaient. Certains se permettaient des commentaires. Bilbo avait tout de même soigné sa tenue -il portait sa plus belle chemise et son meilleur veston-, mais le voyage avait tiré ses traits et son manteau rouge avait souffert des intempéries. Il en était d'ailleurs bien agacé.
Il suivit d'un bon pas Balin qui le conduisait à travers des corridors et des salles, parfois vides et parfois occupées par quelques nains au travail. Bilbo avait été prévenu qu'à Erebor la terre remplaçait le ciel. Les rues, les marchés, les maisons, le palais, tout était enterré. Telle une toile d'araignée, des passerelles reliaient des salles suspendues, des halls portés par des pics au-dessus du vide, et loin au-dessous, dans les profondeurs, taillés dans la roche, se découpaient escaliers et habitations, sculptés avec une grande complexité et une finesse propre aux nains. Balin lui parlait du royaume et lui expliquait étape par étape chaque lieu visité. Bilbo devait avouer qu'il n'avait jamais vu pareille magnificence. Sitôt passé une salle qu'il pensait plus prodigieuse que la précédente, sitôt il se retrouvait dans une nouvelle dont le lustre était ostentatoire.
- Ainsi, vous n'aurez pas l'occasion de rencontrer ni le roi Thror ni le prince Thrain, rappela Balin en descendant un escalier carré. Des affaires plus urgentes requiert leurs attentions. Leurs majestés ont confié la responsabilité de l'essor économique des Ered Luin par la Comté au prince héritier Thorin.
- Thorin ? répéta Bilbo qui était familier à ce nom. Le Thorin Oakenshield ?
- Sa réputation serait-elle parvenue jusque dans vos contrées ? s'étonna Balin.
Bilbo hocha la tête. Thorin Oakenshield était le prince nain qui avait reconquis Khazad-Dûm -la Moria. Il l'avait arraché après une bataille sanguinaire contre l'orc pâle, Azog le profanateur, et avait permit au peuple nain d'y prospérer à nouveau. Son courage et sa valeur en tant que guerrier était louée et respectée même chez les autres peuples de la Terre-du-Milieu. La preuve, même un hobbit comme Bilbo était familier à ce nom.
- Votre prince est aussi populaire que célèbre, expliqua-t-il. Les nains qui traversent la Comté chantent ses louanges. L'avez-vous déjà vu ?
- Il est mon prince, mais aussi mon ami, s'amusa Balin, pas peu fier du renom de Thorin.
Bilbo lâcha un petit ''ha'' impressionné et se laissa conduire dans un dédale d'escaliers alors que Balin en rajoutait une couche à propos de la valeur de Thorin, et ce jusqu'à une grande salle, creusée à même la montagne. Les murs étaient parés de longs étendards aux couleurs des Durin. Une frise, taillées dans la roche, décrivait la construction de la cité. Bilbo fit un tour sur lui-même, éblouit. Il termina d'admirer la décoration et se dépêcha de rejoindre Balin qui l'attendait, en le couvant d'un regard bienveillant. Le nain s'était arrêté à la table carrée en bois de chêne qui trônait impérieusement au centre de la pièce. Un registre avait été ouvert dessus, auquel jouxtait une plume et un encrier.
- Ils ne vont plus tarder, assura Balin.
- Qui ? voulut savoir Bilbo, anxieux.
La réponse lui vint en image. Avec la majesté qui incombait à leur rang, Thorin et Frérin entrèrent à leur tour dans la pièce, suivit d'un nain scribe. Bilbo n'eut pas besoin d'un schéma pour comprendre que Thorin était le prince qu'avait mentionné Balin. Après tout, il le portait autant sur son visage que dans ses vêtements.
Il était vêtu d'un costume traditionnel nain richement cousu et parsemé de fils d'argent. Les broderies qui agrémentaient le tissus d'un bleu nuit soulignait son appartenance à la famille royale. Sous ses tuniques, maintenues par une ceinture de fer ornée dont la boucle était composée de carrés superposés de façon géométrique, Bilbo entrevit une chemise d'un bleu plus clair qui devait être le dernier rempart avant la musculature si bien entretenue du prince -laquelle Bilbo n'avait pas moyen de la deviner.
Thorin avait rabattu sur ses épaules un manteau d'un bleu bien plus sombre, également brodé, et couvert ses avants bras de bracelets de force en métal brillant. Ses bottes claquaient sur le sol à chaque pas résolu qu'il faisait. Ses cheveux ébènes étaient libres, coulant sur ses épaules, excepté deux mèches tressées derrière ses oreilles. Sa barbe parfaitement taillées soulignait un menton affirmé et une finesse de visage qui surprit Bilbo. Mais ce fut sont regard qui déstabilisa le plus le hobbit. D'un bleu acier, ses iris semblaient couver une tempête que Bilbo était sûr de ne pas vouloir déclencher.
Frérin qui marchait juste à coté de son frère, était son portrait craché, un brin plus jeune Il était aussi richement paré, bien qu'il soit plus porté par les tons pourpre et or. Bilbo se sentit bien ridicule face à ces deux nains qui étaient si… princiers.
- Bilbo, permettez-moi de vous présenter Thorin et Frérin, fils de Thrain, fils de Thror roi sous la montagne, princes héritiers du royaume d'Erebor.
Bilbo envisagea de parler, puis préféra plutôt effectuer une courbette maladroite. Il n'était pas certain de pouvoir parler sans autorisation. Sa politesse de hobbit lui intimait d'attendre que ses hôtes s'adressent à lui les premiers. Ce que ni Thorin, ni Frérin ne fit.
- Tout est prêt ?
- Tout est là votre majesté, indiqua le nain scribe en désignant la table à Thorin. J'ai fais porter le registre aussitôt l'arrivée de… du maître hobbit annoncée.
Bilbo plissa les yeux, relevant que le nain n'avait pas trop su comment le désigner. Thorin s'avança vers la table, se saisit de la plume qu'il trempa dans l'encre et signa en bas de la page du registre sans attendre. Puis il recula et tournant le dos à Bilbo sans lui accorder un regard.
- Bilbo, si vous le voulez bien, c'est à vous de signer, informa Balin en lui tendant la plume.
- Ha, heu, oui oui.
Bilbo s'avança vivement, prêt à se confondre en excuses et signa là où Balin le lui indiqua sans prendre le temps de lire le titre de la page. Pourtant, s'il l'avait fait, il aurait attendu avant d'écrire son nom de sa plus belle écriture. Le nain scribe vérifia que tout était en ordre puis se tourna vers ses princes.
- C'est officialisé, déclara-t-il.
Thorin hocha gravement la tête. Bilbo en profita pour lire quelques lignes du registre. C'était évidement écrit en khuzdul, et le hobbit mit un instant avant de traduire les premiers mots. D'un coup il percuta.
- Excusez-moi, dit-il timidement en pivotant vers Balin et les princes qui dialoguaient en ignorant totalement sa présence. Loin de moi l'idée d'être impoli, mais ce que je viens de signer…
- Le contrat de mariage ? le coupa Frérin.
- Oui, à ce propos, continua timidement Bilbo. Qu'en est-il-
- Vous venez d'épouser le prince Thorin, annonça Frérin -coupant à nouveau la parole à Bilbo qui prit sur lui pour ne pas le faire remarquer.
La nouvelle était bien trop rude pour qu'il s'appesantisse en question de bonnes manières. Bilbo papillonna des yeux, accusant le coup. Il n'avait pas les mots. Lui qui d'ordinaire n'hésitait pas à donner son avis, il était bien trop choqué pour piper mot. Le scribe referma sèchement le registre et l'emporta en quittant la salle.
- Vous voilà citoyen d'Erebor, ajouta Balin. C'est un grand honneur et aussi une première, vous savez.
- J-je… excusez ma question, là encore, je crains de ne pas vous suivre, bredouilla Bilbo. Je ne peux pas épouser un prince.
Et par là, Bilbo indiquait qu'au-delà du titre, c'était le sexe de Thorin qui lui posait problème. Il n'était pas étranger au concept d'homosexualité, mais en Comté, ça n'était pas courant.
- C'est ce que vous venez de faire, informa Balin avec un certain amusement dans la voix.
Thorin choisit ce moment pour faire un commentaire peu agréable en khuzdul.
- Il fait plus épicier qu'ambassadeur.
Sa remarqua amusa beaucoup les deux autres nains qui gloussèrent sans se soucier de ce que pouvait ressentir Bilbo. Or, ce dernier, fatigué par son voyage, et peu réceptif à la surprise qu'il venait d'avoir, sentit sa poitrine gonfler et sa langue se délia subitement.
- Que sa majesté me pardonne, je n'avais pas exactement eut l'information que je devais l'épouser à peine arrivé. Je n'ai pas ordonné mon apparence pour lui seoir.
Son khuzdul parfait figea les trois nains. Thorin parvint à dissimuler sa surprise alors que ses yeux menaçaient de s'agrandir, tandis que Frérin ouvrait la bouche dans un ''oh'' étonné. Balin esquissa un sourire ravi malgré le choc.
- Cependant, si sa majesté souhaite me qualifier d'épicier, qu'elle ne craigne pas de m'offenser, poursuivit ironiquement Bilbo en serrant les poings. En Comté c'est un métier tout à fait respectable qui assure la subsistance à de nombreux hobbits.
- Vous parlez le khuzdul, s'étonna Frérin, un peu impressionné.
Bilbo haussa les épaules. Il n'allait pas se laisser amadouer par les yeux de biches que lui adressait le prince. Surtout pas vu son impolitesse.
- Quelques rudiments. Assez pour recevoir une insulte semble-t-il.
Thorin serra les dents. Cet imprévu était loin de lui plaire. Il ne pouvait pas se permettre de vexer le hobbit à peine arrivé. En d'autres circonstances il s'en serait moqué, mais puisque l'économie des Ered Luin dépendait de cet affreux mariage, il devait faire bonne figure. Il croisa ses bras sur sa poitrine dans une posture intimidante et fixa Bilbo. Le hobbit sentit son assurance décroître face au regard assassin du prince.
- Attendez-vous des excuses ?
- Allez-vous m'en adresser ? ricana Bilbo amère.
Il n'était pas dupe. Il avait cerné le genre de nain qu'était Thorin dès qu'il avait ouvert la bouche. Fort de son statut, il était pétri d'orgueil et méprisant.
- Je vous en présente, s'arracha Thorin en se convainquant qu'il le faisait pour son peuple.
Heureusement que seul Balin et Frérin étaient encore présent. Il n'aurait supporté cet affront devant aucun autre nain. Dans aucune autre circonstance il n'aurait présenté des excuses à une créature aussi ridicule. Bilbo hésita à s'entêter dans sa colère, déstabilisé par la facilité avec laquelle Thorin venait de plier.
- Balin va vous montrer vos appartements, indiqua le prince.
Il fit demi-tour et s'éloigna sans un regard de plus. Frérin salua Balin -et uniquement le nain-, et trottina pour rattraper son frère. Une fois à sa hauteur, il cala son rythme de marche au sien.
- Il est moins laid que je ne l'aurais pensé, fit-il remarquer innocemment.
Thorin ignora le commentaire. Il n'avait pas vraiment détaillé le hobbit. Il avait juste noté qu'il était sale à cause du voyage et que son insolence était fort désagréable. Pas qu'il prévoit de passer du temps avec lui, mais si jamais il le devait, il prendrait soin de mater cette créature pour qu'elle le respecte comme elle le devrait.
- Son petit accent avait un quelque chose d'adorable tu ne trouves pas mon frère ? questionna
Frérin. Il n'a pas écorché un seul mot pour autant.
Thorin laissa échapper un grognement contrarié. Ça aussi c'était désagréable. Cela donnait une valeur ajouté à ce dégouttant hobbit.
- Autant mettre à profit le fait qu'il parle notre langue, répliqua-t-il en se rappelant la bibliothèque dont il avait la charge depuis la mort de Gudrum. Ça reste un atout non négligeable.
Frérin hocha la tête, bien d'accord avec son frère.
X
Balin avait abandonné Bilbo après s'être assuré qu'il n'avait besoin de rien. Les appartements où il avait été conduit étaient rustiques, très différent du smial auquel le hobbit était habitué. Au fin fond d'un labyrinthe de couloir, la suite de l'ambassadeur était néanmoins commode. Passé la lourde porte en bois qui ne laissait filtrer aucun bruit, on descendait quelques marches pour se trouver dans un petit salon soutenu de deux piliers massifs. Une cheminée au foyer crépitant réchauffait et éclairait l'obscure demeure. Tous les murs étaient décorés de frises naines d'une grande beauté et d'une finesse comme seul les nains savaient orner leurs salles.
En tournant vers la droite, on passait une autre porte moins lourde, qui donnait sur des bains taillés à même les murs. Une cascade continue d'eau chaude alimentait les bassins. Balin avait expliqué à Bilbo que l'eau remontait directement des entrailles de la montagne. Une petite partie était détournée pour les besoins quotidiens des nains alors que le reste ressortait en cascade à la surface pour former le Celduin. L'eau détournée était à nouveau séparée en deux. Une portion était chauffée par le système de canalisations et servait à tous les besoins hygiéniques du peuple sous la montagne, tandis que l'autre, fraîche et savoureuse était dévolu à l'alimentation, entre autre.
En pivotant vers la gauche en entrant, on embrassait le reste du salon qui fusionnait avec la chambre. De nouvelles marches menaient à un grand espace carré. Dans un coin s'étendait le lit, à peine plus haut que le niveau du sol, mais composé de plusieurs matelas, et couvert de draps et de fourrures luxueuses. À ses pieds, plusieurs coffres étaient disposés en forme de U et débordaient de cadeaux de bienvenu. Bilbo pouvait reprocher aux nains leurs caractères, ils étaient irréprochables en terme d'accueil matériel. Balin avait été très fier de lui indiquer que ces multiples cadeaux étaient son trousseau de mariage de la part de la famille royale. Il était invité à ne porter que ces vêtements dans le futur, à présent qu'il était l'époux du prince héritier.
Bilbo grimaça en repensant à Thorin, les mains plongées dans les tissus précieux et les parures raffinées. Il n'avait pas l'intention d'être une vitrine pour ce nain au sale caractère. Une fois que Balin eut prit congé, il se laissa tomber sur le bord du lit et contempla sa prison. Car oui, c'était le nom qu'il donnait à ces incroyables appartements. Quand bien même on le traitait avec égard, il n'avait pas l'impression d'être le bienvenu en ces lieux. Il se recroquevilla sur lui même en invoquant Baggend et la détresse accumulée depuis son départ de Comté força ses dernières barrières. Dans l'obscurité de sa chambre, ses joues se couvrirent de larmes et sa voix se brisa sans que personne ne l'entende.
La rencontre de Thorin et Bilbo a été pus tôt que prévu ? En sois, je suis tellement frustrée dans les fics quand les persos mettent 3000 chapitre à se rencontrer que je ne voulais pas de ça ici.
Réponses à vos reviews :
Elementaire : Merci pour ton message et pour ton enthousiasme ! J'espère réussir à respecter les personnages tout du long mais c'est peu probable vu que nous sommes quand même dans une fanfic' :/ je ferai de mon mieux quand même !
Moony's Words : Hé bien je ne m'attendais pas à ce mot rempli de bonnes ondes :') merci beaucoup, ça m'a beaucoup touché ! La réaction de Bilbo rapport à son ''époux'' va se faire par étape mais je n'en dis pas plus :3 J'espère que tu aimeras la suite de cette histoire !
DidiineOokami : Oh que oui héhé... les nains sont pas prêt pour ce que Bilbo va leur faire subir
Hachi Osaki : Merci pour ton enthousiasme ! Je n'ai pas voulu trop raconter le voyage au final, puisque je souhaite me concentrer sur la vie de Bilbo à Erebor et pas réécrire un voyage inattendu. Finalement, Thorin et Bilbo se sont rencontrés assez vite n'est ce pas ;) ? Je compte poster régulièrement en effet!
Angelyoru : J'ai comme pour idée que tu n'aimes pas trop Rosie-Posie XD Thorin et Bilbo ont encore du chemin avant qu'on puisse parler de véritable amour hein, mais tout vient à point à qui sait attendre comme dirait l'autre :3
Info : J'espace les chapitres d'une semaine donc on se retrouvera en général le dimanche ou le lundi pour la suite de l'histoire à chaque fois :)
