Bonsoir bonsoir !
Je vous poste ici le deuxième chapitre de cette histoire que j'aime raccourcir en BALNO :-)
DISCLAIMER : l'univers d'Harry Potter et tout ce qui y touche appartient à JK Rowling. Seule l'histoire est à moi et je l'écris pour le pur plaisir d'écriture, sans aucun but lucratif.
Je vous souhaite bonne lecture !
Anacoluthe
Chapitre 2
Quand Hermione arriva au port, elle fut assaillie par l'odeur presque nauséabonde de l'eau marécageuse. Elle porta sa main à son nez et regarda autour d'elle pour voir si elle était la seule à souffrir de ces effluves. Elle remarqua plusieurs touristes, un bout de tissu devant leur visage. Elle se sentit soulagée, moins seule tout d'un coup.
Elle s'était levée, motivée et joyeuse. Elle s'était habillée avec un jean, un T-Shirt longues manches noir et moulant et des baskets rose pâle. Elle avait, par précaution, pris un K-Way, ne sachant pas avec quel type de bateau elle allait naviguer sur les eaux du Bayou Saint-Jean. Elle s'était également munie d'un appareil photo, prête à immortaliser tout ce qu'elle pouvait. Elle avait également un petit sac à dos dans lequel gisait son portefeuille, ses papiers d'identité, son ticket d'embarquement, deux paquets de mouchoir, des pansements et un bloc-notes avec un stylo à bille pour se souvenir de ce qu'elle n'aura pas pu prendre en photo. Ses amies la trouvaient un petit peu trop assidue, même en vacances. Elle lui donnait le surnom de « rat de bibliothèque » quand ils voulaient la taquiner. Ça l'avait blessée au début, puis elle avait pris du recul, avait reconnu qu'elle était perfectionniste et assoiffée de savoir mais c'était dans sa nature ! Elle adorait apprendre de nouvelles choses et travailler sa culture générale. Après tout, qui ne voulait rien apprendre n'avançait pas dans la vie. C'était sa devise.
Deux hommes habillés de gilets de sauvetages sortirent d'un bâtiment devant lequel était retournée une vieille barque, et firent signe aux gens d'approcher.
- Bonjour à tous et toutes, dit l'un des deux en anglais. Bienvenue à la Nouvelle-Orléans ! J'espère que vous n'avez pas le mal de mer car ça va assez secouer aujourd'hui. (Une femme d'une quarantaine d'années leva la main, un sourire navré aux lèvres et annonça que c'était son cas.) Ah vraiment ? Bon, eh bien, nous vous mettrons sur le bord du bateau, dans ce cas, fit l'homme avec humour.
Un rire parcouru l'assemblée et l'autre prit le relais en demandant aux futurs passagers de se munir d'un gilet de sauvetage et de l'accrocher de telle et telle manière. Hermione se vit dans l'avion et elle pouffa dans son coin.
Les gens montèrent alors un à un dans le bateau et prirent place. Quelques consignes de sécurité furent données puis le bateau se mit en route, naviguant à un rythme de croisière. Il était vrai que ça secouait un peu mais c'était loin d'être désagréable pour Hermione. Elle appréciait même plutôt cela.
Tout en écoutant les informations énoncées par les guides, elle regardait de part et d'autre du bateau, attendant d'avoir la bonne lumière, le bon élément à photographier quand une dame s'écria soudainement :
- Regardez ! (Elle pointa quelque chose dans l'eau à la droite du bateau. Tout le monde se déplaça, sous les avertissements et les suppliques de prudence des guides.) Un crocodile !
Hermione s'approcha et regarda l'animal, l'analysant tant qu'elle put à cause du soleil et de l'eau qui le recouvrait.
- Ce n'est pas un crocodile, la contredit-elle d'un ton sérieux. C'est alligator. Les crocodiles ont une tête fine et étroite, alors que nous pouvons observer d'ici que la tête de cet animal est large et arrondie. Et pour information, le crocodile a deux dents supérieures qui restent à l'extérieur de sa gueule fermée. Malheureusement, nous ne pouvons l'apercevoir de là où nous sommes et c'est vraiment dommage.
Un silence suivit sa déclaration et elle en profita pour prendre quelques clichés. Quand elle se retourna, elle vit tous les regards fixés sur elle, certains dédaigneux, d'autres étonnés. Les guident se souriaient mais ne dirent rien de plus. Elle avait probablement tout dit. Et elle était certaine que ses propos étaient corrects. Elle s'était renseignée autant que possible sur la Nouvelle-Orléans et avait eu le temps de lire un bouquin supplémentaire dans l'avion.
Elle passa entre les gens sans encombre et retourna à sa place. Les autres touristes l'imitèrent lentement, lui jeta de temps à autres des coups d'œil intrigués puis le choc passa et elle put enfin continuer d'écouter sans qu'on ne la fixe comme si elle venait d'un autre monde.
Cela ne la dérangeait plus vraiment, elle avait grandi avec ce genre de regard lancés à son attention. Elle avait également subi des remarques désagréables, mais elle avait fini par rabattre le caquet de ces personne désagréables : elle avait raison, ils manquaient de culture, ne s'intéressaient pas assez à ce qui les entourait et elle en avait ras la casquette de les entendre jacasser dans son dos à tout bout de champ ! Elle s'était fait des amis, qui sont devenus des meilleurs amis.
Malheureusement, en arrivant aux études supérieures, leurs chemins s'étaient séparés et ils s'étaient éloignés. Hermione avait été triste au début, puis avait lâché prise, s'était concentrée sur ses études en se disant qu'elle trouverait des personnes avec qui elle aurait beaucoup de points communs, avec qui elle s'entendrait tout en sachant que c'était les bonnes. Elle avait reçu son diplôme avec la fierté d'être première de sa promotion, trouvé un job dans les quelques mois qui suivirent et, au bout de cinq longues années de travail assidu à sa sauce, elle avait demandé deux semaines de vacances. Elle avait à peine pris deux heures avant de savoir comment elle allait occuper son temps libre : un coup d'œil sur internet, un billet d'avion acheté et trois jours plus tard, elle atterrissait sur le sol américain, souriante et libérée. Ses parents lui avaient prodigués de précieux conseils avant de partir, qu'elle avait pris soin de noter et d'appliquer.
Et elle avait posé pied à la Nouvelle-Orléans un jour plus tard, impatiente de découvrir cette ville aux mille couleurs.
Une bonne heure et demie s'écoula avant que le bateau s'arrête. Les gens marchèrent en hâte hors du moyen de transport maritime pour dégourdir leurs jambes et s'étirer. Certains tournèrent sur eux-mêmes pour voir jusqu'où s'élevaient les arbres. Hermione les imita, admirative.
- Prenez garde aux moustiques ! conseilla l'un des deux guides.
Les réactions furent multiples : certains s'en fichèrent, d'autres regardèrent autour d'eux avec suspicion et certains commencèrent à se taper les bras et d'autre parties du corps, pensant s'être fait subitement piquer. Hermione secoua la tête, amusée. Elle se mit en route, suivant à son aise le groupe. Elle prenait des photos par-ci, par-là. Les champs des oiseaux et le craquement des branches sous leurs pieds étaient les seuls éléments cassant le débit de paroles des deux meneurs.
Quelques minutes passèrent avant qu'Hermione remarque qu'elle avait perdu le groupe. Elle se mit à paniquer avant de courir le long du chemin dans la direction qu'elle supposait que le groupe avait prise.
- Oh Seigneur, moi et mon intérêt, marmonna-t-elle, fâchée contre elle-même.
Au bout de plusieurs heures de recherche, elle se rendit à l'évidence qu'elle était perdue. Et là, au milieu de ces arbres gigantesques et silencieux, dans cet environnement qu'elle trouva subitement austère, elle fondit en larmes.
Elle pleura pendant ce qui lui sembla être des heures. Jusqu'à ce que son estomac se manifeste. Elle se reprit, renifla et se leva. Elle serra les poings, remonta son sac sur son épaule et marcha encore.
Puis un cri retentit. Elle tourna en rond, aux aguets, pour voir d'où ça aurait pu provenir. Mais le cri ne se manifesta plus. Épaules affaissées, elle fit quelques pas …
Et un autre cri se fit entendre. La jeune femme n'attendit pas une seconde de plus. Elle se mit à courir le plus vite possible dans la direction d'où lui semblait provenir le cri et finit par apercevoir quelque chose de massif au loin entre les arbres. Son cœur fit un bon dans sa poitrine : elle avait trouvé quelque chose ! Elle accéléra autant que possible, écartant les branches sur son chemin et bloqua violemment en voyant ce qui se dressait devant elle.
Une maison. Devant elle se dressait une maison ! Elle s'écria de joie, serrant le point :
- Yes ! Merci, Seigneur !
Elle serra les mains en signe de prière et leva le nez vers le ciel. Et quand elle regarda à nouveau vers la maison, elle fut prise d'un doute. Et si ces gens n'étaient pas convenables ? Et si c'était comme dans Hansel et Gretel ? Des criminels ? Des dealers ? Ou peut-être des macs ? Son cœur se serra d'angoisse mais son courage refit vite surface : Allez Hermione, tu dois au moins aller te renseigner sur ce que tu as devant le nez. Avec un peu de chance, ils t'aideront à retrouver ton chemin.
Elle avança donc lentement, attentive. Elle vit alors un homme aux cheveux d'un roux flamboyant à genoux devant de la terre battue. Il jardinait.
- Est-ce que tu sais où j'ai mis ma pelle ? cria-t-il soudain.
- T'as quoi ? répondit une voix féminine à l'autre bout du jardin.
C'était probablement eux qu'Hermione avait entendu parmi les arbres.
Puis elle aperçut une paire de jambes derrière un grand draps de lit suspendu sur un fil.
- Bonjour ! lança-t-elle d'une voix timide.
La tête de l'homme se releva et il la regarda avec étonnement. La paire de jambes sortit d'un coup de derrière le drap et Hermione vit une petite dame boulotte aux cheveux également roux, volumineux et bouclés.
- Ah Ginny ! Je me demandais quand tu …
La dame s'arrêta de parler et adopta la même attitude que l'homme dans le potager.
Hermione tenta un sourire hésitant et un signe de la main.
- Bonjour, dit-elle à nouveau. Je suis vraiment désolée de vous surprendre comme ça, mais … C'est vraiment idiot, hein, mais j'ai perdu mon groupe de visite guidée, en fait. Et je …
- Oh par Merlin ! s'exclama d'effroi la dame, les bras en l'air et s'approchant à grands pas vers Hermione. Ma chérie ! Quel malheur ! Depuis combien de temps êtes-vous dans cette forêt ?
- Quelques heures, répondit vaguement l'intéressée. Enfin, je crois … Quelle heure est-il ?
L'homme se releva difficilement et rejoignit la petite femme.
- Des heures ?! s'horrifia la rousse, les mains devant la bouche. Vous devez mourir de faim ?
- Oui, enfin, je crois, je n'ai …
- Venez ! Suivez-moi, lui ordonna-t-elle alors en la prenant par la main et la tirant vers la maison. J'espère que vous aimez le ragoût d'agneau, parce que j'en ai une belle ration au frigo et …
Hermione croisa le regard de l'homme qui se fit bienveillant. Il lui sourit et prit la parole de sa voix douce :
- Molly chérie, laisse un peu cette jeune femme se remettre de ses émotions, s'il-te-plait. Elle a dû avoir vraiment peur, toute seule dans le Bayou. (Ladite Molly la relâcha et l'homme tendit la main vers Hermione.) Alors, mademoiselle, vous devez bien avoir un nom ?
- Hermione. Hermione Granger.
- Charmant, dit-il. Je suis Arthur Weasley. Et voici ma femme, Molly. Veuillez pardonner son effroi, elle est très protectrice.
- M'enfin, Arthur ! s'indigna Molly. Tu ne le serais pas, toi, en apprenant que l'un de tes enfants s'est perdu en plein milieu des bois ? J'en mourrais d'inquiétude !
- Tu extrapoles toujours, Molly, rétorqua-t-il calmement. Elle nous a trouvé et elle peut en remercier Merlin. Et puis tu sais bien que les enfants connaissent cette forêt sur le bout de leurs doigts.
Hermione serra la main de l'homme et marcha derrière lui quand il lui fit signe de le suivre. La petite dame ouvrit une porte qui donnait sur une cuisine bien chargée. Une petite cloche résonna dans la pièce, à l'ouverture et à la fermeture de la porte.
- Je vous en prie, asseyez-vous, nous allions justement passer à table, l'invita-t-il.
- Oh mon dieu, non ! Je ne voudrais pas vous déranger ! Je me demandais juste si vous …
- Sornettes ! s'exclama Molly. Vous allez manger, vous reposer et nous nous occuperons de la suite après.
Hermione regarda l'homme avec de grands yeux et il lui sourit d'un air calme et serein : il connaissait sa femme, elle ne pouvait résister aux âmes en peine. Elle avait un cœur gros comme ça et s'occuper des gens était inné chez elle. Elle en faisait même parfois un devoir.
Hermione sentit ses épaules se détendre en voyant l'assiette remplie de ragoût d'agneau arriver devant elle. Sentir ces odeurs délicieuses lui firent un effet inattendu : elle fondit en larmes sans pouvoir se retenir, à la grande surprise du couple. Elle se cacha le visage des mains et s'excusa pour son comportement.
- Ne vous excusez pas, jeune fille, je vous en prie, lui dit Molly. C'est tout à fait normal après ce que vous avez vécu.
- Reconnaissez qu'être perdue en terrain hostile n'est pas ce qu'il y a de plus plaisant et rassurant, tenta de la faire rire Arthur.
Hermione hocha la tête et accepta volontiers le mouchoir qu'il lui tendait. Quand elle fut remise de ses émotions, elle sourit d'un air gêné au couple et s'excusa à nouveau :
- Je me sens vraiment idiote, dit-elle. D'habitude, je suis attentive. Je n'aurais pas dû me perdre. En plus, ce n'est pas mon genre de paniquer ainsi. Je suis plutôt rationnelle, en fait. Mais là … Dans cette forêt … Elle m'a parue si hostile tout d'un coup et j'ai …
Molly posa une main douce et maternelle sur l'épaule de la jeune femme, un sourire tendre aux lèvres :
- Ne vous justifiez pas, ce n'est pas utile. Vous étiez seule, perdue et quelque part où vous n'étiez jamais venue. C'est tout à fait logique.
- Et puis, la peur prouve que vous n'êtes pas sans conscience, renchérit-il sur le ton de la plaisanterie.
Molly lui jeta un regard outré tandis que la jeune femme le dévisageait - elle ne savait pas si elle devait se joindre à lui pour rire. L'homme rit encore quelques instants jusqu'à ce qu'il se rende compte que les deux autres ne l'imitaient pas. Son rire se calma lentement et il finit en mimant une crise de toux.
Molly posa à nouveau son regard sur Hermione et son visage prit un sérieux total et autoritaire :
- Maintenant, jeune fille, vous allez me terminer votre assiette !
Elle se mit à table et le repas put enfin commencer. Il se déroula en silence. Hermione en profita. Ce silence lui fut bénéfique, profondément déstressant. Elle sentait qu'elle était entourée de bonnes ondes auprès de ce couple, comme s'ils avaient l'habitude d'accueillir des inconnus chez eux. Une demi-heure plus tard, quand elle eut fini son repas, elle repoussa son assiette et se cala contre le dossier, les mains croisées sur le ventre, rassasiée.
- Alors ? C'était bon ? s'enquit Molly en souriant chaleureusement.
- Délicieux. Je vous remercie, dit Hermione.
Son regard dévia ensuite autour d'elle et elle observa les meubles. C'était une cuisine étroite et fournie, avec une ancienne cuisinière au gaz, un évier en fonte et une radio au-dessus du frigo qui devait être rempli à ras-bord. Cette pensée fit sourire Hermione qui n'avait dans son frigo que le stricte nécessaire. Elle préférait faire ses courses au jour le jour, choisissant ainsi un repas qui lui faisait envie sur le moment. Néanmoins, cela lui arrivait quelques fois de faire des courses pour un mois et d'être tranquille, sachant que ce dont elle avait besoin était sous sa main. Et puis, à vrai dire, c'était bien plus facile ainsi puisqu'elle était toute seule. Ça pouvait paraître lourd pour certaines de ses connaissances qui ne comprenaient pas pourquoi elle ne cherchait pas quelqu'un avec qui vivre sa vie. Elle répondait toujours qu'elle n'avait pas le temps et que l'amour ne se cherchait pas, qu'il venait à toi sans que tu t'y attendes. Alors elle préférait ne pas y penser, ça risquerait de le faire fuir ! Sur cette note humoristique, sa vessie se manifesta d'un coup. Pressée, elle demanda où se trouvait les toilettes et la mère de famille s'empressa de lui indiquer le chemin.
- C'est au bout du couloir sur ta droite.
Hermione la remercia et elle suivit les instructions. En revenant, elle détailla le salon. Ça ne la mettait pas très à l'aise de faire ça, elle détestait la curiosité mal placée en réalité, mais ici, c'était différent. C'était comme si cette maison appelait à une ambiance familiale, comme si elle émettait des ondes positives et apaisantes sur quiconque l'approchait. En fait, ça lui rappelait un peu l'atmosphère de chez ses parents, qui lui manquèrent subitement. Son cœur se serra mais elle se dit qu'elle allait bientôt les revoir. Et puis son cœur balançait : elle venait d'arriver et lui demander de repartir maintenant était trop lui demander ! Elle se sentait tellement bien à la Nouvelle-Orléans.
Arthur sortit de la cuisine et lança un regard d'abord surpris en voyant Hermione – « On ne t'avait pas entendue revenir » lui dit-il – puis il lui sourit sincèrement, d'un air serein et s'approcha d'un meuble près de la cheminée, éteinte à cette période de l'année. Hermione se dit qu'une soirée au coin de ce feu en hiver avec un bon livre et une couverture sur les genoux devait être des plus agréables. La jeune femme suivit du regard les gestes de l'homme et le vit allumer un vieux tourne disque assez imposant. Elle s'étonna de ne pas l'avoir remarqué tout de suite. De la musique jazzy emplit la pièce – elle reconnut I put a spell on you de Nina Simone – et Hermione se mit à se dandiner inconsciemment, bras croisés, découvrant un peu plus le salon. Arthur prit un journal et se laissa choir dans un fauteuil, le pied battant la mesure. Il avait des meubles partout, des couvertures brodées sur les nombreux fauteuils et les chaises dans la large pièce. Des livres reposaient sur les étagères et des tas de cadres photos ornaient les armoires et les murs. La jeune femme ne sut résister à l'envie d'en apprendre plus sur ce couple généreux et s'approcha pour voir qui était photographié. Elle cligna subitement plusieurs fois des yeux car elle crut voir les personnes sur les images bouger, comme si elles étaient animées. Elle se retourna pour voir comment le soleil entrait dans la pièce et, rationnelle comme à son habitude, elle décréta que ça devait être les rayons du soleil qui avaient provoquer un effet d'optique. Elle regard à nouveau et les gens sur les photos étaient en effet immobiles. Elle vit de nombreuses personnes d'à peu près son âge, toutes aussi rousses l'une que l'autres, le sourire aux lèvres. Des membres de la famille sans doute. Elle haussa les sourcils, vivement surprise par la photo sous son nez : une, deux, trois … neuf personnes devant une pyramide !
- C'est ce qu'on appelle une famille nombreuse, souffla la jeune femme, estomaquée.
- Tu as dit quelque chose, ma chérie ? lui demanda Molly en passant sa tête dans l'entrebâillement de la porte de la cuisine. Je peux te tutoyer, n'est-ce pas ?
Hermione fut surprise par l'ouïe si fine de la dame et elle hocha automatiquement la tête. La mère de famille lui offrit un sourire radieux avant de prendre un air horrifié. Hermione se demanda ce qu'il arrivait car elle la vit lancer l'essuie-vaisselle par-dessus son épaule et s'avancer vers elle, mains levées en l'air. Molly les posa sur les joues d'Hermione d'un geste maternel et s'exclama :
- Ma pauvre ! Tu es toute pâle ! Il faut vraiment que tu ailles te réchauffer. Arthur ?
L'homme releva la tête, l'air interrogateur, interrompu dans sa lecture.
- Oui, Molly ?
- Tu veux bien montrer la salle-de-bain à Hermione ? Il faut qu'elle prenne une bonne douche chaude. Ça lui fera selon moi le plus grand bien.
- Bien sûr, approuva-t-il en se levant de son fauteuil.
Hermione s'écarta de Molly, mains vers l'avant en posture défensive.
- Non, non, je vous assure, je vais très bien ! Je vous déjà assez dérangés comme cela. Il vaut mieux pour moi que je retourne en ville, dit-elle en partant vers la porte de la cuisine.
Au moment-même où elle disait ça, un éclair tonna dans le ciel sombre. Elle fut choquée par la météo soudaine et cela dut se voir car Arthur lui lança, riant :
- Bienvenue à la Nouvelle-Orléans ! La météo est ici aussi imprévisible que le bayou.
- Mais … Mais je …
- Tu repartiras quand il fera meilleur ! décréta sévèrement Molly. Nous te reconduirons en ville. Nous devons de toute manière aller faire quelques emplettes pour la maison.
- Et quand comptez-vous y aller, plus ou moins quelques heures ?
Arthur explosa de rire et il lui répondit, les larmes aux yeux, qu'à la Nouvelle-Orléans, un orage pouvait durer de dix minutes à une nuit complète. C'était un temps assez particulier dans cette partie de l'Amérique.
Prions pour que ça ne dure que dix minutes, pensa Hermione en son for intérieur.
- De toute manière, il n'est pas question que nous quittions la maison à cette heure, Arthur chéri, fit Molly, mains sur les hanches.
Hermione, inquiète, ne put retenir un grognement étrangement aigu.
- Ah bon ? fit-elle. Et pourquoi ça ?
- Les enfants doivent venir souper aujourd'hui. D'ailleurs, le souper devrait se terminer bien tard, ils ne repartiront probablement pas aujourd'hui chez eux, répondit l'homme.
Molly émit un grognement d'approbation, hochant la tête d'un mouvement appuyé.
- Ils dormiront dans leur ancienne chambre, ça sera plus simple, renchérit-elle.
Elle ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais la clochette de la porte de la cuisine résonna subitement et une voix féminine s'écria :
- Bouh quel temps ! Maman ! Papa ! C'est moi !
- Ah Ginny ! lança Molly sans bouger. Je suis contente que tu sois là ! J'ai besoin de toi.
- Ah bon ? Et pour … Oh bonjour, fit-elle, surprise.
Une jeune fille aux cheveux de feu vint se planter d'une démarche intriguée devant Hermione qui la salua timidement.
- Bonjour, je m'appelle Hermione.
- Ginny, enchantée, répondit l'autre.
- Elle a perdu son groupe de visite en plein milieu des bois, expliqua Molly l'air grave, elle a dû marcher pendant des heures. Heureusement qu'elle a trouvé la maison !
- En effet, confirma Ginny en souriant d'un air complice et malicieux à Hermione. Celle-ci se demanda pourquoi elle lui lança un tel regard et se promit de lui poser la question plus tard.
- Ton père et moi avons essayé …
- Ta mère se débrouille très bien toute seule, fit Arthur en embrassant sa fille et de partir dans la cuisine pour fermer la porte convenablement.
- De la convaincre d'aller prendre une douche pour se réchauffer, continua Molly, imperturbable.
- Je ne voulais surtout pas déranger plus que je ne l'eusse déjà fait, se justifia Hermione, gênée. Et puis, je n'ai pas d'affaires de rechange alors je vais …
- Pfff ! N'importe quoi ! lança Ginny, tapant l'air de sa main comme pour chasser ce que la jeune touriste venait de dire. Je te prêterai mes affaires. Suis-moi, dit-elle en la tirant par le poignet.
Molly sourit dans le dos des filles, satisfaite d'avoir pu convaincre la jeune femme d'aller prendre une douche. Ginny fit monter à Hermione des escaliers étroits et abruptes. Deux étages plus haut et à bout de souffle, la rousse lui dit :
- Il doit m'en rester quelques-unes ici que je garde en réserve. Tu as vu comment c'est dans le bayou, des flaques de boues partout. On n'est pas à l'abri d'une tache ! (Elle la regarda de haut en bas, le regard calculateur.) Tu dois pouvoir rentrer dans mes fringues, je crois qu'on fait plus ou moins la même taille, non ?
Question rhétorique, pensa Hermione en se laissant emmener dans une chambre toute en longueur avec deux lits. Elle ne s'attarda pas sur les détails, non pas que l'envie lui manquait mais plutôt parce que la jeune femme la tira vers une autre pièce après avoir récupérer quelques tissus dans son armoire.
- Et puis, ajouta-t-elle, mes frères ne devraient pas tarder.
- J'ai vu une photo avec neuf personnes devant une pyramide, est-ce …
- Oui, c'est nous, l'interrompit-elle. Elle ouvrit une porte, alluma la lampe et se tourna vers Hermione : Je suis la dernière après six frères. Je peux te dire que ça n'a pas été de tout repos, ricana-t-elle. Ça ne l'est d'ailleurs toujours pas mais j'ai appris à leur répondre, donc c'est plus drôle qu'autre chose, maintenant. Alors, tu trouveras des essuies et des gants de toilettes dans cette armoire-là (Elle pointa du doigt une armoire dans le fond de la pièce.), tu peux prendre les savons qui traînent dans la douche, y'a pas de souci. Si t'as un problème, tu cries bien fort par-dessus les rampes, on t'entendra et je viendrai t'aider, lui expliqua-t-elle. Bonne douche ! lui souhaita-t-elle avant de quitter la pièce, fermant bien la porte derrière elle.
Hermione prit quelques minutes pour digérer toutes les informations et de prendre du recul par rapport à la personnalité pétillante et énergique de la cadette de la famille. Elle plaisait à Hermione, elle semblait tout à fait naturelle et simple.
- Six frères ? murmura-t-elle en se rendant compte qu'être la seule fille devait être compliqué.
Quoique les mecs se prenaient clairement moins la tête que les filles qui étaient toujours à se demander qu'elle tenue porter, quel verni à ongles poser et quel maquillage mettre. La jeune femme leva les yeux au ciel : elle n'avait jamais été comme ça. La première fois qu'elle s'était posé la question, c'était en quatrième secondaire quand l'école avait organisé un bal. Elle avait alors passé des heures à se préparer et à dompter ses cheveux rebelles. Et puis … ça avait été aussi la première fois qu'elle sortait avec un garçon. Un garçon d'une autre école, d'une autre origine : il s'appelait Viktor Krum, était Bulgare et jouait au football de haut niveau. Elle ne savait pas ce qui pouvait l'attirer chez elle, parce qu'après tout, elle préférait se concentrer sur ses études plutôt que s'attarder sur les choses chronophages telles que, eh bien, les garçons. Mais elle avait découvert que s'occuper des deux était assez facile, en réalité. Bien que trop facile, puisqu'après le bal, elle s'est vite rendu compte qu'il passait son temps à la regarder étudier, sans pratiquement jamais lui adresser la parole. Plutôt ennuyeux. Puis en fin d'année, il lui avait annoncé qu'il retournait en Bulgarie et qu'ils ne pourraient malheureusement plus se voir. Ils s'étaient tout de même mis d'accord sur le fait qu'ils correspondraient régulièrement. Cela avait durer un an et quatre mois. Puis ils avaient arrêté de discuter par courrier et courriel, le temps passa et ils n'eurent plus jamais aucun contact. Mais Hermione était certaine, même à l'heure actuelle, que si elle revoyait Viktor, ils seraient en d'excellents termes. Elle sourit.
Tout en pensant, elle s'était déshabillée et avait mit en route la douche. Elle trouva un élastique, puis se dit que tant qu'à prendre une douche, autant se laver les cheveux. Elle reposa l'objet et entra dans la douche.
Un soupir de bien-être lui échappa et elle se laissa aller.
Le voici fini. Dites-moi ce que vous en avez pensé. Si vous avez des questions, j'y répondrai en essayant de ne rien spoiler ;-)
À bientôt !
Anacoluthe
