Bonjour/Bonsoir ~
Bon, après le joyeux massacre de ce cher Suède, j'en arrive à celui de Vatican, l'OC de Tsukiyo qui me l'a gentiment prêté pour cette fic. Merci encore o/
Donc, ici, Vatican, c'Fabrizio Valeri, et y'a aussi Monaco, qui se nomme ici Stella (merci à erikadu19 pour le nom :3).
A part ça, que dire... Bonne lecture. Le prochain chapitre des Jeux de la Fin arrive bientôt, après Titanic/Hetalia D8
In the water, crystal clear
On the earth and in the air
In the shadow, in the light
In the day, and in the night
Il y a trois ans, ce même jour, il pleuvait. Des cordes. On était trempés jusqu'aux os. Et pourtant, on était tous restés debout de longues minutes, sur la grande place boueuse du district. Mes chaussures trop fines laissaient passer l'eau, j'avais froid aux pieds, et tout ce que je voulais, c'était rentrer chez moi, pour être tranquillement au chaud au coin d'un bon feu, avec un bon livre aussi. Mais non, comme tous les ans depuis mon douzième anniversaire, j'étais, comme tous les autres adolescents, forcé d'assister à la Moisson, à croiser les doigts pour que mon nom ne sorte jamais. Je n'avais pas trop à m'en faire. Contrairement à beaucoup d'autres, je n'avais pris qu'un tessera, une année où mon père a eu du mal à joindre les deux bouts. Sinon, je n'avais pas besoin d'en prendre, et de toute façon mon père refusait catégoriquement que je m'expose à ce risque pour du blé qu'il obtenait facilement.
Nous n'étions pas les plus riches du district, de la simili bourgeoisie, non. Disons juste que mon père était suffisamment bien placé à l'usine pour nourrir deux bouches. Je n'ai jamais connu ma mère, elle est morte en me mettant au monde. Elle ne me manque pas, je ne la connais pas. Mais quand Ulrich avait clamé haut et fort mon nom, avec son espèce de sourire de mongole, j'aurais bien aimé avoir une maman pour me réfugier entre ses jupons, en attendant que la tempête passe.
J'avais avancé, comme tous les autres avant moi, comme tous ceux après moi, vers la scène, qui me semblait alors être une montagne infranchissable, un véritable monticule que je serrais bien peiné de gravir. Et pourtant, j'avais réussi à me placer à côté d'Ulrich, qui m'avait alors félicité. Félicité. J'avais failli rire. Rire jaune, je précise. Comme si être sélectionné pour l'abattoir était un exploit en soit. Cent quarante adolescents comme moi avaient subit le même sort, en comptant l'année d'Expiation où deux tributs supplémentaires ont été choisis. Je n'avais donc rien d'exceptionnel, et j'étais resté planté là, ruisselant, serrant la main de Stella, l'autre tribut.
Filled with fear, filled with faith
The one who's true, the one who betrays
Will you surrender, before it's too late
Do you believe in the golden gate
Dans le train qui m'avait mené jusqu'au Capitole, je regardais avec une curiosité non feinte les paysages défiler devant mes yeux. Des plaines verdoyantes, des montagnes, des champs. C'était beau, de voir le monde avant de mourir. Parce que j'étais persuadé que j'allais mourir. Je ne me donnais même pas cinq minutes dans l'arène. Peut-être plus si Dieu était avec moi. Mais porter la croix avec moi ne m'assurerait pas la survie, et j'en étais tout à fait conscient. J'avais donc fait mes adieux à mon père, qui est resté très digne, malgré qu'il fût en train de perdre son unique fils. Peut-être qu'il avait voulu éviter que mon seul souvenir de lui soit un homme en pleurs.
L'opulence dans laquelle on nous avait plongés achevait de me blaser. Comme on brossait bien dans le sens du poil les braves bêtes qui allaient à l'abattoir. Et Stella, elle, en profitait. Je la voyais s'empiffrer, se goinfrer de ragoût comme un goret affamé, le petit doigt levé. Elle n'avait jamais manqué de rien, haut placés comme sont ses parents, mais elle n'avait certainement jamais goûté à un luxe pareil. J'avais eu l'occasion de la voir se pavaner, les jours de marchés, les poches pleines de pièces sonnantes et trébuchantes qui tintaient comme pour narguer les pauvres qui s'autorisaient à rêver à une seule de ces petites pièces. Je ne me plaignais pas de ma situation, plutôt confortable, mais je la trouvais répugnante dans ses jolies robes ouvragées et bien propres de fille de gratte-papiers qui n'avait jamais touché une machine à tisser et qui n'en verrait jamais de près. Une fille qui aurait à tout jamais des mains de poupée de porcelaine. A elle de voir si elle voulait les abîmer et les tâcher de sang avant de mourir.
Car elle mourrait. J'en étais persuadé. Une fille comme elle ne pouvait pas gagner. Et quand bien même elle réussirait à se débarrasser de tous ses concurrents, si on se retrouvait face à face, je savais que je n'aurais aucun scrupule à l'achever. De mes propres mains. Car je ne la connaissais pas plus que les autres, après tout, je faisais que la croiser, cette bourgeoise guindée. Elle m'était aussi inconnue que les autres tributs, et venir du même district ne lui accordait pas un privilège dans mon estime. Peut-être aurais-je pensé différemment si ç'avait été une simple gamine de douze ans. Mais là, c'était une pétasse de dix-sept ans.
Ma styliste aussi, c'était une pétasse. Lula, qu'elle s'appelle. Et elle m'a gonflé dès le début. Après que je sois passé entre les doigts de mon équipe de préparation, me débarrassant des rares poils que j'avais au menton et de mon duvet naissant, elle m'avait tourné autour, évalué comme un vulgaire morceau de viande, ce que j'étais, dans sa tête. Un morceau de viande qu'il fallait assaisonner, rendre beau et appétissant pour une foule affamée. Après m'avoir choisit une tenue qu'elle jugeait parfaite, elle m'a planté là, avec mon peignoir transparent et le repas qu'elle n'avait pas touché. Certainement que le poulet rôti, ça lui ferait exploser sa robe de simili cuir rose à pois bleus.
Néanmoins, j'étais content de son travail. Non pas que la haute couture était soudainement devenue un centre d'intérêt pour moi, mais j'avais quand même l'air moins bête, moins godiche que la plupart des autres tributs. Stella aussi, était jolie, dans son kimono brodé d'or et d'argent. Les meilleurs tissus qu'on puisse trouver au Capitole, de la matière noble, constituaient l'essentiel de nos costumes. J'avais un magnifique smoking noir, brodé d'une main experte, avec des spirales, des boucles, des motifs à n'en plus finir. C'était chargé, mais élégant. Comme les costumes que j'avais pu voir dans les vieilles images datant de l'époque où Panem n'existait pas encore. J'ai risqué gros, pour ces informations là, ces bribes de dates, d'évènements sur ce qu'il s'était passé avant. Et nos tenues me semblaient directement inspirées de ce qu'on pouvait appeler « La Renaissance ». Lula me semblait très bête, très superficielle et complètement à la masse. Toujours est-il que nous avions les mêmes goûts question vêtements.
I can feel it all around
In every song, in every sound
In the mountains, in the trees
Feel it in the air, I breathe
J'avais attendu, coincé sur ma plaque en métal, après avoir fait mes adieux à Lula, qui n'en avait manifestement rien à faire, bien plus inquiète de mon allure dans le pantacourt kaki et le t-shirt assorti qu'on nous avait donnés pour l'arène. Moi ça m'arrangeait. Ca voudrait dire qu'il n'allait pas faire froid. Je n'aime pas le froid. Et l'idée de mourir sous une tempête de neige ne m'enchantait pas vraiment. Les yeux de tous étaient rivés sur la Corne d'abondance. Moi-même, je me surprenais à loucher sur les armes qui débordaient de la gueule béante de la Corne. Surtout des objets contondants. Rien de bien sophistiqué. Peu de lames. Et presque pas de provisions. Ce qui laissait prévoir qu'on n'aurait aucun mal à trouver des sources de nourriture dans la forêt de sapins qui nous entourait. L'arène me semblait ronde, et la forêt semblait être la ceinture extérieure. La Corne se trouvait en son centre, dans une immense clairière dégagée à la vue de tous. Un lieu idéal pour le combat, un lieu idéal pour le tournage. J'imaginais les caméras braquées sur nous, les citoyens de Panem qui nous observaient depuis leur téléviseur.
En face de moi, Stella. Elle avait ramené ses longs cheveux blonds en un chignon serré, certainement dans l'optique de ne pas être gênée. Elle louchait avec avidité sur une lance pointue qu'elle n'aurait aucun mal à jeter sur ses ennemis. Pas de bol. Je louchais aussi dessus. J'avais pas volé mon 8 à l'entrainement pour qu'on me souffle l'arme sous le nez. Certes que je pourrais me rabattre sur la fronde qui traînait à deux pas de moi, mais si j'avais une chance d'attraper la lance avant de fuir, pourquoi pas tenter ? Avant même que je puisse échafauder un plan, le signal retentit, le combat pouvait commencer. Je me retrouvais à hésiter, et Stella avait déjà commencé à sprinter direction la Corne. Je m'élançais à sa suite, persuadé d'arriver plus vite qu'elle, quand un hurlement perçant me fit tourner la tête sur ma droite. Une giclée de sang carmin éclaboussa mon visage et une fillette s'écrasa à deux pas de moi. Horrifié, je regardais son assassin s'avancer vers moi, et j'abandonnais la lance. J'avais ramassé la fronde et couru en sens inverse, avec la ferme intention de me planquer au fin fond des bois. Et de laver ce sang de ma figure.
Je ne crois pas avoir couru aussi vite de toute ma vie. Je m'étais enfoncé dans les bois à toute allure, trébuchant parfois sur des racines et des souches d'arbre. C'est uniquement après avoir glissé sur un parterre d'aiguilles de sapin que je m'arrêtais, essoufflé, me tenant les côtes. Exténué, je m'étais adossé contre un arbre quelconque, essayant de calmer les battements frénétiques de mon cœur. Jusqu'à ce moment-là, je n'avais pas réalisé dans quelle horreur on m'avait plongé. Et voir cette enfant égorgée sans aucun scrupules par un garçon à peine plus âgé que moi, ça m'avait gentiment retourné l'estomac. Et j'étais resté un long moment, contre cet arbre, à ruminer mes peurs et mes angoisses, serrant ma seule arme, cette petite fronde qui ne ferait pas le poids bien longtemps face à un carrière. La nuit était rapidement, trop rapidement, tombée. La bataille avait dû plaire au Capitole. Pas moins de douze tributs avaient rendu l'âme ce jour-là. Un véritable carnage. Et, flottant dans le ciel, le visage souriant de Stella.
Hear the whisper, in your ear
I'm in love, I do not fear
Inside your heart, beneath your skin
It's in the dream, you're living in
J'avais mal dormi, contre mon arbre. Je n'avais pas non plus la foi de me percher quelque part pour plus de sécurité. Calmement, je m'étais levé, le dos courbaturé, à la recherche de nourriture, de gibier, de racines, n'importe quoi pour faire taire mon estomac. Une brise matinale soufflait doucement, atténuant la sensation de cuire à l'étouffée dans cette arène surchauffée. Mon soulagement à l'idée de ne pas mourir de froid avait disparu, maintenant que j'appréhendais la mort par déshydratation. Mais ma peur s'estompa quand j'entendis l'écoulement d'un ruisseau. La chance était avec moi. J'avais à boire, et j'étais entouré de plusieurs nids d'oiseaux. De quoi manger. Il me manquait plus qu'une cachette digne de ce nom et je pourrais presque me faire oublier. Mais je n'espérais pas trop. Les Juges trouveraient le moyen de nous réunir tous pour qu'on se batte.
En attendant, à quoi bon me jeter dans la gueule du loup. J'avais tout ce qu'il me fallait. Je m'éloignais de mon ruisseau pour la nuit, me cachant dans d'épais buissons. Inconfortable, mais plus à l'abri des autres. J'avais néanmoins peur qu'une bête me déniche, je n'avais rien pour masquer mon odeur, et, même si j'avais nettoyé mon visage du sang de la fillette, j'avais toujours l'impression horrible de puer le sang frais. Ca me filait une nausée constante, et je doutais fortement d'avoir le courage de tuer qui que ce soit. Si je détalais comme un lapin à la vue du sang d'une autre, comment pourrais-je être capable de le faire couler à mon tour ?
La réponse à cette question, j'allais la trouver le lendemain. Les Juges devaient s'ennuyer, avec encore dix tributs à assassiner. Car oui, pour moi c'était eux, les assassins, pas nous. Dans d'autres conditions, jamais aucun d'entre nous n'aurait levé la main pour tuer une fillette. J'en étais persuadé. Enfin. A ce moment-là, il ne devait pas y avoir assez de batailles. Un garçon, d'environ quinze ans, courrait à perdre haleine dans les fourrés, non loin de moi. Je n'étais pas sorti de mon buisson, je regardais avec inquiétude ses pieds s'éloigner. Et puis, je l'avais entendu. Le grognement et les halètements de bête sauvage, le martèlement de ses pattes qui augmentait en intensité alors qu'il s'approchait de moi, sans me voir peut-être, mais il me sentirait. L'idée de finir en chair à pâtée me fit sortir de ma cachette, ou peut-être l'instinct de survie, je n'en sais rien, tout ce que je sais, c'est que j'avais suivit le garçon en courant, abandonnant mon havre de paix, n'emportant avec moi que la fronde accrochée à ma ceinture.
Can you rise from the dirt
Can you love, like you've never been hurt
If you been hurt, can you still believe
can you set your spirit free
Undo your mind
Undo your mind
Et j'avais tué. Le garçon avait fini par abattre la bestiole qui nous poursuivait, caché derrière un arbre. Il lui avait planté une lance dans la gorge. La lance que Stella voulait. La lance que je voulais. Il m'avait détaillé, jaugeant si j'étais un danger pour lui. Et apparemment, je n'étais pas si effrayant que ça, puisqu'il m'a proposé une alliance, pour venir à bout des cinq carrières qui restaient et des trois autres dont je n'arrive pas à me souvenir. C'est drôle comme ces morts n'ont pas eu de place dans ma mémoire. Passons. J'avais naturellement accepté. Lorgnant toujours sur cette arme qui me rassurerait plus que ma malheureuse fronde. J'avais bien fait d'accepter. Ce garçon du district Dix se débrouillait bien à la chasse, et avec une rapide cueillette, nous avions fait un véritable festin. Mais ce con avait allumé un feu bien trop tôt, avec du bois vert. Je ne sais pas pourquoi je l'ai laissé faire. Peut-être que je voulais que les carrières le trouvent et le tuent à ma place. C'est seulement après avoir entendu des éclats de voix que je m'étais rendu compte que j'étais aussi en danger. Discrètement, sans bruits, j'avais ôté mon chapelet et m'en était servi pour étrangler Killian, ce garçon qui m'avait sauvé de la bestiole enragée. Il n'a pas crié, il s'est seulement bien débattu, avant de sombrer. Je ne sais pas s'il était mort quand je lui avais arraché sa lance et piqué son gibier. Le canon avait retentit après que j'aie fait quelques pas vers mon ruisseau.
J'avais gagné une lance, de la nourriture, et une nouvelle source de cauchemars. Et les carrières avaient des braises toutes chaudes pour passer la nuit. Qu'ils profitent. Maintenant que j'étais bon pour l'enfer, je n'aurais plus aucun scrupule à faire passer ma survie avant mes démons. Et plus que sept tributs. Dont moi. Je me mordais les doigts à l'idée de me retrouver seul face aux carrières. Mais, la chance semblait vraiment tourner en ma faveur. Vous vous souvenez que j'avais dit qu'il n'y avait aucune provision dans la Corne d'Abondance ? Et bien, c'était un plus. Les carrières ne savent pas chasser, ne connaissent pas la faim, et c'est ce qu'on retrouve dans chaque édition des Jeux. Leur point faible. La faim.
C'est Demy, un tribut du district Quatre, qui a rompu l'alliance des carrières en premier. Je le sais maintenant, mais avant, je m'étais juste étonné d'entendre le canon autant de fois à la suite. C'avait été un véritable carnage. Un bain de sang qui avait duré toute la nuit. Une lente agonie pour certains, peut-être des meurtres rapides et efficaces pour les autres. Je n'ai jamais osé regarder la scène en entier de toute façon. Moi, je n'étais pas sorti de mon buisson. Je tournais et retournais entre mes doigts les perles de mon chapelet, enchaînant des prières silencieuses qui me semblaient vides de sens, aussi près que j'étais de l'enfer. Ses flammes rongeaient chaque partie de mon être, je revoyais sans cesse cette fillette, le visage rieur de Stella, les yeux exorbités de Killian. Et nous n'étions plus que deux.
You are the seeker, you are the child
You are the lion, running wild
You are the master, you are the slave
You are the door, in your hiding place
J'étais sorti de ma cachette à l'entente de l'annonce des finalistes. Igor Evans, le tribut du district Un. Et moi. Fabrizio Valeri, celui du Huit. Il me chercherait. Me traquerait. Et les Juges feraient tout pour amener la confrontation. Je sentais la peur m'enserrer les entrailles. Je m'avançais prudemment avec ma lance et ma fronde dans la clairière de la Corne d'Abondance. Bon joueur, j'acceptais un combat à l'air libre pour le plus grand plaisir des caméras. Je décidais de faire preuve d'une dernière lueur d'intelligence et de me planquer dans la Corne, en attendant l'arrivée d'Igor. Il me cherchait peut-être encore dans la forêt, à l'heure qu'il était. Et je tremblais doucement, recroquevillé dans la Corne d'or qui serait certainement ma tombe s'il lui venait à l'esprit d'y fouiller. J'avais prié une dernière fois, adressé des adieux silencieux à mon père, me repentant du meurtre que j'avais commis, m'excusant auprès de la famille que je ne pouvais qu'imaginer, de Killian. Puis, j'avais aperçu Igor. Qui traînait la patte. Manifestement blessé, lui aussi voulait en finir vite et bien. Nul doute que ma mort serait rapide et qu'il n'irait pas par quatre chemins pour me renvoyer chez moi dans une boîte en pin.
Ou peut-être que lui rentrerait chez lui dans une boîte. Amoché comme il était, j'avais peut-être une chance. Un dernier espoir me fit gonfler les poumons, et je sortais sans un bruit, lançais mon arme en sa direction, dans une tentative désespérée de prendre le dessus. Raté. Je n'avais fait que signaler ma position en lui écorchant l'épaule. Je me surprenais à courir en sens inverse pour lui échapper, et m'arrêtais soudainement, décidant de l'affronter vraiment. Il ne courrait pas bien vite, et j'eus vite fait de lui coller un gros caillou entre les deux yeux. Rien de bien impressionnant comparé à l'énorme épée qu'il soulevait, mais suffisant pour le sonner le temps que je me jette dessus. Je l'avais poussé de toutes mes forces, le faisant tomber à terre dans un nuage de poussière. Ses poings dans mes côtes m'avaient coupé le souffle, mais je résistais, et serrais son cou gras entre mes doigts. Il moulina un moment des poings, me cognant assez fort pour que ma vision se trouble et que mes paupières soient alourdies et par l'hébétude et par le sang. Et quand je me sentais sombrer dans les méandres de l'inconscience, le poing d'Igor s'était écrasé au sol. Le canon avait retentit, et une échelle de corde me remontait sous les cris assourdissants des trompettes de la Victoire.
I can feel it all around
In every song, in every sound
In the mountains, in the trees
Feel it in the air, I breathe
Le reste n'avait été que cotillons et paillettes aveuglantes. Je n'ai rien retenu de ces soirées, de ces gens qui m'applaudissaient pour les avoir divertis. Quand bien même je n'avais rien fait d'incroyable à part étrangler deux adolescents. Ils m'adulaient, pour les crimes que j'avais commis. Qu'on m'avait forcé à commettre. La Tournée de la Victoire n'avait été pour moi qu'une vaste comédie. Un mauvais moment à passer, comme une gélule qu'on avale de travers avant d'avaler un verre d'eau pour la faire passer. J'avais dû être mentor ensuite. Entraîner quatre pauvres gamins pour l'arène. En voir un se faire écraser par le gagnant du Sept. En voir un autre se faire égorger par le gagnant du Trois. J'espérais en ramener un à chaque fois. Et j'avais échoué deux ans de suite. La chance avait tourné. Elle m'avait sauvé. Mais elle ne se décidait pas à sauver les autres gamins que je devais superviser avant leur entrée dans l'abattoir.
Cette année, le même cinéma. Je devrais entraîner des gamins à se battre. Et je soupirais en entendant la sentence pour les frères Vargas. Des jumeaux. Le Capitole n'avait vraiment honte de rien. Je ne pourrais jamais les ramener tous les deux. Même si je faisais tout ce qui est en mon pouvoir pour ça, je ne pourrais pas. Mais je ne dis pas que je ne vais pas essayer. Parce que, j'en ai marre de servir les intérêts de ces gens. J'en ai marre de voir Lula apprêter de la chair à carrières tous les ans. Je veux juste qu'on nous foute la paix. Le prix pour cette paix, j'ai bien peur qu'il va falloir qu'on le paye, et tous. En attendant, je dois grimper dans le train et faire semblant de m'inquiéter pour la tenue que vont porter mes nouveaux protégés.
Undo your mind
Undo your mind
Undo your mind
