Cette journée avait commencée comme les autres. Morne. Plate. Sans saveur. Le poste d'Hokage offrait des possibilités, mais il l'obligeait à maintes responsabilités. Qu'il se serait passé de tous ces tracas administratifs et sans fin ! Heureusement qu'il avait à ses côtés un assistant fidèle et efficace. Dans ce monde où personne n'est indispensable, Minato Namikaze avait su sortir de nouveau son épingle du jeu. Orochimaru grinçait des dents à ces idées : dorénavant, il avait besoin du bonhomme. Et cela le dégoûtait profondément. Il eût aimé pouvoir se passer de ce blond énervant. Cependant sa présence le soulageait d'un poids considérable : ainsi pouvait-il s'occuper de ses affaires personnelles souvent bien plus prioritaires qu'une union économique ou une tension politique. Mais des deux, c'était lui qui portait les insignes officiels, c'était lui qui se rendait devant le conseil assez souvent pour envisager les nouveaux axes politiques de la ville.
La reconstruction de Konoha après la Troisième Grande Guerre Shinobi s'était avouée non seulement peu coûteuse mais aussi avantageuse. En effet, les dégâts les plus considérables et les batailles les plus destructrices s'étaient déroulés bien loin de la cité rouge. Les pertes à déplorer étaient donc les maisons et les diverses possessions de nobles de la région. Etant sorti vainqueur des affrontements, le village de la feuille avait donc leur préférence pour les aider à reconstruire. Moyennant finance, cela allait de soit. De plus, paranoïaques comme ils étaient, il n'avait fallu que quelques courriers encourageants, et une ou deux escarmouches organisées par ses soins pour que semble régner un climat d'insécurité autour des riches maisons. Qui payaient des fortunes pour s'entourer de gardes du corps. Malheureusement, cela profitait également aux mercenaires locaux, augmentant la dangerosité des missions. Le Yondaime déplorait souvent le manque d'effectifs compétents. Qu'à cela ne tienne, dans leur monde, c'était la loi du plus puissant qui primait. Il ne tenait qu'à lui de former ses troupes pour que leur niveau ne soit pas égalé.
Il s'en était d'ailleurs assuré personnellement. Si Namikaze Minato avait pu trouver la perle rare en la personne d'Hatake Kakashi, Orochimaru avait jeté son dévolu sur Mitarashi Anko. Jeune et solide, elle était intuitive et apprenait vite. Et elle le devait, pour ne pas subir les ires de l'ermite aux serpents. Cette enfant constituait une réussite à part entière. Elle était la preuve vivante de l'efficience et de l'utilité publique de ses manipulations génétiques. A partir d'une caractéristique constatée sur un individu, il était parvenu à étendre le pouvoir d'un enfant à plusieurs autres individus. Le fait que le taux de survie à l'opération ne soit que d'un individu sur dix et que certains subissent des séquelles n'étaient que des effets indésirables qu'il aurait tôt fait d'éliminer. Les capacités physiques du seul cobaye qui avait survécu jusqu'alors s'étaient accrues de manière considérable. Certes, la fillette était dorénavant liée à lui par un sceau de la Terre, mais cette part de lui en elle la rendait plus résistante. Mitarashi Anko était son premier rat de laboratoire à avoir rejoint la lumière du jour. Qu'il ait dû faire des pieds et des mains pour lui inventer un passé crédible était secondaire. Elle était son espoir, l'espoir qu'il pouvait réussir ce qu'il entreprenait.
Malheureusement, ses tentatives à reproduire les cellules du Shodaime Hokage semblaient vouées à l'échec. Sur la centaine d'enfants et autres individus qu'il avait pu extraire de la misère des rues et du chaos laissé par la dernière guerre, à peine une poignée avait résisté. Il devenait de plus en plus difficile d'incinérer les cadavres en toute discrétion, et le susceptible Manda était plus qu'agacé de recevoir en sacrifices des êtres à moitié morts. Plus que de justifier les « disparitions » de certaines personnes, il devenait plus ardu de jour en jours de ne pas se faire repérer. Sa zone de chasse avait dû s'élargir considérablement. Faire passer ces cadavres au nez et à la barbe des services secrets requerrait des aptitudes de plus en plus poussées. Il aurait dû s'en trouver satisfait : cela prouvait l'efficacité de ses soldats.
Un soir, alors que les évènements extérieurs l'avaient forcé à se rendre en personne au « point de ravitaillement », advient sa première entrevue privée avec le chef de la Racine. Debout avec raideur, les mains dans le dos, le vieil homme au menton scarifié le toisait de ses yeux calculateurs. Il semblait en proie à une réflexion intense, d'où le Sannin hésitait grandement à le faire émerger. Au bout d'un long instant de contemplation mutuelle, l'homme prit la parole.
_ Il me semblerait que je me sois fait quelques idées fausses à propos de ce vieil Hiruzen. Il s'avère que tous ses élèves n'ont pas reçu en héritage son penchant pour le pacifisme et la lubricité. J'avais déjà eu vent des exploits de la Limace, mais elle a succombé, parait-il aux vices de l'argent et de l'alcool. Et étant donné son apparence, le troisième vice a certainement été franchi tôt ou tard. Et nous ne parlons pas de ce Jiraya dont l'inutilité publique a été maintes fois prouvée. Reste… vous. Vous qui vous tenez en lieu et place du poste que je devais obtenir.
L'homme au visage pâle se tint coi. Il ne préféra pas relever les attaques de son adversaire. Il se faisait provoquer. Il devait jouer finement, amadouer la colère de cet ancêtre. Il y avait de la vigueur dans ses os asséchés par le temps. Dans ce visage meurtri par la vieillesse, Orochimaru contemplait son propre destin. Deviendrait-il ainsi à l'envol de ses jeunes années ? Cela ne se pouvait ! L'éternelle mue du serpent saurer éloigner de son corps les ravages du temps. Et lui laisser toute liberté d'atteindre son but. De joindre la connaissance parfaite, et absolue. Mais là n'était pas le moment à de dangereuses digressions. Son opposant politique l'attendait poings serrés, prêt à en découdre.
Le serpent l'hypnotiserait de ses yeux profonds, s'enroulerait serré contre ses côtes jusqu'à ce que sa proie ne puisse plus lui échapper, et là… Il mordrait ! Et la chair se fera servile face au venin qui lui brûlera le sang. Mais pour l'heure, il se tiendra seulement en alerte. L'attention de son adversaire pesait encore trop sur ses épaules.
Shimura Danzô perdit patience le premier. Passa une main aux veines saillantes sur son visage aigri, avant d'exhiber un dossier fourni et de le poser avec douceur sur le bureau du dirigeant. Il posa ses doigts sur la couverture, la caressa distraitement.
_ A croire que les héritiers du Sandaime ne sont pas tous de fervents serviteurs d'une paix improductive. On trouve de tout dans ce monde…
D'un mouvement du poignet, l'homme âgé fit glisser la pochette vers son cadet. Et attendit encore, une ombre de sourire planant dans ses yeux. Orochimaru s'empara des papiers. Examina le premier avant de croiser le regard avec l'ancien. Comment… ? A sa question silencieuse, le boiteux se contenta d'un vague plissement des lèvres. Leurs commissures se relevaient. Il se moquait de lui ! Serrant les dents, le jeune quadragénaire passa humecta deux doigts de sa main droite et feuilleta rapidement le classeur. Sa mâchoire se crispait à chaque nouveau feuillet. Il savait tout ! Et ceci n'était certainement que des archives incomplètes.
_ Je vous les laisse pour… réfléchir. Le reste se trouve dans mon bureau. Tout le reste. Quant à nos laboratoires, ils ont pu extraire quelques… preuves tangibles. Nous avons congelé celles qui ont pu l'être.
_ Sur quoi doit porter ma réflexion ?
_ Il semblerait qu'une entente soit possible entre nous. Nos idéaux sont susceptibles de se rejoindre, si j'en juge par votre manière de relancer l'économie et la productivité de notre village.
_ Je suis heureux que ces initiatives soient au goût d'un membre du Conseil.
_ Malheureusement je crains que certaines de vos méthodes peu… orthodoxes, ne plaisent guère à mes collègues. Nous sommes un peu… Comment disent-ils déjà ? Ah oui ! Nous sommes un peu « vieux jeu ». Et peu enclins au progrès. Mais votre tournure d'esprit me plait assez pour envisager une… connivence.
_ Laquelle ?
_ Laissez-moi me charger des corps. Un Hokage ne devrait pas se salir les mains. Et ces pauvres hères méritent bien une tombe.
_ Que souhaitez-vous en échange ?
_ Une certaine… Liberté d'action, je dirais.
_ Vos termes sont trop vagues pour que je puisse accepter.
_ Vous n'êtes pas en position de refuser. Un seul mot de moi et le village se retournera comme un seul homme contre vous. Que peut faire un homme seul face à la colère de ses bien aimés concitoyens ?
_ Je ne suis pas en mesure de vous empêcher. Quant à la liberté que vous requerrez, n'avez-vous donc pas déjà pris vos aises avec mon prédécesseur ? Je ne suis pas le seul à dissimuler des cadavres, Shimura Danzô. Qu'en est-il de vos soldats qui ne réussissent pas leurs examens d'entrée dans vos services secrets ? J'ai ouï-dire que la difficulté était plus que proportionnelle à leurs capacités. Si je tombe, votre chute n'en sera que plus dure.
_ Je n'en doute pas, mais moi, je garderai ma tête.
_ N'en soyez pas si sûr. Dans ce monde, rien n'est moins certain que de s'en sortir indemne.
_ Cet entretien s'arrêtera donc sur un statut quo ? Allons, vous savez que vous ne pouvez pas me refuser cela.
_ Prenez donc ces macchabés et usez en tout votre saoul. Je fermerai les yeux sur votre justice secrète qui différencie peu les alliés des ennemis qui se trouvent sur son chemin. Marché conclu ?
_ Marché conclu.
Ainsi la vipère agacée par les propos du vieillard commença à tisser sa toile. Quand viendrait le moment, quand l'épée de Damoclès tomberait, le reptile garderait ses écailles intectes. Son adversaire en revanche ne tiendrait guère longtemps. Il en faisait le serpent sur le venin qui coulait dans ses veines !
L'été mourant au rythme du feuillage des arbres apporta au Yondaime d'autres sources d'inquiétude. Depuis sa nomination au poste d'Hokage, sept longs mois s'étaient écoulés. Il avait envoyé à l'étranger quelques jeunes gens prometteurs lors de la première session de l'examen Chuunin organisée au solstice d'été pour fêter le soleil et recommencer leurs guerres intestines par pions interposées. Leur village s'en était tiré honorablement. Malheureusement, la première place leur fut disputée amèrement par les villages voisins. Le pays du Feu s'était tiré honorablement de la dispute, Suna étant affaiblie par la perte récente de leur Sandaime Kazekage, et les effectifs d'Iwa drastiquement diminués depuis la bataille du pont Kannabi. A cette occasion, Kurenai Yûhi avait obtenu son grade de capitaine, elle était jeune, mais très douée dans les arts de l'illusion. Quel dommage qu'elle dût être associée à d'autres jeunes gens pour pouvoir rentabiliser ses talents. A trop mettre de bons éléments dans une équipe, on diminuait la valeur des autres. Quel tendre croûton donner à ronger à ces incapables, quand des équipes de Genins s'écharpaient encore pour des missions de rang C et D ?
Sa plus grande crainte ne résidait pas dans le manque de talent de ses troupes. Il savait qu'il lui faudrait plus que quelques mois pour venir à bout de leur maladresse. Tout d'abord parce qu'il avait à cœur de terminer en premier les actions de son prédécesseur, afin de se donner des coudées plus franches, et aussi parce que ces idiots pacifistes étaient toujours persuadés qu'il portait en lui les mêmes idéaux vieillis qui avaient façonnés le village depuis sa création. L'heure était venue au changement !
Sa plus grande crainte, donc, était belle et rousse, et sur le point de donner naissance. S'il était enchanté de la voir chaque jour lui rendre visite (comprenez, rendre visite à son cher et tendre, mais il ne se privait pas de profiter de sa lumineuse présence), Kushina Uzumaki allait le rendre fou. D'une part elle ne prenait pas au sérieux les conseils de ses médecins et se mettait à courir en tous sens « pour venir en aide à Minato », disait-elle. N'a-t-on pas idée de faire des efforts à dix mois de grossesse, lorsqu'on était Jinchuuriki ? Elle menaçait à chaque instant de perdre les eaux et de précipiter la fragilisation du sceau de ses contractions mal venues ! D'autre part elle mettait de ce fait en péril leur sécurité nationale. Il lui fallait engager toujours plus de monde pour veiller à sa sécurité. Combien d'ANBU était postés « discrètement » aux places stratégiques, afin d'emmener la jeune mère au point de rendez-vous caché ? Combien d'infirmières étaient dépêchées chaque jour pour un nouveau caprice de femme enceinte ? L'air épuisé de Minato lui confirmait qu'elle devait être aussi déchainée dans leur foyer. Néanmoins son sourire de bienheureux constant lui donnait des envies de meurtre. L'envie que cette femme eût pu porter son enfant et pas celui de son assistant lui venait en tête chaque fois qu'il la voyait. Si seulement il l'eût rencontrée avant !
Il l'adorait, c'était certain. Lui qui restait si poli et si souriant n toutes circonstances pour garder la confiance de ses associés et de ses subalternes, il ne devenait vraiment sincère que quand la jeune femme survenait. Bien évidemment il s'arrangeait pour que cela coïncide avec un voyage de son cher et tendre au plus profond des archives de la ville ou lors d'un rapport comptable ardu. Dans ces moments là, elle n'appartenait qu'à lui. Attentionné et prévenant, il avait fait installer un fauteuil rouge comme ses cheveux dans son bureau, poussant jusqu'à réserver un service à thé pour ces têtes à têtes. Il ne manquait pas de s'émerveiller de son esprit vif. Dotée d'une pensée brillante, sa personnalité enjouée portait toujours à ses lèvres les mots qu'il lui fallait. Qu'il soit plongé dans les affres des compositions d'équipe ou la rédaction d'un compte rendu de la réunion du jour, elle avait toujours une sage et aimable parole à son égard. Des mots qui ne restaient que dans cette pièce.
Minato lui avait d'ailleurs réclamé de ne pas se montrer si familier avec sa promise. Lui, s'était frotté les mains. La demoiselle avait-elle évoqué ces bons moments à son amant ? Voilà un instant où il avait l'ascendant sur ce blondinet opportuniste. Et il constatait qu'elle conservait son nom de jeune fille. Qu'il soit damné pour cela, il voulait bien s'appeler Uzumaki lui aussi ! Mais que jamais, au grand jamais, le nom de Kushina ne soit suivi de celui de Namikaze !
Cependant, les émois devaient se placer derrière les affres politiques. Grâce au Sandaime, en qui le couple avait toute confiance, la jeune femme fut emmenée finalement au lieu dit. L'attente ne pouvait se prolonger indéfiniment. En plus de l'équipe d'ANBU dépêchée pour servir de gardes du corps, Orochimaru et son prédécesseur avaient arrêté leur choix sur Sarutobi Biwako comme sage-femme, étant expérimentée dans ce genre de cas extrêmes, sa propre mère ayant aidé à la naissance des enfants d'Uzumaki Mito, la précédente Jinchuuriki de Kyuubi. Minato à qui Kushina avait enseigné les sceaux de son clan devrait aider sa dulcinée dans l'épreuve à surmonter, afin que le démon renard ne vienne ravager le village. Il eut aimé apporter son aide, malheureusement c'était Jiraya, des trois Sannin, qui se trouvait être le plus doué dans l'art du Fuinjutsu. Les siens étaient fonctionnels, ils n'avaient pas la vocation de tenir des années, mais ils étaient solides. Le Yondaime ne s'inquiéta pas outre mesure : la femme qui le charmait se trouvait entre des mains compétentes.
Le rapport horaire qu'il avait exigé ne survint pas. La nuit était tombée depuis longtemps, et il savait qu'il ne dormirait pas. C'était le grand jour. Et s'il ne pouvait être présent, il souhaitait pouvoir savourer la victoire de sa bien aimée sur la vie qui lui envoyait une épreuve si douloureuse. L'absence du soldat l'inquiéta. Au bout de dix minutes, il sentit que quelque chose n'allait pas. Depuis son entrée au poste, il avait exigé de ses gens une ponctualité exemplaire. Ceux qu'il avait engagés pour veiller sur sa belle ne dérogeaient pas à la règle. Il devait partir immédiatement pour la retrouver. Une complication avait dû survenir. L'attaque de Kyuubi no Yôko ne se ferait pas, la sécurité des villageois reposait sur ses épaules.
L'homme au visage de serpent se mit en route. Si quoi que ce soit était arrivé au couple, nul doute que son assistant aurait mis sa femme et son enfant en sécurité dans leur maison. Il se rappelait Kushina évoquer la beauté de son jardin derrière chez elle, et lui se promettre de lui acheter des oignons de tulipe aux pétales aussi rouges que sa chevelure. Il accéléra le pas.
Un hurlement de bête déchira la nuit. Son sang se glaça. Le pire était arrivé. Il grimpa en haut d'une cime et ne put que contempler la silhouette géante d'un renard à neuf queues rugir en direction de l'astre nocturne. Impossible ! Kyuubi s'était libéré de son sceau. La naissance du bébé avait-il affaibli le sceau à ce point. Il craignait pour la vie de Kushina. Jamais on n'avait entendu dire que le porteur survivait à la libération ou au transfert de son hôte. Une colère noire le prit. Quelqu'un allait payer.
Kyuubi disparut de l'horizon. Cela ne pouvait signifier qu'une chose. Quelqu'un l'avait sous son contrôle. Et sans aucun doute il pouvait affirmer que cette personne en avait contre Konoha. La chasse à l'homme attendrait, il était plus qu'urgent d'organiser ses troupes pour la bataille qui s'annonçait. Ils allaient encore devoir reconstruire le village. Et dire qu'ils venaient à peine de tailler son visage à côtés des autres sur la montagne ! D'autres frais allaient devoir nécessiter d'autres missions risquées. Il n'aimait pas avoir à puiser dans l'épargne de la cité.
Grâce à quelques incantations mineures, le serpent resté à son bureau effectua une invocation inversée. Orochimaru se percha sur la tour de l'Hokage. Au milieu de la ville, le démon faisait des ravages. Immédiatement, les soldats convoqués s'alignèrent sur le toit plat. Il les envoya protéger les plus faibles. Son ancien maître vint également à sa rencontre. Si Kyuubi avait été libéré, nul doute que son épouse avait succombé. Le temps n'était pas aux condoléances. Il viendrait d'autres instants pour se morfondre sur leur sort. Vêtu du costume dans lequel on devait l'inhumer, le vieil homme se préparait visiblement à sa dernière bataille.
_ Occupez-vous du démon, je me charge de l'invocateur, ordonna Orochimaru.
_ Veillez à trouver de quoi le contenir quelque temps afin que l'on trouve un nouvel hôte à ce démon, rétorqua l'ancien.
De ce qu'il pouvait voir, aucun des ninjas qui se battaient ne portait le sceau de la Racine. Maudit soit Danzô. Pour ses ambitions politiques il laisserait mourir son propre village ! Non, pas son village. Mais plutôt son dirigeant. Cette enflure ne perdait rien pour attendre.
Le démon renard avait relevé la tête vers le mont des Hokage. Les têtes sculptées semblaient l'intriguer. Juché sur ma représentation se tenait Minato, un de ses kunais spéciaux à la main. Malheur ! Voilà que le démon se préparait à une attaque dévastatrice ! Une énorme sphère noire d'un chakra visqueux enfla devant la gueule ouverte du canidé géant. Le regard sombre, son assistant se contenta de tendre les mains et d'activer son chakra dans l'arme qu'il tenait dans les mains. Qu'il était stupide ! Il était futile de vouloir retenir une attaque d'une telle envergure de ses paumes nues et d'un morceau de métal. Ses yeux froids et blessés ne pouvaient signifier qu'une chose : Kushina avait succombé. La bombe Bijuu s'élança vers le visage sculpté d'Hashirama Senju. Le Jutsu spatio-temporel de Minato l'aspira. Dans le lointain une explosion retentit. Il venait de préserver le village.
Orochimaru vit la silhouette vêtue de noir se matérialiser derrière le jeune Junin blond alors que celui-ci se concentrait sur sa technique. Tous les évènements devaient-être à cause de lui ! La main de l'inconnu s'approchait, menaçante, de son visage. Les deux adversaires ne prêtaient plus attention à ce qui les entourait ! Orochimaru se précipita vers les belligérants. Minato se retourna pour frapper son adversaire. Son bras passa à travers ce dernier ! L'homme nota ce détail et continua de courir. Les doigts insaisissables de l'intrus se saisirent du poignet de son adversaire. Une distorsion spatiale se produit par le trou du masque qui voilait lui voilait le visage. Comme s'il aspirait le jeune homme à l'intérieur. Celui-ci préféra utiliser de nouveau sa technique de l'éclair jaune. Bien lui en prit. La main de l'Hokage qui se trouvait dans le champ de l'action fut attirée dans ce point de néant. Sans perdre de temps, il dégaina sa lame et trancha ce qui se trouvait en dessous de son coude. Son avant bras disparut. Des serpents blancs sortirent de sa manche déchirée, reformant le membre qui avait été perdu. Il serra son nouveau poing. Assez solide pour tenir le temps qu'il faudrait.
L'inconnu se contenta de disparaître à son tour. Il devait sans doute avoir rejoint le jeune père. Orochimaru ne comprit pas cette obstination. Cet homme venait de le blesser, de blesser l'homme le plus fort du village. Et il préférait poursuivre son assistant ? Qu'avaient-ils tous à l'encontre de ce dernier. Plutôt que de pester une fois encore contre cet arriviste, i préféra courir en direction de la maison du couple.
Lorsqu'il parvint sur place, les deux hommes s'observaient en chien de faïence. Il préféra dissimuler sa présence et chercher une opportunité pour frapper plutôt que d'attaquer directement.
_ Es-tu Uchiha Madara ? demanda le blond à son adversaire.
La question était sensée. Le seul qui ait pu contrôler ainsi le démon renard n'était autre qu'un des fondateurs du village. Qu'avait-vu Minato qui puisse lui faire penser ainsi. Pour toute réponse, son adversaire ôta sa capuche. Quelque part au fond de lui, le brun devina qu'ils n'affrontaient pas un adulte, juste un gosse monté en graine. Et quel gosse ! Tenir tête à deux prétendants au titre d'Hokage. Il aurait donné cher pour l'avoir dans leurs rangs. Mais le temps n'était pas aux louanges.
_ … Non, tu ne peux pas. Il est mort…
_ Qui sait ? répondit la voix assourdie par le masque.
_ A ce stade, qui tu es n'est guère important. Mais pourquoi attaques-tu Konoha ?
_ Je suppose qu'on peut dire qu'il s'agit d'un coup de tête… et d'un plan… En même temps pour la guerre… et la paix… Il n'y a aucun espoir pour toi !
Il se jeta sur le blond. Une chaine entre ses doigts flottait derrière lui. Comme notre observateur s'y attendait, Minato passa à travers de l'homme masqué, et se retrouve bloqué par la chaîne qui possédait une réelle consistance. Orochimaru profita de ce temps où les mains de l'ennemi étaient solides pour utiliser la poigne spectrale du serpent. De ses manches jaillirent des reptiles qui s'empressèrent d'aller mordre la peau de l'intrus. Ce faisant le Yondaime avait dû révéler sa position. Les mains de l'homme devinrent sans consistance, et la chaîne que Minato continuait de trainer dans son élan s'échappa de sa prise. Orochimaru changea rapidement de position pour se dissimuler autre part. Il serait plus utile ainsi qu'en attaquant de font. Avec un tel adversaire, il pouvait blesser son acolyte sans le faire exprès .Même si de son point de vue cela serait délectable. L'attrait de la vengeance passerait après la sécurité du village. Et puis, cet adversaire était vigoureux. Nul doute qu'une vivisection approfondie serait pertinente. Tant qu'il serait dans l'incapacité d'utiliser sa technique, parce que s'il passait à travers la table d'opération, la chirurgie s'en trouverait complexifiée.
Minato et son adversaire se lancèrent l'un contre l'autre. Le blond projeta son kunai en direction de sa tête. Le projectile passa à travers le masque. Ils étaient presque l'in contre l'autre lorsque le shinobi se téléporta. Les doigts de l'homme au masque avaient frôlé son bras. Il était solide ! Au même moment où Orochimaru ordonnait aux serpents dissimulés dans les herbes de mordre les chevilles de l'ennemi, son assistant était au dessus de l'homme, un orbe tourbillonnant à la main. Quelle étrange technique. Et puis, il aurait juré reconnaître une attaque jumelle à celle de Kyuubi contre le village… L'homme s'écroula sous le poids de son jeune rival, s'écrasant dans les herbes. Immédiatement les serpents s'enroulèrent autour de ses membres. Il ne sut si Minato l'entendit, mais sous le masque, c'était un adolescent qui criait de rage et de douleur. Il connaissait ces plaintes, lui qui les entendaient si souvent qu'elles lui étaient indifférentes.
L'adversaire joue encore une fois aux passe-murailles, son corps se fondant à la terre. Minato tomba à genoux. L'effort pour contenir Kyuubi pendant l'accouchement et ce combat avaient réduit ses forces. Il adressa un sourire à son supérieur. Celui-ci ne le lui rendit pas. Leur adversaire s'était enfui, il pouvait encore revenir.
_ Il faut sceller Kyuubi, dit Orochimaru. Quels choix avons-nous ?
_ Ma femme est trop faible pour le contenir dans son état actuel. Mais si nous affaiblissons le démon suffisamment, je pense qu'il est possible de le sceller de nouveau.
_ Elle aurait survécu à l'extraction ? se réjouit Orochimaru.
_ Ce n'est pas le moment de parler de cela, mais sachez que je n'apprécie pas votre comportement envers Kushina.
_ Trêve de bavardage. De nous deux, vous êtes le plus doué pour les sceaux. Je me charge de distraire la bête. Je cours au village.
_ Inutile, je peux le transporter avec ma technique.
Joignant le geste à la parole, il se saisit de son kunai et disparut. Prévoyant, Orochimaru se prépara à une rude bataille. Quelques secondes plus tard, le blond se trouvait au cœur du champ de bataille. Louvoyant entre les corps qui tombaient du ciel et les escouades de médecins qui se précipitaient vers les blessés, le jeune Junin se précipita sur la bête, son arme à la main. En un instant, il l'amena aux pieds du Yondaime Hokage qui n'avait pas perdu de temps pour invoquer Manda.
Ce fut une bataille épique entre le serpent qui serrait le démon dans ses anneaux de grenat, tandis que les griffes du renard arrachaient les écailles rubis de coups de griffe rageurs. Pendant de temps, Orochimaru tentait d'immobilier encore le monstre. De l'étreinte, le canidé sortit vainqueur. Cependant, étourdi par un coup de queue puissant et ralenti par le poison qui se propageait dans son corps, il avait du mal à maintenir sa lucidité. Les yeux du chef du village de Konoha se fixèrent dans les pupilles fendues. Au même moment, les stigmates d'un Genjutsu apparenté au Sharingan disparurent des iris cramoisis. Retrouvant son libre arbitre, la créature démontra qu'un peu de venin et un coup derrière la tête étaient bien loin de suffire pour le mettre hors d'état de nuire. Il gonfla ses joues, et les eux hommes virent de chakra noir et blanc s'associer en un mélange parfait, une arme de destruction massive. Vif d'esprit, Orochimaru pensa à invoquer les trois Rashômon pour se protéger de l'onde d'énergie destructrice. Les techniques s'activèrent en même temps. Le Sannin était encore en train d'atterrir, et la parie inférieur de son corps fut consumée immédiatement. Les protections ne suffirent pas non plus. Si la majeure partie de l'attaque fut bloquée par les portails sacrés, les deux premiers s'ouvrirent sous l'impact. Le troisième ne résista guère plus. Son torse et ses bras retombèrent au sol avec fracas. Heureusement qu'il avait tout prévu. La bouche de l'homme se déforma, et il sortit des restes de son propre corps, indemne, faisant peau neuve après sa mue.
Deux bombes Bijuus dans des intervalles assez proches rendirent le renard pantelant. Les deux hommes pouvaient discerner l'avancée sur venin, comme un feu violet qui se propageait dans le pelage du monstre. Il hurla sa douleur à la lune. La dernière explosion avait fait s'envoler le toit. Et la patte de la bête balaya la charpente et les murs comme de vulgaires fétus de paille. Un enfant pleura dans les ténèbres de la nuit. De la chambre à coucher démantelée, une jeune femme épuisée se releva. De son corps jaillirent des chaines qui clouèrent au sol le démon. Orochimaru ajouta la pression de ses propres incantations à celles de la jeune femme.
_ Minato ! Maintenant ! cria le Sannin.
_ Je… Je ne pourrai… pas… tenir… longtemps… gémit Kushina.
_ Mon amour, tu es trop faible pour être de nouveau le conteneur de Kyuubi ! Je vais le sceller en moi !
_ Vous êtes fou ! Il faut une personne du clan Uzumaki, comme cela se fait traditionnellement !
_ Vous ne voyez pas qu'elle ne tiendra pas le choc !
_ Je préfère que le village soit en sécurité. C'est mon devoir en tant que Yondaime Hokage. Et dépêchez vous, il commence à s'agiter beaucoup !
_ Il a… raison… mon chéri, il n'y a pas… Aaaaah ! …d'autre solution…
_ Ah il y en a une mais vous n'allez pas être d'accord non plus ! annonça Orochimaru. Votre femme n'est pas en état, mais votre fils m'a l'air vigoureux !
_ Hors de question de mêler notre enfant à cela, tempêta le blond.
_ Alors faites un choix ! C'est votre femme ou votre fils ! Dans un des deux cas elle meurt et tout sera à recommencer, vous choisissez !
_ C'était…. à prévoir, mon amour… et puis… le sang des Uzumaki coule…. dans ses veines... Il saura… en garder… le contrôle… Va ! Tu feras… de notre… fils… un héros !
_ Kushina ?
_ Oui ?
_ Je t'aime.
_ Moi aussi… Minato.
_ Oui, bon, et moi j'aime tout le village vous et y-compris ! Mais ce n'est pas le moment des amourettes ! Vous aurez tout le temps après ! Tenez-vous prêts.
_ Hai, Hokage-Sama !
Le sceau apparut sur le ventre nu de l'enfant qui venait de naître. Concentré par leur effort commun, le regard d'Orochimaru se perdit dans la contemplation de Kushina et du fruit de ses entrailles. Qu'elle était belle dans l'effort. Que cet enfant lui ressemblait de visage. Le petit hurla, et il remarqua l'océan de ses yeux et la couronne de soleil autour de sa tête. Evidemment, il fallait qu'il ressemble à son père. Lui qui d'habitude n'aimait pas les enfants, il devait en plus ressembler à l'homme qu'il jalousait !
Le démon, peu à peu fut aspiré à l'intérieur de l'enfant. Leurs trois forces combinées permirent de le sceller à l'intérieur du petit corps. Epuisé par l'énergie qu'ils devaient fournir, le couple s'évanouit. Immédiatement après que la menace du démon fut écartée, une escouade d'ANBU et de médecins apparurent. Ceux-ci se précipitèrent sur l'enfant et la mère encore reliés par un cordon ombilical.
Orochimaru promena son regard sur son corps. Désirable et belle qu'elle était ! Son fiancé gisait au sol lui aussi. Qu'il serait facile de… Oh, il venait d'avoir une idée incroyable… D'un geste de la main, il invita un des ninjas à s'occuper personnellement de son assistant. C'était la moindre des choses que son fidèle s'occupe avec ardeur de son assistant. Son éternel rival. Il était temps qu'il perde. La main du shinobi toucha le cou de l'homme et il déclara froidement :
_ Junin Namikaze Minato. Mort avec les honneurs. Heure du décès…
