Disclaimers : voir partie précédente.
Avertissement : Aucun sauf que si vous avez fait des stages et/ou de l'alternance ça peut vous faire peur ou vous rappeler - par certains aspects - quelques souvenirs :p
Rating : T et c'est un oneshot...
Genre : Les réalités réelles de la vie d'un étudiant qui s'attend trop à faire des trucs extraordinaires d'entrée de jeu à son premier stage :p (Oui, j'ai fait des stages, oui, j'ai eu des rêves aussi et non, ce n'est pas allé aussi loin, c'est de la fiction XD).
Pour qui ? Cette suite est pour Anyanas, je l'ai sortie du fin fonds de l'abîme pour ta mauvaise journée ! Et j'ai donc relutté pour toi ! Et je te câline fort.
Spéciale dédicace : à Akai Ringo (hey, reviens vite !!!) et à la petite chose-là-bas (courage !)
Micis : à ceux qui m'ont reviewée dernièrement, merci beaucoup !
Amour, Stage et Pizza
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Appartement de D. Maxwell 17 janvier 2009, 19h30
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Je suis dans mon nouvel appart tout tranquille et je me remémore mon stage, la phase « bureau » et à présent la phase « Pizza Boy » vengeance à la con.
Et je me rappelle ce que j'avais pensé à l'annonce de la nouvelle, censée me faire plaisir, prouver que l'on donnait de l'importance à ce que je faisais.
« L'appel du terrain »
On me prenait ouvertement pour un con.
Ah, on voulait m'envoyer au casse-pipe ?
Eh bien j'allais casser des couilles, quitte à ce que je sois pénalisé, autant que je le sois jusqu'au bout.
Mais j'allais faire mon job correctement aussi, histoire de ne pas me faire éclater par mon conseiller pédagogique.
C'était pas une pizzeria qui allait me foutre les chocottes, j'avais été facteur.
J'avais tout vu, les mémés en chemise de nuit sexy pour m'accueillir,
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- Bonjour vous…
- …. (NAPHTALIIINE… remets ton dentier quand tu me parles, gorge profonde)… Bonjour. J'ai un recommandé pour madame Grimbert.
- Hm… il semblerait que ce soit moi.
- (Pourquoi tant de haine…)
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les gars qui m'envoyaient chier parce que « le facteur habituel » laissait des avis de recommandé alors qu'ils étaient chez eux,
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- Connard!!!! J'étais là la dernière fois et t'as fait exprès de mettre « absent » sur ton papelard à la con !!!!
- (Ton haleine est une arme de destruction massive… comme ton calecif à rayures)… Ce n'était pas moi, monsieur, je suis nouveau.
- Ils disent tous ça ! Et quand bien même c'est pas toi, tu prendras pour les autres !
- …
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la concierge qui racontait sa vie – et celle de ses locataires…
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- Et madame Michu vous avez vu son appartement ? Un vrai dépotoir. Enfin je dis ça je dis rien.
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C'était donc pas une pizzéria qui allait m'impressionner !
Tu parles…
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1ère jour, 12ème mois de stage, 9h00 du matin
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- Here goes nothing (Ouais, quand faut y aller… j'ai des origines américaines, je m'en sers !)
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J'avais beau avoir une envie dingue de décalquer contre le mur Nyuysance 1er, le grand absent de cette première journée, j'avais quand même espoir d'avoir mon diplôme et d'apprendre quelques trucs.
Ouais l'expérience, la polyvalence, la connaissance des produits, le client-facing skill, le management, tout ça.
Ouais, ouais, je sais mais bon c'était pas parce que j'avais aucune illusion que je pouvais pas essayer de m'en créer, non ?
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- (Enfin, il sert plutôt à déchiffrer le mode d'emploi de la photocopieuse… parlez l'anglais qu'ils disaient, ça ouvre les portes du placard à balai….) Y a quelqu'un ?
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Mes nouveaux collègues s'appelaient Momo, Sidi, Fred, Toto et Chouchou, enfin c'était écrit sur leur badge bien gentiment épinglé à la poche de poitrine de leur super chemisette rouge et blanche.
Les vrais prénoms c'était pour les gens derrière un bureau – stagiaire à part -, pas dans un tout petit Pizza Minute de quartier rouge et blanc. Vous connaissez un livreur de pizza qu'on appelle Richard ?
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- (Putain, même à 9H00 du mat' ça pue le fromage) Oh, y a quelqu'un ?
- Oh, deux secondes !
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Ajoutez à ça le super pantalon blanc moule-burnes putain-ils-sont-cons-ou-quoi-c'est-salissant-mais-le-designer-est-un-fan-des-BeeGees, les baskets nettoyées mais pas neuves et l'accessoire qui tue : la casquette à visière en plastique-semi serre-tête rouge « les-débuts-de-la-trois-D-au-ciné » et vous avez la panoplie du bouffon.
C'était pas le travail qui allait m'impressionner…
C'était CA !
J'avais survécu à tout plein de choses.
Je n'allais pas survivre à la HONTE.
Si mes potes me voyaient habillé en Bee Gees, ça allait pas le faire !
J'avais 19 ans à l'époque, merde. C'était humain de penser un peu à la loose !
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- (Non Il a mis quoi dans son ben ? Des boules de Mozza ? Comment il fait pour parler normalement et… marcher ? S'il pète le pantalon il explose) Euh bonjour !
- Salut ! On t'attendait.
- (Il doit y avoir une aération secrète dans ce presse-purée sinon je vais mourir si je dois porter ça) Euh…
- F?
- (Fuck ? Non ça va vraiment pas être possible, ma famille me fait chier mais je tiens aux bijoux). J'ai dû me tromper…
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En même temps savoir que j'allais pas être obligé de prendre mon costume gris me soulageait quand même.
Mais un moule-burnes blanc ?
J'allais faire le lac des cygnes sur mon scooter ?
J'allais passer dans « incroyable talent » ?
Pire. J'allais taper la discute avec un mec qu'on appelait « Chouchou ».
J'avais touché le fond.
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- « Euh » je pense pas, non. T'as bien été envoyé par CCPS ?
- (Espoir, mon ami, c'est quoi ce truc) Qui ?
- Costard Corbeau et Profil de Salaud ?
- (A mort, charogne, c'est Yuy…). Oui…
- Ha ! Tu vas morfler.
- Merci euh… Chouchou c'est ça ? (Ton père en slip, mécréant).
- C'est bien, tu sais lire un badge. Tu t'appelles comment déjà ?
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Je revois encore ce grand dadais blond d'à peu près mon âge avec son sourire cent mille volts et son regard Titanic. Brr il faisait froid. Il était polyvalent mais souvent à la prise de commande ou aux caisses, rarement à la plonge ou à la livraison.
Un niqueur de puce quand il me chipait la moitié de mes maigres pourboires pour « le business ».
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- (Déjà ? Je m'appelle pas, bouffon) Dillon Maxwell.
- Maxwell ? Comme le café ?
- (Non, comme ta mère) Non Dillon, comme le rhum.
- Dis quoi ? Ma parole tes vieux se sont torchés pour t'appeler comme ça ?
- (Ouais et alors ? Essayons de gratter la sympathie, humour) Ben disons que ma mère était serveuse et que mon père était obligé de payer des verres pour qu'elle vienne.
- Hé ! Heureusement qu'il se pintait pas au Ricard !
- (Vu comme ça…) Ben… entre ça et « la même chose » le choix est vite fait. (Héhé).
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Je me souviens de son rire de gangster et de son air sadique.
Il lui manquait plus que le gros cigare.
L'air à peu près sympa une seconde, complètement psychopathe la seconde suivante.
J'allais bosser avec une putain de vague.
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- Je vois dans tes yeux que tu te crois malin.
- (Hein ? Mais nooon !!) Hein ?
- Si, si, avec ton costume de pépé, ton air volontaire et ton sourire Colgate-je-suis-pas-à-ma-place-ici-mais-je-vais-faire-avec, on va t'apprendre la vie !
- (De quoi ? J'ai jamais pensé ça ! Enfin… si peut-être un peu ? Et merde encore un frustré qui va se décharger sur le pauvre étudiant) Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
- Tu existes.
- …
- Et les coins de ta bouche ont tremblé quand tu as lu mon badge. T'inquiète pas, t'y auras droit aussi.
- (Loulou ? Oui, c'est moi) Je suis stagiaire (fleur d'anus). J'ai pas d'existence légale, on m'appelle « hey », « toi là-bas » ou « petit » alors un surnom de plus ? Comme ça je pourrais mieux m'intégrer à l'équipe ? (Léchez-moi lécher, lé-chez-moiiii léchez-moi lécher son cul en liberté…).
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Ben quoi ? J'allais rester six mois là, vous auriez fait quoi à ma place ?
J'étais rebelle à l'intérieur. Tout au fond de moi il y avait un petit canari qui sommeillait.
En attendant j'essayais désespérément d'avoir l'air d'un bon gros chat.
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- Finalement tu m'as l'air un peu moins con que les autres. T'as conscience des réalités.
- (Elu produit de l'année) Ben je suis stagiaire donc a priori étiqueté bon à rien, larbin, mec qui fait rien.
- Les trois, ici on fait package.
- (Pico zboub). Si je suis un peu moins con que les autres ? (OUIIIIIIII !) J'en sais rien, les autres je les connais pas. Si je vais faire mon job quoiqu'on pense de moi ? Oui.
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Cette fois c'était un sourire diabolique.
Il a tendu la main pour la serrer.
Et serrer il l'a fait.
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- Bienvenue en Enfer, petit malin. Je vais te présenter aux autres. Oh les gars ?
- Quels gars, y a que moi, Chouchou. On sera complets la semaine prochaine. Normalement.
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Arrêt sur image. Il y avait un mec canon, corps et voix so seeeeex, super cute avec sa petite toque de pizzaïolo sur ses cheveux châtain-roux à la Country Color et pas trop ridicule dans son moule-burnes qui me voyait.
… Et moi j'avais l'air d'un tube de smarties.
Aussi entubé que je l'étais.
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- T'es qui ? (Je l'ai tutoyé ? Un mec comme ça, ça te suicide les neurones)
- On m'appelle Toto. Et tu es ?
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Aaaaah Toto…
Professionnel de la vanne qui tue et excellent coupeur de tomates.
Sait détecter et camoufler le goût d'un fromage périmé.
Champion du monde de son quartier de lancer de pizza cru.
Accessoirement enculeur de mouche quand il me barbait sur mes horaires.
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- (Dorothy ? Le magicien d'Oz ? Ton mec ? Je peux être n'importe qui pour toi, baby) Je suis…
- Le nouvel esclave que nous envoi sa seigneurie Yuy. Toto, voici Di… quelque chose.
- (Bite de mite)…
- Di, Toto.
- … (Toto) Euh (OUAF !), salut… (putain d'yeux verts… oh et ce rictus… hm…)
- Il est plutôt mignon celui-là, Chouchou.
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Il me trouvait mignon.
Rien que d'y repenser…
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- (… IL ME TROUVE MIGNON ! Dans ÇA ? Mais, mais, mais… IL EST FOU !!! Il va me toucher !!! Oh OUIIIII, pose ta main sur mon épaule !!!!) Gah ?
- Toutes mes condoléances. Il tiendra pas deux jours ici, Chouchou, comme les autres.
- Arrête, tu vas lui faire peur.
- Non mais faut qu'il tombe son costume de pépé, là, il est pas invité au bal des oranges.
- (Dégage ta main de mon épaule, pine d'huître. Je préfère encore bosser à poil que porter vos mouline-couilles).
- Hm… je suis pas contre te voir nu, le nouveau, au contraire.
- (IL EST GAY DIEU EXISTE. MERDE j'ai parlé tout haut ? … Ce mec me bouffe vraiment les neurones)
- Mais je suis pas sûr que tes attributs apprécieraient le voyage en première classe sur le scooter.
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Ouais, apparemment.
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- Bon. Niveau boulot c'est chiant ici de 11h00 à 15h00 et de 18h00 à 23h30. Après 23h30 tu auras les yeux rivés sur la pendule et aux horaires du dernier RER. Et si tu es encore là à cette heure ça voudra dire que t'es de fermeture. Et tant que tu n'as pas fini tu ne t'en va pas.
- Je ne sais pas si… enfin je ne pense pas que… c'est pas que je voudrais pas, hein ? (Tu le vois mon doigt du milieu, Chouchou ? Assieds-toi dessus)
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Non, ça n'allait pas être possible.
Non ?
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- Il n'est écrit nulle part qu'un stagiaire majeur n'a pas le droit de travailler de nuit, pourvu que la législation horaire soit respectée. Et puis, tu es en contrat de professionnalisation. Presque un grand.
- … (Toto, mon cul c'est pas un morceau de poulet, pourquoi t'en as après lui ?) Et je fais comment pour rentrer chez moi ? J'habite à la-fin-du-monde-c'est là-bas !
- Yuy nous a vraiment envoyé une libellule. Arrête de rire de l'œil, Toto. Tu veux dire pas d'horaires de soirée, Di ? On est dans la restauration, grand et accessoirement on ferme quand les gens ont fini de manger.
- …
- Et puis on a une chance de répartir ce boulot de taré et tu crois sérieusement qu'on va la laisser passer ?
- Chouchou, Chouchou, Chouchou, sois pédagogue. On peut aménager tes horaires, le nouveau. Ou faire de ta vie un enfer. A toi de choisir.
- … (Yuy, t'es un homme mort)
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Cte misère quand j'y pense.
Pas un pour rattraper l'autre.
Et ça ne faisait que commencer.
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Le deuxième jour du 12ème mois, 09h00
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Le soleil ne venait pas de se lever.
09h00 dans mon moule-burne, je m'suis ramené.
Hier j'avais pas vraiment bossé.
Là ça allait chier…
Mes horaires ?
« Après concertation avec les gars et vu que Yuy a précisé que tu devais toucher à tout vu que tu étais en mode « découverte de l'entreprise » » comme a dit Chouchou…
Ça, a donné ça.
Lundi, 10h00-14h30 et 20h00-00h00 avec pause-dîner.
Mardi, 09h00-15h00 et 19h30-23h00 avec pause-dîn'.
Mercredi, 09h00-18h00 avec une pause-déj.
« Tu vois, on est gentils, tu ne fais pas tout le temps les fermetures. », qu'ils me disaient.
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- Salut le nouveau, tu es…
- (L'as de trèfle qui pique ton cul) En retard, je sais Chouchou, désolé, j'ai eu des problèmes de… (RER !!!)
- … ridicule et en retard. Je crois que je te préférais dans le costard.
- (Verge de moustique, tu t'es regardé ? Ma parole elles ont grossi les boules de Mozza ou c'est un effet de lumière du garage ?)…
- Tiens, voici le nouveau planning.
- Merci (… Je pensais pas dire ça mais DOROTHY SAUVE-MOI, TU ME MANQUES ! CHANG ! JE VEUX BIEN TE PREPARER UN ARABICA ET REPARER TA PHOTOCOPIEUSE DE MERDE!) … Euh…
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Avec ces horaires à la tu-te-fais-barber, j'allais soit devoir faire la navette entre mes deux services – et Saint-Quentin-Les-Chaussettes c'est pas la porte d'à côté -, soit au pire rester sur place et me faire surexploiter.
En plus ils avaient fait en sorte que je rentre suffisamment tôt le mercredi pour pas dire que ça pose problème pour les cours le lendemain.
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- Et au fait pendant les vacances scolaires, tu ne travailleras pas le jeudi.
- Ah ?
- Par contre tu seras systématiquement du samedi. Pour t'imprégner parce qu'il faut être lucide : c'est le samedi que c'est le pur rush. C'est pas dirigé contre toi.
- (Ouais ben on dirait pas… bordel c'est QUOI ce truc pourri ?)
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On me dira y a plus grave, y a plein d'étudiants qui bossent encore plus pour leurs exams, bienvenue dans la vie active, blablabla.
Je revendique légitimement de penser à ma gueule. Tant qu'on passait son temps à me rappeler que j'étais un petit merdeux, j'allais passer mon temps à grogner dans ma tête vu que je pouvais pas vraiment le faire ouvertement.
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- Voici ton bébé d'amour.
- (Et dieu créa la loose… remarque, ça va avec le reste)…
- Tous ceux qui l'ont conduite sont revenus vivants, ça te portera bonheur.
- (Tu t'en fous de mon bonheur, Chouchou, tu veux ma peau). Ouais…
- Si tu la rayes, tu paies. Mais pourquoi t'es tout blanc ?
- (J'AI PAS UNE THUNE, TU VEUX QUE JE PAIE AVEC QUOI LES FUTURES RAYURES ? LA DENT EN OR DE PAPY ?) Je…
- Le scooter est un peu vieux mais, tu ne te fracasseras pas dessus. Il a de la bouteille.
- (ET TA SŒUR EN STRING ELLE A DE LA BOUTEILLE AUSSI ?) Euh, Chouchou ?
- Hm ?
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En attendant devant cette espèce de truc que même les gars de ma cité n'auraient pas volé ben…
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- (Non je ne panique pas, non je ne panique pas, les deux roues à moteur c'est PAS MON TRUC) Je… je peux pas livrer les pizzas en métro ? Ou y a pas un vélo, une voiture, une Berlingo, merde une KANGOO, quoi !
- T'as cru que c'était Disneyland ? Estime-toi heureux qu'on te fournisse un scooter, d'habitude c'est chacun sa merde.
- Ok. Je vais demander à mon père de me prêter son Volvo 240 break 1988. Je crois que le temps que j'arrive à me garer la livraison sera congelée.
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La jouissance de le voir blêmir.
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- Je crois plutôt qu'on va t'apprendre à conduire un scooter avant que tu ne fasses ta tournée. Mais là on est surbookés…
- (DANS TON CUL CHOUCHOU !) En attendant je fais quoi ? (Genre j'y mets de la bonne volonté… genre je suis dégoûté cte blague.).
- Oh, mais le reste… il ne manque pas de boulot ici.
- (Il fait peur le Toto) Euh vous croyez que ça cadrera avec mon BTS ? (Mais pourquoi je demande ?)
- Oh, mais tu le fais cadrer avec ce que tu veux…
- (Cause perdue)…
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Mon intense satisfaction a été qu'ils aient été obligés de nous faire un coin boulot suffisamment grand pour deux, le pseudo coin compta à gauche du comptoir était aussi grand qu'un placard à balai et tout seul déjà c'était pas gérable. Alors à plusieurs, oubliez.
Ouais un « coin boulot », genre mettre une des trois pauvres tables de cantine beige caca de côté – on pouvait manger sur place mais c'était tellement petit que c'était dissuasif au grand soulagement des larbins qu'on était -.
Tout ça pour y poser lamentablement l'ancien portable de Yuy – putain il était encore à disquettes je vous explique pas la lutte mais j'allais pas investir dans un portable pour leur gueule et celui de la compta ben il était pour la compta et Connard 1er n'allait pas m'en prêter un avec un port usb noooon – et last but not least…
Nyuysance himself.
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Parce que ouais ce gros malin, jusqu'à la dernière minute, avait décrété ne jamais mettre les pieds dans ce boui-boui, prétextant qu'il avait tel déplacement à faire, telle réunion, bref il a fait sa femelle.
Sauf qu'il m'avait volontairement foutu dans ce merdier parce qu'il voulait me faire payer de pas avoir voulu assumer les conneries de son assistante.
Sauf que si j'y étais il était hors de question qu'il n'y soit pas aussi. Il m'avait mis dans ce bateau, il allait naviguer voir couler sur les flots.
Sauf que j'avais appelé la veille, quand j'ai vu qu'il m'avait fait une crampe.
Il ne fallait pas déconner non plus.
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Flashback de flashback, 2ème jour, 12ème mois, 14h00
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- Hot Pizza Inc, Dorothy Cataloña bonjour, j'espère que c'est important.
- Salut Dot', ça…
- Je suis occupée. Ce fumier de lapin nain m'a filé sa merdeuse pour te remplacer. Et elle a le qi d'une tomate. Reviens !
- Je peux pas, un certain fumier de lapin nain m'a éjecté. D'ailleurs passe-le moi, faut qu'on cause.
- Il est en réunion jusqu'à 14h30. Et je suis pas standardiste.
- Je m'en fous. Je suis pas Pizzaïolo.
- Oooooh c'est passionnel.
- C'est urgent. Il est en train de se foutre de ma gueule. Je vais lui montrer à quoi je carbure.
- C'est tendu, il ne répond pas.
- Je vais détendre son string, moi.
- T'as l'air remonté.
- T'imagines même pas. File-moi son portable pro.
- Hm… il fait pas bon le chauffer…
- Je vais le carboniser.
- Raaaaaww c'est sexe. Sors avec !
- Trouve-toi une meuf, Dot'. Tous les gays n'apprécient pas de se faire enculer. Mais si Yuy pense une seconde qu'il va s'en sortir… il va pas le voir venir mais il va le sentir passer.
- Oooh.
- Il va l'avoir dans le cul.
- Aaaah…
- Putain, Dot, trouve-toi un gode ! (raaaah ! faut qu'elle arrête de me faire rire !)
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Je l'appelais donc juste avant la fin de mon premier service, vers 14h00.
Je l'appelais donc des chiottes, de mon portable au hors-forfait illimité.
¤
- Maxwell ? Je suis en réunion.
- (Wow elle doit avoir un goût de Pringles la réunion, qu'est-ce que ça croustille sur la ligne !)Et moi je suis à la pizzéria. Vous ne deviez pas venir ?
- On ne vous a pas prévenu ? Vous ne me reverrez qu'à la fin de votre stage, mon emploi du temps ne me permettant pas d'être présent.
- (…) Non on ne me l'avait pas dit.
- Pourquoi ce ton, je vais vous manquer ?
- (Non puisque tu seras là, connard). Vous êtes mon tuteur.
- Vous qui êtes un stagiaire «extraordinaire », vous saurez vous adapter.
- (Tu t'en sortiras pas comme ça) Je fais un BTS Management des Unités Commerciales. Sur certains trucs ils sont à des années lumières de ma formation.
- Nous sommes TOUS à des années lumières de votre formation, Maxwell. On ne comprend rien à ce que vous apprenez. Vos cours sont trop théoriques et correspondent à peine ce qu'il se passe sur le terrain.
- (A quoi sert la formation en entreprise, bouffon ?) C'est vrai que ce que j'ai effectué jusqu'à présent n'avait pratiquement rien à voir avec ce qu'on m'avait appris.
¤
Ouais bien sûr BTS Café spécialité Arabica et Robusta.
Brevet de Technicien Supérieur en Maintenance.
Bac+2 en photocopies.
Et bientôt BTS Pizzaïolo ?
¤
- Raison de plus pour redescendre sur terre et faire dans le concret. Vous aviez une vision déformée de la réalité au siège. Il faut mettre un peu la tête dans le cambouis pour comprendre un moteur.
¤
Ah, les métaphores à deux balles…
Mais il avait sérieusement cru que j'allais tout gober ?
Il contenait à peine son rire cynique entre deux bouchées de chips.
Hors de sa vue.
Si je voulais.
¤
- Avec tout le respect que je vous dois je vends pas une voiture. Et je justifie comment moi, les cours de cuisine dans mon dossier ?
- Approche pratique de la fabrication visant à connaître parfaitement le produit commercialisé.
- (Putain il a réponse à tout ?) Et la livraison de pizza ?
- Connaissance du périmètre d'étude et contact direct avec la clientèle, fidélisation.
- Et la plonge c'est la technique de la vaisselle en vue d'avoir des couverts propres ?
- …
- Si j'ai des problèmes techniques, au hasard sur le choix de la méthode à employer pour effectuer un questionnaire de satisfaction, je demande à qui ? A Momo après ses rtt ? A Toto entre deux tomates ? A Chouchou quand il fait la plonge ? Ou à Sidi quand il reviendra un jour de maladie ?
¤
Ouais, hein ?
¤
- C'est une question d'organisation et je ne peux rien faire pour vous. Au bureau vous n'aviez presque pas d'aide et vous vous débrouilliez, sauf pour exécuter ce que je vous demandais. Il est où le problème ?
- (Prends ça dans ta face) Au bureau je faisais plus ou moins ce qu'il y avait de prévu au programme sous l'autorité de Mill. Ici, pas vraiment, monsieur.
- Dans ce cas il faudra que l'on te remplace, Dillon. On a besoin de quelqu'un sur place. Au bureau tu ne sers à rien.
- Pas de souci monsieur Yuy. Je dirais juste à mon conseiller pédagogique que le futur stagiaire ne sera pas encadré sur sa nouvelle mission.
¤
Mine de rien, avoir de la main d'œuvre remboursée, ça foutait quand même la pression.
Si mon école leur envoyait plus personne et que l'info se propageait aux autres, c'était quand même chaud, ce qui aurait été le comble pour Hot Pizza.
J'avais de quoi les tenir un peu par les roubibis !
Et… j'avais appris que lorsque je l'exaspérais, il me tutoyait.
J'allais m'arranger pour qu'il me tutoie souvent.
Très souvent. En toute cordialité.
¤
- …
- (Ah, on a arrêté de s'empiffrer ?) A six mois de l'examen le nouveau stagiaire vous aurez peu de chance de le trouver. (Lalalaaaaaaa).
- Tu te crois indispensable ?
- Ah non (face de cul de mammouth), monsieur, je suis pas indispensable. Je ne serais juste pas remplacé, à plus forte raison si je dis à mon conseiller que j'essaie d'être encadré mais qu'apparemment mon tuteur a d'autre priorité, ce qu'il comprendra ! Enfin, je crois. (Héhé)
- Tu me menaces, Maxwell ?
- Non monsieur, je vous préviens ! (Tu chies dans ton ben, hein ? Attends que je dise à mon conseiller que je vais jouer les tortues ninjas sur les routes et on va voir si tu la ramènes)
¤
Même si j'allais morfler encore plus à l'y avoir obligé, il allait assumer la merde dans laquelle il voulait que je sois.
C'était pas dans mon intérêt de partir. C'était pas dans mon intérêt de livrer des pizzas.
C'était pas dans mon intérêt de me mettre mon tuteur par intérim à dos.
Mais c'était également pas dans son intérêt de trop me faire chier, il ne me connaissait pas, je pouvais tout lâcher du jour au lendemain.
J'étais un larbin qui n'avait pas peur de l'envoyer bouler en larbinant, certes, mais je l'envoyais chier quand même.
Un jour viendrait où il m'aurait en full force mais à cet instant je devais juste avoir le pouvoir de la fermer et d'essayer de faire avec ce que j'avais.
C'était dans ces cas-là qu'on voyait que l'argent ne faisait pas tout. Parce ce que ce n'était pas un manque d'argent qui les avait poussé à me prendre, mais le désir de faire des économies.
De ma courte expérience professionnelle de l'époque j'avais au moins retenu une chose :
Il ne faisait pas bon faire perdre une occasion de ne pas dépenser d'argent.
Acheter ce qui pouvait être gratuit était le comble de la bêtise.
¤
- Je m'arrangerai pour être là une fois par semaine ou toutes les deux semaines.
- (Ouuh qu'il est dégoûté…) Merci Monsieur.
- Tu le regretteras, Maxwell.
- Vous me menacez, monsieur ?(Ouais je joue à ça)
- Non, je préviens. Je serai intraitable.
- (Ah merde… j'avais oublié que s'il me surveillait il saurait que je ne fais jamais de livraison. Ça peut être un motif de rupture de contrat ?)
¤
Fin du flashback du flashback
¤
Un sourire de victoire sur mes lèvres malgré les larmes que feraient naître ma facture téléphonique suite à cet appel trop long.
En plus j'avais encore des illusions sur les conseillers pédagogiques.
J'avais une mini foi ! J'étais prêt à bosser je ne savais pas quand il allait venir mais j'étais plein de punch !
Et je me suis fait engueuler pour être resté trop longtemps aux chiottes mais ça en valait la peine.
¤
A partir de ce moment j'ai donc noté les commandes avec enthousiasme,
¤
Un lundi, 12ème mois, 12h00
¤
- Hot Pizza bonjour ! (Yes mon ton est approprié, j'en suis sûr !)
- Je peux vous avoir avec la pizza ?
- Non madame !
- Monsieur.
- …
- Maxwell.
¤
Ce type c'était un croque-mort, il était tout le temps en noir.
¤
- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! (Oh putain je lui ai mis une tarte. Il avait qu'à pas me faire peur aussi ce con).
- …
- Dés… (non ça m'arrache trop la gueule… et puis qu'est-ce qu'il fout là si tôt ? L'est jamais là à midi !). J'ai plus de cœur.
- Et moi je n'ai plus de pommette. Et vous êtes en évaluation, je me ferai un plaisir de transmettre mes conclusions à votre conseiller pédagogique.
- (Si je faisais exprès de lui mettre une droite, là, j'aurais des ennuis, hein ?) …
- Je vous ai entendu parler avec le client. Ne vous a-t-on pas appris à vos super cours qu'il ne fallait jamais dire « non » ?
- (Et toi on t'apprend à fermer ta gueule ?) Ok, j'aurais dû dire qu'on pouvait m'avoir avec la pizza ? (Je suis stagiaire, pas gigolo cheap !)
- Non mais vous auriez dû rebondir sur un bon de réduction, ou une pizza gratuite pour une commande passée dans les dix minutes. Vous auriez dû stimuler la vente.
- (JE LE HAIS ! Plus encore quand il a RAISON)…
- Hey toi ! On va être à cours de champignons, t'as renouvelé les stocks ?
- Ben on me l'a pas dit, Sidi… (on me dit jamais rien !! on me met devant le fait accompli !!!!!)
- Putain ce mec est dégourdi comme une carotte.
- (Et toi t'es con comme une poule, retourne en arrêt maladie)… Ben tu me montres comment faire ?
- J'ai pas le temps, je bosse.
- (Et moi je fais causette ?) …
¤
Et évidemment le temps que je me retourne, Yuy s'était barré.
Personne n'avait jamais le temps de me filer un coup de main et on s'attendait à ce que je sache tout faire. La vie c'était pas comme dans « le diable s'habille en Prada », la pile de dossiers qui voulait battre l'Everest et le désespoir de la mort qui tue mis à part :
Si tu sais pas faire un truc tu peux pas l'inventer. Et si tu l'inventes t'as une chance sur deux de foirer.
Et après c'est quitte ou double : soit tu fais preuve d'initiative et on croit que tu pètes plus haut que tes fesses, soit tu fais rien et on te dit que t'as l'autonomie d'une batterie déchargée.
Nan mais sans déconner, quel stagiaire n'a pas connu le cas du « tu sauras », « débrouille-toi », « ah, mais c'est pas ça », « t'aurais dû demander si tu savais pas », « mais si j'étais dispo, c'est toi qui persiste à venir me voir quand je suis pas là, pourtant t'as mon planning », « laisse, je vais me débrouiller ?»
La débrouillardise avait ses limites. Et ça s'appelait la mauvaise foi. Ça pouvait venir aussi du stagiaire, hein !
…
¤
Un mercredi, 14h27, 13ème mois
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- (Putain pourquoi je dois prendre un appel alors que je me BARRE dans deux minutes quarante-sept secondes ?) Alors vous m'avez bien dit deux maxi pizzas avec double cheese, double crème fraîche, triples lardons, double oignons…
- Non c'est triple oignons et doubles lardons, mon mignon.
- (Ta gueule) Ok avec 2 bouteilles de 2 litres de coca et une double tarte aux pommes.
- Et un brownie double chocolat.
- C'est noté. Autre chose, Dominique ?
- Vous ?
- (Satyre) Non monsieur, je ne suis pas compris dans le service !
- C'est dommage. Et c'est madame.
- … (songe à te greffer une paire de couilles, y a eu une erreur à la sortie) Désolé, madame. Vous serez livrée d'ici une demi-heure.
- Merci mon mignon… c'est vous qui livrez ?
- Non, pas aujourd'hui. (JAMAIS !!!! JE ROULERAI PAS EN SCOOTER !!)
- Et vous livrez quand…
- (…) Vous savez quoi ? Je vous livrerais demain si vous commandez une royale pizza.
- Si je la commande ce midi vous viendrez tout de suite ?
- Non, demain soir à partir de 19h00 ce sera mieux, j'aurais plus de temps à vous consacrer… et vous pourrez remplir notre questionnaire et avoir des bons de réduction !
- C'est un rendez-vous ?
- C'est… (relou, lâche l'affaire) noté. Bonne journée madame.
- …
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Encore là.
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- … Ben quoi, monsieur Yuy ? Là j'ai casé le questionnaire et la pizza en plus !
- Tu n'es pas ici pour te vendre toi mais la pizza, Maxwell.
- Je sais, je sais. C'est pas comme si je n'avais pas cours demain. Et puis c'est Sidi qui livre le jeudi (bien fait pour sa gueule).
- Et vous quand est-ce que…
- Bon appétit ! (nuage de poussière derrière moi)
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J'ai incité les clients à se goinfrer, une fois que j'avais un peu plus la confiance,
¤
Un mardi, 13ème mois, 21h30
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- Allons Réléna vous êtes filiforme… vous pouvez vous permettre de manger une triple pizza avec votre menu enfant (elle est déjà passée ici, c'est clair qu'elle est toute mince. Et qu'elle a plein de thunes).
- Mais je ne termine jamais !
- Invitez des amis ! (Est-ce que Chang aime nos pizzas ?)
- Oh, bonne idée ! Mais il n'y en aura pas assez !
- Alors commandez plus ! Appelez vos amis, demandez leur ce qu'ils aiment comme pizza et… oh, mieux, faîtes-leur la surprise, vous connaissez si bien leurs goûts ! Une pizza c'est convivial, autant la partager. (Comment que je suis trop dégueulasse… comment que j'ai trop pas le choix !)
- Vous alors vous connaissez votre boulot ! A quelle heure finissez-vous, Duo ?
¤
Duo, mon nom de livreur, mon nom d'esclave.
Celui que j'ai gagné à la suite des doubles et triples que je confondais tout le temps, quand je connaissais pas encore la carte.
Celui qui a été trouvé par Momo juste avant qu'il ne se casse en vacances, ce fumier.
Double ça faisait chelou comme il disait. Alors il a sorti « Duo » et c'est resté.
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- Je termine… (putain, elle est adorable, je fais pas ça avec tous les clients mais elle je l'aime bien. Par contre les pizzas c'est niet, je veux plus en entendre parler) trop tard. Mais ce sera pour une prochaine fois ! Je vous passe Toto, qu'il puisse prendre la commande.
- Ok. Merci Duo et à bientôt !
- A bientôt !
- Tu n'es pas ici pour te faire mousser, Maxwell, mais pour dynamiser nos ventes.
- Aaaaaah ! (Putain IL est revenu ? Ça lui a pas suffit la dernière fois ? Il a retenu mon poignet juste à temps. Non, je suis ici pour faire le larbin. Quoique ça revient au même).
- N'oubliez pas d'entrer toutes les commandes dans le tableau comparatif, que l'on ait une étude de consommation.
¤
Mon tuteur par intérim croyait au papa noël à son âge.
Comme tous ceux qui n'étaient pas descendus au bas de l'échelle depuis si longtemps qu'ils en avaient perdu toute notion du boulot à faire.
« Ça, tu le fais en dix minutes ».
En on en reparlait quatre heures plus tard. Minimum. Surtout avec un PC gentiment surnommé Agecanonix.
¤
- Eventuellement monsieur Yuy, quand j'aurais un portable à peu près vivant. Pour le moment toutes les données sont sur la disquette – ce truc qui existe encore - à défaut d'être sur notre logiciel interne. Chaque fois que j'essaie de faire une nouvelle entrée, ça me fait un error system.
- A ce point ?
- Le portable a plus de dix ans, vous vous attendiez à quoi, monsieur Yuy ? (un PC qui plante c'est normal, c'est un PC. Un PC qui plante à ce point c'est un record du monde)
- A ce que vous fassiez votre travail avec le matériel que l'on vous fournit gracieusement.
- Mais bien sûr. Je suis David Copperfield, je fais disparaître les error system. Monsieur Yuy, je vais vous donner la disquette pour laisser votre assistante –Héloïse si je me rappelle bien - faire les entrées à son bureau parce qu'en l'occurrence là ça ne va pas être possible.
- … Nous… n'avons pas de lecteur de disquette.
¤
Je pensais Heero Yuy salaud et compétent, je le découvrais aussi con comme un balai.
Bah ça arrivait aux pires d'entre nous.
¤
- (Nan sans blagues ?) Eh bien il va falloir faire une demande d'achat auprès du comptable. J'aurais bien dit une connexion internet ici et tout envoyer par email à votre assistante mais il y a ni port usb, ni préinstallation. Et de toute façon ce cagibi est trop vieux pour le Wi Fi.
- … Vous me donnerez la disquette quand vous aurez fini. J'aviserai.
- Oui monsieur. (Face d'hippopotame châtré) Oh, le téléphone sonne. Hot Pizza, bonsoir ?
- Duo ! Toto a besoin d'un coup de main en cuisine ! Bouge !
- (Putain…) J'arrive, Chouchou.
- Hm… j'étais déçue de ne pas vous voir la dernière fois.
- Dominique (obsédée !), tenez je vous passe quelqu'un.
- MAXWELL ! Hot Pizza bonjour ? MAMAN !!!
¤
J'ai aussi préparé comme je pouvais les commandes avec Toto.
Mignon mais putain d'un relou…
¤
- T'as mis trop de levure dans la pâte !
- … (c'est vrai que je devais faire une pizza, pas un ballon de foot)
- Et la pâte est trop sèche ! Putain c'est pas une biscotte ! Mais elle est où ta tête !
- … (Dans ton cul ?)
- Il a dit épicé, le client. Pas mortel.
- … (La recette elle est trop pourrie. J'ai beau être nul mais ça a rien à voir avec les pizzas italiennes !)
- Là c'est pas une biscotte, c'est du plomb, il va y perdre ses dents le client !
- (Casse-couilles, mon nom est casse-couilles, je suis une nouille comme les auuuutres) ça va Toto, y a pas mort d'hommes.
- Putain tes proportions ! T'as mis trop de fromage ! Qui va les justifier les approvisionnements supplémentaires ?
- … Personne ne le saura pour cette fois… (Ouais !! Et même si je le sais je m'en fous, je suis STAGIAIRE)
- Mais moi je le saurais, monsieur Maxwell.
- (Oh putain il est encore là ? Hello connard, barre-toi, je t'ai assez vu) Oh merde... attention !
- …
- Je …
¤ splotch ¤
¤ PAM ¤
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- Oops Monsieur Yuy. J'avais oublié que j'avais collé une pizza au plafond en l'envoyant en l'air…
- Euh, Duo ?
- Oui, Toto ?
- Je crois que tu l'as assommé.
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Un mercredi, 14ème mois, 09h30
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J'ai aussi pu participer au test produit.
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- Maxwell, amenez-vous.
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J'étais au comptoir à passer des commandes quand il m'a ordonné d'aller le rejoindre à notre petite table de cantine réservée.
Il était toujours vêtu de son costume noir, impeccable et portait ses petites lunettes rectangulaires assorties. Devant lui il y avait un vrai portable en mode WI FI, plusieurs fiches et ce que je pouvais à ce moment précis appeler « quelque chose » dans une sorte de mini Tupperware transparent au couvercle blanc, étiqueté « Test ».
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- (Oui, bouana, bien bouana) J'arrive. Euh… qu'est-ce que c'est ?
- Voici un échantillon de ce qui sera peut-être la nouvelle garniture « TNT ».
- (Scepticisme quand tu nous tiens) Euh… c'est violet ce truc.
- C'est novateur.
- (Je vois ça sur ma pizza, je le mange pas) C'est bizarre.
- C'est jeune.
- (C'est pourri ton truc). C'est chimique.
- C'est de la purée d'aubergine mélangée à du choux rouge et de la tomate avec une touche de piment.
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Il avait dû sniffer son gel fixant.
Ou alors la pizza-pierre qui lui avait fracassé le crâne avait un peu éclaté son neurone.
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- Euh… et ce sont des aubergines bios, monsieur ? Franchement à part les végétariens ça intéressera personne.
- Faux, Maxwell. Parce qu'on ne communiquera pas sur les aubergines mais sur le fun de la couleur violette et le piment. Et si on vient nous parler de l'aspect chimique on dira que la couleur est aussi naturelle que les composants. Avec les préoccupations sanitaires Hot Pizza sera gagnant.
- (N'importe quoi) Euh perso je m'en fous de la couleur de ce que je mange sauf si ça a l'air pourri. J'irais pas manger une carotte parce qu'elle est à la mode. Si je veux vraiment du naturel j'irais pas bouffer de la pizza semi-industrielle.
- Vous c'est vous. Et je vous rappelle qu'il y a des gens qui vont au Mc Do pour manger des salades.
- …
¤
Il m'a décoché un sourire triomphant avant de poursuivre, tout en tapant.
Ce salaud était en train de noter mes réactions, pour déterminer les « freins » comme on les appelle.
Voir ce qui peut empêcher les gens d'acheter.
¤
- Les statistiques sont les statistiques.
- Je rentre pas dans les statistiques.
- Ça va changer.
- Ah ouais, pourquoi ?
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Il s'était mis à tapoter la table avant d'ouvrir le Tupperware et de le faire glisser vers moi.
Ça sentait super bon, fallait l'admettre.
Ça sentait surtout le piment.
¤
- Parce que vous allez goûter. Faire parti du test. Vous avez commencé par énoncer les freins à l'aspect, maintenant il faut passer au goût.
- (Format aspirine) Non merci, être goûteur royal ne m'a jamais tenté.
- C'est du marketing. Vous participez à tout le processus. Vous êtes plus que jamais au cœur de l'action.
- (Il veut me tuer !!!) Sans façons, non, je ne vais pas me rendre malade avec de la trash cuisine. Par contre je veux bien faire tester les autres et saisir les commentairhmph ?
- Je ne vous laisse pas le choix, Maxwell. Autant que vous me serviez à quelque chose. On m'a imposé votre tutorat.
¤
J'avais voulu parler, mais il avait déjà trempé son index dans la mixture violette avant de le plonger entre mes lèvres.
…
…
…
Je suis devenu bleu.
Je suis devenu blanc.
Je suis devenu rouge.
Il avait retiré son doigt et s'était mis à taper de plus belle, inscrivant mes réactions physiques.
¤
- Alors ? C'est bon ?
- (BUUUUUUUUUUUUUUUUUUUURRRRRRRRNIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNG GGGG!)
¤
Je n'allais pas me faire l'affront de répondre à son sourire narquois.
Les narines sifflantes et les yeux brillants de rage et de ouille ça douille, je trempais farouchement mon propre index dans le Tupperware avant de l'introduire directement dans sa bouche.
Il a d'abord écarquillé les yeux, surpris, avant de cesser de taper.
Puis il a coincé mon doigt entre ses dents, j'avais prévu d'entrer et de sortir pas de me faire prendre.
Puis il a attrapé mon poignet pour être bien sûr que je ne m'éloigne pas avant qu'il ne termine d'avaler le test.
Avant de sucer la pulpe de mon doigt jusqu'à la première phalange.
Avant de donner un long coup de langue nettoyeur et de sourire contre mon index, une fois qu'il l'avait ôté de sa bouche.
J'ai dégagé mon poignet. Et il me narguait derrière ses carreaux.
Il était imbuvable et il le savait.
¤
- Hm… délicieux. Il manque peut-être un peu de piment.
- Ah ouais ? (Tu te fous de ma gueule ?)
¤
J'en prends un peu plus et, furieux, je lui refais goûter.
J'ai voulu faire plus vite mais la pression de ses lèvres s'était faite plus fortes autour de mon doigt et sa main emprisonnait encore une fois mon poignet.
Il avait léché son produit jusqu'à la dernière goutte.
Ce mec se masturbait, il se prenait pour le roi du monde.
Il avait fini par me lâcher le poignet.
Avant de retourner tranquillement remplir ses commentaires.
¤
- Il manque peut-être un peu de sel…
- C'est trop pimenté.
- C'est censé être au piment, il faut le sentir sinon ce ne serait pas drôle.
- (Drôle ? il trouvait ça drôle que j'ai la bouche en noix de coco ? )
- J'aime le piment. Les épices donnent du goût à ce qui n'a pas de saveur. Je ne fais pas dans le fade.
¤
Et il a léché ses lèvres pour se foutre de ma gueule.
Seulement en faisant ça…
En faisant ça j'avais repéré un tout petit truc sur sa lèvre inférieure.
Un tout petit petit truc blanc sur la chair rose.
Un tout petit petit truc qu'on appelait un aphte. J'allais me venger.
J'ai pris une énorme noix et j'ai visé, comme un pauvre crevard, mais j'ai fait qu'effleurer « par inadvertance ».
Effleurer sans l'air d'y toucher. Ne pas trop presser parce que je voulais qu'il douille raisonnablement.
Fuck me, il allait le bouffer son piment.
¤
- HMMMMMMMPH !!!!!!!!!
¤
Je revois encore les oreilles de Yuy rougir alors que cette fois ses dents s'étaient refermées violemment sur mon doigt.
Ben ouais, c'était les risques du métier, quand on avait mal les réactions étaient brutales.
Putain il avait la dent dure. Bon je le savais, là je l'avais bien testé.
J'ai essayé d'ôter mon doigt des a bouche mais il avait trop mal pour passer outre le réflexe.
Sa mâchoire refusait obstinément de me relâcher, je tirai à gauche les dents suivants, j'essayais à droite, rien ne cédait.
¤
- MAHAHAHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaccident de travail !
- Vous… n'avez pas besoin de votre index pour répondre au téléphone ou prendre les commandes.
- … (Cause toujours lèvres-en-feu).
¤
Quand la douleur avait fini par redescendre et qu'il avait pu reprendre son souffle, il avait CURIEUSEMENT admis du bout des lèvres qu'il allait peut-être revoir la composition.
Quand ma douleur avait fini par redescendre j'ai regardé autour de moi et vu Chouchou bouche-bée.
Ce fut seulement à cet instant que je me suis aperçu que d'une, je n'étais pas tout seul au boulot et que de deux…
Cette scène de torture aurait pu être vue comme quelque chose de sensuel.
N'importe quoi.
¤
Le lundi, 15ème mois, 14h00
¤
J'ai aussi dû apprendre à conduire un scooter avec un taré.
Parce qu'il ne fallait pas se leurrer, toutes les bonnes choses avaient une fin.
Jusqu'à présent Connard n'était jamais resté suffisamment longtemps pour avoir des soupçons.
Il partait en déplacement, ce genre de conneries qui lui faisait revenir avec des idées cosmiques comme la Pim Pizza – le truc violet -, la Cheezyza, grande copine de la Hampizza, la pizza au bon goût d'Hamburger mais avec plus de fromton.
Y avait pas que chez Lustucru qu'ils étaient fêlés.
En étant là sur une plus longue période, il s'était aperçu qu'il y avait bien une chose que je ne faisais jamais.
Et j'allais pas y couper.
¤
- Vous étiez censé faire remplir le questionnaire sur place.
- Euh… oui ? (Oh, Oh… et il est pas encore l'heure que je quitte).
- Je ne vous ai jamais vu faire de livraison, Maxwell. Or nous avons besoin des résultats avant que votre contrat ne se termine.
¤
Il allait falloir que je le lui avoue.
Ça allait saigner.
Jusqu'à présent personne n'avait pris le temps de m'apprendre mais honnêtement, personne n'avait le temps non plus, moi compris.
Et je n'avais pas voulu plus que ça.
¤
- Je ne sais pas conduire un scooter, monsieur et c'est le seul véhicule à disposition.
- Je vois. Et vous comptiez le dire quand ? Et les questionnaires, vous comptiez les remplir comment ? Mais à quoi vous servez, Maxwell ?
- J'avais l'intention de les faire remplir soit par téléphone, comme vous me l'avez conseillé, soit en allant chez les clients après les cours…
- Après les cours ? Pour qu'on vienne nous accuser de martyriser nos stagiaires ? Mais vous voulez vraiment qu'on vous plaigne, c'est ça ?
¤
J'avais envie de le mordre.
Mal de tronche, mal dormi, mal baisé parce que pas baisé, note de merde à ma dernière éval, pas le temps de voir les potes tellement je suis claqué et prise de gueule à la con.
Il y avait des jours où on oubliait et d'autres, non.
Il m'avait gonflé.
Très tenté de me carapater définitivement à ce moment-là.
Mais le fantôme de mes parents surprotecteurs me demandant de leur parler de (mon absence de) ma vie sexuelle, me faisant jurer de porter un préservatif pour me branler tout seul dans ma chambre devant mon poster de M. Pokora, m'a curieusement dissuadé d'exploser.
Ce qui ne m'avait pas empêcher de la ramené plus que je ne l'avais jamais fait.
¤
- (…). Qu'on me plaigne m'avance à rien. Personne n'a le temps de m'apprendre, y a trop de trucs à faire et pas assez d'effectif. Et j'ai pas plus envie que ça parce que ça me fait peur, ok ? Alors je vais ramener le tank de mon père et je vais livrer avec. Comme ça c'est réglé.
¤
J'allais repartir dans la cuisine sortir une carcasse de pizza cramée du four – ouais j'étais loin d'être un pro - quand il m'a sorti.
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- Je peux vous apprendre, moi, ça va être vite réglé, vous n'êtes pas payé pour faire le quart de votre travail.
- …
- J'ai un créneau aujourd'hui à 14h30. Débrouillez-vous pour être là.
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Pas déphasé pour deux sous, rien à foutre de mon coup de pression.
Il n'avait même pas daigné lever les yeux de son palm.
Et vous savez ce que je me suis dit à ce moment-là ?
Et meeeeeeeeeerde.
¤
¤
TSUZUKU
ET OUAIS !
Tout le monde est presque là XD
Le oneshot est fini mais il est tellement long qu'il sera posté en 3 ou 4 parties, selon. J'essais que ce soir efficace.
J'espère que ça vous aura plu, surtout à toi Anyanas :p ! J'aurais lutté pour le peaufiner celui-là ! ¤ câline très fort ¤
La suite et fin si vous le voulez bien !
A peluche'
Mithy ¤ lutteuse professionnelle :p ¤
