Elle fut réveillée par les bruits et les lueurs du jour. A grand peine elle se releva, craquant ses os, et endossa un yukata. Elle sortit en traînant les pieds sur le parquet et se rendit compte que la journée était bien avancée. Elle se dirigea instinctivement vers la source de nourriture. Elle croisa une silhouette familière dans la cuisine.
- Ah, tu es enfin revenue ! tonna la voix paternelle.
- Mmmwais.
Elle bailla et ouvrit le garde-manger.
- Elle sont bien longues, tes petites escapades !
- Hmm pas ma faute si Midgard est à l'aut'bout du monde.
- Tu n'as qu'à pas aller à Midgard !
La journée commençait bien. Elle mit la bouilloire sur le feu.
- Ecoute, Godo, râla-t-elle, le peu que j'ai d'amis, j'peux bien me permettre de les voir de temps en temps ! Ca me fatigue autant que toi de me taper trois continents de distance...
- Seulement on dirait qu'il n'y a que moi qui me rende compte du handicap de l'interruption de ton travail !
Elle soupira de plus belle en mettant un sucre dans sa tasse.
- Rha ! Ca m'avait pas manqué tes directives intempestives !
- Youffie, tu n'as pas honte ! C'est fini, les croisades ! Tu as prouvé ta valeur guerrière, alors mets-la de côté, et comporte-toi de manière correcte. Tu dois devenir une Dame !
Elle lança un regard noir à son père tandis que la bouilloire commençait à siffler.
- Je te l'ai déjà dit cent fois, Godo...
- Ca ne t'intéresse pas, oui, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Tu as des responsabilités !
- Et gna, gna, gna...déblatéra Youffie en versant l'eau sur son sachet de thé. T'es loin d'être mort, je serai une Dame quand je ne pourrai plus faire autrement.
- Je ne suis pas mort mais je commence à me faire vieux, et ça me rassurerait si...
- Ben prends sur toi ! On ne fait pas ce qu'on veut, comme tu dis, alors attends un peu quelques années, bon sang !
Elle prit sa tasse et sortit précipitamment de la cuisine. Elle se rua dans sa chambre et s'habilla en avalant son thé d'une traite. Elle se vêtit de la manière la moins féminine qu'elle pût. Hors de question d'être une Dame, se dit-elle en grimaçant devant sa glace. Ses yeux s'attardèrent sur un papier fixé à son mur. Ils s'emplirent de mélancolie en lisant le message qui y était imprimé. Une prédiction de Cait Sith...Un souvenir d'Aerith.
¤
C'était au Gold Saucer. Juste avant qu'elle aprenne que Cait Sith était un traître. Elle l'avait toujours adoré, pour leur vision des choses parfaitement ajustées, ils riaient toujours dès qu'ils se parlaient, on eût dit des jumeaux. Ce soir là elle avait remarqué qu'il n'était pas comme d'habitude. Apparemment la fine psychologie d'Aerith l'avait deviné aussi. Tandis que Youffie avait essayé en vain de tirer les vers du nez à la peluche géante, Aerith, visiblement enthousiasmée par le décor enchanteur du parc, était d'humeur taquine.
- Laisse le donc, Youffie, tu vois bien qu'il a besoin de se changer les idées. Tiens, si tu nous faisais une prédiction, Cait ?
Le chaton sortit de sa torpeur pour entamer son show paradeur.
- Bien sûr ! Que dois-je prédire ?
Aerith fit mine de prendre une pose songeuse. Elle lança un regard perçant à Youffie.
- Pourquoi pas une question d'amour. Qu'en dis-tu, Youffie ?
Celle-ci se sentie mise a nue. Les yeux émeraude de son amie semblaient un vrai puits de sagacité. Elle rougit et se sentit terriblement mal à l'aise.
- Meuh, pourquoi tu m'demandes ça à moi ? C'est ta prédiction, moi j'm'en fiche !
- Ah mais pas du tout, c'est pour toi qu'on va poser la question. Tiens, par exemple, pourquoi pas ton taux de compatibilité avec...Hum...Au hasard, Vincent !
- QUOUA !
Mais avant qu'elle ait pu protester, Cait Sith avait déjà lancé la machine. Elle se sentait plus honteuse que jamais, et déjà le papier était imprimé. Le chat parcourut la prédiction et pouffa.
- Peuh, de toutes façons c'est du chiqué ton horoscope...dit Youffie pour se donner un peu de contenance. Aerith arracha des mains de Cait Sith le petit papier.
- Oh, oh ! s'exclama-t-elle.
- Quoi, quoi ! s'écria Youffie qui n'arrivait pas à se retenir.
- Rien, c'est juste très intéressant, répondit-elle avec un sourire malicieux.
- Fais voir ce truc !
- Oh, non ! Tu ne penses
pas que ça pourrait intéresser Vincent, d'abord ?
-
HEIN ! cria Youffie, qui ne se préoccupait même
plus du teint écarlate de son visage. Mais déjà
Aerith trottinait pour aller le chercher. La jeune shinobi eut
d'abord envie de se lancer à sa poursuite mais elle pensait à
ce qui lui restait de fierté et resta aux côtés
de Cait.
Après un moment de silence, elle hasarda :
- Y'avait quoi sur ce #&¤ papier ?
- Hum, comme l'a dit Aerith, c'est assez intéressant !...
Elle fit une grimace, ulcérée.
- Faudrait que vous arrêtiez de vous faire des films...
- Haaa, mais moi je crois rien du tout, c'est la machine qui fait tout ! dit Cait Sith avec un sourire qui trahissait clairement qu'il n'en pensait pas moins. Au moins il avait retrouvé la forme. Sur quoi elle décida de retourner à sa chambre.
Oui, elle aimait Vincent, et alors ? Ca l'ennuyait qu'on le sache. Si lui devait le savoir, alors...Ca serait la fin de tout. Elle s'était jurée de ne rien lui dire. Fait comme il était, ça n'aurait rien donné de bon. Elle ne se faisait pas trop d'espoirs, ce n'était pas un homme pour elle mais...Elle espérait que peut être, au fil du temps, elle arriverait au moins à gagner quelques sentiments positifs. Elle tentait déjà tout son possible pour le faire sourire. Ce qui était très loin d'être évident.
Tellement perdue dans ses pensées, elle ne vit même pas Vincent qui s'approchait d'elle. En voyant sa silhouette si soudainement devant elle, elle eut du mal à réprimer une rougeur sur ses joues. Il la regardait droit dans les yeux, impassiblement. Avant qu'elle ait eut le temps de trouver le temps de balbutier quelque phrase pour se donner un peu de contenance, il tendit sa main vers elle. Elle regarda la dite main, interloquée.
- C'est pour toi, dit-il de sa voix monotone.
Elle vit alors, au comble du désespoir, le petit papier. Elle le prit, agacée.
- Merci, répondit-elle sans conviction.
Il poursuivit sa route, sans plus de cérémonie. Elle ouvrit la bouche pour tenter de se justifier, mais devant son air parfaitement indifférent, elle perdit courage. Elle se décida à lire la prédiction.
Renaissance et Agonie,
Tels le Jour et la Nuit
Opposés parfaitement assortis.
Elle resta coite. Elle savait que c'était stupide, que ca ne voulait rien dire mais...Voir sur ce papier ses espoirs les plus fous, c'était tellement réconfortant. Aerith parut devant elle, l'air innocent, en lui souriant. Youffie ne put s'empêcher de lui renvoyer un sourire sincère, qui exprimait toute sa gratitude.
¤
Youffie se passa la main sur le visage. Aerith...Tu nous manque, tu sais. Mais on doit se débrouiller sans toi. Tu nous as appris à être forts, et on ne doit pas te décevoir. Elle avait été très affectée par sa mort. Elle s'était trouvée dans la même situation d'impuissance, de voir ce visage plein de bienveillance perdre peu à peu l'expression de la vie...Maman.
La même chute lente, ces longs cheveux se détachant, et cette blessure béante. Tout comme sa mère avait été assassinée au cours de la guerre de Wutaï, lorsqu'elle était enfant. Youffie avait perdue celle qui lui avait témoigné tant d'amitié, et qu'elle aimait tant. Les autres lui avaient reprochés d'être restée en arrière, d'avoir été paralysée par la vision d'horreur de sa mort, de n'avoir rien tenté. Qu'aurait-elle pu faire ?
C'était surtout qu'elle n'avait pas voulu y croire. Et à cause de cela, aprés, voyant les autres prostrés, elle fit tout pour leur remonter le moral, mais elle n'avait gagné que regards noirs et insultes. Elle se fit traiter d'insensible et de coeur de pierre. C'en était trop. Elle avait perdu Aerith, et les autres lui retiraient leur amitié, même Tifa n'avait pas objecté, les yeux dans le vague. Elle s'enfuit.
Et ce fut l'un des rares instants où Vincent lui témoigna un tant soit peu d'attention, en la poursuivant dans sa fuite. Elle avait vu ses yeux encore plus brillants de tristesse qu'à l'accoutumée. L'un des rares instants où ils s'étaient trouvés en symbiose, leurs deux coquilles de protection se trouvant brisées. Lui son impassibilité, elle son hyperactivité. Deux façades pour une même solitude, qu'une même souffrance avaient réunis. Il n'avait pas pleuré, elle si. Les rôles s'inversèrent. Elle, toute entière à sa peine, lui, endossa le rôle du consolateur en déposant un baiser sur ses yeux noyés. Troublée par tant de sollicitude, elle essayait tant bien que mal de se reprendre :
- ...P, pardonne-moi. Je n'devrais pas pleurer comme ça...Tu dois aussi...
- Arrête de t'en faire pour les autres, et pense un peu à toi pour une fois.
- Si on ne s'intéresse pas un peu aux autres on finit par se retrouver seul !...
- ...Ce n'est qu'une question d'habitude.
- Arrête ! Personne ne peut vivre seul ! C'est pour ça qu'on a des amis, non ?
- Regarde où ça te mène, l'amitié, dit Vincent en essuyant une larme sur la joue de Youffie.
- Tu es aussi triste que moi, Vincent, arrête de mentir !...
- Je ne suis pas triste...Seulement en colère contre mon impuissance...
- Tu...Tu crois vraiment être seul ?
Il ne répondit pas.
- Parce que...Je suis là pour toi Vincent. Enfin, je veux dire...On a besoin de se soutenir et...Enfin...
- Hm. Merci Youffie, dit-il avec un sourire terriblement souffrant. Il ajouta, baissant la voix : "Mais je pourrais te perdre, toi aussi..." Elle reprit un peu de son assurance.
- Arrange-toi pour qu'il ne m'arrive rien, dans ce cas !
- ...C'est promis.
Elle accepta de revenir vers le groupe, qui lui présentèrent leurs plus plates excuses, et firent tout pour s'encourager mutuellement.
.:¨:.
Quel fascinant coucher de soleil. Rien de plus poétique, rien de plus salvateur. Un de ces instants où l'astre perd son combat, déchoit lentement, soldat démuni, et s'abandonne lentement dans l'obscurité onirique. Et alors paraît la Lune. Joyau d'espoir, veille tendrement sur la terre et ses rêves, de toute la lueur dont elle peut faire preuve. Elle aussi, coeur brisé, qui essaie de se relever durement de la bataille qu'elle perd à chaque fois contre sa face sombre, mais qui jamais ne perd espoir.
Il ne se savait pas aussi lyrique. Il ne savait pas d'où lui venait cette inspiration. Adossé contre un roc, perché sur un mont, il observait, son corps et son esprit en latence, il reposait sa vieille vie fatiguée. Et pourtant...Il sentait, quelque part, une sorte de pincement, comme un désir refoulé qui tambourinait pour sa liberté. Et son esprit était tellement habitué à tant de rudesse morale que des fortifications s'erigeaient autour de la pauvre envie. Il ne savait même pas ce qu'il se passait en lui. Il percevait comme un souvenir mais n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Le jour et la nuit...
.:¨:.
Elle tapait, martelait, fracassait. Rien de plus défoulant que de cogner un bon coup. Elle larguait sa hargne sur son sac de sable, dans sa salle d'entraînement. "Peuh, formation finie mon $#. C'est pas maintenant que j'ai envie d'arrêter de me battre". Son PHS sonna. Elle s'essuya le front et se dirigea vers l'appareil. Elle y vit le nom de Tifa clignoter.
- Mouiii ? dit Yuffie en langue continentale, avec un accent occidental marqué.
- Youffie ? C'est Tifa ! Je viens de lire dans une revue qu'il y allait avoir des festivités chez toi, à Wutaï ?
- Moui, c'est la fête annuelle de la Renaissance. La fête où on célèbre la création du monde par les Dieux fondateurs.
- J'ai vu des photos, ça a l'air génial !
- Ca l'est, en effet, ça te dit de venir ? C'est le mois prochain.
- Ho, ca serait génial de se rassembler là-bas ! Il faudrait prévenir tout le monde.
- Bonne idée !...Enfin, tout le monde...
- Tu n'as pas réessayé d'appeler ?
- A quoi bon ?...Et puis s'il ne vient pas aux réunions je ne vois pas pourquoi il viendrait à la fête.
- Youffie, ne te décourage pas, veux-tu ? Il faut tenter quelque chose !
