« And I would never thought
The pain could grow
So I'll break it
Knowing what you said
The pain is what you make it
Sadly you are so mistaken »
« Anthem of the lonely », Nine Lashes
La première sensation à son réveil fut la douleur. Comme si ses crocs étaient toujours là, déchirant la chair, avides de sang et de peur, ivres de fureur et de désespoir.
Hope ne regarda pas où elle avait atterrit, se redressant d'un coup, une main inutilement crispée sur son cou pour enrayer la douleur. Elle ne s'y habituait toujours pas, à la douleur. Elle ne pouvait pas l'oublier. Elle ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose.
Elle se força à inspirer de grandes bouffées d'air, lentement, essayant de diminuer son rythme cardiaque ...
- Ça va mieux ? Interrogea une voix douce à côté d'elle.
Hope sursauta violemment, faillit hurler. Il y avait un vampire assit sur une chaise proche du lit où elle se trouvait. Un charmant jeune homme aux yeux noirs, qui avait levé les mains devant sa panique – comme si un vampire désarmé pouvait être rassurant ! – et s'était aussitôt mis à proférer des mots rassurants pour la calmer. Tout va bien, je ne te veux aucun mal. Il n'empêche que c'était un vampire.
- Tch, souffla Hope avec dédain, c'est ce qu'ils disent tous.
Malgré ses paroles, elle se sentait en vérité déjà plus tranquille. Le vampire avait vraiment l'air ... gentil – c'était bien la première fois qu'elle voyait ça ! – et surtout, s'il avait voulu la vider de son sang, il l'aurait déjà fait.
Hope inspira profondément et jeta un coup d'oeil circulaire sans cesser de surveiller le vampire – gentil ou pas, il restait indigne de confiance.
Le soleil entrait à flot par la fenêtre et ruisselait sur le parquet ciré. Le lit double à baldaquins, draps de soie et oreillers moelleux, dans lequel elle se trouvait – dans lequel on l'avait déposée – était si colossal qu'il mangeait presque les trois quarts de la chambre, laquelle était pourtant d'une taille plus que respectable. On avait disposé en tas ses effets personnels – récupérés sans doute aucun dans le coffre de Jessica Fleming – sur une commode proche, pourvue de boutons dorés et lustrée comme si elle était neuve, au point que Hope se demanda si elle pouvait voir son reflet dedans. Ses mêmes effets personnels détonnaient tristement avec le luxe et le faste de la chambre.
La première pensée de Hope fut : pourriture de riches.
Puis elle concentra de nouveau toute son attention sur le vampire. Et se rappella de sa première question.
- Oui, merci. On est où, là ? Chez toi, je présume. Mais tu es qui, au fait ? - sans vouloir paraître impolie. Un proche de Damon, ça j'avais deviné.
Les yeux du vampire s'écarquillèrent légèrement, ses sourcils se froncèrent brièvement. Puis il voulut vérifier quelque chose :
- Je suis Stefan Salvatore, le frère de Damon. En effet, c'est chez moi. Mais avant tout, est-ce que je peux te demander ce dont tu te souviens à propos de Damon ?
Stefan devait avouer qu'il était un peu perdu. Un peu perdu.
La veille au soir, il revenait d'une soirée magique passée en la compagnie d'Elena et, agréable surprise, il avait constaté que son insupportable frère aîné était absent. Il s'était assoupi le coeur léger.
Un vacarme effroyable l'avait arraché au sommeil et puis une vague glacée l'avait assailli.
Il était très exactement quatre heures du matin et trente-trois minutes quand son frère avait trouvé distrayant de le ramener dans le monde des éveillés à coup de seau d'eau et de glaçons.
- Damon ! Avait hurlé dans un souffle Stefan, ne comprenant pas très bien ce qui venait de lui arriver. Qu'est-ce qui te prend ! Qu'est-ce qui se passe !
- Rien, avait risposté Damon, sardonique. Absolument et définitivement rien. Rendors-toi, frérot.
Il avait étouffé un ricanement et s'en était allé, laissant Stefan dans ses draps trempés.
Étourdi et perplexe comme s'il avait vu Taylor traverser son jardin en tutu sur une trotinette.
Stefan avait changé ses draps, s'était changé puis, tandis qu'il s'apprêtait à retourner au sommeil, décidé à oublier cette impromptue et désagréable visite nocturne, il l'avait perçue.
La respiration humaine.
Les vampires étaient morts, les vampires ne respiraient pas plus que leurs coeur ne battaient.
Stefan et Damon ne respiraient pas, depuis plus d'un siècle.
Il n'y avait qu'une seule explication : Damon avait ramené une humaine dans leur manoir.
Ce n'était certes pas la première ni la dernière fois que cela se produisait mais, en général, Damon ne prenait certainement pas la peine de l'en avertir au préalable – que ce soit de manière auditive ou littéralement glacée – et Stefan ne s'en portait que mieux.
Il n'y comprenait rien.
Stefan avait ruminé ses interrogations toute la nuit durant, renonçant au repos, et puis, au petit matin, son frère avait de nouveau disparu et Stefan avait enfin mis le doigt sur ce qui l'interpellait tellement : Damon avait semblé heureux. Une joie sombre, bancale, malsaine mais c'était de la joie. Il était rassénéré.
Stefan avait quitté sa chambre et trouvé sans mal celle où Damon avait installé l'humaine qui dormait à poings fermés, avec des tâches sombres dans le coup. Du sang séché.
Et alors quoi ? Damon espérait-il que son serviable petit frère prenne soin de ses repas froids ? de ses proies épargnés qu'il négligeait d'hypnotiser avant et après le festin ? En clair, fasse le ménage derrière lui ?
Non. Damon aimait trop faire étalage de la supériorité que la sang humain lui conférait sur Stefan.
S'il avait gardé cette fille après l'avoir attaquée c'était qu'il avait une raison précise.
Satan seul savait laquelle.
Stefan voulait en savoir plus et il prit la décision de demeurer auprès d'elle jusqu'à ce qu'elle s'éveille. Il estimait se trouver en assez bonne forme pour l'hysnotiser lui-même si le besoin s'en faisait sentir.
- Je suis Stefan Salvatore, le frère de Damon. En effet, c'est chez moi. Mais avant tout, est-ce que je peux te demander ce dont tu te souviens à propos de Damon ?
Tout d'abord, vérifier si elle se souvenait de l'attaque – si elle se rappellait de Damon et du fait qu'il s'agissait d'un vampire sauvage et incontrôlable.
- Ce dont je me souviens ? Tu veux dire, depuis le tout début, ou depuis hier soir ? Ah, au fait, moi c'est Hope.
Alors comme ça Damon a un frère et c'est un vampire aussi, songea Hope. Misère. Des buveurs de sang partout !
- De tout, reprit-elle sans lui laisser le temps de répondre. Pour info, l'hypnose vampirique ne marche pas sur moi, donc ce n'est pas la peine d'essayer mon grand.
Stefan resta étourdi et mit un temps pour digérer l'information.
- Tu es humaine ?
Hope grimaça. Il pige vite. Saloperie de sangsue aux neurones surdéveloppés dans un crâne de cadavre.
Puis elle fut sauvée par une voix :
- Stefan ?
Le dénommé tourna la tête et tandis qu'il se dirigeait vers la porte pour accueillir la nouvelle venue, une jeune fille à la peau mate et aux yeux couleur chocolat au lait, Hope en profita pour s'éclipser discrètement par la fenêtre.
Le temps que Stefan détache son attention d'Elena et se rende compte de ce que Hope venait de faire, c'était trop tard.
Hope soupira de soulagemment, puis un bruit moqueur lui fit lever les yeux.
Damon était à moins d'un mètre d'elle. Elle ne lui fit pas le plaisir de sursauter.
Ni celui de porter le premier coup :
- Je parie que tu écoutais, hein. J'espère que tu as profité hier soir, parce que c'était la dernière fois que tu touchais à mon sang.
Damon resta silencieux, un petit sourire narquois au lèvres, qui semblait vouloir dire : Ah oui, tu crois ça ?
Hope avait envie de lui arracher son sourire.
Pourquoi s'était-il embêté à la ramener chez lui ? Ce n'était certainement par bonté d'âme ou par remords.
Pourquoi avait-il décidé de boire le sang de la femme qui l'avait prise en stop ? Combien avait-il de chances pour que, dans tout l'univers, Damon Salvatore ait un petit creux ce soir-là, dans cette ville et sur cette portion de route précisément ... ? Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe sur lui de nouveau pour encore le voir vider quelqu'un ?
Et, par-dessus tout, que lui était-il arrivé ?
Pas qu'elle en ait grand-chose à cirer, bien sûr, simplement si Damon avait tendance à perdre régulièrement les pédales depuis quelques temps, elle préférait être au courant. Elle l'avait vu à l'oeuvre quand il mettait la main sur sa proie.
Son coeur se serra à ce souvenir.
Elle ne lui pardonnerait jamais.
Mais, peu importe ce qui s'était passé six ans plus tôt, elle était certaine qu'a priori, le Damon Salvatore qui lui avait planté ses crocs dans le cou la veille n'était pas dans son état normal. Elle voulait savoir quelles précautions prendre contre ce genre de mal, afin d'éviter que ce genre de désagréments se reproduise.
Il ne manquerait plus qu'il la prenne pour son buffet gratuit !
Hope planta ses yeux dans les siens.
- Tu veux te servir de moi, pas vrai. De ma malédiction. Tu m'aurais jetée comme une vieille chaussette au bord de la route sinon.
Damon la fixa longuement avant de répondre.
- Je n'ai jamais compris pourquoi tu appellais ça une "malédiction" mais, oui, c'est à peu près ça.
Son sourire s'élargit jusqu'à devenir menaçant.
- Avons-nous un deal, très chère ? Lança-t-il de manière pompeuse en lui proposant ironiquement sa main.
Hope fixa sa main comme s'il s'agissait d'un serpent venimeux.
- À une condition, Salvatore.
- Je suis tout ouïe.
- Si je meurs, tu protégeras mon cadavre.
- Oh, ce n'est que ça ? Pas la peine d'avoir l'air aussi grave.
- Jure-le, insista Hope.
Damon se mit à rire.
- Jurer sur quoi ? Sur la tête de mes parents morts depuis des années ? Sur la Bible ? Un pacte de sang, peut-être ?
Hope ne broncha pas.
Damon leva les yeux au ciel.
- Très bien. Je le jure.
- Autre chose.
Damon plissa les yeux.
- Ce n'est pas grand-chose, rassure-toi. Comme ta baraque est foutrement spacieuse, je voudrais juste que tu m'héberges.
Damon, un sourire diabolique aux lèvres, lui serra la main avec tant de vigueur qu'on eut dit qu'il cherchait à lui déboiter les os.
- Marché conclu.
