CHAPITRE 1

11 janvier 2014

Kate avait dormi au loft. Elle avait rejoint Rick très tard et quand elle avait enfin trouvé le sommeil, celui-ci avait été agité. Kate s'était battue toute la nuit. Contre qui, il ne le savait pas vraiment. Il le devinait, seulement. Il l'avait observée, inquiet qu'elle ait tant de mal à se détacher de toutes ses angoisses et surtout qu'elle ne parvienne pas à lui en parler. Il avait l'impression qu'elle avait fait un grand pas en arrière et ça le chagrinait, mais il avait décidé de lui laisser du temps et de ne pas l'accabler encore plus. Nerveuse, elle avait repoussé toutes les couvertures en bas du lit. Il était 7h30 du matin et elle venait à peine de trouver un sommeil plus calme. Il la recouvrit puis se leva pour préparer du café. Il en avait bien besoin, lui aussi.

Assis dans la cuisine, il était pensif. Il savait que la période des fêtes de fin d'année et la date de la mort de sa mère étaient des moments de l'année difficiles pour elle mais il y avait plus. Le mariage ? Ils n'avaient pas fixé de date et n'avaient pas encore commencé les préparatifs. Martha, Lanie et Alexis seraient là pour Kate quand elle en aurait besoin mais rien ne pourrait remplacer une mère et ça, il le comprenait. Ajouté à cela, le tapage médiatique pour la campagne politique du sénateur Bracken à qui elle avait sauvé la vie, malgré son envie de lui mettre une balle en pleine tête. Kate avait-elle perdu l'équilibre entre son besoin de venger sa mère et sa dévotion à la Justice ? Non, mais la frontière entre les deux était ténue et dangereuse.

Alexis entra dans la pièce, sortant Castle de ses divagations matinales.

« Papa, est-ce que je peux te parler ? », demanda Alexis sur un ton qui surprit un peu son père.

« Bien sûr. Qu'est-ce qui se passe ? »

« Est-ce que Beckett est là ? »

« Elle dort. La nuit a été courte »

« Papa, tu peux m'épargner ce genre de détails… »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire mais pourquoi me demandes-tu ça ? »

« Je crois que j'ai fait une bêtise… »

« Je te connais, rouquine. Ca ne doit pas être bien grave. Tu as séché un cours pour aller aider les sans abris ? »

« Papa, je suis sérieuse ! »

« Ok, ok. Je t'écoute »

« Tu sais que je suis allée dîner avec Gina il y a deux jours »

« Oui. »

« J'ai peut-être laissé échapper que toi et Beckett alliez vous marier, bientôt »

« Alexis ! Pas Gina…c'est une vraie commère ! En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, toute la presse new yorkaise sera au courant et Beckett sera harcelée par une horde de journalistes avides de détails sur la date, le lieu, la robe… Elle n'a vraiment pas besoin de ça en ce moment »

« Justement… »

« Quoi ? »

« J'espérais que les cocktails et la bouteille de grand cru français qu'elle avait avalés ne lui aurait laissé aucun souvenir de notre discussion mais apparemment, c'est raté »

Elle lui tendit le journal du jour.

«"L'écrivain Richard Castle en passe d'épouser sa muse, la vraie Nikki Heat", avec une énorme photo en première page. Aucune chance pour qu'elle ne le voie pas… Tout le poste doit parler de ça à l'heure qu'il est »

« Je suis désolée… »

« Je suppose que ça devait finir par arriver »

« Qu'est-ce qui devait finir par arriver ? », demanda Beckett, avec une petite mine et encore endormie, les rejoignant dans la cuisine.

« Rien. Un café ? », fit Castle tentant de rouler le journal entre ses mains.

Beckett acquiesça. A peine assise, son téléphone se mit à sonner. Un meurtre ? Parfait pour faire diversion, pensa-t-il.

« Beckett. Oui. Oui. Heu…Excusez-moi mais qui êtes-vous ? Hm…Non, je n'ai pas lu le journal… »

Pour la diversion, c'était plutôt raté.

Elle s'arrêta net de parler, pris le journal des mains de Castle et l'ouvrit. Elle se tourna vers lui avec un air légèrement réprobateur.

« Veuillez m'excuser mais je dois raccrocher. Castle, tu pensais pouvoir me cacher ça ? »

« Tu es fâchée ? »

« A vrai dire, je suis plutôt étonnée que ça ne soit pas arrivé avant … On ne peut plus rien y faire de toute façon. »

Elle n'avait pas pesté, même pas essayé de savoir comment la presse avait bien pu être mise au courant. Pas de regard noir. Pas de discussions sur leurs deux mondes à mille lieues l'un de l'autre. Rien. Juste une mine blasée et fatiguée. Ils avaient besoin de parler. Mais pas maintenant, elle n'était pas ouverte pour ça à cet instant précis. Après toutes ces années, il pouvait le sentir. Il lui prit le téléphone des mains.

« Je m'occupe de répondre aux appels des journalistes »

« Tant mieux parce que j'ai un vrai problème sur les bras. Un meurtre »

Alexis s'était discrètement éclipsée, les laissant prendre leur café matinal avant de s'en aller sur la scène de crime. Elle était simplement soulagée que Beckett l'ait bien pris. Elle avait été un peu lâche mais elle se dit que son père finissait par avoir l'habitude. Après tout, c'était son troisième mariage, il pouvait s'en sortir tout seul...