Le Départ
C'était un matin comme les autres. Les rayons du soleil traversaient déjà les volets de ma chambre. Je n'avais pas vraiment envie de bouger, la chaleur sous mes draps me réconfortait et je désirais profiter de cet instant plus longtemps.
Je restai allongée dans mon lit et observai le plafond, d'un blanc éclatant, si pur, il contrastait bien avec les murs bleus de ma chambre. Cette chambre, je la connaissais par cœur bien sûr, mais je l'étudiai encore. Mon lit était placé face au mur est et ma fenêtre dominait la face sud de la pièce. Un bureau et une bibliothèque occupaient l'espace devant mon lit et une armoire était située près de la porte. Une chambre banale, mais la mienne, mon espace. Je la regardai comme si je la découvrais pour la première fois, ou comme si je la voyais pour la dernière fois.
Je sortis de ma contemplation lorsque j'entendis le téléphone sonner. Bien sûr ma mère décrocha à l'étage inférieur. Je l'entendis discuter, puis elle se mit à hurler mon prénom. Cet appel m'était donc destiné.
— Miria, téléphone, dépêche-toi ! hurla t-elle.
Je sortis de mon lit en rallant un peu, enfilai une robe de chambre et descendis les marches de l'escalier. Je pus sentir l'odeur des pancakes que ma mère avait préparé, comme tous les dimanches. Une fois arrivée au rez-de-chaussée, je me rendis dans la cuisine, ne souhaitant pas croiser le regard de ma mère qui signifiait que je m'étais encore attardée au lit. Mais je ne n'avais rien prévu ce matin, surtout un dimanche.
— Maman, je décroche dans la cuisine, merci, lui dis-je. Allo !
Elle raccrocha.
— Salut Miria !
Cette voix je la connaissais et très bien. C'était mon cousin.
— Bonjour Sam, comment vas-tu ?
— Je vais très bien merci. Je viens aux nouvelles comme d'habitude, comment te portes-tu ? me demanda t-il sur un ton enjoué.
— Moi ça va, comme un dimanche, rien de spécial.
— Je voulais te demander quelque chose.
Sa voix n'était plus pareille, j'y remarquai de l'anxiété.
— Je t'écoute, lui dis-je intriguée.
— Voilà, tu es chère à mon cœur, comme tu le sais et je désire, souhaite et même te supplie…
— Bon sang, calme-toi et allons aux faits ! lui lançais-je agacée.
— Ne m'interrompe pas voyons. Il parut légèrement mécontent. Voilà, comme je te disais, tu es importante pour moi et j'aimerais que tu acceptes d'être la demoiselle d'honneur de ma fiancée.
— Aaaah ! C'est pas vrai ! Je me mis à hurler, la nouvelle me faisait tellement plaisir, j'étais si heureuse pour lui. Et pour elle bien sûr, c'était une fille si gentille.
— J'en serais honorée, Sam, honorée. Je suis trop heureuse pour vous, vous avez enfin choisi une date.
Je jubilai, le bonheur de Sam m'importait tellement.
— Olala ! Calme-toi. Je suis ravi que cela te fasse plaisir et je suis encore plus ravi que tu acceptes. J'aimerais que tu viennes pour les prochaines vacances. Tu n'as jamais rencontré Emily, je sais que vous discutez souvent au téléphone, mais ça serait bien que vous vous rencontriez, tu ne crois pas ?
— Oui, je vais arranger cela avec maman, elle sera ravie elle aussi. Ça fait un moment que nous ne sommes pas revenues à La Push et ça me manque. Je te rappelle pour te dire quand nous arrivons.
— Ok, pas de soucis, il me tarde de te voir. Bonne journée et n'oublie pas de m'appeler, les vacances vont arriver très vite.
— Oui, ne t'en fait pas et de toute façon, je t'appelle tout le temps. Je vous embrasse Emily et toi. Bye.
— Bye.
Je raccrochais le combiné. J'étais si heureuse, voilà d'où provenait cette voix si anxieuse. Alors que je m'apprêtais à rejoindre ma mère dans le salon et lui parler de nos prochaines vacances, elle pénétra dans la cuisine.
— Alors Sam t'a parlé de la grande nouvelle ! me dit-elle enthousiaste.
Ma mère, Aiyana, était une personne très agréable à vivre et gentille. C'était une femme assez grande et très fine à la peau mate avec de longs cheveux d'un noir de jais. On percevait tant d'amour sur son visage en forme de cœur ainsi que dans ses yeux noirs. Elle et moi habitions depuis plusieurs années à San Francisco en Californie. Autrefois, nous vivions à Forks à plusieurs kilomètres de Seattle, plus précisément, à La Push, une réserve indienne. Ma mère était une indienne, quant à moi, je ne l'étais qu'en partie. Nous avions quittés la réserve car elle était tombée amoureuse d'un homme qui n'était pas un indien.
Ils avaient, par la suite, décidés de quitter la ville pour vivre leur amour. La famille de ma mère n'appréciait pas cette union, surtout son frère qui était vraiment horrible avec elle et mon père.
Nous partîmes alors que j'étais âgée de 11 ans. Nous revenions de temps en temps, mais plus depuis mes 13 ans, autant dire que La Push n'était plus qu'un souvenir pour moi, mais j'adorais ce lieu, il était si plaisant. Mon père nous avait quitté à mes 15 ans, c'était un afro-américain, très grand et très beau, en tout cas à mes yeux, et d'une grande gentillesse. Quant à moi, j'étais une métisse. J'avais la peau mate, des cheveux noirs qui me tombaient jusqu'aux épaules, les yeux marron en amande, les lèvres charnues, le visage ovale, j'étais une fille de taille moyenne. En fait, j'arrivais à passer inaperçue lorsque j'étais à la réserve, à l'époque en tout cas. Souvent ma mère m'appelait Tala, mon deuxième prénom d'origine amérindienne, en hommage aux siens, pensais-je.
— Oui, je suis très contente ! Quelle agréable surprise, enfin ils vont se marier, dis-je euphorique.
— Je suis heureuse pour mon neveu également. Il est épanoui et il a trouvé une femme formidable qui va le combler. Je suis si soulagée.
Un sourire mélancolique se dessina sur le visage de ma mère, je pensais savoir à quoi elle songeait.
J'ai toujours gardé le contact avec mon cousin, Sam était un garçon vraiment formidable. Il avait grandi quasiment tout seul. Son père, mon oncle Joshua, était un homme exécrable, difficile à vivre et pas vraiment apprécié par la famille. Pourtant, quand j'étais jeune, j'avais le souvenir qu'il aimait s'affirmer comme le chef de la famille, ce que mon grand-père maternel n'aimait pas du tout. Il n'avait jamais rien fait pour son fils et un jour, alors que mon cousin était encore jeune, il abandonna sa famille. Ma mère n'avait plus jamais eu de nouvelles de son frère, mais cela ne la contrariait pas. Elle fit de son mieux pour soutenir Sam et désirait l'emmener avec nous lorsque nous avons quitté la réserve, mais il avait préféré rester à La Push, c'était son berceau, ses racines et il était libre de faire ce qu'il désirait. Je n'avais jamais perdu contact avec lui. Il était mon frère, bien plus que mon cousin.
— Moi aussi, je suis soulagée, lui dis-je. Mais quelque part, je n'avais jamais douté qu'il serait heureux un jour.
Ma mère et moi avions discuté des prochaines vacances et des préparatifs du mariage. A ce sujet, nous en apprendrions plus une fois là-bas, mais nous étions euphoriques et nous préparions déjà des propositions pour le buffet, la décoration, la musique,…
Cette matinée fut merveilleuse, le dimanche le plus beau de cette année. Vivement les vacances…
Trois mois s'étaient écoulés…
Nous étions arrivées à La Push, bien plus tôt que ma mère l'aurait pensé. Je conduisais ma X3 noire, un véhicule tout-terrain idéal pour parcourir les routes de cette contrée et tape-à-l'œil pour la Californie. J'avais insisté pour faire le voyage en voiture plutôt que de prendre l'avion, cela apportait une toute autre note à nos vacances. Ma mère avait accepté l'idée et le périple s'était bien déroulé, on avait bien rigolé. Nous avions parcouru les 1 425 kilomètres qui nous séparaient de notre destination, le tout en 16 heures, en comptant les divers arrêts. Nous conduisions à tour de rôle afin d'éviter un trop plein de fatigue. Une fois arrivée à destination, nous étions quelque peu fatiguées par ce long trajet, voyager en voiture était une idée, mais parcourir cette distance était bien plus laborieuse qu'elle n'y paraissait.
La réserve était comme dans mes souvenirs, immense, verdoyante, pure, c'était un lieu vraiment magnifique et sauvage, j'aimais tant cet aspect. La route déserte paraissait hostile ainsi emmurée par les immenses conifères et feuillus, tous ces arbres s'étendaient si haut vers le ciel. Le temps était d'ailleurs couvert, intensifiant davantage cette atmosphère particulièrement lugubre. Mais je connaissais ce coin, il ne m'effrayait absolument pas, au contraire j'étais charmée, car le spectacle était impressionnant.
Nous quittâmes ensuite la route principale afin d'emprunter une route secondaire, ou plutôt un sentier. Nous arrivâmes enfin en territoire Quileute. Je conduisais selon les indications de ma mère, ma mémoire étant trop floue pour me rappeler des routes à prendre pour regagner notre logement de jadis. Enfin, nous étions chez nous.
Une maison toute simple, ni grande, ni petite, sans garage et assez rustique. Les murs étaient marrons, je pouvais apercevoir deux fenêtres sur la façade, ainsi qu'une porte blanche. L'extérieur avait été entretenu, par Sam, sans aucun doute. Les arbustes étaient correctement taillés, il n'y avait pratiquement pas de mauvaises herbes et le sentier amenant à l'habitation était praticable. Des plantes vertes, ainsi que des fleurs étaient disposées sur le perron, cela apportait une touche vraiment accueillante et vivifiante, nous devions cela à Emily, nul doute. Il y avait également un banc sur le palier, je me voyais déjà assise, emmitouflée dans une bonne couverture à observer les étoiles. Nous descendions du véhicule et ma mère se rendit immédiatement à la porte de notre maison. Alors qu'elle s'apprêtait à introduire les clefs dans la serrure, la porte s'ouvrit et Sam apparu derrière. Ma mère sursauta et il l'a pris dans ses bras tout en s'excusant, je pris à peine le temps d'observer la scène que je me mis à courir vers mon cousin et me jetai dans ses bras. Notre étreinte fut longue et pleine d'émotions, cela faisait si longtemps qu'on ne s'était pas vu.
Toutefois, j'étais fortement surprise par son apparence. Il était si grand, si élancé et il semblait si puissant. Ses magnifiques longs cheveux noirs étaient à présent rasés. Son corps était musclé, sa silhouette était impressionnante. Il m'avait dit qu'il avait changé de style, mais je ne l'imaginais pas du tout ainsi, c'était surprenant ! Et le plus étonnant était la chaleur qu'il dégageait, à croire qu'il était souffrant. Je m'inquiétais pour rien, le climat ici était bien différent de la Californie, il ne devait pas être rare de tomber malade avec cette fraîcheur et cette humidité.
Une femme sortit de la maison et vint ensuite à notre rencontre. Ma mère fut ravie de la voir, elles s'embrasèrent chaleureusement. Elle m'embrassa également et j'appris qu'il s'agissait de Sue Clearwater. Elle n'était plus la femme de mes souvenirs, mais c'était bien elle, la mère de Leah et de Seth, mes amis d'enfance. Nous avions appris la disparition de son mari, il y a peu, mais je n'avais pas pu me rendre à la réserve pour lui rendre hommage à ce moment, j'avais dû rester à San Francisco pour des examens et ma mère était partie seule.
Mme Clearwater avait tout arrangé pour ma mère. La maison était entretenue, elle avait préparé nos couches et même acheté de la nourriture pour notre arrivée. Nous n'avions qu'à porter nos valises et nous détendre. Après ce long voyage cela était très appréciable.
L'atmosphère était si chaleureuse, nous rîmes de bon cœur tous les quatre tout en nous installant, bien qu'il nous faille porter nos bagages dans nos chambres.
La maison était jolie, accueillante, mais beaucoup plus petite que notre logement à San Francisco. L'espace se divisait en deux chambres, une salle de bain, un lieu d'aisances, une cuisine, un salon plus une salle à manger. Il y avait déjà des meubles, je doutais qu'il s'agissait de ceux laisser par mes parents autrefois, car ils étaient en très bon états, ils semblaient tous neufs. Je ne cessais de balayer l'espace des yeux, tant cela m'intriguait. Quand il remarqua l'intérêt que je portais au mobilier, mon cousin me précisa qu'il avait acheté certains des objets qui occupaient les pièces ou qu'il en avait remis à neuf. J'étais surprise par son intention il n'y était pas obligé. Je le remerciai aussitôt. Sam m'aida à porter mes valises dans ma chambre. Elle était moins grande que celle de San Francisco, mais tout aussi accueillante. Il y avait un lit, une armoire, un bureau et une bibliothèque, mon cousin en avait encore trop fait, alors que tout cela n'était que temporaire. Nous déposions mes bagages dans la pièce et j'ouvris la fenêtre de la chambre. Puis, Sam et moi regagnâmes le salon où se trouvaient ma mère et Mme Clearwater.
Je pus enfin me détendre, ainsi que ma mère. M'étalant sur le canapé, je laissais toute la fatigue et le stresse du voyage s'évacuer. Je pris la peine de regarder autour de moi et je vis un objet qui attira mon attention. Je me levais et le pris dans mes mains. Il s'agissait d'une photo de famille, je ne devais avoir que 4 ou 5 ans, ma mère se tenait à côté de mon père et lui me portait dans ses bras. Tous les deux souriaient chaleureusement sur la photo, quant à moi, je devais avoir du mal à tenir en place, si je me fiais à ma position, mon père semblait avoir des difficultés à me garder dans ses bras. Je souris en la voyant, il s'agissait d'une belle photo de famille. Ma mère s'approcha afin de voir ce que je contemplais et elle sourit à son tour, d'un sourire mélancolique. Sue nous précisa qu'elle avait récupéré cette photo dans l'un de ses albums et qu'elle avait décidé de l'apporter chez nous. Je redéposais le cadre à son emplacement et mon cousin me tira vers lui puis me poussa sur le canapé. Il s'assit à mes côtés et nous parlions alors d'un tas de choses. J'étais si heureuse de le revoir. Après toutes ces années nous nous retrouvions enfin.
Au bout de deux heures de discussion et de collation, Sue et Sam nous quittèrent. Je promis à mon cousin de venir les voir Emily et lui le lendemain chez eux.
Ma mère et moi étions à présent exténuées. Je pris une douche et allai me coucher. C'était formidable de n'avoir rien à faire en arrivant, il faudra que je remercie Mme Clearwater pour cela. Je fermai les yeux, et m'endormis aussitôt.
