Le lendemain matin, je remarquais que je m'étais endormie dans ma chaise roulante, encore complètement habillée.
Je devais enfiler mon uniforme, et me coiffer pour être acceptable.
L'uniforme était très simple : il était composé de seulement une jupe et une chemise.
Je détestais mettre des jupes, mais j'avais été obligée.
Et puis de toute façon, je suis constamment assise.
Des servantes se baladaient dans les couloirs, et se dirigeaient vers la cuisine.
Mon père vînt me dire bonjour, et m'emmenait jusqu'à la table de la cuisine pour prendre mon déjeuner.
- Est-ce que tu as bien dormi, demanda-t-il en remplissant un verre de jus d'orange.
Je lui fis signe que tout allait bien en baissant la tête, et bu d'un coup sec le verre qu'il venait de déposer sur la table.
Je mangeais rapidement quelque chose, et partit prendre mon sac et ma veste.
Mon père devait se rendre au travail, il lui était donc impossible de me conduire jusqu'au lycée aujourd'hui. J'étais ennuyée, j'allais devoir voir des gens.
Heureusement que le lycée c'était qu'à une dizaines de minutes d'ici.
Je sortais de ma maison en prenant soin de fermer la porte après mon passage, et commençais à pousser mes roues vers le chemin qui menait au lycée.
Plusieurs élèves du même établissement prenaient ce chemin, que ce soit en vélo ou à pieds, il y avait autant de filles que de garçons.
Tout le monde me regardait avancer difficilement, et personne ne prenait le temps de me demander si je voulais de l'aide.
La société humaine était devenue bien dégoûtante, durant ces dernières années.
Après des dizaines de minutes j'étais arrivée devant l'établissement, le problème était que personne n'était là et que cela faisait déjà dix minutes que les cours avaient commencés.
Ce n'était pas de ma faute si j'étais en retard dès le premier jour, je n'en pouvais rien.
Le bâtiment était très grand, et il avait l'air neuf.
Maintenant, il ne me restait plus qu'à trouver le bureau du directeur de l'établissement..
L'entrée principale était assez grande, et on pouvait apercevoir de loin, un couloir avec plusieurs classes, mais pas de bureau.
Une heure.
Une heure pour trouver le bureau de cet homme.
Mon sens de l'orientation laissait à désirer, et j'étais miraculeusement arrivée devant celui-ci en cherchant des toilettes.
Elles attendront la fin de la journée.
Je toquais 3 fois, et un vieil homme m'ouvrit la porte en tirant une tête surprise.
- Vous êtes bien Negami-san ?, demanda-t-il en me faisant un geste pour rentrer.
Il s'installait à son bureau, situé devant moi, et commençait alors à parler.
Vingt minutes passèrent, ou il m'avait expliqué que j'étais en 1-C, et que ma classe était particulièrement forte au niveau scolaire.
Il m'accompagnait jusqu'à la classe, et un homme, qui semblait être très jeune ouvrit la porte.
- Tu dois être la nouvelle élève, allez rentre, dit-il en poussant mon fauteuil jusqu'au tableau au milieu de la classe.
Des élèves poussèrent des bruits d'exclamation, on pouvait entendre des " elle est handicapée ? " " elle est bizarre ! " Et des " elle ressemble à un monstre avec ses cheveux et ses yeux ... ", dans toute la classe.
- Calmez-vous tout de suite !, hurla presque le professeur en leur jetant des regards noirs.
Les bruits cessèrent tous d'un coup, et je scrutais un peu la classe du regard.
Une personne sortait du lot, un garçon aux cheveux verts foncés.
Il me fixait bizarrement, et nos regards se croisaient à plusieurs reprises.
- Tu peux te présenter, Negami-san.
J'allais enfin parler, après quatre ans. Comment parlait-on, déjà ?
Je m'étais tue, je n'avais plus ouvert la bouche pendant que j'étais hospitalisée.
Sauf, si ce n'est pour chanter, ou éternuer.
- Holà, commençais-je. J'suis Negami Azura. J'n'ai rien d'autre à dire, à part que j'ne m'entends qu'avec des personnes du signe cancer.
Je sentais les regards choqués des personnes présentes dans la salle se poser vers moi, ou les rires commençant à retentir au fond de la classe. Le garçon aux cheveux verts foncés releva un peu plus la tête vers moi en remettant ses lunettes en place. Je ne remarquais que maintenant l'objet chanceux du jour dans ses mains pour le signe cancer : un canard en plastique orange.
Et bien, ça tombait parfaitement. Peut-être que ce garçon est sympathique.
Moi, je n'avais pas peur du ridicule.
- C'est original, Negami-kun. Tu peux aller te mettre à côté de Nagaya-kun, veux-tu bien lever la main s'il te plaît ?
Et comme les capricorne n'étaient absolument pas chanceux en ce jour, l'un des garçons qui s'était moqué de moi il y a quelques minutes, venait de lever la main avec un air moquer tout au fond de la salle de classe.
Je roulais jusqu'à lui, sans adresser aucun un regard, et sortis les cahiers que l'on m'avait donné une heure auparavant dans le bureau du directeur de mon sac de cours rose.
En écoutant attentivement le professeur, je remarquais qu'il donnait cours de français. Nous étions au cours de français, une langue que j'avais appris quand j'étais en Espagne.
Malgré les nombreuses exceptions et les nombreux temps de conjugaison, j'avais réussis à manier cette langue avec facilité à mes douze ans. C'était d'ailleurs l'une des seules langues que j'avais réussi à apprendre, d'ailleurs.
Je suivais le cours avec intérêt et appris même des choses dont je ne soupçonnais pas l'existence avant de ranger mes affaires quand la cloche sonna.
- Eh la nouvelle ! Tu veux venir courir avec moi ?
- Tu es bête ? Elle ne sait même pas marcher
- Regarde ! Je sais tenir sur mes deux jambes !
Trois élèves, deux filles et un garçon, devant moi, me bloquant le passage et me gâchant la vue pour avancer vers la sortie.
Je soupirais, et sortit de ma poche une cigarette que plaçais ensuite dans ma main gauche. Je levais ensuite les yeux vers eux et dis :
- Vos mères les tricératops, v'n'avez absolument aucun respect envers la fille d'l'un des hommes les plus importants de cette ville, commençais-je. Vous savez, ricanais-je, je pourrai vous j'ter à la rue en un seul claquement de doigts si je le pouvais.
- C'est bon on rigolait, se défendit l'une des deux filles. Espèce de folle !
Et ils partirent tous les trois en courant, sortant de la classe en bousculant quelques personnes au passage.
En fait mon père est juste basketteur. Mais ce mensonge fonctionne toujours.
La moitié des élèves regardaient la scène choqués, tandis que d'autres s'en contrefichaient royalement.
J'avançais tranquillement vers la porte et sortit de la classe, en faisant avancer mon fauteuil roulant vers la cafétéria, étant donné qu'il était déjà l'heure de manger ( cette fois-ci, je remercie mon retard ).
Mais, le seul problème était que je n'avais pas assez d'argent pour m'acheter quelque chose, et je n'avais pas pensé à me préparer un bento.
J'allais donc mourir de faim durant les heures suivantes.
J'apercevais heureusement au loin un distributeur de boisson, proposant ma boisson préférée, je n'allais pas avoir soif, au moins.
Des étoiles apparaissaient dans mes yeux au moment où je réalisais que j'avais assez d'argent pour me l'acheter en fouillant les poches de mon gilet.
Je fis avancer mon fauteuil jusqu'à la machine et déposais ma pièce dans celle-ci, et quelques secondes plus tard, une canette d'une boisson faite de raisin et de pomme verte se tenait dans mes mains avec toute la grâce du monde. Un vrai délice pour les yeux.
J'ouvrais directement la petite boîte de fer, et l'emmenais jusqu'à ma bouche d'un mouvement de bras.
Un liquide d'une couler rouge vive en sortît, et allait se déverser dans ma bouche doucement.
Quelques minutes plus tard, la canette reposait tranquillement dans la poubelle tandis que la boisson, elle, était entrain d'appeler à l'aide dans mon estomac.
Les couloirs étaient vides, je décidais donc d'attendre au troisième étage que la cloche sonne. Je prendrais l'ascenseur après.
Je mis mon casque de couleur noire sur mes oreilles, et fis défiler toutes les musiques que je possédais sur mon téléphone portable de mon index.
J'enclenchais finalement la lecture aléatoire, et une musique de jazz résonna dans mes oreilles.
Je commençais à chantonner le refrain de ma chanson préférée en avançant vers l'ascenseur pour ensuite me rendre au gymnase.
J'arrivais dans la salle, et je remarquais directement qu'il y avait quelques personnes qui jouaient au football, mais je n'y fis pas plus attention, et me concentrais rapidement sur ma musique.
Je me posais dans un coin d'ombre durant les deux minutes suivantes, fermant les yeux, et je failli m'endormir plusieurs fois.
Cinq minutes plus tard, le cours avait commencé.
Et bien sûr, ma classe jouait au basket.
Je regardais avec envie les débutants jouer, sauter et dribbler de manière totalement improvisée pour certains.
Les filles étaient vraiment nulles, et aucune n'arrivait à shooter correctement.
Du côté des garçons, quelques uns jouaient parfaitement bien.
Ils étaient parfaits, leurs styles de jouer m'étonnaient et ils me donnaient envie de rejouer. De jouer au basket.
L'une des personnes qui jouait divinement bien était ce mystérieux garçon dans ma classe. Ses shoots étaient incroyables. C'était d'ailleurs lui qui jouait le mieux, et même si ils étaient tous des débutants, le score était impressionnant.
J'aurais tellement voulu pouvoir utiliser mes jambes à cet instant
Comme il m'était impossible de marcher, je ne pouvais pas pratiquer de sport, sauf avec mes bras.
Mais il m'était impossible de marquer un panier dans cette situation, et surtout dans mon état mental actuel. Je ne savais même pas si je pouvais réussir à lever les bras rapidement.
Après la fin du cours, la journée passa très vite, et je rentrais chez moi épuisée mentalement.
- Papa, j'suis rentrée, avais-je dis en franchissant la porte d'entrée couleur bleue clair.
Il arrivait vers moi avec un sourire collé aux lèvres, et me demandais comment ma première journée s'était déroulée.
- Laisse-moi réfléchir, à part avoir menacé des imbéciles avec des mensonges, je crois que je suis restée assise toute la journée dans ce siège à pouvoir espérer jouer contre eux au basket, avouais-je en me dirigeant vers la salle de bain.
Je ne lui laissais même pas le temps de me répondre, connaissant déjà sa réponse, et m'enfermais directement dans la salle de bain.
Celle-ci, était décorée par des carrelages de couleur noir qui laissaient refléter mon fauteuil dans ceux-ci. Je soupirais et fis un effort pour commencer à me faire couler un bain.
J'appelais ensuite ma servante personnelle, qui m'aida à me déshabiller, elle me posa sur une chaise en marbre et appuyait un peu plus sur le robinet pour régler la température de l'eau.
Directement, de l'eau tiède s'écoulait lentement du pommeau de douche doré.
Après être restée quelques minutes sous l'eau, j'entourais mon corps d'une serviette et demandais à cette même servante de m'aider à remonter sur ma chaise.
- Azura-san, n'oubliez pas de manger ce soir, elle me fît un sourire et laissa dériver son regard sur mon corps plus que maigre.
Je grognais alors qu'elle perdit son sourire en voyant mes côtes collées à ma peau.
Mon corps encore tout mouillé faisait coller mes cheveux blancs sur ma peau et cela était vraiment désagréable. Je profitais de ce moment pour mes regarder dans le miroir et grimaçais.
Je ressemblais vraiment à un monstre comme ça.
J'avais quand même des formes, et heureusement.
Ma servante se força à me faire un sourire que je ne lui rendis pas, et elle commença à m'habiller alors que je commençais à chantonner une chanson cochonne.
Elle me raccompagna ensuite jusqu'à ma chambre en rigolant, et partit vers le bureau de mon père. Je lui avais demandé de prévenir mon père que je n'avais pas faim, mais celle-ci allait sûrement me chercher quelque chose à grignoter, je la connaissais trop pour en douter.
Je tombais sur mon lit douillet avant d'allumer mon ordinateur portable.
Je fis un tour sur tous les réseaux sociaux inutiles, répondais à tout mes messages et parlais pendant quelques minutes à une amie de mon ancienne école à qui je n'avais plus parler depuis quelques mois, en évitant de lui dire que j'allais bientôt mourir, et lui souhaitais bonne nuit.
J'éteignais mon ordinateur en jetant un coup d'œil à l'heure qui se dessinait sur ma montre,et le posais sur la table de nuit située à gauche de mon lit, pour aller me réfugier en dessous de ma couverture.
C'est seulement après quelques heures que j'arrivais à sombrer dans les bras de Morphée.
Un ange esseulé.
