Halloween !
Oui, je sais, je suis en retard, mais, j'ai eu énormément de boulot fin octobre début novembre. Là, c'est un peu plus calme, donc, voici, mon nouveau conte d'Halloween.
Trick or Treat ?
Trente et un octobre les enfants étaient fatigués d'avoir frappé à tout un tas de porte afin d'obtenir des bonbons. Une fois ceux-ci couchés, les amateurs de frissons s'étaient rassemblés au pied du cerisier centenaire. Ils attendaient le narrateur d'un soir. Celui ou celle qui leur donnerait des frissons d'épouvantes par ses mots. Chaque année, les candidats étaient départagés par Miiko. Mais avant le jour-J, personne en dehors d'elle ne connaissait le conteur. Et la consternation s'abattit sur le quartier général quand on vit Alajéa s'avancer vers le cerisier. La sirène était gentille. Mais pas vraiment qualifiée en histoire d'horreur. Jusqu'à ce soir là. Dès l'instant où elle ouvrit la bouche, plus un bruit ne régna sous le cerisier. Véritablement captivés et pendus aux lèvres de la sirène, les spectateurs frissonnèrent et versèrent quelques larmes sur l'histoire que voici.
Il y a bien longtemps, du temps où les faeris peuplaient la Terre, les sirènes étaient considérées comme des déesses marines. Mais elles n'avaient pas le moindre orgueil d'êtres prises pour telles par les humains. Elles ne cessaient d'essayer de les détromper, sans succès. C'était bien avant le temps des Olympiens. Mais, les années passant, les hommes devinent moins naïfs et plus cupides. Un jour, un groupe d'entre aux captura une jeune sirène. Malgré tous ses efforts et ses cris, elle ne parvint pas à retourner à la mer ou à obtenir de l'aide. Éloignée de chez elle et de ses sœurs, elle commença à dépérir. Ses écailles, de la couleur du saphir le plus pur perdirent de leur lustre. Ses cheveux, bruns comme la nuit devinrent cassants et blanchirent. Puis, le doux gris de ses yeux vira au noir. Et, enfin, sa nageoire se fendit et s'effilocha. Peu importait les soins qu'on lui apportait, elle continuait de dépérir, de s'affaiblir. En désespoir de cause, les kidnappeurs lui renversèrent de l'eau de mer dessus. Ils espéraient la soigner, et en obtenir ainsi un bon prix. Trop longtemps éloignée de son lieu de vie, la sirène s'effondra au contact de l'eau salée. En rage de voir une mine d'or lui filer sous le nez, le chef des kidnappeurs frappa le corps inerte. Alors, dans un mouvement fulgurant, la sirène lui sauta à la gorge et le mordit. Le sang commença à gicler. Effrayés,les hommes de mains s'enfuirent. Mais, l'un d'eux, tétanisé, resta sur place. Il vit la sirène boire le sang répandu. Ses cheveux retrouvèrent de leur souplesse, mais gardèrent leurs mèches noires et blanches mêlées. La nageoire mua, et une nageoire d'une blancheur d'os jaillit de la mue. Et quand la sirène tourna son regard noir de jais vers le kidnappeur, l'homme mourut de frayeur face aux crocs dégoulinants de sang de la créature. Pas encore rassasiée, après avoir bu le sang répandu jusqu'à la dernière goutte, la sirène dévora les corps encore chauds de ses tortionnaires. De taille tout à fait normale avant sa capture, elle se mit à grandir de façon surnaturelle après son festin. Remplie de rage, elle poursuivie ses ravisseurs, les dévorants les uns après les autres. À chacun de ses repas, elle grandissait. Pas de beaucoup. Mais, quand elle les eut tous dévorés, de la queue au sommet du crâne, elle faisait désormais huit mètres. Une fois sa vengeance accomplie, elle décida de retourner chez elle. Mais, aucune de ses sœurs ne la reconnu. La douce et délicate petite sirène était devenu un monstre gigantesque aux yeux fous, aux crocs et griffes acérés et aux écailles tranchantes. Effrayées, ses consœurs la fuirent. Blessée, la sirène passa sa douleur en coulant des navires et en dévorant les équipages. À chaque naufrage, elle continuait de grandir. Et puis, d'autres hommes capturèrent des sirène. Elle les dévora tous,jusqu'au dernier. Et grandit encore. Elle passa de nombreux siècles à protéger ses sœurs, frappant les humains de terreur. Puis, ce fut le grand exode. Personne ne songea à elle. Les humains n'étaient pas les seuls qu'elle effrayait. Et elle resta seule, sur Terre. Alors, frustrée et blessée au plus profond d'elle même, elle laissa sortir sa fureur. Elle coula encore plus de navire, dévora encore plus d'humains. Devint encore plus effrayante. Glaçant le cœur des marins par sa simple évocation. Rien ne semblait pouvoir arrêter cette colère derrière laquelle se cachait tant de douleur. C'est alors qu'elle se mit à évoluer différemment. Quand elle eut atteint les cent mètres de long, la croissance de la partie supérieur de son corps de stoppa. Et seule sa queue continua de grandir. Devenant plus reptilienne et lui permettant de se déplacer aussi bien dans l'eau que sur terre. Les années, puis les siècles, et un millénaire passèrent. Et, un humain sculpta une sirène sur la figure de proue d'un navire. Remplie d'émotion à cette vue, la sirène géante laissa échapper une larme, à peine de la taille d'un poing d'enfant. Rien comparé à sa taille à elle. La larme se solidifia, devint un diamant et coula au fond de l'océan. La sirène partit se cacher dans sa caverne, là où auparavant, elle passait tant de temps à observer les tritons évoluer. Elle pleura tellement que le sol de la caverne se couvrit de diamants. La peau de son ventre, fragile, frotta contre les diamants. La plupart d'entre eux, étaient de la forme de ses larmes et possédaient donc un côté pointu. Elle s'entailla l'abdomen. La sang s'écoula de la plaie. La sirène rugit. Et enfonça une main rageuse dans le sang répandu. Le corps suivit le mouvement. Et elle disparu de la surface terrestre, emportée par son sang de faery vers Eldarya. On raconte, qu'au moment de sa téléportation, elle faisait plus de mille mètres de long. Alors, si jamais lors d'un voyage en mer vous croisez un éclat de blanc, fuyez avant que la sirène ne vous repère. Cependant, si jamais elle vous attrape, prenez garde à avoir le cœur pur et sincère. Sinon, elle vous dévorera sans le moindre état d'âme.
Le silence se fit autour d'Alajéa. Puis, une timide voix osa demander :
- Alajéa, est-ce qu'elle a un nom cette sirène ?
La sirène hésita, mais donna finalement une réponse :
- Oui, c'est un nom qui n'est plus donné à aucune sirène. Mais, prenez garde à ne jamais le prononcer face à la mer. Parce que, où qu'elle soit, elle l'entendra. Et elle viendra, juger de votre âme. Alors, jamais au grand jamais, n'appelez Thalassa.
Assise en haut de la tour du quartier général, un livre entre les mains et une tasse de thé fumant à ses côtés, Miiko chantonnait. L'histoire d'Alajéa était plus triste qu'effrayante. Mais, le nom de la sirène était comme une jolie chanson. On voyait bien que ce n'était qu'une légende Eldaryenne, et non la réalité.
- Pas besoin de répéter mon nom sans cesse, je ne suis pas sourde.
La respiration de Miiko se figea. En levant les yeux de son livre, elle se noya dans des pupilles sombres de deux mètres de diamètre.
- Cela faisait longtemps que l'on ne m'avait appelée. Viens, que je juge de la pureté de ton âme.
Le hurlement de Miiko se perdit dans la nuit.
Vous avez remarqué ? Il y a une énorme similitude entre ce texte ci et celui de l'année dernière. Et non, ce n'est pas Alajéa. C'est plutôt que quand l'on croit que l'histoire est finie, l'horreur commence alors réellement.
Happy Halloween
