ATTENTION, la lecture de cette fanfiction est strictement réservée aux adultes. Les sujets abordés peuvent être à la fois graves et choquants. Homosexualité, relation sexuelle explicitée, rapport de domination/soumission, déviances sexuelles… Anorexie, boulimie, et troubles du comportement alimentaire divers. Et surtout, des pratiques sexuelles incluant de la nourriture. Je vous prierais donc de ne pas prendre le Rating à la légère, vous êtes prévenu…

Pour les mineurs qui veulent lire cette fanfiction malgré tout (après tout, j'étais mineur moi-même il n'y a pas si longtemps et je sais que rien à foutre des rating), je propose un Rating personnalisé pour chaque chapitre puisqu'il y a forcément des passages plus soft que d'autres. Je vous déconseille sérieusement de lire un chapitre qui contient un Rating au-delà de votre âge, et plus globalement, évitez de lire cette fanfiction si vous avez moins de seize ans.

Qu'est-ce que le feederisme ? (source : Wikipédia, le texte a été retravaillé)

Le feederisme est une pratique consistant à nourrir (ou gaver dans des cas extrêmes) un partenaire (souvent sexuel) pour le plaisir. Fétichisme sexuel minoritaire, souvent mal jugé et critiqué.

Vocabulaire : (source : , le texte a été retravaillé)

Foodee : personne aimant manger au-delà de la sensation de satiété, mais n'ayant aucun objectif de prise de poids.

Feedee : personne aimant manger au-delà de la sensation de satiété, ayant un objectif de prise de poids.

Feeder : personne aimant nourrir son partenaire, pour lui faire plaisir et se faire plaisir.

Feeding : désigne l'action de nourrir un foodee ou un feedee.

Force feeding : désigne l'action de nourrir un foodee ou un feedee, incluant en plus une notion de gavage et d'obligation. Pratique voisine d'une relation Sado-masochiste.


Rating du chapitre : Tout public

(légère mention d'addictions aux drogues et de comportement suicidaire)


Chapitre 2 : Qu'est-ce que je fais ici ?

Bon sang, mais qu'est-ce que je suis en train de faire ?

C'était probablement la troisième fois que John se posait cette question en quelques heures à peine. Lui qui pensait juste débarrasser ses minces affaires de l'hôtel et emménager simplement au 221B Baker Street, il s'était lourdement trompé. A vrai dire, il avait à peine eu le temps de jeter un coup d'œil dans le bel appartement (qui servait apparemment de dépotoir) avant d'être interrompu par un certain Lestrade (lieutenant de police d'après ce qu'il avait pu constater) et les hurlements de joie de Sherlock qui se réjouissait d'un quatrième meurtre-déguisé-en-suicide (était-il fou ou simplement extrêmement tordu ?), puis il avait été embarqué dans un taxi en direction d'une scène de crime (juste parce que Sherlock n'aimait pas ses collègues). Et le pire, dans tout ça, c'est que John était littéralement au septième ciel. Putain oui, ça faisait si longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi vivant !

« Docteur, qu'en dites-vous ? »

Un cadavre. Ils étaient tous réuni autour d'une pauvre femme étalée pitoyablement sur le sol, morte après s'être étouffé dans son vomi. Et franchement, entre Sherlock qui donnait l'impression d'être au pied d'un sapin le soir de Noël et John qui respirait enfin pour la première fois après une trop longue dépression, c'était juste glauque.

« Personne ne doit rentrer dans cette pièce pendant les deux prochaines minutes, signalait la voix du lieutenant Lestrade de l'extérieur. »

Deux minutes seulement, s'étonnait John. Mais que pensait-il qu'ils puissent trouver en deux minutes ? Oh, bien évidemment, il avait presque oublié les prouesses de Sherlock, la veille. Presque, puisqu'il ne pouvait pas se résoudre à sortir définitivement ça de sa tête.

« Afghanistan ou Irak ? » Et il avait deviné ça à sa coupe de cheveux et à son maintient qu'il qualifiait de militaire. Son bronzage partiel lui avait indiqué un pays chaud et sa claudication psychosomatique une guerre traumatisante.

Oh, et il y avait aussi le coup du téléphone. John était à présent persuadé que Sherlock avait sciemment emprunté son portable afin de réunir un maximum d'informations sur lui, pour l'impressionner ou plus probablement pour étaler les prouesses de son intelligence (ce qui revenait finalement au même).

Un produit coûteux, probablement un cadeau puisque John cherchait une collocation et n'avait donc pas les moyens de se l'offrir. L'inscription Harry Watson sur le dos de l'appareil avait immédiatement aiguillé Sherlock vers un frère (d'où l'erreur, puisqu'Harry était en réalité le diminutif d'Harriet) et Clara qu'il avait immédiatement attribué à une épouse. Le téléphone avait moins de six mois et marchait encore parfaitement bien, donc Harry s'en était débarrassée. La conclusion à partir de là aurait été évidente pour tout le monde, elles s'étaient séparée.

« Eh bien ? questionna Sherlock.

- Qu'est-ce que je fais ici ? demanda John avec irritation.

- Vous m'assistez dans mon travail.

- Je devais vous aider à payer le loyer, rappela juste le médecin.

- Oui, mais ça s'est plus fun ! s'exclama Sherlock avec un air extatique. »

Et merde, voilà. Ils y étaient enfin.

John commençait doucement à comprendre pourquoi tout le monde le prenait pour un « psychopathe » et c'était parfaitement légitime. Fun… Qui pouvait qualifier une scène de crime ainsi ? Mais le pire, dans tout ça, c'est que John ne s'était pas amusé ainsi depuis très longtemps. S'il n'avait eu aucun problème de conscience, il aurait lui aussi employé ce mot. Parce que c'était exactement ça qu'il ressentait au fond de lui, du fun.

oOoOoOoOo

Qu'est-ce que je fais là ?

Ça commençait à devenir une habitude, cette question revenait en boucle depuis plusieurs heures déjà. Les premières fois ç'avait été inoffensif mais là, ça devenait clairement inquiétant. John venait littéralement de se faire kidnapper, il ne trouvait pas d'autre mot. Enlevé, au beau milieu de la foule d'une façon qu'il qualifierait presque d'élégante (et il commençait apparemment à débloquer). Le voilà donc, une nouvelle fois embarqué contre son gré dans une affaire potentiellement dangereuse et hautement excitante.

La voiture roulait depuis plusieurs minutes à présent et John réalisait peu à peu qu'il n'avait pas peur. Après tout, il était un soldat et ce n'était pas un simple enlèvement qui allait l'inquiéter. Au contraire même, il était étrangement serein.

« Bonjour, dit-il finalement. »

La femme à ses côtés était belle et John restait un homme. Stresser n'allait pas l'aider à s'en sortir, il lui était actuellement impossible de s'échapper et le trajet semblait long. Alors autant se détendre un peu et discuter, n'était-ce pas le mieux à faire ?

« Salut, répondit-elle sans détacher les yeux de son téléphone. »

Tout semblait parfaitement normal, comme s'il ne venait pas de se faire emmener de force dans cette énorme Berline aux vitres teintée. Mais qui étaient ces gens ? Une sorte de réseau criminel ?

« C'est quoi votre nom ? demanda stupidement John.

- Euh… Anthéa. »

Plutôt joli comme pseudonyme, ce n'était clairement pas son véritable nom comme le démontrait son hésitation et plus globalement la situation.

« Moi c'est John. »

Cela lui semblait important de se présenter. Sherlock ne l'avait pas laissé faire et plus généralement, ses nouveaux collègues étaient plutôt étranges et semblaient sauter sans gêne plusieurs étapes essentielles dans les rapports sociaux normaux. C'était extrêmement perturbant, sa vie n'avait plus aucun sens. Il avait suffi de deux jours pour que tout soit chamboulé. Qu'on le laisse une semaine entière avec son colocataire et il danserait la polka avec des pandas rouges et bleu en tutu sur un cupcake géant sans se poser de question.

« Je peux vous demander où vous m'emmenez ?

- Je crains que non, John. »

D'accord.

Tout ceci était juste bizarre. La vie de Sherlock devait être très compliquée pour que John en soit autant affecté, lui qui ne le connaissait finalement que depuis trop peu de temps.

oOoOoOoOo

Ils arrivaient enfin dans un entrepôt désaffecté et par conséquent complètement désert. Tout ceci était légèrement inquiétant tout de même, on n'allait quand même pas l'abattre de sang-froid ? Un homme les attendait, seul au milieu du bâtiment, appuyé négligemment sur son parapluie fermé. Une mise en scène somme toute ridicule…

« Asseyez-vous John. »

Oh, quelle gentille attention envers sa jambe.

Ce dernier refusa de lui obéir, ne serait-ce que par simple esprit de contradiction. L'homme ricana, visiblement très fier de lui-même. « Bravoure légendaire du soldat », dit-il simplement. John se sentait irrité et s'il n'avait pas été dans une telle position de faiblesse, il l'aurait sans doute frappé au visage.

« Quel est votre lien avec Sherlock Holmes ? questionna l'homme mystérieux.

- Je n'en ai pas, je le connais depuis hier. »

Ce n'était pas faux. Bien qu'en vérité, ils étaient déjà bien plus proches que n'importe quels amis d'enfance. C'était beaucoup trop perturbant de se demander pourquoi et encore plus gênant d'imaginer la suite de leur collaboration.

« Et vous avez déjà emménagé avec lui et enquêté sur des crimes ensemble. Va-t-on apprendre un mariage d'ici la fin de la semaine ? »

Tout était arrivé très vite mais ç'avait été naturel. S'il avait s'agit de quelqu'un d'autre, John aurait préféré attendre. Mais il savait au fond de lui qu'il ne servait à rien d'apprendre à connaître Sherlock avant d'aménager avec lui tout simplement parce qu'il n'y avait rien à savoir. Juste qu'il était cruellement antipathique, probablement invivable et qu'il jouait du violon pour mieux réfléchir.

« Qui êtes-vous ? »

Il savait qu'il n'aurait pas de réponse mais il était obligé de poser la question, pour garder un semblant de normalité dans le grand bordel qu'était devenue sa vie en si peu de temps de cohabitation avec Sherlock.

« Un parti intéressé. Si vous emménagez effectivement au 221B Baker Street, je serai ravi de vous verser régulièrement un certaine somme d'argent pour vous faciliter les choses. En échange de simples informations. Rien d'indiscret, rien qui puisse vous mettre le moins du monde mal à l'aise. Dites-moi seulement ce qu'il manigance.

- Pourquoi ? »

C'est vrai ça, qui irait jusqu'à payer un ami proche de Sherlock juste pour quelques renseignements ? Cet homme semblait puissant, presque au-dessus de tout, alors pourquoi ne s'informait-il pas lui-même ? Qu'est-ce qu'on lui voulait, à la fin ?!

« Je m'inquiète pour lui… Sans arrêt. »

Oh. John ne s'attendait pas à ça.

« C'est gentil, dit-il simplement. »

Son téléphone vibra dans sa poche. Trois fois, coup sur coup.

Baker Street, venez immédiatement si possible. SH

Si pas possible, venir quand même. SH

Peut-être dangereux. SH

Evidemment que ça pouvait être dangereux, tout semblait dangereux avec Sherlock. La moindre petite pacotille prenait des proportions énormes. La seule chose qui intriguait John, finalement, c'était cette notion d'urgence. Il ne pouvait pas décemment l'avouer mais il adorait ça, littéralement.

« Non, décida John.

- Mais je ne vous ai pas annoncé de chiffre, répliqua l'homme mystérieux.

- Pas la peine. Je ne suis simplement pas intéressé.

- Vous êtes très loyale, vraiment très vite. Auriez-vous décidé de ne faire confiance qu'à Sherlock Holmes et à lui seul ? J'imagine qu'on a déjà dû vous conseiller de l'éviter, mais je vois à votre main gauche que vous n'en ferez rien. »

Sa main gauche… Qu-Quoi ? Pendant un bref instant, on aurait dit Sherlock. Dans quoi s'était-il fourré ? Et pour la millième fois : Qu'est-ce qu'il foutait ici ?!

« La plupart des gens circulent d'un pas incertain à travers la ville et tout ce qu'ils voient sont des rues, des magasins, des voitures. Quand vous marchez avec Sherlock Holmes, vous voyez le champ de bataille… Vous l'avez déjà vu, n'est-ce pas ? Votre main gauche tremble de façon intermittente et votre psy pense qu'il s'agit d'une manifestation du syndrome post-traumatique, que vous êtes hanté par vos souvenirs de soldat. Virez-la, elle a tout compris de travers. Vous êtes stressé en ce moment mais votre main est parfaitement immobile. Vous n'êtes pas hanté par la guerre, docteur Watson : elle vous manque. »

John fronçait les sourcils, tout en caressant le dos de sa main d'un air absent. Etait-ce donc ça ? Les raisons de son manque de coopération, ses difficultés de réadaptation à la vie civile et sa recherche désespérée d'action… Ça lui manquait, tout simplement. C'était ridiculement la solution qu'il avait cherché en vain pendant des mois.

« Bienvenue parmi nous, annonça finalement son interlocuteur. Il est temps de choisir votre camp, docteur Watson. »

Et c'était tout ? On l'avait kidnappé au beau milieu de Londres, traîné de force dans un lieu désert juste pour lui offrir de l'argent, lui expliquer que sa thérapie était inutile et lui faire comprendre qu'il avait besoin d'action et d'adrénaline pour survivre. Finalement, c'était même plutôt gentil de la part de ses ravisseurs… Tout ceci était décidemment extrêmement étrange. Du grand n'importe quoi, même.

John savait maintenant qu'il devait emménager au 221B Baker Street puisqu'il avait besoin de vagabonder dans Londres à la recherche du champ de bataille tant regretté. Et bon sang, que ça faisait du bien !

oOoOoOoOo

« Il est plutôt gentil, ce docteur Watson. »

Mrs Hudson avait préparé du thé et un pudding plein de crème pour nourrir ses pauvres garçons qui n'avaient cessé de courir partout pour tenter de résoudre l'affaire des suicides. Ce n'était pas Sherlock qui allait faire honneur à sa cuisine, elle le savait bien, mais elle espérait simplement que John soit moins obsédé par son travail et plus enclin à apprécier une bonne nourriture.

« Mmmh, répondit évasivement Sherlock. »

Ce qui était bien avec lui, c'est qu'une pipelette pouvait parler pendant des heures en ayant la vague impression d'être écoutée et sans qu'on ne l'interrompe de force, ce qui était trop souvent le cas pour ce genre de personne. Mrs Hudson en faisait bien entendu parti et c'était une des nombreuses raisons pour lesquelles elle aimait tant monologuer en la présence de Sherlock.

« C'est drôle que vous ayez choisi un médecin, poursuivit Mrs Hudson en découpant une généreuse part de son gâteau. Vous qui détestez qu'on s'inquiète à propos de votre santé, j'aurai plutôt tendance à penser que vous les évitiez. C'est une agréable surprise… »

Elle déposa face à Sherlock une petite assiette en porcelaine remplie de son gâteau crémeux et lui servit une tasse de thé fumante. Ce dernier était en train de recouvrir son bras de patch de nicotine (sa dernière trouvaille pour aiguiser son esprit) et n'avait que vaguement conscience de la présence de Mrs Hudson.

« Je suis certaine que ce cher docteur Watson vous dirait d'arrêter immédiatement ces cochonneries, vous ne pourrez plus respirer passé la quarantaine.

- Respirer, pour quoi faire ? releva simplement Sherlock en collant un troisième patch sur son avant-bras. »

Plaisantait-il ? Il n'en avait pas l'air. Oh, diable. Avait-il seulement conscience des besoins primaires ? Respirer, manger et dormir. Il en avait déjà supprimé plus de la moitié, comptait-il réellement cesser de respirer ? Si ça pouvait l'aider dans son travail, sans doute l'aurait-il déjà fait, ne serait-ce que par amour de la science.

« Ah, Sherlock ! Je suis tellement heureuse qu'un médecin vienne vivre ici, vous n'avez pas idée.

- Ne pensez pas ça, Mrs Hudson. Je sais exactement à quel point vous vous inquiétez pour moi mais je vous assure que ce n'est en rien justifié. Le docteur Watson ne pourra que le confirmer puisque j'ai l'étroite conviction qu'il est raisonnable et logique. Ça ne sert à rien de se goinfrer, juste à se donner une vague illusion de puissance et de domination. Quant au sommeil, c'est bien sûr un luxe dont je ne peux bénéficier au milieu d'une enquête et vous le savez pertinemment. »

Pincement des lèvres, inquiétude. Froncement des sourcils, désaccord. Sourire triste, espoir. Le cours des pensées de Mrs Hudson était si évident que Sherlock aurait très simplement pu lire un bouquin. Ennuyeux, ennuyeux, ennuyeux.

oOoOoOoOo

D'accord, Sherlock Holmes était clairement fou. Non, plutôt complètement taré ! Mais mince, quoi, John venait juste d'envoyer un texto à un assassin pour lui donner un rendez-vous au coin de la rue. Et son ami n'était absolument pas inquiet. C'était comme s'il faisait ça régulièrement et le blondinet priait mentalement pour que ça ne soit pas le cas car il ne pouvait pas continuer à vivre comme ça.

De l'adrénaline, d'accord, un suicide, non.

« Vous avez faim ? demanda Sherlock.

- Je suis affamé, répondit John. »

Il venait soudainement de comprendre qu'il n'avait pas avalé la moindre chose depuis le début de la journée. Et son estomac le lui rappela vigoureusement, apparemment très mécontent d'avoir été délaissé de la sorte.

« Vous allez trouver ça bizarre, mais j'ai complètement oublié de manger aujourd'hui.

- Non, dit simplement Sherlock.

- Quoi non ? Je vous assure que je n'ai pas…

- Je vous crois, je disais simplement que je ne trouve pas ça bizarre. »

Qu'est-ce que c'était censé vouloir signifier ? John avait l'impression de devoir comprendre quelque chose, un truc essentiel, mais il n'y arrivait pas. Etait-ce vraiment important, ou juste une impression ?

« Italien, ça vous va ? proposa Sherlock. C'est juste en face de notre rendez-vous et le patron me connaît bien.

- Ah, vous aimez les pâtes et les pizzas, alors…

- Pas du tout, répliqua Sherlock. Je devrai ? »

Théoriquement, d'après tout ce qu'il avait mentionné, oui. Mais John n'était plus à une incohérence près et décida tout simplement d'oublier ça. S'il devait commencer à analyser tout ce qui sortait de l'ordinaire, sa tête allait probablement exploser avant même qu'il ne s'en aperçoive.

Effectivement, le patron connaissait bien Sherlock. C'était presque un euphémisme, à ce niveau-là. Angelo leur offrait le repas, rien que ça, et il se démenait pour rendre le tout plus romantique malgré les vives protestations de John qui affirmait à qui voulait bien l'entendre que ce n'était pas un rencard.

« Vous feriez bien de manger, l'attente risque d'être longue.

- Merci, dit John en consultant la carte. »

Tout semblait délicieux, véritablement. Il avait si faim qu'il aurait volontiers tout goûté. Il ne voulait juste pas abuser de l'hospitalité de leur hôte et se contenterait juste d'un plat, probablement des pâtes puisque c'était le plus rapide et qu'il ne pouvait pas attendre trop longtemps tant son estomac était douloureux à force de se contracter.

« Vous avez choisi ? demanda Sherlock qui n'avait pas ouvert sa propre carte. »

John ne l'avait pas vu manger de la journée et en conclut simplement qu'il connaissait la carte des menus par cœur. Il fut donc drôlement étonné d'être le seul à commander lorsque le serveur s'approcha d'eux.

« Vous avez déjà dîné ?

- Non, répondit Sherlock. Pourquoi ça ? »

Ce dernier fronça les sourcils et mit un certain temps avant de comprendre l'évidence. Il répondit simplement qu'il n'avait pas faim et que de toutes les manières, il détestait véritablement les restaurants italiens. Il avait choisi cet endroit pour sa situation géographique idéale, juste en face du rendez-vous qu'il avait donné au tueur, non pas pour la qualité de la nourriture.

« Ça ne vous dérangera pas que je mange devant vous ? Si j'avais su, j'aurais simplement…

- C'est parfait, vraiment. Ne vous empêchez pas de manger pour moi, sinon on retrouvera votre cadavre dans votre lit pas plus tard que la semaine prochaine.

- Ah ? Bon… »

C'était extrêmement gênant. John ne savait simplement pas quoi répondre. La maigreur élégante de Sherlock n'était-elle donc pas naturelle ? Etait-ce une sorte de…

« Et voilà pour les amoureux. J'ai un petit peu arrangé les doses, ça sera plus copieux pour deux. Oh que c'est mignon, on dirait un Disney.

- Je ne suis pas son rencard, répéta John. »

Mais Angelo ne les écoutait déjà plus, bien trop soucieux du confort de ses deux invités. Il rajouta un vase avec une unique rose rouge au centre de la table avant de les laisser manger en tête à tête, afin de conserver le besoin d'intimité dont avaient besoin tous les couples.

« Pourquoi est-ce que tout le monde pense que je suis votre… »

Compagnon, amoureux, amant. John ne réussit pas à prononcer le mot. Pourtant, ce n'est pas comme si c'était important mais il supposait que c'était juste atrocement gênant.

« Déjà Mrs Hudson, quand on a emménagé. Maintenant ça. Pourquoi ? Est-ce qu'on a vraiment l'air d'un couple ?

- Je répondrais bien que non si ça pouvait vous soulager. En réalité, c'est de ma faute, je suppose. Disons simplement que les femmes ne sont pas vraiment ma tasse de thé.

- Oh, je comprends mieux. »

John ajouta de la sauce piquante à son plat avant de commencer à manger. D'un geste silencieux, il en proposa à Sherlock (et tant pis pour les préjugés) mais ce dernier refusa. Intriguant...

« Et je suppose que vous n'avez pas de copain ?

- Non, répondit Sherlock.

- Ok, d'accord. Vous êtes sans attache. Comme moi. Bien, très bien. »

Oh, non.

Qu'est-ce qu'il racontait ? Il ne manquait plus que Sherlock commence à s'imaginer des choses. John espérait sincèrement, de tout son cœur, que l'asociabilité de ce dernier l'empêche de faire des suppositions stupides. Mais il était Le détective consultant, bien évidemment qu'il allait chercher des petits indices pour alimenter les certitudes de son cerveau. Et pour couronner le tout, ils habitaient ensemble. Bien, parfait, idéal pour les situations gênantes et les sous-entendus.

Bravo !

« John, je crois qu'il faut que vous sachiez que je me considère comme marié à mon boulot. Et même si je me sens très flatté par votre intérêt, je ne suis pas en train de… »

Voilà tout ce dont il avait besoin pour effacer le doute :

« Non, non, non… Je ne vous demande rien, non. Je dis seulement que tout me va. »

C'était ça qu'il appelait effacer le doute ? A ce rythme-là, il allait rapidement voir débouler Sherlock dans sa chambre au beau milieu de la nuit pour le… Mais ce n'était pas du tout le moment pour penser à ce genre de choses !

Pourquoi le tueur avait-il choisi cet instant de gêne réciproque pour se faire remarquer ? Inutile de chercher à clarifier la situation à présent puisque le détective était à nouveau obnubilé par l'enquête et il faudrait un long moment avant qu'il ne s'occupe d'autre chose.

Merde.

oOoOoOoOo

« C'était ridicule ! »

Ils avaient poursuivi un taxi : escaladé des immeubles, sauté dans le vide, couru jusqu'à en cracher leurs poumons… Pour finalement découvrir qu'ils s'étaient trompés de voiture. Sherlock avait alors inventé une histoire abracadabrante et lancé un « Bienvenue à Londres » qui avait littéralement tué John par le fou-rire.

« C'est la chose la plus ridicule que je n'ai jamais faite… »

La plus exaltante aussi. Ses poumons étaient en feu, il avait chaud comme jamais et pourtant, il souriait comme un bienheureux. Oh oui, ç'avait été une soirée riche en émotion. Peut-être un peu trop d'endorphine et si John n'était pas persuadé que c'était impossible, il aurait juré faire une overdose. Peut-on mourir de bonheur : la question philosophique du jour.

« Mrs Hudson, le docteur Watson prendra la chambre qui est au premier.

- Qui a dit ça ? questionna John.

- L'homme qui est à la porte, répondit Sherlock. »

Et évidemment, dans une coordination parfaite, quelqu'un frappa à la porte d'entrée. Mise en scène ridicule, mais était-ce voulu ? John ouvrit et constata avec surprise qu'il s'agissait d'Angelo.

« Sherlock m'a envoyé un texto, expliqua-t-il. Il me disait que vous aviez oublié ça. »

Sa canne. Il avait laissé sa canne sur la banquette, oublié sa douleur et même détalé comme un lapin dans les rues de Londres. C'était donc bel et bien psychosomatique et il n'avait plus mal. Sherlock l'avait guérit ! Waw.

Il se tourna vers celui qu'il considérait à présent comme son ami et ce dernier lui sourit, également heureux.

« Oui, oui. »

John attrapa sa canne, probablement pour la dernière fois de sa vie.

« Merci. »

Et il ne disait pas ça à Angelo.

oOoOoOoOo

Quel con ! Juste un sale petit égoïste. John voulait le détester, il n'y arrivait pas. Il avait juste peur pour lui, il était même terrorisé. « Je sors deux petites minutes, je ne serai pas long. » et Sherlock s'était précipité dans la voiture du tueur. Juste comme ça, pour le plaisir. Quel con !

Tout s'expliquait maintenant. Quatre victimes, sans aucun lien, retrouvée mortes dans des lieux déserts où elles n'avaient aucune raison d'être. Toutes enlevées dans la rue, mais personne ne les avait vu partir. Qui chasse au milieu de la foule ? Un chauffeur de taxi, personne n'y avait pensé mais ça paraissait tellement évident. Et maintenant, il avait enlevé Sherlock et s'apprêtait sûrement à le tuer.

« A gauche, à gauche ! s'écria vigoureusement John à l'attention du chauffeur en suivant les mouvements du GPS embarqué sur le tueur. »

Et bien sûr, évidemment, c'était à lui de le sauver. Quelle merde !

oOoOoOoOo

« Expliquez-vous. »

Sherlock regardait le chauffeur de taxi et les deux flacons contenant les pilules qui avaient tués les quatre suicidés. Il ne comprenait pas, pas encore. Mais ça n'allait pas tarder et quand il saurait tout, il partirait et préviendrait la police. C'était aussi simple que ça. Une affaire classée, encore une fois.

« Il y a un bon et un mauvais flacon. Vous prenez la gélule du bon flacon, vous vivez. Vous prenez celle du mauvais flacon, vous mourez. Ils sont en tous points identiques et je suis le seul à savoir lequel est le bon. »

Ingénieux. Mais ça n'expliquait pas encore comment quatre personnes s'étaient laissé avoir, pourquoi jouer à ce jeu si on risque d'en mourir ?

« C'est vous qui choisissez, ajouta le tueur.

- Pourquoi je choisirais ? Je n'ai aucun indice. Qu'est-ce que j'y gagne, moi ? »

La clé, il avait juste besoin de ça. Il voulait savoir et c'était ça qui l'empêchait d'appeler la police à l'instant. Et aussi, l'intime conviction qu'ils étaient déjà en route. La localisation par GPS du téléphone portable dans la poche du tueur allait les mener directement ici. Lestrade ne pouvait pas le laisser tomber, John non plus. Les autres s'en foutraient, évidemment. Mais pas eux. Ils viendraient, pour lui.

« Je ne vous ai pas encore dit le meilleur. Quel que soit le flacon que vous choisirez, j'avalerai la gélule de l'autre. De cette façon, on prendra notre médicament ensemble. Je ne tricherai pas. Vous choisissez et j'avalerai la gélule que vous n'avalerez pas. Vous ne vous attendiez pas à ça, hein monsieur Holmes ? »

Alors c'était tout. Très ingénieux, vraiment. Simple mais efficace, un meurtre comme Sherlock les affectionnait tant. Un art parfait. Soit la victime avalait un cachet avec la persuasion d'avoir une chance de vivre, soit elle se faisait trouer le crâne par une balle du flingue. Le choix était évident, l'instinct de survie primaire. A cela s'ajoutait l'espoir de se venger. Très classe.

« Pourquoi faites-vous ça ? questionna Sherlock. »

Mousse à rasé accumulée depuis plusieurs jours derrière l'oreille = vie solitaire.

Photo de ses enfants dans la voiture = ils lui manquent.

Le visage de la mère a été très clairement découpé = elle n'est pas morte mais l'a quitté.

Vieille photo + cadre neuf = il pense à ses enfants mais ne peut pas les voir, probablement été écarté.

Vêtements propres = veut faire bonne impression.

Vieux d'au moins trois ans = aucun projet sur le long court.

Et récemment, se lance dans un projet kamikaze.

Mourant.

C'était donc ça, tout ceci pour s'occuper l'esprit avant de mourir. Un passe-temps psychopathe, certes, mais pourquoi pas. Il n'était pas là pour le juger, juste résoudre un mystère. D'ailleurs, il avait suffisamment d'éléments et il était largement temps d'arrêter le jeu.

« J'ai compris, déclara Sherlock. Vous êtes un mort-vivant, c'est pour ça que vous avez tué ces quatre personnes. »

Et sans prévenir, il se contredit lui-même :

« Non ! Non. Il y a forcément autre chose… Vous n'avez pas tué ces personnes parce que vous êtes amer, l'amertume est un paralysant. L'amour, en revanche, est un motivateur bien plus vicieux. Vos enfants n'y sont peut-être pas pour rien, non ?

- Vous êtes très doué, commenta simplement l'homme. »

Mais ça, Sherlock le savait déjà. Il n'avait absolument pas besoin qu'on le lui répète à longueur de temps, c'était aussi charitable que barbant. Et comme son nouveau colocataire s'extasiait à chacun de ses mouvements, ça commençait actuellement à l'agacer sérieusement.

« Quand je mourrai, mes gosses ne toucheront presque rien. Ça ne gagne pas lourd, un chauffeur de taxi. »

Sherlock ne percevait toujours pas le lien, quel rapport avec des meurtres en série ? Les victimes n'avaient pas été volées et il avait même retrouvé une valise contenant un ordinateur portable plutôt neuf dans une décharge publique et des bijoux précieux sur un cadavre. Alors comment ?

« J'ai un sponsor, expliqua le chauffeur de taxi. Du fric va à mes gosses pour chaque vie que je prends. Plus je tue et plus ils auront du fric. Vous voyez ? C'est généreux, en fait ! »

Mais merde, qui pouvait financer une telle chose ? Ça voulait dire que quelqu'un avait organisé tout ça, une personne libre qui circulait encore dehors.

Génial ! Tout ceci était encore plus excitant que Sherlock ne l'avait d'abord imaginé. Un cerveau criminel. Le jeu n'était pas fini, en réalité, il venait juste de démarrer. Tout ce dont Sherlock aurait pu rêver, en réalité.

« Vous n'êtes pas le seul qu'un bon meurtre excite. Il y en a d'autres dans cette ville, ils sont exactement comme vous. Sauf que vous n'êtes qu'un homme et qu'eux, ils sont bien plus que ça. »

Oh oui, décidemment une affaire fascinante. Il était donc temps d'arrêter cette petite mascarade ridicule, Sherlock avait toutes les informations qu'il désirait et beaucoup plus amusant à faire.

« Et si je ne choisis ni l'un ni l'autre. Je pourrais juste sortir d'ici. »

Comme il l'avait prévu, le tueur le menaça de son arme. Barbant.

« Ou vous choisissez d'avoir 50% de chance, ou je vous tire une balle dans la tête. Bizarrement, il n'y en a pas un qui a pris cette option.

- Je choisi la balle, répondit Sherlock sans hésitation. »

oOoOoOoOo

Quand John retrouverait Sherlock, en vie bien évidemment puisqu'il ne pouvait songer un seul instant le trouver mort, il le tuerait. Ou non, mieux, il l'attacherait et le torturerait doucement en observant sadiquement sa longue agonie. Parce que jamais John n'avait eu aussi peur de sa vie, jamais. Et il avait connu la guerre ce qui voulait tout dire.

« Sherlock ! »

Il courait comme un fou dans les couloirs sombres du centre de formation, sans songer un seul instant à reprendre son souffle. Une seule idée en tête : sauver son ami de la situation foireuse dans laquelle il s'était fourré.

« Sherlock ! »

John avait fait tous les étages, presque toutes les salles et ne l'avait trouvé nulle part. Mais bon sang où pouvaient-ils bien être, le GPS ne pouvait pas se tromper. N'est-ce pas ? Une terreur sourde bouffait les tripes du médecin qui se sentait sur le poing de vomir tout son dîner.

oOoOoOoOo

Clic, une petite flamme sort du canon.

Sherlock ricana. C'était tellement évident, pourquoi personne ne voyait jamais rien ? Quatre personnes étaient mortes parce qu'elles n'avaient pas su faire la différence entre un vrai flingue et un jouet.

« Et bien cela aura été fort intéressant. J'ai hâte d'assister au procès. »

En vérité, son travail s'arrêtait là et grand bien lui fasse. Quel ennui, investigateur aurait été un métier divin s'il n'y avait pas eu toutes ces paperasses et ces procès à n'en plus finir. D'où l'idée lumineuse de créer lui-même sa propre fonction : détective consultant. Il fallait bien sûr le génie qui allait avec, sinon ça ne pouvait pas marcher.

« Avant de vous en aller, est-ce que vous pouvez me dire quel est le bon flacon ?

- Bien sûr. Un jeu d'enfant. »

En vérité, Sherlock n'en avait pas la moindre idée et c'est pour ça qu'il avait dû user de cet habile stratagème pour s'en sortir vivant. Mais il n'allait tout de même pas l'avouer…

« Lequel vous auriez choisi ? demanda alors le tueur. Juste pour savoir si je vous aurais battu. Allez, quoi ? Jouez le jeu, allez ! »

Bon, il avait très exactement 50% de chance et il ne risquait plus sa vie. Alors, pourquoi pas ? Au hasard, il s'empara d'un flacon.

« Oh… Intéressant. Alors, qu'est-ce que vous en dites ? On y va ? Non, mais franchement, qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous pouvez me battre ? Est-ce que vous êtes assez intelligent pour parier votre vie ? »

Bam, bam, bam. L'adrénaline coulait librement dans ses veines. Bam, bam, bam. Son cœur chantait la chansonnette. Bam, bam, bam. Le plaisir du risque.

50% de chance et il était Sherlock Holmes, pouvait-il jouer à ce jeu grisant ? Oh, oui. Le junkie qui sommeillait en lui hurlait de plaisir, il ne pouvait pas le contenir plus longtemps. Pourquoi personne n'était venu ? Ni Lestrade, ni John, personne. Il ne comptait pour rien, il n'avait pas sa place parmi ces gens si ordinaires. Il était bien au-dessus de tout ça.

Avaler la pilule. Bluff, double bluff, triple bluff ? Un jeu d'échec, un seul coup, échec et mat. Et il avait terriblement envie d'y jouer…

oOoOoOoOo

Sa douleur psychosomatique n'était plus qu'un lointain souvenir. John était même intimement persuadé qu'il avait réalisé un record mondial, entre tous les étages qu'il avait grimpé et tous les couloirs dans lesquels il avait couru. Dommage que personne ne l'ai vu faire, il aurait très certainement gagné un prix. De quoi orner très joliment la cheminée du salon, à côté du crâne de Sherlock.

Il maîtrise la situation, tellement intelligent qu'il ne peut pas mourir aussi bêtement, il a sûrement tout prévu depuis le début. Il gagne du temps, il sait que la police ne va pas tarder. Il va s'en sortir, sain et sauf. Putain, il a intérêt !

John répétait mentalement des pensées positives, pour ne pas s'effondrer et pleurer toutes les larmes de son corps. Son état psychique frôlait l'hystérie et il sentait déjà les tremblements intempestifs du choc dans tout son corps. Ce n'était pas du tout le bon moment pour craquer.

Sauver Sherlock, sauver Sherlock, sauver Sherlock…

Combien de porte avait-il déjà ouvert, avant de se rendre compte avec déception que la salle était vide ? Vingt, cinquante, quatre-vingt ? Il avait perdu le fil, tout était tellement trouble. Rien n'aurait pu lui indiquer quelle pièce était la bonne et pourtant, il le sentit. Etait-ce une sorte d'instinct de protection étrange ? Une déformation de la réalité causée par les battements furieux de son cœur à l'agonie ? Ou quelque chose de plus complexe que ça ?

Vide, une nouvelle fois. Mais là-bas, par la fenêtre, une autre salle était allumée. John se précipita à cet endroit, il distinguait parfaitement la silhouette élancée et fine de son ami. Il tenait une gélule dans ses doigts maigres et osseux, et putain non, il était en train de l'approcher lentement de ses lèvres.

Merde !

oOoOoOoOo

Sherlock se rendit compte trop tard de ce qu'il s'apprêtait à faire. Il avait fallu que quelque chose l'interrompe, une chose horrible. Un coup de feu et le chauffeur de taxi avait été touché à l'épaule, il agonisait. Ça lui avait probablement sauvé la vie mais il ne s'en souciait pas réellement. Ce qui comptait, pour le moment, c'est qu'il était clairement en train de perdre son seul indice.

« J'avais raison ? J'avais raison, n'est-ce pas ? J'ai choisi le bon ! »

Evidemment, l'homme au sol ne lui répondait pas. De rage, Sherlock balança la pilule par terre. Il la regarda rouler et disparaître dans la mare de sang. Mais qu'est-ce qu'il racontait, ce n'était pas le plus important.

« D'accord, dites-moi au moins une chose : votre sponsor, qui c'était ? Comment il s'appelle ?

- Nooon, gémissait le mourant. »

Il risquait de crever d'une seconde à l'autre, non, ça ne pouvait finir comme ça. Un nom ou n'importe quoi, Sherlock avait juste besoin d'une piste pour commencer ses investigations.

« Vous allez mourir mais je peux encore vous faire mal. Dites-moi son nom ! »

Bien évidemment, torturer quelqu'un ne lui plaisait pas mais il n'avait pas le temps de réfléchir à une autre solution. Alors sans le moindre remord, il appuya de son pied sur la plaie béante. Fort, très fort, pour ça fasse suffisamment mal et qu'il parle avant de mourir, ce qui n'allait plus tarder.

« Il s'appelle comment ? insista Sherlock sans aucune pitié. Allez, il s'appelle comment ?!

- Moriarty ! hurla l'homme juste avant de rendre son dernier souffle. »

oOoOoOoOo

John avait tiré, il n'y avait pas réfléchi un seul instant, c'était parti tout seul. Quand il avait vu son ami en train de mourir, il avait juste attrapé son arme et tiré. Comme ça, bam.

Après le choc, il s'était raisonné. L'homme qu'il avait tué était un assassin, il allait être jugé et emprisonné, sa vie n'avait finalement plus vraiment d'intérêt. Sherlock était un génie, probablement d'une intelligence rare. Il sauvait des vies chaque jour en résolvant des énigmes bien plus rapidement que n'importe quelle équipe de policiers.

John savait qu'il ne pouvait éthiquement pas comparer deux vies humaines mais tout le monde l'aurait pensé. Et même si l'homme avait été un citoyen modèle d'une sagesse irréprochable, la vie d'un ami valait toujours plus que celle d'un inconnu. C'était sans doute arbitraire mais tellement vrai. Et même s'ils ne se connaissaient pas depuis très longtemps, John se sentait plus proche de Sherlock qu'il ne l'avait jamais été avec personne, pas même sa famille.

Quand il vit les ambulanciers couvrir Sherlock d'une couverture, John imagina que ce dernier aurait préféré mourir que d'être surpris dans ce justifiable état de faiblesse. Tout le monde était rameuté, des médecins aux policiers, en passant par les brancardiers de la morgue. Personne ne faisait attention à lui et John espérait que ça dure comme ça jusqu'à ce que son ami le remarque. En vérité, il était clairement épuisé et voulait juste s'épargner la peine d'un interrogatoire.

« Vous êtes encore là, vous. »

John se tourna et fit face au sergent Donovan qui le toisait avec un sourire presque supérieur. Elle avait certainement d'excellentes raisons de détester Sherlock, tout le monde en avait. John n'arrivait cependant pas à être aussi objectif qu'il le désirait et il avait énormément de mal à la supporter. En bon médecin, il ne laissait rien paraître et on aurait même pu croire qu'il l'appréciait.

« Je vous l'ai dit, il est louche. Vous n'êtes que son colocataire et vous êtes déjà embarqués dans des choses qui vous dépassent, imaginez tout ce qui pourrait vous arriver si vous deveniez une sorte… D'ami. »

Clairement, ce dernier mot lui avait écorché la bouche. John aurait tellement aimé affirmer que Sherlock était déjà son ami et qu'il n'aurait pas hésité à donner sa vie (ou un bout de sa conscience comme actuellement) pour l'aider. Mais n'était-ce pas prématuré ?

« On vous a expliqué ? Le tueur utilisait deux pilules, l'une inoffensive et l'autre mortelle. Les victimes avaient le choix et la garanti que leur assassin avale la pilule qu'elles laissaient. Sinon, il les tuait.

- C'est affreux, commenta John. »

Le sergent Donovan fronça ses sourcils, visiblement étonnée. Elle lui adressa un large sourire en disant :

« Vous n'êtes pas comme lui, n'est-ce pas ? Un conseil, évitez-le. Il vous transformera en quelqu'un que vous n'êtes pas et vous en souffrirez. »

Sans lui laisser le temps de répondre, la femme s'éloigna pour retrouver Anderson. Evidemment, elle n'avait pas voulu lui donner une occasion de construire une défense. Elle n'en avait pas d'intérêt puisque pour des raisons obscures, elle désirait juste que Sherlock reste le plus seul possible. Un nouveau mystère qui s'épaississait…

« Bien visé, commenta la voix de son ami qui avait fini par le rejoindre. »

John sursauta, son rythme cardiaque s'emballa, tandis qu'il cherchait désespérément une réplique pour se sortir de ce mauvais pas.

« Je pense qu'on a dû tirer de cette fenêtre. »

Et il en savait quelque chose.

« Vous avez enlevé les traces de poudre de vos doigts, j'espère ? Je ne pense pas que vous iriez en prison mais autant éviter un procès. »

John s'étrangla, il avait deviné. Que pensait-il ? S'interrogerait-il sur les raisons de ce geste, que John n'avaient toujours pas réussit à comprendre malgré son raisonnement logique. Il se senti blêmir ce qui inquiéta Sherlock :

« Ca va, John ?

- Bien sûr que ça va. »

Ce n'était pas faux, malgré toutes ses interrogations.

« Vous venez quand même de tuer un homme, rappela Sherlock.

- Ce n'était pas quelqu'un de bien. Et c'était un taxi épouvantable, rajouta-t-il.

- C'est sûr qu'il n'était vraiment pas bon, répliqua Sherlock avec un large sourire. Si vous aviez vu la route qu'il a prise pour venir. »

Le rire était très certainement nerveux mais également libérateur. Comme s'il effaçait à lui-seul les horreurs de cette journée bien trop remplie. John tenta de se retenir (c'était quand même une scène de crime), en vain.

Oh oui, parce que tout ce qu'il avait vécu aujourd'hui n'était pas juste atroce, c'était tout juste ce dont il avait eu besoin pour revivre après sa dépression. Il avait fallu un mystère, quatre meurtres, un enlèvement, une course-poursuite, un contre-la-montre et sauver Sherlock de ses stupidités suicidaires. Tout ça pour respirer, enfin.

« Vous avez faim ? questionna Sherlock.

- Je meurs de faim, répondit John. »

Et bien sûr, il y avait aussi eu des interrogations beaucoup moins actives notamment ce rapport étrange que semblait entretenir Sherlock envers la nourriture. Ce dernier était d'ailleurs en train de lui expliquer comment il reconnaissait un bon restaurant à l'usure sur la poignée de sa porte quand…

« Sherlock, c'est lui ! L'homme dont je vous ai parlé, celui qui m'a kidnappé…

- Je sais exactement qui c'est, répondit le concerné sans daigner jeter le moindre coup d'œil. »

Euh… Comment ça ?

L'homme s'approcha d'eux, une démarche impériale et un regard froid, pourtant il avait l'air amical. Etait-ce donc vrai ? Il lui avait expliqué qu'il était pour Sherlock ce qui se rapprochait le plus d'un ami, l'était-il ?

« Alors, encore une affaire résolue ? Quel sens du service public ! Quoique ça ne soit pas ce qui te motive, au fond. »

Sherlock grogna.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? grommela ce dernier.

- Comme toujours… Je m'inquiète pour toi.

- C'est ce que je me suis laissé dire… »

John se sentait mis à l'écart et il se rendait compte qu'il ne le supportait pas. Pourtant, ce n'était pas comme s'il connaissait Sherlock depuis toujours. Quelle était donc cette étrange relation qu'il entretenait avec son colocataire ? Il ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait, jamais il n'avait ressenti ça. Un besoin irrépressible d'être avec lui et plus exactement une envie d'exclusivité. Etrange nouveauté…

Pendant les réflexions de John, les deux hommes continuaient à se chamailler comme des enfants. Lorsque soudain… Tout sembla s'éclairer :

« Cette mesquine petite querelle entre nous est vraiment puérile. Cela ne provoque que de la souffrance. Et tu sais à quel point cela contrarie maman.

- Je la contrarie ? s'offusqua Sherlock. Moi ? Ce n'est pas moi qui l'ai contrarié, Mycroft. »

John avait jusque-là plus ou moins accepté d'être sciemment ignoré. Mais là, c'était trop ! Non, ça ne pouvait pas… Frères ? Ces deux grands gamins qui gémissaient capricieusement étaient donc frères. Oh, bon sang, leurs parents avaient dû vivre un véritable enfer.

« Non, non, non, attendez ! Maman ? Qui est « maman » ?

- Une mère. Notre mère, répondit Sherlock. »

Puis, comme s'il se rendait enfin compte de la présence de John, il entama les présentations :

« Je vous présente mon frère Mycroft. »

Alors c'était bien ça. Cette famille était clairement anormale, l'aîné avait kidnappé le colocataire du cadet pour l'espionner en douce. John ne voulait même pas imaginer le reste de leur relation.

« Qui est en train de reprendre du poids, non ? releva Sherlock comme si c'était finalement le plus important.

- D'en perdre en fait, répliqua Mycroft. »

D'ailleurs, ce dernier n'était pas étonné. Comme si Sherlock le critiquait sans cesse. Oh, bien sûr, c'était évidemment le cas.

« C'est votre frère, alors ce n'est pas… Un cerveau criminel ?

- Il n'en est pas loin, répondit Sherlock.

- Ne sois pas ridicule ! Je n'ai qu'un poste mineur au sein du gouvernement britannique.

- Il est le gouvernement. Quand il n'est pas trop occupé à être les services secrets britanniques ou la CIA en free-lance. »

Ce qui expliquait le kidnapping, la grosse Berline noire et les mises en scènes. Mais s'était-il vraiment senti obligé de le kidnapper ? Il avait un portable, pourquoi ne l'avait-il pas simplement appelé sur son téléphone ?

« Bonsoir, Mycroft. »

Sherlock avait trop supporté son frère pour la journée, il n'en pouvait tout simplement plus. Il s'éloigna simplement, trop d'action pour aujourd'hui, il n'allait pas en plus se disputer pendant des heures.

« Ne déclenche pas une guerre avant que je sois rentré, ça gêne la circulation. »

Cette remarque fit rire John. Sherlock s'en étonna, il n'avait pas d'humour et tout le monde le savait, n'est-ce pas ? Bien sûr, son colocataire était différent. Il le sentait bien qu'il n'arrivait pas à en saisir les raisons. Les prochaines semaines risquaient d'être follement intéressantes.

« Qu'est-ce qui vous réjouit comme ça ? demanda finalement John. »

Toi. Tu es tellement différent, je n'arrive pas à te comprendre et ça me plaît. Je veux savoir pourquoi je me sens tellement bien en ta présence. Ça ne m'ait jamais arrivé, ça pourrait m'effrayer mais ça me fait du bien. Tu me fais du bien.

« Moriarty, répondit pourtant Sherlock. »

John fronça les sourcils et le cœur de Sherlock sursauta dans sa poitrine lorsque sa bouche afficha une petite moue presque adorable.

« C'est quoi Moriarty ? demanda-t-il.

- Je n'en ai absolument aucune idée. »

Et ils en rirent, parce qu'ils se sentaient heureux, l'un avec l'autre.


à suivre...


Juste pour ceux que ça intéresse :

Vendredi dernier, j'ai vécu un énorme changement dans ma vie. En effet, ma demande d'hébergement ayant été acceptée, j'ai pu quitter l'internat dans lequel je suivais mes études depuis plusieurs années pour aménager dans Paris. Par conséquent, j'ai également changé d'école et je démarre mes nouvelles études la semaine prochaine. J'ai passé une semaine aussi riche qu'épuisante, j'ai déménagé toutes mes affaires (notamment des bouquins très lourds) et je n'ai pas arrêté de faire des allers-retour entre l'appartement de ma mère et mon nouveau logement. Par conséquent, je n'ai presque pas eu le temps d'écrire. Heureusement pour vous, ce chapitre était déjà presque entièrement rédigé alors je peux vous le poster à temps. Mes lecteurs Harry Potter ont moins de chance car je vais carrément repousser la date de publication d'une semaine (ce que je n'aime pas du tout faire, mais j'ai une bonne excuse là).


A propos de ce chapitre :

Comme je vous l'ai déjà dis auparavant, je voulais boucler Une étude en Rose le plus rapidement possible. J'avais besoin de terminer l'amorce d'enquête que j'ai entamé dans le chapitre précédent quitte à réécrire une partie de l'épisode 1 tout simplement pour garder une certaine cohérence. Je n'allais pas sauter la fin de l'enquête mais je devais quand même clore ce passage rapidement pour ne pas continuer à copier l'épisode 1 trop longtemps, ç'aurait été ennuyant. Je ne m'attendais quand même pas à tout boucler dans les deux premiers chapitres, je suis donc particulièrement fière de moi sur ce coup-là car j'ai toujours tendance à allonger mes actions. Vous aurez donc une enquête inédite dès le chapitre suivant, je ne l'ai pas encore choisie parmi les romans/nouvelles d'Arthur Conan Doyle donc ce sera une surprise pour tout le monde, moi également.

Comme vous avez pu le remarquer, j'ai largement modifié certains dialogues. C'est logique, quand on y réfléchi bien. On commence la fanfiction exactement au même moment que le début de la série TV (du moins dans cette fiction-ci), donc les premiers passages sont sensiblement identiques. Mais évidemment, pour enrichir le texte, j'ai ajouté plusieurs paramètres : amour entre John et Sherlock et troubles alimentaires, entre autre. Plus on avance dans l'histoire, plus j'ajoute mes petites touches personnelles, plus on s'éloigne de la version originale. Ça commence doucement à avoir un impact sur le texte (et les réactions des personnages). Pour certaines répliques, notamment quand Mycroft propose à John de l'argent, j'ai rassemblé plusieurs répliques en une pour passer d'un format télévisuel à une rédaction plus romanesque et plus agréable à lire.


Dans le chapitre suivant : John et Sherlock cohabitent, se découvrant l'un et l'autre tout en apprivoisant cet étrange sentiment réciproque dont ils ne saisissent pas encore le sens.

Le chapitre 3 sera mis en ligne dans deux semaines, le 29/03/2015.


A propos des reviews :

Alors là, vous m'avez tout simplement bluffé. Je ne m'y attendais pas du tout, c'était incroyable ! Que de remarques pertinentes, des commentaires complets et riches... C'était touchant, ça m'a beaucoup ému. Vous avez été adorables et je suis ravie que ça vous ait autant plu. J'espère que cette suite vous plaît, n'hésitez surtout pas à m'avertir si ça perd en qualité ou au contraire, continuez à m'encourager. C'est très stimulant d'écrire pour un public toujours plus reconnaissant, alors tout simplement merci.

Je prends doucement mon rythme, apparemment mes chapitres avoisinent les 15 pages, soit cinq pages de plus que mon habitude. Quand je me sentirai suffisamment sécurisée et que j'aurai réussit à développer la suite des actions dans ma tête afin d'avoir une trame principale pour me guider, je dessinerai probablement des illustrations en lien avec ce texte. Je vous avertirai le moment venu, bien sûr. J'ai également d'autres projets en tête, secrets pour le moment. Je vous assure donc un avenir original, avec des compléments qu'on retrouve très rarement sur des sites de fanfictions comme celui-ci et dont je suis particulièrement fière.

Je continue bien sûr mon travail d'écriture et de recherches et je compte sur vous pour me faire plaisir avec une petite review.


Merci à vous pour votre lecture,

J'espère avoir de vos nouvelles rapidement en review.

A très bientôt pour la suite de cette histoire,

En espérant que ça vous ai plût.

Paloma Swan.