Note d'auteur : On passe rapidement à la suite - oui c'est une grande première - et la fic s'annonce déjà un peu longuette.
Je n'invente aucun des personnages de l'histoire, je suis juste allée chercher trèèèès loin pour ressortir Vahid et Rauf.
Bref. Bonne lecture. :-)
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Le matin même
Il s'agissait du premier jour des Novices à Masyaf, une tension générale régnait donc entre tous les nouveaux arrivants. On essayait de se connaître les uns les autres, et surtout de trouver ses marques, et de prendre de nouveaux repères. Car ils savaient que les prochaines années de leur vie, malgré les discours qui se voulaient rassurants de la Fraternité et de l'Ordre, ils les passeraient seuls avec eux-mêmes.
Aussi, les groupes étaient déjà formés. Les meneurs s'étaient imposés, et très vite, une sorte de cohésion s'installa au sein de la petite assemblée. On prenait vite parti. Abbas avait repéré les plus malléables, pour pouvoir se constituer dès le départ un cercle sûr. Il prit donc sous son aile Haras. Il était élancé, et assez bien fait pour son âge, mais chétif dans son attitude, les yeux agrandis d'inquiétude. Il remarqua également Swami, un jeune garçon trapu, aussi large que haut, qui étrangement avait un visage fermé, complètement imperméable. Il semblait littéralement dormir debout, droit sur ses jambes.
Par la suite, il avait été tenté d'attirer la sympathie de Vahid, qui lui avait semblé intéressant avec son allure de combattant, mais Rauf l'avait doublé, car tous deux trépignaient d'impatience à l'idée de prendre les armes pour la première fois. Ils se sentaient comme marqués, même enivrés par les paroles de leur futur entraîneur.
Un peu plus à l'écart du groupe, Kadar et Malik se tenaient la main nerveusement, mais personne n'osait leur faire de remarque désobligeante à ce sujet. Ils avaient tous trop peur pour songer à railler deux frères ! Kadar était littéralement pendu au bras de son aîné. De visage, il n'avait pas l'air réellement plus jeune, quoiqu'un peu plus enfantin, mais en taille, le jeune Al Sayf avait bien une tête de moins que Malik. Cependant un air inquiet vieillissait son visage rond. Ses yeux clairs grands ouverts semblaient prêts à fondre en larmes à la moindre occasion, et en apparence, c'était celui qui semblait le plus apeuré. Peut-être parce qu'il était le plus jeune de la bande.
Au final ne restaient que les indécis, qui n'avaient pas encore choisi où aller. Mais globalement, ils étaient seuls chacun de leur côté et attendaient. C'était un petit essaim de jeunes enfants, parfaitement silencieux. Ils écoutaient attentivement le discours d'un Assassin qui se présenta comme étant Labib. Il n'inspirait pas vraiment la sympathie, ses deux yeux noirs rapprochés fixaient les Novices d'un regard dur, comme un rapace évaluerait des amuse-gueules avant de les dévorer. Il était cependant chargé de l'entraînement de ce groupe, du début jusqu'à la fin. Il devait donc passer par la case « visite », tout en leur parlant du Credo qu'ils auraient à mémoriser. Mais pour l'instant, il les tenait en basse considération, récitant simplement les codes de leur Ordre sans vraie conviction. Il attendait le moment où les véritables préparations commenceraient. Là, il repérerait ceux qui, comme lui, avaient soif de victoire, qui feraient couler le sang en leur nom. En vérité, ils tremblaient tous plus ou moins de peur, et le faisaient voir à différents degrés.
Sauf un.
Altaïr était la seule tête qui dépassait de la masse. Il était très grand pour son âge, et avait un visage curieusement dur. Son regard ne trahissait aucun ébahissement enfantin, mais laissait transparaître une insolente lassitude. Comme si chaque parole de ses aînés l'ennuyait profondément. On pourrait même lire sur ses lèvres qu'il les répétait en silence pour lui-même.
C'est cette insolence palpable qui créa en premier l'animosité entre Altair et Malik.
Malik l'avait repéré dès le début. Forcément, puisqu'il était plus grand que les autres et dégageait une aura de suffisance absolument insupportable à ses yeux. Cela dit, il trouvait cela insupportable car il avait en vérité la même.
La première fois qu'il le vit, il le détesta immédiatement. Il en avait assez d'écouter les Assassins dicter leur credo qu'il connaissait déjà par coeur ; il voulait passer à l'action, commencer la vraie éducation. Plus jeune, il avait tant été fasciné par ses ascendants qu'il connaissait déjà l'histoire de Masyaf dans ses moindre recoins. Tout cela n'était que du bla-bla sans intérêt pour lui. Dès sa plus tendre enfance, son père l'avait élevé et presque « dressé » pour qu'il soit le meilleur, et donne l'exemple à son jeune frère. A cinq ans, il récitait les préceptes de l'Ordre, comme d'autres enfants réciteraient des comptines idiotes. Il n'était arrivé qu'aujourd'hui, mais avait l'impression d'avoir toujours connu ce lieu. Et pourtant lui, il ne s'autorisait pas à montrer ouvertement qu'il s'ennuyait !
Ce qu'il ignorait, c'est qu'Altaïr était dans un état parfaitement similaire au sien, et que lui-même affichait inconsciemment le même air de dédain envers les autres, ce qui avait créé une sorte de périmètre de vide autour d'eux. Par instinct, les enfants s'éloignaient des deux frères.
De quel droit ce grand benêt se permettait-il d'afficher un air si désinvolte ? Malik était persuadé qu'aucun enfant dans ce groupe ne connaissait aussi bien l'Ordre que lui. Aucun d'entre eux ne méritait plus que lui l'honneur d'être ici en ce moment même. Il était doucement prétentieux, mais à juste titre. Les garçons ici découvraient les Assassins, et à leurs yeux, Masyaf ou Al Mualim n'étaient qu'une sorte de légende effrayante dont leur parlait peut-être leur parents à l'heure du coucher. Ils ne saisissaient pas la valeur des mots qu'ils étaient en train d'entendre, et qu'ils répétaient en silence sans comprendre.
Ils ne comprenaient rien !
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La visite continuait, et ils étaient à présent sortis de l'enceinte des murs de la forteresse, sous les yeux tantôt attendris tantôt horrifiés des quelques voyageurs.
Altaïr s'ennuyait ferme, et le montrait ostensiblement. Il bâillait à s'en décrocher la mâchoire, ou se tournait vers Vahid en riant à voix basse. Tout le monde le voyait faire en se demandant quel était le problème de ce garçon, mais curieusement, les aînés faisaient mine de ne pas le voir, lui et son sourire d'effronté, comme s'il était... privilégié. Cette dernière réflexion fit fulminer Malik, et le petit Kadar serra sa main en voyant que son frère détournait le regard et ne cessait de fixer Altaïr, remuant les lèvres comme s'il mâchait ses mots.
« Qu'est-ce qui t'arrive, grand-frère ? » questionna Kadar en chuchotant, curieux de savoir pourquoi son frère était si étrange depuis quelques minutes.
Malik répondit sans réfléchir, comme s'il attendait justement que quelqu'un lui pose cette question pour déverser sa colère. Il lui murmura furieusement :
« Tu vois le grand, là-bas ?
- Oui ? répondit-il sans comprendre le ton hargneux de son vis-à-vis.
- Eh bien ! insista l'aîné.
- Il n'a rien de particulier...
- Tu ne vois pas ? Humpf ! fulmina Malik, se retournant soudain vers l'enfant, déçu.
- Malik... »
Kadar laissa tomber, et reporta son attention sur le discours des aînés - qui soit dit en passant semblaient rabâcher toujours un peu la même chose - tandis que Malik continuait d'observer l'insolent, qui n'était maintenant plus qu'à quelques mètres de lui.
Soudain, un mouvement d'Altaïr mit le feu aux poudres. Il tourna la tête vers Malik, et sourit de toutes ses dents, dévoilant une dentition parfaitement régulière et des fossettes presque charmantes dans sa direction, d'un air « j'ai tout entendu ». Malik rougit immédiatement, et détourna le regard. Gêné, et, bizarrement, humilié, il serra inconsciemment la main de son frère, qui ne comprenait plus rien aux réactions de Malik, et qui visiblement, avait abandonné l'espoir de saisir la situation. Ils reportèrent leur attention sur la litanie de parole des aînés, qui concernaient maintenant l'architecture de la forteresse. Plus les minutes passaient, plus il le détestait. Il ne savait rien de lui, mais il le détestait. La prochaine expression de défi sur son visage serait la dernière !
Un des Maîtres, Labib, prit de la hauteur dans le paysage en laissant les apprentis au flanc de la colline afin de mieux faire son discours. Il en était à situer géographiquement Masyaf, et à énumérer ses bons et mauvais points stratégiques. Il enchaîna sur les villes voisines, et précisa plus ou moins lesquelles étaient amies, et lesquelles étaient ennemies. Mais bien sûr, cette notion restait bien vague pour des enfants, et même pour les adultes. Car Labib avait ce don incroyable de rendre une chose, à la base passionnante, absolument ennuyeuse.
A ce moment, Altaïr déclara juste assez fort pour que tous les garçons entendent : « Mais ces informations ne vous seront pas très utiles pour le moment ; vous n'êtes pas prêts d'aller sur le terrain ! »
Cette provocation fit bondir Malik, qui se tourna vers lui et répondit sur le même ton : « Qu'est-ce que tu en sais ? Et pourquoi tu dis ça, tu es aussi Novice que nous, tu devras apprendre ! »
Sans même se retourner vers lui, Altair répliqua d'un ton calme et mesuré : « Oui, mais moi, c'est différent. Je suis le meilleur. »
Le sang de Malik ne fit qu'un tour. Il avait travaillé plus dur que tous les enfants réunis et pourtant il ne se permettait pas de dire ouvertement qu'il était le meilleur, alors qu'au fond de lui il brûlait d'impatience de faire ses preuves. De quel droit osait-il prétendre ça !
Sans plus attendre, le brun se jeta sur l'insolent. Cependant ce dernier s'y attendait, aussi il riposta rapidement et envoya son assaillant choir à terre. Il s'apprêtait à éclater de rire mais il fut coupé par le coup de pied de Malik, qui l'envoya au sol à son tour. Et ainsi débuta le scandale.
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Le même jour
Au fond du couloir des dortoirs, Malik abandonna le premier cette fusillade visuelle. Il était encore tôt, mais il se coucha et tourna le dos à son vis-à-vis, qui sourit. Visiblement, il avait trouvé quelqu'un qui lui résisterait. Parfait !
« Pourquoi tu m'as frappé ? demanda-t-il, comme si de rien n'était.
Son interlocuteur ne jugea pas utile de lui faire face, même à l'appel de la voix fluette mais étonnamment autoritaire. Il se rendit compte qu'une fois retranscrite à l'oral, la raison de son geste semblerait bien enfantine, et qu'il avait fait une grossière erreur de se faire remarquer ainsi dès son arrivée. Cependant il répondit :
- De quel droit as-tu dit que tu étais le meilleur ?
Altaïr éclata de rire, ce qui fit se retourner son vis-à-vis. Malik avait sauté droit dans son piège tout à l'heure, et il venait de le refaire. Il sentait bien la tension électrique qu'il y avait entre eux, et comptait bien en jouer pour mettre un peu d'animation. Seulement, il ne pensait pas que sa légère pique ferait autant mouche.
Avec un clin d'oeil, il répondit :
- Juste pour voir ce que tu valais.
Malik écarquilla les yeux en haussant les sourcils, ce qui accentua le sourire de son vis-à-vis. Ce dernier reprit :
- Tu aurais vu ta tête. Tellement pressé d'agir, t'avais le regard de quelqu'un qui avait tout appris par coeur comme si on allait tous nous interroger très précisément sur les moindres détails de l'histoire de l'Ordre, qui attendait la moindre occasion pour être vaniteux. Hilarant. Le monsieur je-sais-tout, qui vaut mieux que tout le monde. Je voulais voir si c'était vrai ; on nous a arrêté avant la fin. Mais bon, j'aurais gagné de toute façon.
- Et c'est juste pour ça que tu as dit ces histoires ? Mais quel crétin !
- Ce ne sont pas des histoires. Et d'abord, qui est le plus crétin ici ? C'est toi qui m'a frappé. »
Malik ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à répondre. Satisfait de ce mutisme boudeur, Altaïr conclut :
« De toute façon... on verra bien qui le Maître va préférer.»
Le sang de l'aîné Al-Sayf était en ébullition dans ses veines, les nerfs chauffés à blanc. Il mourrait d'envie de régler son compte à ce petit imbécile, mais sa dernière réplique suffit à le convaincre d'agir plus efficacement. Il ne répondit donc rien, et se promit intérieurement qu'il allait redoubler d'acharnement et faire la fierté de sa famille, et surtout celle du Maître. Voilà qui lui clouerait le bec ! Sa colère calmée et l'adrénaline redescendue, il lâcha d'une voix lasse :
« Mais tais-toi...
- Ahh, je sens qu'on va bien s'entendre. Tu t'appelles comment ? »
Pour toute réponse, il reçut un oreiller en plein visage.
« D'accord. Moi, c'est Altaïr. »
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A suivre
