Chapitre 1 – Pas de repos pour les braves


Lorsqu'il fit ses premiers pas dans le bâtiment, Alan songea que les gobelins étaient passés maîtres dans l'art de mettre leurs clients dans l'ambiance dès le départ. Avec ses dimensions et son éclairage caverneux, la banque avait tout d'une caverne aux trésors, et il suspectait d'ailleurs que l'effet était voulu, pour impressionner leur clientèle humaine. Cela faisait un moment qu'il ne s'était pas rendu dans la célèbre banque sorcière, à arpenter les boyaux menant aux différents niveaux souterrains de l'institution à bord de ce wagon infernal.

S'enfonçant plus profondément dans les abîmes des galeries, l'un de ses yeux bleus surveillait le gobelin qui l'escortait, mais ses pensées étaient en partie ailleurs. Plus tard dans la journée, ce serait le tour de sa sœur, quand lui-même serait rentré outre-atlantique pour prendre son relai. En tant que Capitaines Aurors, ils étaient les plus à même d'assurer la sécurité tant que les leurs demeuraient groupés, et devaient ainsi donc se relayer par mesure de précaution, ils n'étaient jamais trop prudents.

- Nous sommes arrivés. Veuillez sortir du wagon, Monsieur Nilson.

La voix désagréable du gobelin le ramena à l'instant présent, tandis que le trentenaire redressait sa tête. Ses traits étaient impassibles, mais ses yeux emplis de gravité. Un coffre dont il n'avait pas connaissance jusqu'alors se trouvait désormais face à eux, et il ne prononça pas la moindre parole tandis que le gobelin, tout aussi peu loquace, était concentré sur sa tâche de déverrouiller la serrure de la porte.

Une vaste pièce généreusement garnie en espèces sorcières, gallions, mornilles et noises. Cela devait donc être le coffre des Nilson... il ne s'était jamais soucié de cet aspect, mais cela ne le surprenait guère. Il était satisfait avec le simple fait d'avoir été accepté au sein de la famille, il y a bientôt vingt ans de cela. Faire un constat, signer de la paperasse, ça serait bientôt résolu se disait-il. Il pourrait quitter ces lieux lugubres rapidement et rejoindre le ministère, conclure certains dossiers...

- Avant que vous ne quittiez ces lieux, nous devons vous remettre un coffret. Selon le testament de feu monsieur Nilson, il vous revient de droit.
- Je vous remercie, monsieur.

Le gobelin n'avait pas l'air spécialement enchanté par la perspective, comme Alan le constata avec la pointe aigre-amère sur le terme de « droit », qui rappelait le désaccord entre gobelins et sorciers depuis les origines mêmes de leur communauté. De fait, malgré le ton sec du gobelin, il préféra ne pas le relever, ayant un minimum de prudence pour ne pas s'engager sur un terrain aussi glissant. Le gobelin déposa un coffret entre ses mains, forgé dans un bois d'ébène ciselé de morceaux d'argent.

- Je vous attend dehors, la clause exige que vous l'ouvriez seul. Pour information, son ouverture nécessite votre baguette magique.
- Fort bien.

Cela l'intriguait, il fallait le reconnaître. Posant avec une rare délicatesse le coffret sur une table, après avoir fait un peu de place en ce but, il s'installa sur la chaise de bois associée et examina avec soin l'objet. Il n'était pas vraiment connaisseur pour évaluer la valeur d'un objet, mais l'artefact avait l'air ancien, et ensorcelée au vu de l'aura qu'il dégageait. Sans mot dire, il tira hors de son fourreau la plutôt grande baguette magique qui y reposait. Même si elle était régulièrement et plutôt bien entretenue, on voyait dans l'aspect de son bois, de l'épicéa, qu'elle n'était pas récente. Dotée d'un ventricule de dragon, c'était en effet sa première et seule baguette magique, obtenue lors de son entrée dans le monde sorcier, à sa première année à Poudlard... soit près de 13 ans plus tôt. Voilà qui ne le rajeunissait pas ! D'un geste vif et délicat, il approcha l'extrémité de sa baguette vers ce qui ressemblait au sceau de la famille Nilson, qui s'ouvrit dans un clip à peine audible sous ses yeux vigilants.

Trois éléments se trouvaient à l'intérieur : le plus évident était un autre petit coffret de velours noir, de forme rectangulaire assez fine. Il remarqua ensuite la présence d'une fiole, qui contenait en son cœur un espèce de filament argenté, qu'il n'était pas sans connaître : un souvenir, qui serait lisible dans la Pensine, qui avait été recueillie ici après l'attaque du Manoir des Nilson. Enfin, une poignée noire et argentée dépassait de ce qui devait être un fourreau : son pommeau circulaire était orné en son centre du blason des Nilson. Il prit le temps de réfléchir un instant avant de se lever pour saisir un objet placé sur une solide étagère la Pensine, et posa la pesante bassine de pierre sur le bureau. Méticuleusement, il déboucha la fiole et à l'aide de la pointe de sa baguette, guida le filament éclatant jusqu'au liquide de la Pensine. Ce dernier se troubla alors, avant de dévoiler un visage qui ne lui était que trop familier.

- Salut gamin ! Si tu vois ce message, c'est que j'ai probablement cassé ma pipe, et probablement assez tôt car sinon je n'aurais pas laissé une version si jeune de moi faire ces explications, ça t'aurait donné un gros coup de vieux.

Il n'avait pas changé, toujours capable de plaisanter même quand la situation ne s'y prêtait pas. Cela lui arracha une ombre de sourire malgré lui. La projection d'Alan senior dans la Pensine fit une pause, se réajustant sur son siège avant de poursuivre d'un air plus sérieux :

- Si je t'ai laissé ça ici, c'était par sécurité. Après tout, on ne sait jamais ce qu'il peut se passer au manoir. Gringotts reste encore aujourd'hui un des lieux les plus sûrs. Tu trouveras dans ce coffret deux choses qu'il me tenait particulièrement à cœur de te transmettre. La première n'est autre que la baguette de mon père, qui je pense te servira bien. Et puis, pour être tout à fait honnête, ça m'aurait franchement cassé les cognards de la laisser à Robert.

Il se sentait donc menacé, d'ores et déjà. Et pourtant, il ne s'était pas opposé à leur départ en vacances à plus de 5000 kilomètres de lui. Au vu de son apparence lors de l'enregistrement du souvenir, cela ne devait pas remonter à plus de six mois avant l'attaque. Son regard se posa sur l'étui de velours noir, avant de revenir vers la projection du souvenir dans la Pensine, qui reprenait son propos :

- Quant à la seconde, il s'agit d'un artefact familial, une dague très précisément. Elle a un certain nombre de propriétés, qui je pense te seront utiles. Concernant la dague, pour en prendre pleinement possession, il faudra que tu t'entailles légèrement le doigt avec sa lame, pour qu'elle s'imprègne de ton sang. N'aie crainte, quelques gouttes suffiront ! Bien évidemment, il va de soi que ta sœur et toi recevrez un legs financier, étant mes deux seuls enfants ainsi que toutes les propriétés financières, immobilières et autres que j'aurais pu oublier.

Il fit une pause, son regard déviant sur le côté, tandis que l'une de ses mains se posait presque inconsciemment sur la chevalière des Nilson qu'il portait au doigt. Lorsqu'il reprit la parole, fixant le fauteuil vide qu'occupait actuellement Alan, sa voix se fit plus mélancolique :

- Je sais que ça ne me remplacera pas, ma présence auprès de vous. Je suis désolé d'être parti si tôt, mais ne doute jamais de mon amour pour ta sœur et pour toi. Vous êtes mes enfants, et je suis fier de vous. Je suis peut-être parti mais tant que je serais dans vos cœurs, je n'aurai jamais vraiment disparu. Oh, et même si j'espère que tu seras très vieux quand tu viendras me rejoindre, il est possible que tu me revoies avant ça. Je te laisse la surprise !

Avec ce léger éclat rire qui lui était si caractéristique, dans sa gravité et sa brièveté même, le son se noya dans le silence et la projection se troubla dans l'oubli, avant que la surface d'argent liquide de l'objet sorcier ne reprenne de sa limpidité translucide habituelle. Le trentenaire avait haussé un sourcil à l'écoute de ses derniers mots, avant que son expression ne reprenne sa gravité coutumière. En dépit de son expression calme et impassible, une colère glaciale saisissait son cœur comme la morsure du blizzard. Il inspira profondément, il garderait patience. Comme son père le lui avait appris à maintes reprises, il patienterait tant bien que mal. Il attendrait le moment opportun, il se préparerait.

Avec soin il saisit la baguette magique ainsi que le fourreau de celle-ci, l'inspectant avec attention : il estimait sa longueur à 32, 5 cm, à vue d'oeil. Il s'était intéressé avec les années par les particularités des bois et cœurs de baguettes magiques, amateur du duel sorcier autant que de la protection des civils puis de la traque des criminels du monde sorcier. Si ses connaissances étaient exactes, l'élégante baguette ciselée d'arabesques élégantes avait été taillée dans du Noyer Noir, à en croire les nuances auburn du bois. Quant au cœur employé... il l'ignorait, mais quelque chose lui semblait familier dans l'aura que dégageait la baguette, par rapport à la sienne.

- Je te comprends. C'est une baguette trop noble pour être salie par les mains de Robert.

Se levant de sa chaise par précaution, il déposa la baguette dans son étui et accrocha à sa ceinture le fourreau de cette dernière, à côté de sa propre arme sorcière. Puis, il saisit la baguette de feu Gilbert Nilson avec délicatesse, attentif à la moindre réaction de rejet de cette dernière. Il ressentit une sensation particulière quand ses doigts se refermèrent sur elle, sans être désagréable. Elle s'apparentait au souffle chaleureux et réconfortant d'un feu de cheminée crépitant dans le foyer. Après une courte hésitation, il la rangea avec soin dans son étui : il en assurerait la garde, désormais.

Il restait une dernière formalité, s'il voulait respecter les vœux de son père. Il revint vers le bureau et saisit le fourreau de l'arme, de cuir renforcé noir à la pointe et à la garde d'argent, l'attachant à sa ceinture. Avec précaution, il extirpa lentement l'arme blanche de sa gaine et l'inspecta. Sur la poignée trônait en majesté les armoiries des Nilson, gravées sur le pommeau circulaire, suivi par un manche noir crénelé. Quant à la garde... forgée en argent, un rubis prédominait en son cœur octogonal, encadré par ses extrémités aux bouts recourbés. Ses yeux bleus glissèrent sur la lame grisée, probablement forgée dans les arts gobelins. Épurée en apparence, courte mais affûtée, des runes avaient été gravées en triangle entre la garde et la pointe de la lame, en deux lignes se rejoignant en une seule. Il ne connaissait pas ces caractères runiques, n'étant guère un spécialiste en la matière.

Il n'avait pas la moindre idée de la valeur ni des capacités de l'artefact sorcier, il n'avait jamais été très versé ni dans l'artisanat sorcier, ni dans l'histoire familiale des Nilson. En effet, il avait toujours considéré que c'était l'affaire d'Elena, l'Héritière désormais Matriarche. Il en connaissait bien sûr les principes, les valeurs et les très grandes lignes de leur histoire, mais guère plus. Il en allait de même pour sa belle-famille, les Black, il allait devoir s'y pencher plus sérieusement. Elena aurait besoin d'aide. Il serait là pour elle, pour les siens.

Sans plus réfléchir, il effleura son index gauche du tranchant de la lame. Surpris, il écarta rapidement la lame en remarquant à quel point elle était acérée. Comme s'il n'avait jamais existé, le sang versé semblait avoir été... bu par la lame, faute de meilleur mot. Le jeune Auror britannique ne remarqua jamais, en rangeant la lame dans son fourreau, que la pierre sur la garde se mit à scintiller aussi intensément que brièvement, avant de s'éteindre de nouveau.

Au pas de la porte de Gringotts, le Chemin de Traverse grouillait de vie, comme à son ordinaire. Le sorcier attrapa une élégante montre à gousset attachée à sa ceinture, consultant l'heure. Ses yeux glissèrent sur la photographie d'un jeune couple, tenant dans leurs bras deux petites filles, à la peau pâle relevée par leur chevelure noire bouclée, aux yeux azurés. Soupirant, il referma et rangea la montre à gousset, pressant son pas. La cape de son uniforme pourpre voletant dans le vent, son flair l'enjoignait à poursuivre sa chasse. La pause était maintenant terminée, il fallait se remettre à creuser et il savait exactement par où commencer. Quel meilleur endroit que la salle des archives du Ministère ?


D'épais nuages grisés obscurcissaient le ciel alors qu'un craquement sonore vint perturber le silence des terres anglaises de Wiltshire. Il n'y avait pas que le temps qui était à l'orage. Deux silhouettes encapuchonnées avançaient sur l'allée pavée menant à l'imposant et majestueux manoir s'offrant quelques mètres plus loin à eux. Nul mot n'était échangé entre eux. Lord Robert était contrarié. L'atmosphère qui aurait du pourtant être festive était morose. Il était... désappointé de sa propre inattention dans ses prévisions. Aux premières lueurs du jours, il avait gagné les Highland pour reprendre possession de ce qui aurait du être sien depuis bien longtemps. Il avait eu la … déconvenue de se voir refuser l'accès, repoussé par les puissantes barrières magiques du Manoir Nilson. Quelle injure ! Lui, l'héritier le plus méritant et le plus légitime de leur famille, refusé dans leur propre demeure ? Et pourtant, c'était ce qui était advenu. Rien que cette pensée l'irritait au plus vif. Une seule possibilité expliquait ce phénomène, qu'il avait vérifié en se rendant sans plus attendre à la Banque Gringotts.

- Il n'y a aucun legs au nom de votre fils. En revanche, un coffre a été laissé à votre nom par monsieur Nilson.
- Conduisez-moi au coffre.

Et quel coffre ! Défiant jusqu'à son trépas, son frère avait jugé bon de ne lui laisser qu'une bourse en cuir, aux armoiries de leur famille, qui contenait 30 mornilles d'argent. 30 pièces d'argent... et un petit morceau de papier avec une référence à la Bible des Moldus. Dans la religion de ces moins que rien, c'était le prix payé par les romains à un traître, qui leur avait vendu son mentor et meilleur ami. Le dernier message de son frère était donc qu'il le considérait comme un traître. Cela n'aurait pas du le toucher, après tout, ils étaient en froid depuis tant d'années, et pourtant il ne ressentait aucune joie à sa mort, aucune satisfaction. À la place, il ne ressentait qu'un vide qui le hantait davantage encore que lorsqu'il avait piégé et fait croupir à Nurmengard, la prison sorcière des Pays de l'Est.

James marchait à ses côtés, donnant le bras à sa femme Isabel tout comme lui-même accompagnait sa propre épouse, Meredith. Il n'avait guère d'espoirs pour son fils dans ses projets, et cela excluait également l'aîné de ses enfants, qui avait eu la malchance de naître fille, Jessica. Elle aurait été fait un successeur tellement plus capable, tellement plus digne de lui succéder que son frère James. Comme un autre pied-de-nez de son frère, son seul enfant pur avait également été une fille, sa nièce Elena. Elle aussi, que de potentiel et de mérite gâchés par son appartenance au sexe faible, que sa tradition conservatrice refusait de voir hériter de leur nom et de leurs responsabilités. Où se trouvait Jessica maintenant ? Il l'ignorait, ses informateurs ayant seulement pu savoir qu'elle vivait à dernière nouvelle à St Petersbourg, en Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Mariée, il ignorait si elle avait eu une descendance à l'ambassadeur russe qu'elle avait épousé, un certain Alexeï Karpov. Il tâcherait cependant de renouer ses connexions avec ce dernier, l'alliance russe pourrait se révéler essentielle pour le développement de ses projets et pour soutenir les ambitions de cet insolent mais brillant Voldemort.

- Et bien Robert, il semblerait que des condoléances soient de mise... hélas, pas pour autant de parents que vous ne l'espériez.
- La vermine a la vie dure, ma chère Cassiopeia. Elle sera éradiquée sous peu, je vous le promets.

Tandis qu'avec politesse cordialement son épouse saluait les nouveaux arrivants, Lord Nilson redressa la tête et observa le couple de sorciers qui se présentaient à eux. La délégation Black, sans nul doute. La délicieuse, charmante et intrigante sorcière de la cinquantaine, était Cassiopeia Black, éternelle veuve, superbe rose noire aux épines implacables. À son bras se trouvait son frère, l'influent Pollux Black, qui oeuvrait officiellement comme son frère officieusement comme son complice et amant. À la gauche des amants se trouvait un sorcier autrement plus sobre et haut dans son estime, l'aînée de la fratrie encore vivante et pure de leur noble et ancienne famille, Orion Black, avec son épouse et cousine Walburga Black à son bras. Un craquement sonore révéla la venue du dernier représentant de la maison Black, qui n'était ni plus ni moins que le père de Cassiopeia, Pollux et Orion : Cygnus Black.

- C'est pour nous en assurer que nous sommes là, mon cher ami. Après tout, vous n'êtes pas les seuls à avoir des éléments perturbateurs.
- Il faudrait tous les éliminer, ces-sangs-de-bourbe. Je ne comprends pas comment une Black, aussi impure fusse-t-elle, ait pu s'enticher de l'un de ces parasites, pire encore l'épouser !

Il était bon de savoir qu'il bénéficierait de l'appui influent des Black, pour aussi violentes que puissent être ses méthodes, Pollux était un homme de valeur et d'honneur pour qui faisait partie de ses alliés. Il ne fut guère surpris de l'emportement de Walburga, si reconnaissable par le timbre aigu de sa voix, remarquant son profond agacement par un geste agacé de l'éventail élégant qu'elle tenait. Il ne répondit pas à sa remarque, bien que James approuva fermement aux propos de la Black, ne souhaitant pas s'éterniser en une discussion aussi vaine qu'interminable. Il préféra reprendre de sa voix grave, cheminant de bon pas à leur côté vers les portes d'entrée du manoir qui se rapprochait :

- Oh par ailleurs. Toutes mes félicitations pour avoir mis hors d'état de nuire votre Patriarche récalcitrant, Arcturus. Même si vous non plus, vous n'avez pas encore réussi à l'éliminer.

Walburga sembla prise de court, mais avant qu'elle ne puisse parler son époux la tira par le bras avant qu'elle ne puisse faire un esclandre. Orion répondit à sa place :

- Ce n'est qu'une question de temps, mais nous devrions nous hâter. La réunion va commencer, et vous savez tous à quel point Abraxas Malefoy déteste les retards.

Lorsque Robert emboîta le pas aux Black et franchit le pas de la porte d'entrée du Manoir Malefoy, il remarqua l'absence de son fils, laissant cavalièrement seuls son épouse et son propre fils, que la jeune Isabel tenait dans ses bras. Tâchant de ne pas montrer son agacement, il offrit son bras à sa bru et la guida avec lui jusqu'à l'intérieur, tandis que Lady Meredith discutait avec la jeune Walburga Black.

À l'insu de son père, James se trouvait un peu plus loin, à l'orée du bois, en train de discuter avec un homme encapuchonné. Au terme de l'échange, il disparut sans laisser de trace dans son sillage.


Il eut l'impression de se faire rentrer dedans par un taureau furieux, tellement son assaillant était une montagne de muscles. Il n'aurait pas été étonné qu'il s'agisse du cousin d'un Goyle ou d'un Crabbe. Ils ne brillaient après tout ni pour leur génie, ni pour leur délicatesse. Il sentit ses vertèbres protester avec force alors qu'il percutait avec force le mur derrière lui. Fort heureusement, il ne s'agissait pas d'une boutique, sinon le dédommagement aurait été autrement plus pénible, bien qu'il fusse assuré.

Alors que le mastodonte se reculait légèrement pour le saisir à la gorge, Alan fut plus rapide que lui et lui asséna un coup de genou dans les noix. Technique moldue, classique mais efficace. Sans plus attendre, il lui asséna ensuite un crochet du droit au menton, s'abaissant pour éviter le sort d'un autre assaillant en se servant de l'autre comme bouclier humain. À entendre ses cris, cela devait être assez déplaisant comme maléfice. Il n'eut toutefois pas le temps de s'attarder sur ce détail, devant à la fois esquiver en recherche d'un abri, se défendre et attaquer l'un de la bonne demi-douzaine d'assaillants.

Monsieur avait beau être Auror, ex Brigadier, ex Tireur d'Élite puis Capitaine Auror, il demeurait un être humain, capable de souffrir et assujetti aux limites de son espèce. Par Merlin, ça faisait mal ! S'il n'avait pas eu à les gérer tous ensembles mais plutôt un par un, cela aurait été bien plus aisé. Mais non, bien entendu, ça ne se passait jamais ainsi dans la réalité. Évidemment que non. C'eut été trop simple.

Les sortilèges fusaient de toutes les directions, mais fort heureusement ses adversaires n'étaient pas des professionnels, ou en tout cas pas des tireurs d'élite. Il était quelque peu amoché – « juste un peu » - mais il pouvait encore tenir debout sur ses jambes. Seulement, ses adversaires ne lui laissaient pas le temps de souffler, si bien qu'il n'avait aucun temps mort pour faire un sortilège d'alerte en direction des Aurors. Ce qui était frustrant quand vous pensiez que le Ministère était à moins de 2km de là.

Alan aperçut trop tard l'homme qui s'était glissé derrière lui, mais à sa grande surprise ce dernier s'effondra, stupéfixé de tout son long. Quelques pas derrière lui se trouvait un grand jeune homme dégingandé, aux cheveux roux coupés mi-longs, qui se rapprochait de sa position baguette au poing. Toutefois, ce dernier fut trop inattentif à ses environs, ce pourquoi Alan le plaqua au sol comme au rugby pour lui faire éviter un Endoloris bien ressenti.

- Merci pour ton aide gamin, mais évite de rester exposé comme ça, tu fais une cible rêvée ! Flitwick ne t'a jamais appris à Poudlard qu'une cible immobile est beaucoup plus facile à atteindre ?
- Ah pardon, je n'avais pas fait attention !

Il se retint de lever les yeux au ciel, concentré à la délicate tâche de se défendre tout en protégeant le jeune adulte face à la ruée de sortilèges divers et variés qui pleuvaient dans toutes les directions. Puis, réfléchissant à toute vitesse, il garda un œil sur le jeune homme et reprit :

- Dis-donc, tu ne serais pas un des fils de Septimus toi ?
- Bah si ! Vous connaissez papa ?
- Oui, c'est un collègue. Au bureau des Aurors.
- Ah, vous travaillez toujours avec lui ? Il m'a peut-être parlé de vous ?

Pestant pour repousser un énième sortilège tout en restant à couvert, tout en protégeant le gamin, il reprit dès qu'il le put :

- Jusqu'à aujourd'hui, oui. C'était ma dernière journée.
- Oh, vous avez arrêté ? Pourtant vous avez l'air trop jeune pour prendre votre retraite.
- Obligations familiales. Et ton père, il ne serait pas dans le coin par hasard ?
- Bien sûr, il est au Ministère !
- Tu peux me rendre un service et aller le chercher?
- Bah oui, mais je ne peux pas vous laisser tout seul !

Attention touchante, mais pas vraiment adéquate à la situation et au sens des priorités, à savoir appeler des renforts. Bien une réponse de jeune adulte, qui devait être dans la vingtaine à vu d'oeil.

- T'inquiète pas gamin, j'ai déjà connu pire en mission. Si tu te dépêches d'aller le chercher, je pourrais tenir et couvrir tes arrières.
- D'accord, mais je ferais vite alors ! Je ne vous laisserais pas tout seul, monsieur.
- Merci gamin, maintenant file ! Je vais te frayer un chemin ! Aguamenti Maxissima !

De sa baguette d'épicéa et ventricule de dragon, un tumultueux jet d'eau de la force d'un geyser apparut dans toute sa furie pour percuter les deux-trois mercenaires qui bouchaient l'issue vers les artères principales du Chemin de Traverse. Il demanderait le nom du gamin plus tard, il n'était pas encore l'heure des présentations en bonne et due forme. Il était pressé qui plus est, sa femme, son meilleur ami, sa sœur, ses filles et son neveu attendaient son retour, et il avait encore 5000 km de route à faire en Portoloin International. Sa journée était donc bien loin d'être terminée, en espérant qu'il puisse repartir.

Il résista ainsi plusieurs minutes de son mieux, dans une attente qui semblait interminable. Aussi doué fusse-t-il en sortilèges et en duel, cela commençait à devenir long et sa magie à se tarir peu à peu. Il finit par être acculé malgré ses efforts, et voyait avec inquiétude derrière son masque impassible et concentré un barrage remarquable de sortilèges de diverse nature foncer droit sur lui. Il se préparait à défendre chèrement sa peau avec le peu de magie lui restant quand il vit passer une cape rouge à côté de lui, avant de reconnaître un Auror en train de lui venir en aide, jetant de multiples sorts qui prirent de court ses adversaires. Il ne s'attendit pas à reconnaître la voix qui s'adressa à lui :

- Et bien cap'taine ! Je croyais que tu avais raccroché, tu fais des heures supp' ?
- La ferme Prewett, et tire !

Derrière ses grommellements, il était ravi de revoir un ex-coéquipier des Lions. Il arrivait à point nommé. Jamais il n'avait été aussi ravi de voir débarquer son vieux partenaire de Quidditch et ex-Capitaine célèbre pour sa grande gueule. La seule question qui perça à travers son soulagement et sa fatigue, fut de savoir où se trouvait l'autre Diable Rouge. Ces deux-là étaient inséparables, donc il ne devait pas être bien loin.

- C'est le gamin qui t'a prévenu ?
- Non, j'ai un talent de devin... évidemment que c'est le gamin qui m'a prévenu ! Ce gringalet est fiancé à notre petite Molly!
- Ah, je l'ignorais, toutes mes félicitations ! Septimus doit être aux anges.
- Ah, ne m'en parle pas. Papa et lui sont comme cul et chemise. Pire que ton père et Morrison au mariage de ta sœur !

Leurs adversaires ne paraissaient pas du tout apprécier d'être à moitié ignorés par leurs opposants, ils avaient l'impression d'être des intrus dans une discussion de vieux amis, ce qui était extrêmement vexant. Ils redoublèrent ainsi de férocité dans leurs assauts, même si les Aurors tenaient bon.

Ils étaient tellement focalisés sur les deux adversaires en face d'eux qu'ils ne remarquèrent que trop tard l'autre rouquin qui s'était glissé derrière eux. Le sortilège incendiaire fit plus que leur réchauffer le derrière, à en juger par les hurlements perçants qu'ils poussèrent.

- Alors comme ça, vous avez commencé la fête sans moi ? Je suis vexé.
- Mais non, on savait que tu réchaufferais toute suite l'ambiance en arrivant !

En dépit de sa morosité, Alan ne put retenir le sourire amusé qui lui fendait le visage en deux. Merlin que c'était bon de les revoir ! Il répliqua ainsi d'un ton bon enfant :

- Voyons Gid, c'est dans l'urgence que tu donnes le meilleur de toi-même.
- Rattrape-toi au balai qui casse, Nilson !

Plus habitué au combat en équipe par son expérience dans les forces de l'ordre, le combat fut tout de suite plus équilibré. Hélas, après les six premiers, ce fut une douzaine qui débarqua, un visage beaucoup trop familier et détestable à leur tête. Ce n'était vraiment pas son jour.

- Jimmy, j'aimerai tellement pouvoir te dire que je suis surpris, mais ce ne serait pas être honnête avec moi-même. Ta trogne est toujours associée à ce type de réjouissances. Cette fois encore, tu ne rafleras pas le titre de cousin de l'année.
- Toujours le mot pour rire, n'est-ce pas sang-de-bourbe ? Mais profite en, tu ne riras plus très longtemps.

Il n'était pas encore sorti d'affaire, mais au moins la situation était un peu plus à son avantage : ce n'est pas une douzaine de brutes épaisses et un enfant pourri gâté à l'égo surdimensionné qui aurait raison de lui. FoutreMerlin, ce n'était pas aujourd'hui que des Lions courberaient l'échine face à des cloportes.