Le 16 juillet
Je me rendais à l'Académie comme chaque matin. Le réveil avait été dur. Ma mère avait laissé une note pour me signaler qu'elle se rendait quelques jours à Tokyo. A chaque fois que ma mère perdait son travail, elle se rendait dans une agence de Tokyo spécialisée dans la mise en contact du « petit personnel » avec ce qui sera leur futur maître. Cela prenait parfois une journée comme plusieurs semaines. Je m'arrêtais net dans mes pensées lorsque je vis une jeune femme appuyée sur le capot de sa voiture. Natsuki Kruger. Elle n'était jamais à l'heure alors j'étais plus qu'étonnée de la voir à une heure aussi matinale. Le plus étonnant c'est qu'elle semblait attendre quelque chose. Au moment où je passais devant elle, elle me retient légèrement par le poignet. J'ai été surprise sur le coup mais savais où la conversation allait amener. Je suis donc restée silencieuse attendant sa proposition plus ou moins obscène. Elle se contenta de sortir de sa veste un stylo et me le tendit. Je la vis rougir lorsque je saisis le stylo puis elle se contenta de sprinter vers ses amis. J'ai entendu Nao Zhang rire et dire des propos assez incohérents sur un chiot mais n'y ai pas prêté plus attention. Je me suis contentée de fixer le stylo de mon père avec un léger sourire. Je me suis retournée et vis Natsuki qui ne m'avait, semble-t-il, pas quitté des yeux depuis. Je me suis inclinée comme j'ai vu tant de fois ma mère le faire, lorsqu'elle répétait pour être une domestique exemplaire devant son maître, pour la remercier. Je la vis froncer légèrement les sourcils, mon geste ne semblait pas lui plaire. Je me suis ensuite contentée de rejoindre ma salle de classe et attendis le début du cours. Je savais maintenant la personne ne cessant de me fixer tous les jours depuis trois mois.
Le 16 juillet
Je m'étais levée seule pour une fois. Mon père a été surpris de me voir debout et habillée de si bonne heure. Je me suis directement dirigée vers ma voiture et ai roulé comme une dingue vers l'Académie. Je savais qu'elle arrivait toujours plus tôt que moi. Cela dit, ce n'était pas compliqué étant donné que je n'étais jamais là à l'heure. Mai m'avait signalé qu'elle arrivait toujours une demi-heure avant le début des cours. En fixant ma montre, je soufflais légèrement. Je dois attendre une bonne vingtaine de minutes avant de pouvoir la voir. J'ai donc décidé de sortir de ma voiture et de m'appuyer sur le capot. J'essayais de trouver un moyen de l'aborder mais rien ne me venait à l'esprit. J'aimerais tellement lui faire un léger câlin, la sentir contre moi ... Je l'ai vu marcher tranquillement, direction le portail. Au moment où elle passa devant moi, j'ai eu une pulsion et lui saisis le poignet. En y réfléchissant, mon geste était quelque peu déplacé. Je fis face à un regard rouge sang qui m'envoûta au plus profond de mon être. J'étais comme un poisson dans la mer rouge, dérivant tranquillement vers son cœur. J'avais perdu pied et n'arrivais même plus à savoir le pourquoi de mon geste. Je la vis me fixer sans un mot, une légère crainte percevable dans ses yeux si uniques, si beaux, si pures, si ... Par Kami pourquoi mon vocabulaire est aussi limité ? J'essayais de faire un semblant de phrase mais restais sans voix face à cette beauté. C'était la première fois que je la voyais de si prêt et pour une fois j'avais envie de donner raison à ma mère : Je suis amoureuse. J'ai alors sorti le crayon de ma poche et rougis au contact de ses doigts fins sur les miens pour saisir l'objet. Je ne voulais pas me rendre davantage ridicule que je ne l'étais déjà. Je me suis contentée de m'éloigner vers mes amis. Je n'étais même pas encore à leur proximité que j'entendais Nao me traiter de chiot mignon et attendrissant ayant été tout émoustillé par le contact avec sa maîtresse. Elle enchaîna en me disant que celle-ci devrait me mettre une laisse pour m'empêcher de fuir la queue entre les pattes. J'aurais aimé étrangler cette stupide araignée mais me suis contentée de la fixer durement. Ceci valant un arrêt net de ses moqueries. Je reportais mon attention sur Shizuru et vis un léger sourire lorsqu'elle fixa l'objet. Mon rythme cardiaque avait augmenté d'un coup en la voyant sourire de cette manière. Son regard me transperça un instant lorsqu'elle me fixa. Je pouvais mourir aujourd'hui, j'avais atteint une joie inimaginable. Ce qu'elle fit après me dégoûta au plus haut point. Une putain de révérence. Comme si j'étais son maître et qu'elle n'était qu'une simple servante. Je fronçais les sourcils à ce geste si péjoratif pour sa personne. J'ai compris à cet instant que si je voulais cette jeune femme, je devrais d'abord la faire se respecter puis lui montrer et lui faire accepter que nous sommes toutes deux des êtres humains et de ce fait, ne devons pas avoir de relation maître-domestique.
Le 3 septembre
Je ne savais pas quoi penser de cette décision se résumant en une phrase : travailler par groupe de six sur un projet en géoscience pour pouvoir échanger notre vision des choses. Je ne parlais avec personnes et vis les personnes se mettre petit à petit en groupe de six ne laissant qu'un seul groupe de cinq personnes. J'ai senti une main sur mon épaule et en me retournant fut accueillie par un large sourire. Mai Tokiha me demanda gentiment de me joindre à eux. Je sais qu'ils n'avaient pas le choix et me contenta de rejoindre le groupe à leur table. Le professeur continua à donner ses instructions et j'essayais tant bien que mal de faire abstraction du regard persistant de Natsuki sur moi. Quand il eut fini de parler, Akane Soir prit la parole en proposant une étude du sujet. Bientôt les quatre autres personnes avaient donné leur avis et me regardèrent. Je me suis simplement contentée d'approuver l'approche. Etant minoritaire et qui plus est étant l'élément de trop, je n'allais pas commencer à aller à l'encontre de leur avis. La cloche sonna me donnant l'excuse de pouvoir sortir de cette situation qui m'étouffait au plus haut point.
Le 3 septembre
J'avais un sourire jusqu'aux oreilles lors de l'entente de la proposition du professeur de travailler en groupe de six. Nous étions cinq et Shizuru était toujours seule ce qui ne laisser qu'une seule solution. Je regardais mes amis dans l'attente d'une acceptation de leur part ce qui se fit rapidement. Je les appréciais car ils sont comme moi. Pour eux, le plus important n'est pas dans l'argent mais dans tout ce qui nous entoure. Ils sont les seuls avec moi n'ayant jamais dénigré ou ignoré Shizuru. Mai me fit signe d'aller lui parler mais ma timidité reprit vite le dessus. Je l'ai donc supplié silencieusement de faire quelque chose et la vis se lever direction Shizuru. Elle semblait hésiter mais au final n'avait pas le choix. Elle s'installa juste à côté de moi. Je pouvais admirer de nouveau sa beauté. Elle semblait absente, ne parlant pas et cherchant surtout à ne pas déranger. Elle n'avait émis aucune idée, pourtant je savais qu'elle était intelligente et qu'elle avait donc au moins une idée sur la question. Au lieu de cela, elle se contenta de dire « C'est une bonne approche » puis semblait soulagée d'entendre la sonnerie. Je la vis se lever tout en nous saluant poliment et s'en aller. J'étais triste de la situation. Je pensais qu'on aurait pu plus interagir et peut-être même qu'elle pourrait m'apprécier un minimum mais rien. Je pense que tout ce qu'elle souhaite c'est la fin de l'année pour pouvoir de nouveau retrouver sa solitude. Mai me tapota l'épaule et me murmura de lui laisser le temps de comprendre qui nous sommes réellement. Je ne pouvais que souffler et me lever à mon tour.
Le 3 septembre
Je suis rentrée chez moi faisant face à la solitude. Ma mère n'était pas rentrée. Je n'avais pas faim et décidais d'aller directement me coucher. Cela faisait deux jours que je ne mangeais pas. J'essayais de me restreindre pour conserver plus d'argent. Ma mère pensait que je déjeunais sur le campus tous les jours et ne s'inquiétait donc pas de mes sauts réguliers du repas du soir. La vérité c'est que je déjeunais souvent une journée sur deux, n'achetant que des éléments non périssables. Cela me permettait de tenir deux jours avec un seul repas. Le reste de l'argent, je l'utilisais pour faire les courses en fin de mois prétextant que j'avais reçu l'argent du dignitaire. J'étais allongée et réfléchis à ce projet. Les cinq personnes formant le groupe étaient sympathiques et conviviales mais je sais qu'ils n'agiraient pas de la même manière s'ils me croiseraient dans la rue. Ils sont tout simplement obligés par demande du professeur. Le plus déroutant est le regard de Natsuki Kruger. Il semblait illuminé au début du cours et petit à petit a pris une lueur beaucoup plus sombre. Ceci ne pouvant signaler qu'une seule chose : ma présence lui est indésirable.
Le 3 septembre
Je me suis allongée ou plutôt affalée sur le canapé posant ma tête sur les jambes de ma mère. Elle n'a pas eu à me questionner que je lui déballais ma journée. Ma mère m'a alors expliqué que la réaction de Shizuru était normale suite à son malaise social. J'avais donc supplié enfin demandé à ma mère de m'aider dans la compréhension et surtout la réalisation de gestes pouvant mettre en confiance Shizuru. Tout ce que j'ai eu comme réponse a été « J'ai mis au monde une fille bien alors ne change pas et reste toi-même ». Je vais aller loin avec ça ... Avec cette réponse tant éclairée de ma mère, je n'avais pas d'autre choix que de laisser le temps devenir mon allié pour conquérir le cœur de la femme la plus belle de l'Académie de Fuuka.
