Voici un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira. Les prochains vont être un peu plus long, à peu près le double de celui-ci.
Bonne lecture !
PS. Merci pour les reviews, ça fait vraiment plaisir !
Chapitre 1
Sirius se senti tirer en arrière. Il n'avait aucune idée de combien de temps cela dura. Ici le temps n'existait pas. Cela pouvait être des centaines d'années que la sensation était apparue tout comme une fraction de seconde.
Il n'avait aucune idée d'où il pouvait être. Il ne voyait rien, il était comme suspendu dans le temps, ce n'était pas comme s'il était enfermé quelque part, non, tout s'était arrêté au moment où sa cousine Bellatrix l'avait fait passer à travers le voile.
Il ne ressentait plus rien, ne voyait plus rien, il avait l'impression de rêver. Son âme était en pause. À un seul moment cependant, il avait eu un contact avec la réalité du monde vivant.
Harry l'avait appelé et il l'avait rejoint dans un coin de la forêt interdite où son filleul se tenait couvert de sang, épuisé. Il avait alors su que la bataille finale avait lieu en ce moment même. À côté de lui attendaient sagement ses meilleurs amis, James, Lily et Remus. Donc Remus lui aussi était mort. Cela le rendit triste.
Remus était de tous celui qui avait le plus le droit de vivre, celui qui, enfant, avait été mordu par un loup-garou et qui souffrait depuis chaque jour un peu plus. Il avait été rejeté du monde sorcier en même temps qu'il s'était rejeté lui même pour ce qu'il était devenu. Depuis ce jour fatidique, il avait commencé à se détester et cela s'était accentué le jour où Sirius avait voulu faire une blague à Snape et où Lunard avait faillit tuer celui-ci sous sa forme de loup-garou. Ce jour là fut la première fois où Sirius avait réellement regretté quelque chose. Tout en sachant que c'était trop tard, non seulement parce que le lycanthrope pouvait être dénoncé et donc renvoyé à tout moment, mais il avait failli tuer quelqu'un. Certes indirectement mais cela faisait de lui quand même un meurtrier. Le fait que Severus vive encore ne signifiait pas qu'il se sente autrement que comme un assassin. Ce soir là il avait trahis trois personnes : Remus, Snape et lui-même.
Si ses meilleurs amis étaient parvenus à lui pardonner, il n'était jamais arrivé à se pardonner lui même. Son dernier souhait était d'être comme le reste de sa famille, mais à force de vouloir être son opposé, il était devenu comme elle. Il savait que le seul moyen d'expier sa faute était que Severus le tue. Pour beaucoup cela pouvait paraître excessif, mais pour lui c'était presque trop peu. Rien ne pouvait excuser ce qu'il avait fait.
Au fond de lui-même, il savait qu'aucun des deux ne pourrait réellement mourir tant que sa dette ne serait pas payé.
Ce fut avec une certaine nostalgie qu'il regarda James, son meilleur ami. Il était comme il l'avait laissé la dernière fois qu'il l'avait vu. Ils s'étaient séparés avec le sourire, sans savoir que le soir même, James allait être trahi. Tout le temps passé depuis sa mort et les nombreuses disputes qui les avaient séparés n'avaient pas altéré la profonde amitié qui les avaient liés. Ce fut les souvenirs de James, Lily et Remus qu'il gardait ancrés en lui qui l'avait sauvé de la folie quand il avait été enfermé à Azkaban.
Sirius se retourna vers Harry. Son filleul avait déjà tellement souffert et vécu pour son jeune âge. Il aurait vraiment aimé pouvoir prendre soin de lui comme il l'aurait fait avec ses propres enfants. Mais les choses n'avaient pas pu se faire ainsi.
Ce fut avec tendresse qu'il rassura celui qu'il considérait comme un fils. En effet, la mort n'était pas si terrible. Il fallait juste profiter du temps imparti qui nous avait été donné.
Puis Sirius retourna à son état de léthargie, où encore une fois il n'avait conscience de rien.
Jusqu'à ce moment là.
Severus savait qu'il était mort. Assez lucide pour savoir que la morsure de Nagini allait lui être fatale, il avait confié certain de ces souvenirs à Potter junior. Au moment où il les lui avait confiés, il sût qu'il allait être pardonné. Il serait mort, mais pardonné. Le reste n'avait que peu d'importance. Après tout, il avait vécu une vie dont peu, pour ainsi dire personne, n'aurait voulu. Et il ne pouvait pas leur en vouloir, s'il aurait eu le choix, il aurait eu une vie bien différente.
Enfant, il avait vécu une vie un tant soit peu normale. Il était tombé amoureux de sa voisine, Lily, tout en sachant que son amour ne serait jamais partagé. Oui, même pour un gamin, il savait les chances qu'il avait pour que celle-ci l'aime en retour.
Il avait continué à vivre une petite vie plutôt normale. Jusqu'à ces sept ans. Jusqu'au jour où ses premières manifestations magiques étaient apparues.
Sa mère avait dû à se moment là parler de ces origines à son mari. Celui-ci, celui qui se faisait passer pour son père, avait alors commencé un lente descente dans les abysses de la folie. Son géniteur avait commencé à frapper sa mère, si douce et si belle avant que tout cela ne commence. Sa mère qui peut de temps après sa première lévitation, lui avait acheté un chaudron. Elle n'avait ensuite plus jamais été la même, devenant l'ombre de ce qu'elle était avant.
Son père avait à son tour plongé dans l'alcoolisme, ne supportant plus d'aimer, ou d'avoir aimé, un monstre. Il n'avait plus montré la moindre étincelle d'attention à son fils, sauf dans le cas où celui-ci faisait trop de bruit.
En recevant la lettre d'admission à Poudlard, et le fait que sa meilleure amie y aille aussi, l'avait rendu fou de joie.
Dans ces derniers soupirs, Severus avait eu envie de rire, de rire de délivrance. Enfin la mort lui rendait sa liberté, la liberté de pouvoir enfin mourir. Il l'avait attendu longtemps, tout en sachant qu'il ne pourrait partir que quand sa dernière dette serait payée. Que quand Potter pourrait enfin vivre libre, sans être constamment en danger. Vivre comme il aurait voulu vivre, tomber amoureux, que cela soit réciproque, sortir avec ces amis, pleurer devant une scène mièvre. Avoir des .
L'enfant de onze ans était émerveillé devant ce qui se tenait devant lui. C'était encore mieux que ce qu'il avait imaginé, que ce que sa mère lui avait raconté dans ces rares moments de lucidité. C'était… magique. Incroyablement magique. Il sera la main de Lily qui était venu avec lui pour leur première excursion dans le monde sorcier. Il était heureux de pouvoir partager ça avec elle, avec sa seule amie.
Si Severus avait pu, il aurait pu tout acheter. Mais la bourse que l'établissement lui avait offert ne pourrait pas tout couvrir. Il devait déjà prendre les livres et les autres fournitures, qu'il devait trouver d'occasion, ainsi que des robes, elles aussi d'occasion. Cela ne le gênait pas plus que ça, après tout, il était habitué.
Lily, à côté de lui, était aussi aux anges. Sa famille non plus n'était pas des plus riches, mais ces parents mettaient la main à la pâte, contrairement aux siens. Elle pu ainsi s'acheter une petite chouette pour pouvoir continuer à communiquer avec ces parents. Severus, lui, n'en voyait aucun intérêt. Son père mettrait directement à mort l'oiseau si un jour il découvrait à quoi il servait.
Severus, malgré ses économies très restreintes, s'acheta beaucoup d'ingrédients de potions ainsi que quelque livres traitant eux aussi de sa passion.
Quand il rentra chez lui, le sourire aux lèvres, il se dit que sa vie allait enfin pouvoir être palpitante, il n'aurait plus à rêver de dragons, il en élèverait. Il sortirait enfin de sa vie solitaire, se ferait beaucoup d'amis. Oui Poudlard allait changer sa vie.
La dernière pensée, quand il se tourna vers Potter pour la dernière fois, c'était qu'il ressemblait beaucoup trop à son père, tout en étant complètement différent. C'est sans doute pour cela qu'il le regarda avec tendresse. C'est sans doute grâce au fait qu'il soit si différent, qu'il n'ait, comme lui, jamais eu aucun choix, se laissant porter par les événements, sans jamais avoir son mot à dire, subissant encore et encore les coups durs, les coups bas, les trahisons, les faux espoirs, la mort qui nous suit sans jamais nous laisser la toucher, qu'il ressentait de la tendresse pour lui. Par ce qu'il avait vécu, comme lui, une vie sans que cela en soit une.
Severus avait mal à la mâchoire. Cela faisait juste quelque semaines qu'il avait fait sa rentrée que Potter et ces trois acolytes avait fait de lui leur punching-ball. Deux sang purs, comme sa mère, sa douce mère. Qui avait toujours été leur exact opposé. Il la voyait mal persécuter d'autres filles, leur faisant farces sur farces, humiliations après humiliations.
Et Severus avait eu en quelque sorte honte. Mais il ne se l'avouerait jamais, même dans son dernier soupir. Oui ces vêtements était rapiécés. Était-ce pourtant de sa faute si personne de sa famille ne lui donnerait jamais rien, ne ferait jamais rien pour lui ? Était-ce de sa faute si ces cheveux était gras, et son nez gros ? Non, il était né comme ça, et n'avait jamais eu le choix. N'avait jamais eu le choix, jamais.
Et Severus en avait assez. Assez qu'on lui marchait sur les pieds, assez que sa meilleure amie l'ignorait de plus en plus. Pourtant depuis ces cinq ans, il n'avait cessé de l'aimer. Et cela lui faisait mal.
Pas aussi mal que quatre ans plus tard, lors de sa cinquième année. Il avait profondément déçu Lily. Il l'avait traité de sang de bourbe, et si un jour, un jour, elle lui pardonnerait, ce qu'il savait néanmoins impossible, lui, ne se le pardonnerait jamais.
Et toujours moins mal que quand Black avait essayé de le tuer, le jeter dans les bras de son meilleur ami de loup-garou.
Il avait su a ce moment là que sa vie avait commencé avec un chaos total, elle finirait avec un chaos total. Que à cause de Black, de sa haine pour lui et ces amis, pour sa haine envers lui-même, il allait faire un choix qui détruirait sa vie. Qu'il allait céder aux autres Serpentards. Qu'il allait devenir un gentil chien qui obéit à un maître sans aucune valeurs morales. Pour se venger. De pourvoir enfin faire payer aux autres toute la douleur que leur rejet faisait peser sur lui.
La seule et unique chose qu'il ne pourrait jamais accepter, c'était de faire du mal à Lily. La seule condition qu'il avait émise. Ni à elle, ni à sa descendance le jour où elle aurait un enfant, en l'honneur de leur ancienne amitié et pour la dette qu'il devait à Potter.
Et sa douleur devint insupportable quand Lily due se sacrifier pour sauver son fils. Par sa faute.
Le seul souvenir que Severus savait inaltérable était la nuit du 31 Octobre, celui où la famille Potter fût décimée. Autant le fait que James ait été tué ne lui portait aucune peine morale, autant la mort de Lily lui avait été intolérable. Il était venu deux minutes trop tard. Deux minutes durant lesquelles le Seigneur Noir s'était fait un ennemi en ne respectant pas sa promesse de laisser Lily et son fils en vie. Tout en savant que c'était entièrement sa faute en délivrant une prophétie d'une folle qui se prétendait voyante à son maître.
Si Severus s'était déjà dit que la haine pour Potter et ses amis était le maximum qu'il pouvait ressentir, ce ne fut qu'une infime parcelle de celle qu'il ressentait pour Voldemort à l'instant où il vit sa chère amie allongée sur le sol avec une expression de pure horreur sur le visage. On pouvait presque encore entendre sa dernière supplique, celle qu'il savait être de laisser son fils en vie.
Il prit doucement sa meilleure amie, la prenant dans ses bras, la berçant encore et encore, lentement. Il n'eut à peine conscience de pleurer, tant la douleur, la souffrance qu'il ressentit à ce moment là était grande. Il avait détruit son aimée, il n'avait pas su la protéger, ni elle, ni son fils.
Son fils qu'il entendait pleurer en ce même instant.
C'est à cet instant là qu'il compris que Voldemort avait été défait par un gamin d'un an à peine. Tout en sachant que le temps de paix que suivrait la disparition du Lord ne serait que provisoire. En attendant, il devrait mettre au courant Albus Dumbledore, son ancien professeur de Défense contre Les Forces du Mal, devenu récemment le directeur de Poudlard, et chef autoproclamé d'une sorte de cellule de défense contre les attaques des Mangemorts.
C'est de cette façon qu'il devint professeur de Potion, attendant avec une impatience morbide le jour où son ancien maître reviendrait à la vie, ce qu'il était intimement convaincu, pour pouvoir mieux l'achever. Une fois pour toute. Pour Lily. Pour son amour.
Et Severus poussa son dernier soupir pour Lily. Sa dernière pensé fût aussi pour Lily. Son dernier battement de cœur fût pour Lily. Pour la femme de sa vie.
