Chapitre2 : l'installation
Sirius se fit réveiller par l'éclat du jour. Il plissa les yeux pour s'acclimater à la pourtant faible lumière qui filtrait à travers les stores du bar. Il n'avait pas cru qu'il pourrait s'endormir au fond de ce bar dégoutant, avec trois cafés dans l'estomac. Pourtant, il avait finis par sombrer entre quatre et cinq heures du matin dans un sommeil comateux. Il se leva en faisant craquer ses jointures douloureuses, jeta un sort d'oubli à la serveuse, prit sa valise et sortit, sans même prendre la peine de payer. De toute façon, il n'avait pas d'argent moldu, et personne ne pourrait jamais témoigner de sa nuit ici. Ses yeux le brulaient, il ressentait un pénible mal de crâne qui le secouait à chaque pas qu'il faisait. Il pensa avec une extrême satisfaction que bientôt, dans à peine quelques heures, ses parents ouvriraient la porte de sa chambre en pensant pouvoir lui infliger une sévère correction à laquelle ils auraient réfléchis durant la nuit, et qu'il ne serait plus là. Il tourna dans une rue, puis dans une autre, jusqu'à arriver dans une impasse déserte. Il se mit toute de même, par précaution, dans un renfoncement d'immeuble afin de se cacher des potentiels regards. Puis il ferma les yeux. Se concentrer, il fallait se concentrer… Le monde tournait autour de lui. Il se sentit un instant si faible qu'il dût s'appuyer sur sa valise pour ne pas défaillir.
D'un coup, il transplana en visualisant la maison modeste mais qui lui semblait si accueillante de son ami Remus. Il ne pouvait pas aller chez James : celui-ci n'était pas à Londres pour le moment, et si la mémoire de Sirius ne lui faisait pas défaut, il ne devait même pas être en Angleterre, mais quelque part en Europe. Ses parents avaient en effet décidé de le faire voyager avant qu'il ne rentre définitivement dans l'âge adulte. S'il s'en tenait au dernier hibou qu'il avait reçu de lui, il quittait la France pour l'Allemagne, et les filles parisiennes avaient été avec lui plus qu'accueillantes. Il avait même reçu des nouvelles de Lilly Evans. En bref, il ne pouvait matériellement pas l'aider pour l'instant. Mieux valait s'adresser à Remus, qui, Sirius en était sûr et certain, l'écouterait déverser le flot de haine qu'il retenait depuis le début du mois de juillet à l'encontre de sa famille. Cette certitude lui donna le courage de frapper à la porte de la maison des Lupin, qui se trouvait à Hasting, une petite ville non-loin de Londres. Des pas se firent entendre. Il y eut même des voix qui se disputaient pour savoir qui devaient se dévouer pour aller ouvrir à l'inconnu qui sonnait de si bon matin. Puis enfin quelqu'un, en bougonnant, se dirigea vers la porte et en tourna la poignée. Sirius sentit son cœur battre fort dans sa poitrine. Quel accueil allait-il lui être réservé?
- « Sirius ! » S'exclama celui-ci, on ne peut plus surpris.
Un grand sourire vint élargir sa mâchoire juste avant qu'il ne saute au cou de son ami. Sirius constata avec soulagement qu'il semblait plus qu'heureux de le revoir.
- "Mais ne reste pas sur le pas de la porte enfin voyons ! Papa, maman ! Sir' est là !
- Qui ? S'étonna madame Lupin devant l'enthousiasme qui transperçait la voix de son fils.
- Sirius!
- Oh ! S'exclama cette fois ci monsieur Lupin. Bonjour Sirius ! Tu es bien matinal à ce que je vois… »
Le père de Remus surgit juste derrière Sirius, le faisant légèrement sursauter. Il lui tendit une poignée chaleureuse à laquelle Sirius répondit avec entrain. Quelle joie d'être le bienvenu !
- « Bonjour Sirius ! Je comprends mieux pourquoi mon fils saute d'excitation… Mais entre donc, pose ta… valise dans un coin. »
La mère de Remus était une femme d'âge mure, aux cheveux aussi noirs que ses yeux, eux, étaient d'un bleu pâle et profond. Le contraste donnait un résultat assez étrange, mais Sirius s'amusait à penser que pendant sa jeunesse, madame Lupin avait dû être une femme pleine de charmes. Sirius se retourna vers son ami, et fut étonner de remarquer pour la première fois à quel point Remus avait hérité à la fois de la couleur mais également de la lueur de vie qui dansait dans le regard de sa génitrice. Il eut un moment de gêne. Les regards de la famille Lupin passèrent tour à tour de la valise à Sirius. Ce fut Remus qui vint avec un naturel qui n'appartenait qu'à lui au secours de son ami.
- « Et si tu nous disais plutôt ce qui t'amène chez nous ? Maman, il nous reste des croissants ? Et tu n'as pas bonne mine, Sir', prends donc du café. »
Sa mère sourit avec distraction et conduisit le petit groupe dans le salon, leur amenant en un coup de baguette magique un petit déjeuner digne de ce nom. Sirius, dont l'idée de reprendre ne serait-ce qu'une goutte de café donnait envie de vomir, dévora tout de même ses croissants avec un sentiment d'instance soulagement que ne ressent que l'Homme affamé qui se nourrit enfin.
- « Alors, mon garçon, débuta Mr Lupin père après avoir bu une grande tasse de thé, même si, et je te pris de le croire, le plaisir de te voir est immense, qu'est-ce qui t'as fait venir dans notre humble demeure ? »
Alors Sirius se mit à raconter, laissant paraitre plus d'émotion qu'il ne l'aurait souhaité, son été où il n'avait fait que se disputer avec son frère et ses parents. Il raconta tout, les insultes ainsi que les privations qu'il subissait. Il n'était pas son genre de se lamenter ainsi, mais quelque chose dans l'attitude des Lupin le poussait à la confession. Un grand silence s'installa une fois qu'il eut prononcé sa dernière syllabe. Un silence si long que le jeune homme crut que les parents de son ami allaient le mettre à la porte. Ce fut cependant une réaction tout autre qui émana de la bouche de ceux-ci.
- « On a une chambre de libre à l'étage, débuta Madame Lupin avec un doux sourire. Tu pourrais t'y installer jusqu'à la fin des vacances, qu'en penses-tu ?
Sirius attendit, par politesse, que Monsieur père ait donné son accord.
- Cela me paraît être une excellente solution. Elle n'est pas très grande, mais en l'aménageant un peu, tu devrais pouvoir t'y sentir à ton aise. »
Sirius sentit une bouffée d'oxygène entrer dans sa gorge. Le père de son camarade lui fit un clin d'œil complice. Il sourit, ne sachant trop que dire devant tant de gentillesse.
- « Merci, vraiment, vous n'imaginez pas à quel point…
- Ce n'est rien, Sir', le coupa son ami. Tu es le bienvenu ici. »
Le regard pénétrant de Remus acheva de convaincre Sirius qu'il était accepté, enfin, au sein d'une famille qui ne souhaitait pas sa perte. Enfin, il pourrait vivre et évoluer comme il le sentirait, sans que des insultes fusent dans tous les sens. Un indicible sentiment de liberté l'envahit.
