James suivit les filles tentant d'adopter la démarche qui lui semblait la plus appropriée : tortillant des fesses autant qu'il le pouvait, et cambrant le dos. Alice lui jeta un drôle de regard mais ne dis rien, il avait pourtant l'impression de se débrouiller comme un chef. Il leva un peu plus la tête, attirant des regards sur lui dans les couloirs. Tout à coup, un détail le frappa : ce n'étaient que des regards de garçons. Outré et un peu dégouté, il les défia du regard comme il aimant tant que Lily le fasse, et ils se détournèrent. Héhé, même en fille il savait se faire respecter. Bon c'était peut-être grâce à Lily que ça marchait, mais quand même. Cette pensée lui redonna un peu le moral.

Jusqu'à ce qu'il aperçoive une tignasse grasse venir vers lui. L'idée que celui à qui appartenait cette chevelure veuille lui parler, ou plutôt à Lily, ne lui vint pas à l'esprit immédiatement ; et ce n'est qu'une fois que Rogue eut prononcé le prénom de sa chère et tendre qu'il saisit toute l'horreur de la chose.

— Oui, Servi... Severus ?

Le prénom lui écorcha la gorge.

— Je t'en supplie Lily, commença le serpentard après avoir emmené James à l'écart. Pardonne-moi.

En effet, sa voix était plus que suppliante et James s'en délecta. Voilà l'occasion rêvée de séparer ces deux là, il n'avait plus qu'à jouer finement. Il se concentra pour imiter Lily du mieux qu'il le put.

— Hors de question. Si tu es venu juste pour me dire ça, tu peux t'en aller et me laisser tranquille !

James n'aurait jamais pensé que la voix que prenait Lily pour le remballer pourrait lui être utile un jour. Il faudrait qu'il pense à la remercier. Et s'il la remerciait, peut-être qu'elle accepterait de sortir avec lui, non ? À moins qu'elle n'apprécie pas ce qu'il avait dit à Rogue ? Oui, c'était un risque, et il décida de rester discret là-dessus, tout grand maraudeur qu'il fût, finalement. Lily avait parfois un caractère imprévisible.

Il rejoignit les amies de Lily, plantant Rogue au milieu du couloir.


Lily était concentrée sur sa tâche : observer les moindres élèves qu'elle croisait, à la recherche de ses cheveux roux. Elle tentait de se pavaner comme le faisait si vulgairement James, ce qui était assez facile : elle n'avait qu'à imiter Sirius qui marchait juste à côté d'elle. Quand une fille lui sourit en battant des cils, elle répondit machinalement de son sourire de préfète attentionnée, l'esprit ailleurs, sur sa démarche plus précisément. Elle sourit à une autre fille qui parut particulièrement heureuse de cette attention, puis encore une autre qui pâlit, et une autre encore qui gloussa avec ses amies. Lily finit par froncer les sourcils, se demandant ce qui leur arrivait. C'était la journée des pintades et personne ne l'avait avertie ? Malheureusement sans son corps, elle ne pouvait faire valoir ses droits de préfètes.

— Alors Cornedrue, t'as l'intention d'en faire s'évanouir combien ? demanda Sirius avec un sourire conspirateur.

Lily regarda autour d'elle avant de se rendre compte que c'était elle, ou plutôt James, qu'il appelait Cornedrue. Elle cacha sa surprise et chercha une réponse digne du grand James Potter.

— Tu paries combien que j'en fais tomber plus que toi ?

Elle agrémenta sa réplique d'un petit sourire en coin, fière d'avoir trouvé quoi dire. Et puis si Sirius prenait le pari, il ferait moins attention à elle, et elle pourrait un peu se détendre.

L'ami de James n'hésita pas une seconde et s'attela immédiatement à la tâche, lançant œillades à qui mieux mieux, tandis que Lily faisait de même, pour la forme. Elle en profitait en réalité pour chercher son propre corps, et donc James. Elle avait beau scruter le moindre visage, elle ne se voyait pas, d'autant plus que ça faisait très étrange de se chercher soi-même, et après quelques couloirs en direction de la Grande Salle, elle commençait à désespérer. Il y avait trop de monde, elle ne pourrait jamais le trouver avant le début des cours. Parce que même si elle était quasiment sure de le voir en cours, elle devait impérativement mettre les choses au clair auparavant. Si seulement elle avait trouvé un moyen de savoir où il se trouvait ? Peut-être que Remus pourrait l'aider. Elle ne savait pas vraiment comment, mais après tout c'était un maraudeur, et ce n'était un secret pour personne que les maraudeurs avaient des ressources insoupçonnées.

Elle décida de se lancer. Au pire, tant pis si les autres trouvaient que James était bizarre, elle lui laisserait le soin de réparer les dégâts. Elle-même n'avait rien à perdre, mais autant rester un subtile : ce n'était pas parce qu'elle était dans le corps de James Potter qu'elle devait adopter ses facultés mentales limitées.

— Au fait, je n'ai pas encore vu Lily ce matin. Vous ne sauriez pas où elle est ? demanda-t-elle.

Sirius tourna la tête vers elle, étonné – mauvais signe ! –, mais ce fût Rémus qui répondit.

— Tu n'as pas vérifié sur la carte ? Je croyais que tu regardais tous les matins.

Une carte ? Quelle carte ? Si elle ne pouvait se permettre de poser des questions, Lily se promit d'en apprendre plus à ce sujet.

— Je n'y ai pas pensé, répondit Lily avec prudence.

Aucun d'entre eux ne fit de remarque mais elle eut le temps d'apercevoir les sourcils de Sirius se froncer avant qu'elle ne tourne la tête. Elle devait avouer qu'à ce niveau elle avait merdé.


James voulait retrouver son corps. Cela faisait à peine une demi-heure qu'il était dans celui de Lily qu'il n'en pouvait déjà plus. Ses cheveux lui tombaient sur le visage toutes les cinq secondes, et il ne pouvait même pas passer la main dedans sous peine de ne plus réussir à la libérer. Le seul avantage était peut-être l'absence de lunettes. Mais c'était loin de rattraper tout le reste. Être une fille, quelle plaie ! Même aux toilettes, il était obligé de s'assoir ! Il 'avait même failli entrer dans les toilettes pour hommes, avant qu'une fille ne lui demande ou il allait.

À son plus grand désarroi, les filles avaient mis énormément de temps à se préparer et c'est seulement dix minutes avant le début du cours qu'ils — elles — arrivèrent dans la Grande Salle. Affamé, James se jeta sur les délicieux muffins et pancakes de Poudlard. Enfin une chose qu'il allait pouvoir faire sans en être empêché par son nouveau corps. Il se servit une demi-douzaine de tranche de bacon, et attaqua voracement son assiette.

— Lily, tu es sure que ça va ? demanda Lily.

— Oui, répondit-il la bouche pleine, la voix de Lily sonnant bizarement. 'ai 'uchte faim !

— T'es pas enceinte au moins ?

James recracha tout ce qu'il avait dans la bouche. Les filles éclatèrent de rire, et il compris que ce n'était qu'une blague. Drôle de blague, à moins que ce ne soit un sujet de plaisanterie chez les filles... Douteux.

Au bout de trois tranches de bacon, c'est son estomac qui lui dit stop. Il s'était trompé : même manger, le corps de Lily l'en empêchait ! De toute façon après ce petit-déjeuner expédié c'était déjà l'heure d'aller en cours et c'est l'âme en peine qu'il suivit les amies de Lily.


Bien qu'elle ait parcouru du regard l'entièreté de la table des Gryffondors, Lily ne vit pas le moindre reflet roux. Est-ce que les filles avaient encore mis trois heures à se préparer ? Sans sa présence pour les obliger à se hâter il y avait en effet de très fortes chances. Elle soupira mentalement. Pauvre James.

Elle venait vraiment de la plaindre, là ? Ça n'allait plus du tout ! Elle se re-concentra sur la colère qu'elle nourrissait à son égard : il ne fallait en aucun cas qu'elle se laisse distraire, sinon, elle était cuite.

Il fallait donc qu'elle sache où il pouvait bien se trouver, qu'elle lui parle, et hors de question que ça se passe en plein milieu de la Grande Salle. James avait parfois un caractère imprévisible. Elle avait besoin qu'ils discutent de ce qui était arrivé, et ce sans oreilles indiscrètes. À partir de ce moment là, elle entreprit de presser les maraudeurs, leur enjoignant de se dépêcher, si bien qu'ils finirent par se lever.

— Mais qu'est ce que tu as ce matin, Cornedrue ! demanda Sirius. D'abord tu oublies la carte, ensuite tu ne manges rien, et tu as hâte d'aller en cours ?

— Il faut que je parle à Lily, répondit celle-ci optant pour une vérité partielle, très partielle.

Rémus sourit — attendri ? Comment James pouvait-il bien être attendrissant ? —, et Sirius, faisant preuve d'une délicatesse rare (ou pas), insista pour savoir ce qu'elle lui voulait.

— La demander en mariage, lâcha Lily en franchissant les portes de la Grande Salle en direction de la classe de DCFM.

Les trois garçons rirent à sa prétendue plaisanterie, et elle en fût soulagée. Bien que ses paroles fussent (Nda : Ne manquez pas d'apprécier ce magnifique subjonctif imparfait !) tout à fait crédibles — James lui avait fait cette demande trois jours plutôt, et la semaine précédente, et celle d'avant, et celle d'encore avant —, elle restait sur ses gardes. Il aurait suffit d'un mot de travers pour que les soupçons ne lâchent plus les amis de James. Pour la forme elle se passa une main dans les cheveux, appréciant leur doux contact, ce qu'elle n'aurait jamais imaginé la veille même (mais ils étaient vraiment doux, qu'est-ce qu'elle y pouvait ?). Cependant, son soulagement se fana bien vite lorsqu'elle aperçut Severus qui descendait un escalier, dans un couloir adjacent. Ce n'était pas le moment qu'ils s'en prennent à lui, mais alors pas du tout. Puis elle se rappela que James n'était pas là, donc qu'il n'y avait aucun risque. Elle accéléra tout de même le pas pour ne pas le croiser, mais remarqua quand même l'expression de profonde tristesse qu'il arborait quelque secondes avant de les voir et de se recomposer. Il ne dit heureusement rien et les maraudeurs ne le remarquèrent pas, trop occupés qu'ils étaient, pour Sirius et Remus, à discuter et, pour Peter, à suivre les grandes jambes de James. Lily les mena ainsi jusque devant la salle, où ils étaient les premiers arrivés, et elle recommença à guetter les élèves au coin du couloir, ignorant les grognements mécontents de Sirius.


Suite à la déception bacon-esque de James, ils, ou plutôt elles, se remirent en route pour le premier cours de la matinée. Quand la conversation — qu'il avait jusque là ignorée, fatigué par tant de niaiserie — s'orienta vers les maraudeurs, il dressa involontairement l'oreille.

— Mais qu'est ce que vous leur trouvez, enfin ? Ils sont comme les autres garçons !

— Tu ne peux pas comprendre, Alice, répondit une fille blonde — Lena ou Lana, James ne savait pas très bien. Ils sont fascinants ! Et un jour, Sirius il sera à moi : il me suivra comme un toutou !

Et elle jeta un regard mi-complice, mi-carnassier à ses amies qui gloussèrent. James les regarda avec stupeur : elles étaient toutes aussi possessives, ou quoi ? Et si elle avait su à quel point elle était proche de la vérité...

— Oh, ça va Lily ! ajouta Lana en apercevant l'expression de James. Ce n'est pas parce que tu as déjà James à tes pieds que c'est notre cas. Pourquoi tu n'en profites pas ? Tu devrais te décoincer et t'amuser un peu !

Lily était vraiment amie avec cette fille ? James ne se souvenait pas de les avoir vu très souvent ensemble et cela le rassura. Mais pour le moment l'urgence était : que répondre ?

— C'est un crétin arrogant. Je ne veux pas en parler.

Il s'épatait lui-même. Il n'aurait jamais cru pouvoir dire un truc pareil à son propre sujet. Dommage que Lily ne soit pas là pour le voir, elle aurait été contente. Il se mit à imaginer sa Lily heureuse, lui lançant un regard d'admiration, à lui James. À nouveau cette bizarre sensation au creux du ventre se fît sentir et il pesta, le souvenir de son nouveau corps se rappelant à lui. Souvenir qu'il oublia dans la seconde, car, devant la salle de DCFM, il venait d'apercevoir Sirius, et, vision pour le moins étrange, lui.

En train de le fixer.