Espoirs d'antan
Personnages : Charlie Weasley, Olivier Dubois, Katie Bell, Marcus Flint (& des OC qui se baladent ça et là)
Genre : Aventure, romance
Défi : Kouidditch de la communauté Dieux du Stade
Résumé : (UA Moyen-Age) L'insouciance de Charles sait le mener vers des aventures dont il n'a pas idée. Heureusement son ami Olivier veille à le protéger contre tout danger, et en particulier cette jeune fille impudente.
Disclaimer : Pour le coup, ici, JKR ne possède plus que les quatre personnages suivants : Charlie Weasley, Olivier Dubois, Katie Bell et Marcus Flint. Et encore, ceux-ci n'étant pas trop développés dans les tomes d'HP, y a pas mal de boulot de ma part de ce côté-là (ben oui, je bosse).
Partie 2
Ce fut en silence qu'ils éliminèrent toute trace de leur épuisant voyage. Puis on les mena aux cuisines où ils trouvèrent nombre de victuailles dont la vue aurait pu suffire à les combler. Ils se rassasièrent jusqu'à en avoir la panse pleine, bénissant le destin d'avoir placé le domaine des Bell sur leur chemin, allant même jusqu'à bénir le temps pluvieux qui les avait poussés à demander l'hospitalité ici.
Du père et de la fille Bell, ils n'en entendirent plus parler. Ce fut Magda qui toujours d'une humeur massacrante, les guida jusqu'à une petite chambre située à l'autre bout de la bâtisse destinée aux domestiques. Cette pièce propre et tiède, des lits solides et de chaudes couvertures suffirent à exalter Olivier qui s'empressa de se plonger dans un de ces havres de paix – comme il le disait lui-même – pour y dormir du sommeil du juste.
Morphée ne fut pas aussi clément envers Charles. Malgré le confort inhabituel dont il pouvait jouir ici, il ne cessait de ressasser maintes et maintes pensées inutiles qui l'empêchaient de sombrer dans les abîmes profonds du sommeil.
Ses yeux finirent pourtant par se clore et sa respiration se fit plus légère démontrant que le royaume des rêves lui avait enfin été ouvert. Cela n'était guère fait pour durer…
- Charles, murmura une voix issue des ténèbres.
Le rouquin se retourna, se refusant l'éveil.
- Charles !
Une main se posa sur son épaule et le secoua sans grande tendresse. Il gémit et ouvrit difficilement les yeux. Dans l'obscurité, il ne parvint qu'à distinguer un visage vaguement féminin encadré par une longue chevelure.
- Qui êtes-vous ? balbutia Charles, tandis qu'il se frottait les yeux dans l'espoir de mieux y voir.
Une moue apparut sur le visage de la jeune fille.
- Voyons, c'est Katie. Il faut vous lever.
Charles s'assit si brusquement sur le lit qu'il manqua de percuter la demoiselle qui était penchée au-dessus de lui.
- Katie ? Mais que faîtes-vous ici ? s'étonna-t-il, tout en levant les yeux vers la lucarne entrouverte d'où la lune était encore visible. Et pourquoi me lever ? Il est encore nuit.
- Justement, répliqua Katie sur un ton de conspirateur. Il nous faut profiter de l'obscurité.
- Pardon ?! s'exclama Charles les yeux écarquillés, tentant de se persuader qu'il ne pouvait que s'être mépris sur le sens de ces paroles et bénissant les ténèbres de la chambre dans lesquelles la rougeur subite qui venait de s'emparer de son visage, pouvait passer inaperçue.
Katie se rapprocha insensiblement et passa nerveusement une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
- Il faut que vous m'emmeniez, implora-t-elle.
Les pensées de Charles se brouillèrent davantage, si cela était possible. Il se mordit les lèvres d'énervement.
- Je ne vois pas où vous voulez en venir, marmonna-t-il. Ne me dîtes pas que vous voulez…
- Emmenez-moi, je vous en prie, gémit Katie. Je ne tiens pas à vivre le restant de mes jours enfermée entre ces quatre murs.
Le regard hésitant et timide de Charles se planta soudainement dans les yeux noirs. Le sentiment de Katie lui sembla étrangement proche de ce qu'il avait pu ressentir quelques semaines auparavant, lorsque lui-même se désespérait dans l'enceinte du château de Durham.
- Mais… opposa-t-il en une tentative qu'il pressentait déjà vaine.
- Ma seule perspective d'avenir est de me marier avec un homme qui ne me voudra seulement pour le domaine de mon père, avoua Katie avec amertume. Je ne pourrais le supporter.
- Mais nous ne pouvons pas emmener une demoiselle dans notre voyage. Notre périple est dangereux et n'est pas fait pour…
- Pour une jeune fille ? compléta-t-elle avec courroux. Me croyez-vous si naïve que ça ? Pensiez-vous vraiment que je m'imaginais un joli conte de fées où un jeune prince m'emmènerait sur son destrier blanc ?
- Pour le coup, mon cheval n'est pas blanc… railla Charles.
- Vous ne me prenez pas au sérieux, fit-elle en se rengorgeant. Je suis fille unique. J'ai appris à me débrouiller seule lors des longs voyages de mon père. Je monte parfaitement à cheval, je sais manier une épée. Je ne suis pas une de ces jeunes demoiselles dont les capacités ne dépassent pas les domaines de la broderie et des commérages en tout genre.
- Je n'ai jamais voulu insinuer que vous n'étiez pas capable. Cependant…
- Dîtes que vous acceptez ! Vous ne le regretterez pas. Je me suis déjà débarrassée de mes robes. Il me suffit d'aller chercher une monture et nous pourrons nous enfuir.
Sous l'épais manteau qu'elle écarta, se trouvait effectivement une tenue des plus masculines. Charles secoua la tête devant tant d'obstination.
- Je ne peux pas dérober son unique enfant à celui m'a si généreusement offert l'hospitalité, argua-t-il ayant l'espoir de mettre ainsi un terme à la conversation.
Katie se mordit nerveusement les lèvres et détourna le regard. Alors que Charles, quelque peu assuré de la portée de cet argument, cherchait désespérément un mot pour apaiser la déception de la jeune fille, elle prit sa main entre les siennes et la serra contre son cœur.
- C'est moi qui vous ai offert l'hospitalité – dois-je vous rappeler – et non mon père. Vous ne pouvez pas me refuser cette faveur ? susurra-t-elle.
Le souffle chaud de Katie vint doucement caresser le cou de Charles, le faisant frémir. Maintenant lui revenaient en tête les paroles d'Olivier, il comprit pourquoi celui-ci avait prétendu se méfier autant de Katie que de lui. Dorénavant il était trop tard.
Son cœur battait si fort dans sa poitrine que sa seule crainte était qu'elle ne se rende compte de son émoi. Il ne devait pas céder, peu importaient son sourire, ses yeux pétillants, ses cheveux sombres… Il défit sa main de l'emprise de Katie et vint effleurer sa douce chevelure noire.
- Vos cheveux vous trahiront, tenta-t-il d'une voix qu'il désirait assurée. Si l'on sait qu'une demoiselle se trouve avec nous, cela pourrait nous attirer des ennuis.
Le rire cristallin de Katie retentit dans la pièce. Elle prit la main de Charles et la posa sur sa joue.
- Vous savez parfaitement que cela n'a aucun sens. Avec deux gentilshommes tels que vous à mes côtés, je ne crains rien, fit-elle remarquer avec un sourire flatteur.
Une bouche si vermeille…
- Avec vous, Charles, je ne crains rien, murmura-t-elle avec une douceur qui l'emporta sur toutes les tentatives de raisonnement que le jeune noble avait pu échafauder.
Il frémissait. Elle était si près qu'il pouvait sentir son parfum enivrant l'envelopper. Sa bouche s'approcha et l'envie de la toucher, de l'embrasser, embrasa Charles.
- Je vous dérange peut-être ?
La voix rauque d'Olivier résonna comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Oubliant leurs émois, ils se séparèrent brusquement. Trop brusquement même, puisque Katie dans sa hâte et sa gêne, en manqua de tomber du lit. Les joues rouges, la tête basse, comme deux enfants pris en pleine sottise, ils subirent le regard d'Olivier dans un silence qui jamais ne leur avait paru aussi pesant. Ce qu'il s'imaginait, Charles ne le savait que trop bien et la pensée lancinante de n'avoir pas accordé davantage de crédit aux avertissements de son compagnon, ni de n'avoir su résister aux atours de la fille de leur hôte, ne fit qu'accroître sa honte.
- Allons bon, je t'avais pourtant prévenu, railla Olivier dont le ton hésitait entre la brimade et la moquerie.
Bien entendu, il ne fallait pas espérer pouvoir échapper à ce fameux couplet. Il avait raison, soit. Mais Charles avait-il vraiment mal agi ? La gêne que le jeune noble pouvait éprouver, s'estompa. Non, il avait fait ce qui était juste, il avait suivi son instinct – même si ce mot ne lui parut pas des plus appropriés – et ce n'était guère à son ancien écuyer d'en juger. La rage de défendre ses idéaux et sa verve revinrent en même temps que l'énervement que lui causait ce qu'il ressentait chez Olivier comme de la vanité : celle de pouvoir toujours décider de ce qui était bien ou pas, de ne le voir que comme un enfant à qui il faudrait montrer le droit chemin. Il était un homme, que diantre ! De haute naissance qui plus est, ce n'était certes pas Olivier qui pourrait prétendre le commander. Et si Charles ne supportait pas qu'on le regardât de haut, c'était à lui de faire en sorte que cela n'arrivât plus.
- Il suffit… somma-t-il d'un ton sec qui manifestement déstabilisa Olivier, dont l'air suffisant disparut à l'instant.
Il prit une forte respiration et s'empara délicatement de la main de Katie qui sous des airs empruntés, semblait enchantée du ton décidé du chevalier.
- Tu n'as point à me dicter ma conduite, affirma Charles d'une voix forte, revigoré par la douce pression qu'exerçait Katie par l'entremise de leurs mains jointes. Cette demoiselle a besoin de nous et je ne peux me résoudre à lui refuser mon aide.
Olivier eut un reniflement moqueur.
- De quelle aide, bon sang ? demanda-t-il étourdi par le revirement de son compagnon. Il ne me semble pas avoir constaté quelconque détresse parmi les maintes victuailles qui jonchent ses cuisines, les vastes terres du domaine de son père ou encore le nombre de domestiques qui semblent abonder ici.
- Tu as quelques fois l'esprit étroit, reprit Charles conservant difficilement son calme. Ce domaine n'est qu'une belle prison dorée, comme l'était le château pour nous. Nous ne pouvons lui refuser la liberté que nous nous sommes nous-mêmes octroyée.
Katie dévisagea le rouquin.
- De quel château parlez-vous ? » fit-elle, laissant libre cours à sa curiosité.
- Cela ne vous concerne en rien, s'exclama Olivier dont l'énervement ne passait guère plus inaperçu.
Vexée, la jouvencelle eut une moue boudeuse, puis fixa les yeux bleus de Charles, espérant plus d'informations de ce côté.
- Nous vous expliquerons plus tard, affirma ce dernier précipitamment.
- Il n'y aura pas de plus tard ! Tu ne comptes tout de même pas l'emmener avec nous ? ragea Olivier.
- Si fait, telle est mon intention, assura le rouquin la tête haute Et je n'arrive guère à imaginer les raisons qui pourraient m'en dissuader.
- Mais morbleu, c'est une fille ! s'indigna Olivier Elle n'a pas à courir les bois et à dormir au clair de lune. Ce n'est tout simplement pas sa place.
Katie relâcha la main de Charles, qui la dévisagea, ne sachant plus que dire pour la défendre. Mais celle-ci semblait prête à en découdre.
- Evidemment, je ne suis qu'une fille, glosa-t-elle d'un ton hautain. Tout juste bonne à m'occuper des fourneaux, à donner vie à quelque marmaille et à attendre patiemment que mon époux ne rentre de ses périples. Mais savez-vous ce que c'est que d'être destinée à une vie que l'on ne désire pas ? Savez-vous ce que c'est que d'espérer un jour respirer l'air vif et revigorant des hautes forêts lorsque l'on ne peut franchir ne serait-ce que l'enclos de son domaine ? Laisser sa monture partir au grand galop, cela aussi, je l'ignore. Cela aussi, je le rêve.
- Vous ne pourrez vivre une vie d'aventures. Vous n'en connaissez que les histoires que de pauvres hères ont pu vous raconter au coin du feu lors des mornes soirées d'hiver, argua Olivier sèchement. Vous enjolivez et vous fantasmez, voilà tout. Si je vous disais le fond de ma pensée, je dirais que vous n'êtes qu'une jeune demoiselle que son père a trop gâtée, et qui plongée dans ses jolis rêves, en oublie où est sa vraie place.
La main de Katie broyait le bras de Charles et celui-ci s'inquiéta de la tournure que prenait la situation. Il sentait la tension s'accroître au rythme de leurs respirations accélérées par le courroux et la rancune.
- Soit ! Si vous refusez de prêter foi à mes dires, messire Olivier… persifla-t-elle avec dédain. Je vous en prie, permettez-moi de relever le défi.
- Un défi ? sourit Olivier. Mais ne nous jouons pas un jeu, mademoiselle. Il semble que vous ne l'ayez toujours pas compris.
- La vie n'est qu'un jeu, répliqua Katie avec effronterie. Et ma foi, je crois que vous avez bien peur de perdre.
- Nous avons autre chose à faire que de jouer aux chevaliers protégeant une jeune écervelée, s'énerva l'écuyer.
Cela était assez, pensa Charles. Il était temps que ce débat stérile prenne fin ou tout pourrait dégénérer.
- Olivier, je crois qu'il vaut mieux s'arrêter là, interrompit Charles. Elle viendra avec nous. Et si elle ne peut supporter les conditions spartiates dans lesquelles nous vivons, cela sera de sa responsabilité.
Dans sa joie, Katie oublia toutes les bonnes manières qu'avait pu lui inculquer sa gouvernante et s'accrochant avec désinvolture au cou du prince, elle planta un baiser sur sa joue.
- Mais, c'est de la folie ! s'indigna Olivier, qui parut de plus, outré de l'attitude de la jeune fille.
- Tout n'est que folies depuis le début de nos aventures, répondit Charles embarrassé qui accompagna ces paroles d'un geste vague de la main comme pour excuser la conduite peu orthodoxe de Katie.
- Ce n'est certes pas de mon fait, soupira le jeune homme brun, dont le souhait le plus ardent semblait être de faire disparaître le sourire insolent de la jeune demoiselle Bell.
Olivier s'en alla ramasser à la hâte leurs affaires.
- Alors qu'attendez-vous ? s'exclama-t-il furieux. Que le soleil soit levé et que monsieur Bell envoie des gens à la recherche de sa peste de fille ?!
Katie se raidit et fixa Olivier d'un regard qui se voulait effrayant. Seulement du haut de son mètre soixante et de par ses doux yeux noirs, la tâche n'était guère aisée, pourtant le résultat sembla calmer quelque peu le jeune homme.
Ce fut les esprits échauffés par ce débat qu'ils quittèrent la demeure. Olivier devant, la tête basse, maugréant et pestant, se dirigeait d'un pas ferme vers les écuries où il apprêta leurs deux montures. Suivant, côte à côte marchaient d'un pas plus lent, Charles et Katie qui n'avaient osé prononcer mot, se contentant de regards amusés vers l'écuyer.
La jeune fille se choisit délibérément – ou du moins, telle était l'opinion d'Olivier – le plus beau cheval des écuries de son père. Ce qui esbaudit les deux gentilshommes, fut de ne pas la voir monter en amazone comme toute demoiselle de bonne famille se devait. N'étant pas gênée par robes et jupons, elle monta de façon très cavalière et sans omettre de jeter un œil canaille à ses nouveaux compagnons. Ce faisant, elle ne put s'empêcher de faire partir en trombe sa monture et avec désinvolture, de sauter par-dessus la clôture en bois qui délimitait le domaine.
- Ma foi, si tu croyais qu'elle ne savait pas monter, te voilà servi ! murmura Charles lui-même étonné de voir tant d'aisance chez une jouvencelle.
- Nous verrons bien qui rira le dernier quand elle osera se plaindre de n'avoir pu prendre son bain ou de ne pouvoir manger à sa faim, ricana Olivier qui ne pouvait accepter l'idée que ses préjugés puissent s'avérer faux.
- Peut-être. En attendant, pressons-nous ! C'est qu'elle serait capable de ne pas nous attendre.
- Il n'y a pas d'inquiétude à avoir de ce côté-là. Crois-moi, elle ne t'abandonnera pas de sitôt, ronchonna l'écuyer en lançant un regard entendu à son compagnon.
A bride abattue, ils galopèrent pour rattraper la donzelle qui les attendait en haut d'un vallon avec un air de défi qui fit grimacer l'un et sourire l'autre.
Et cela ne s'arrêterait pas de sitôt. Il s'avéra bien assez vite que l'écuyer avait tort. Aussi logiques que puissent être ses raisonnements, à son grand dam, la jeune Bell avait su parfaitement s'adapter à l'hostilité de Dame Nature et jamais elle n'avait montré ne serait-ce que l'ombre d'un regret. Bien au contraire, la jeune fille enjouée qu'ils avaient rencontrée, se révélait une femme obstinée et déterminée en tout ce qu'elle entreprenait. Si elle avait effectivement quelque faiblesse, sa fierté et son orgueil palliaient à cela, empêchant son port de tête hautain de faillir, redressant son torse, et ne permettant à sa bouche de ne sortir que des ripostes cinglantes sous forme de badinages qui faisaient littéralement enrager Olivier. Charles semblait coincé entre deux feux, ne sachant qui réellement soutenir de son ami ou de la jeune demoiselle, piégé entre son amitié et les sensations étranges qu'un sourire innocent de Katie pouvait faire naître en lui. Malicieusement, il se contentait de garder pour lui la conclusion à laquelle il était parvenu face à tant de discorde : Katie et Olivier avaient tout simplement des caractères bien trop ressemblants pour pouvoir s'entendre. Et cette découverte ne pouvait que faire sourire davantage Charles quand il assistait d'un naturel plutôt serein à leurs querelles. Après tout, il lui suffisait de hausser la voix pour mettre fin à de pareilles broutilles. Et les voir avec satisfaction lui obéir, lui convenait parfaitement, même si chacun bouderait avec application pendant quelques heures.
Ainsi, ils semblaient se rapprocher de leur destination, le village de Shepherd, ce qui ne manquait pas de rendre Olivier plus sombre, Charles davantage exalté par la mission qu'il semblait s'être désigné et la jeune Bell commençait à se faire particulièrement insistante à leur sujet, ressassant maintes questions sur le passé des deux voyageurs.
Pour des raisons qu'il ne souhaitait pas énoncer, Charles se refusait d'en dire davantage à Katie sur sa véritable nature. Une hésitation qui faisait doucement ricaner Olivier, ce dernier approuvant complètement une telle décision, n'hésitant pas à ponctuer son opinion sur ce sujet de marmonnements divers et variés dont le sens général tournait généralement autour de la même thématique : Katie n'était qu'une jeune péronnelle, qui ne voyait pas plus loin que ses intérêts et n'hésiterait pas à approfondir ses connaissances en manipulation si jamais elle apprenait l'ascendance du dit Charles. Quelle meilleure occasion qu'un prince perdu dans ses rêves de liberté pour s'emparer de son cœur et se l'attacher, lui et sa fortune ?
Lorsque Olivier lui tenait ce genre de discours enflammés, Charles se contentait de ne pas y prêter garde. Ce n'était certes pas la hargne qui existait entre ces deux-là qui pourrait atteindre en quelque manière que ce soit, son amitié d'avec l'écuyer ou ses tendres sentiments pour la jeune fille qui jamais ne lui avait paru aussi désirable que fièrement monté sur son destrier ou maniant reproches cinglants et railleries avec son courroucé compagnon. La colère lui allait si bien. Comme à son habitude, quand il pensait s'échapper dans de doux rêves, un grognement moqueur ou un regard noir d'Olivier le ramenait prestement sur terre.
Un de ces beaux jours comme Décembre en permettait peu, les trois hères laissaient leurs montures avancer d'un pas tranquille, savourant le vent qui de façon inhabituelle, paraissait se contenter de les revigorer, au lieu de ses persistantes attaques glacées qu'il réservait d'ordinaire aux voyageurs égarés.
Ce fut Charles qui le premier, vit une silhouette apparaître au loin, fait quelque peu intéressant dans la lande déserte et peu encline à une vie luxuriante. Si la forme n'avait pas semblé être un homme et si son destrier ne galopait pas à toute vitesse vers eux, ils n'y auraient sûrement pas pris garde. Seulement en ce pays farouche, la présence d'un chevalier pouvait vite s'avérer de mauvaise augure. Et si l'on repense au fait que la petite troupe était composée de deux déserteurs et d'une demoiselle que l'on aurait pu penser enlevée de force, il était aisé de comprendre pourquoi leurs mains se portèrent instinctivement aux pommeaux des épées.
La forme se précisa pour donner un fringant chevalier qui les croisa à toute allure. Charles soupira et se détendit sensiblement, trêve de courte durée, puisque le bruit de sabots cessa brusquement derrière lui. Tous se retournèrent et scrutèrent l'étrange cavalier qui avait arrêté sa monture et tourna la bride pour venir à leur rencontre.
Le visage du rouquin se déforma en une grimace lorsqu'il put constater que l'écusson qui ornait le bouclier du paladin ne lui était pas étranger. Un serpent s'enroulant autour d'une couronne. Un nom effleura à la surface de ses pensées, un nom qui le fit frémir de rage : Marcus Flint. Avec les lieues de chevauchée intrépide derrière eux, ils étaient parvenus à se convaincre qu'aucune de leurs connaissances ne pourrait plus leur faire face. Il semblait que maintenant était l'heure d'affronter la réalité.
Le visage féroce fendu d'un sourire narquois, le dénommé Flint avança lentement sa monture vers Charles, ne prêtant pas attention aux deux autres qui ne savaient comment réagir, déroutés par cette rencontre inattendue.
- Sacrebleu ! Si l'on m'avait dit que sur ma route, je croiserai le jeune seigneur Weasley habillé en vil manant ! jubila Marcus accompagnant ces paroles lancinantes d'un ricanement qui résonna sinistrement dans la lande.
Les traits de Charles se crispèrent et ses poings serrèrent tant la bride de sa monture, que celle-ci s'ébroua rageusement.
- Que peut donc faire le fils de ce très cher Arthur si loin de son fief ? quémanda le chevalier avec un sourire sournois. Les rumeurs seraient-elles vraies ?
- Mon cher Marcus, vous me voyez enchanté de vous revoir, pontifia Charles. Faîtes-moi donc le plaisir de nous conter ce qui est parvenu à vos oreilles à mon sujet.
Le calme que tentait de maintenir le rouquin, ne fit qu'accroître le sourire mauvais de Flint. Menant son destrier de part et d'autre du chemin, il faisait mine de réfléchir tout en dévisageant les trois compagnons.
- Ma foi ! s'exclama Flint. Je savais déjà que vous n'étiez qu'un simple d'esprit, rêvant plus d'inepties que de pouvoir et de richesses. Et à mon grand bonheur, je me suis aperçu depuis quelques temps que dans l'opinion générale, vous êtes descendu bien bas. Je ne vous croyais pas suffisamment bête pour fuir l'occasion de devenir un noble puissant et craint. Vraiment, même moi, vous m'avez surpris.
- Vous m'en voyez navré.
- Que nenni ! trépigna Marcus. Ne jouez pas à ce jeu avec moi et dîtes-moi plutôt quelle est votre pensée pour que vous vous baladiez en compagnie de ces pauvres bougres.
- Je n'ai aucune arrière-pensée et ce ne sont pas de pauvres bougres mais mes compagnons.
Les yeux de Marcus s'écarquillèrent puis un rire puissant s'échappa de son gosier. Sitôt calmé, il prit tout à loisir son temps pour dévisager insolemment Olivier, puis Katie.
- Ma parole ! Vous avez au moins bon goût en ce qui concerne cette demoiselle. Comment avez-vous pu vous attirer les bonnes grâces de cette délicieuse créature ? siffla-t-il avec un air gourmand.
Charles contint sa rage devant un comportement aussi insultant, mais il ne fallait pas laisser Flint le mener sur son terrain, celui de la provocation. Sans qu'il s'y attende ou puisse l'empêcher, ce fut la voix outrée de Katie qui répondit.
- Messire, je vous prie de ne pas parler de moi comme si je n'étais point en face de vous. Mon nom est Katie Bell et mes affaires ne vous concernent aucunement. Ainsi je vous prierai de passer votre chemin et qui plus est, de parfaire vos manières qui laissent fort à désirer.
Abasourdi par le ton hautain de cette réplique, Flint eut besoin de quelques secondes pour se remettre avant qu'une expression carnassière ne marque ses traits. La frayeur qui emplit Katie, elle s'appliqua à ne pas la montrer. Même lorsqu'il approcha sa monture si près qu'elle put sentir le souffle aride du seigneur sur sa gorge.
- C'est que la demoiselle se défend, clama-t-il. Morbleu, que pouvez-vous faire avec de pareils minables ? Venez avec moi et je vous ferai voir du beau monde. Regardez donc les frusques dont vous êtes affublés. Ne rêvez pas plutôt de belles étoffes plus dignes de votre fière beauté ?
Sur ces propos, il ôta d'un geste soudain la capuche que portait encore la demoiselle Bell, dévoilant ainsi ses yeux noirs brûlants de colère. Le regard appréciateur du chevalier erra sur la longue cascade de cheveux sombres qui s'offrait désormais à sa vue.
Katie remit hâtivement sa capuche et écarta sa monture de celle du chevalier.
- Je me fiche de vous et de vos belles promesses, fit-elle d'une voix qui ne parvenait pas à résonner de façon assurée. N'ai-je pas été assez claire ? Laissez-nous en paix.
- Vous avez entendu Marcus ? gronda Charles trépignant d'énervement, ne pouvant en supporter davantage. Laissez cette demoiselle ou vous tâterez de mon épée !
- Vous, Weasley ? s'esclaffa Flint. Ma réputation de bretteur n'est-elle donc point parvenue à vos oreilles ? Vous ne seriez qu'un amusement pour moi, je ne voudrais point vous gâcher cette délicieuse journée.
Excédé, le rouquin mit pied à terre et sortit d'un mouvement vif la lame du fourreau.
- Est-ce dire que vous avez peur ? défia Charles.
Le sourire de Flint disparut pour ne laisser paraître que des traits crispés par le courroux. Il sortit à son tour son épée et descendit de sa monture.
- Vous l'aurez voulu, grinça-t-il. Le ciel m'est témoin que jamais je n'ai voulu votre mort.
- Vous allez bien vite en besogne, piaffa Charles.
Olivier se précipita au sol et se dirigea vers son ami qui d'un geste, l'enjoignit de rester en dehors de tout cela. Penaud, l'écuyer s'appuya contre sa monture et Katie vint le rejoindre tandis que les combattants se fixaient, attendant qui oserait porter le premier coup.
- Bon sang ! Il ne va tout de même pas se battre contre cette brute ? murmura-t-elle inquiète.
- Il semblerait que si, marmonna l'écuyer.
- Il est hors de question que je le laisse faire pareille sottise, s'indigna Katie. C'est à moi seule de me défendre.
Joignant le geste à la parole, elle dégagea son lourd manteau et voulut sortir son épée, si seulement le bras d'Olivier ne l'en avait empêché.
- Sotte ! Ne songez pas un seul instant à vous battre ou il vous en cuira, persifla-t-il.
- Serai-je assez lâche pour le laisser se faire occire par ma faute ? s'indigna la jeune fille.
- Vous seriez une idiote si vous vous précipitiez tête baissée contre un adversaire qui n'est pas à votre portée, rétorqua Olivier.
La jeune demoiselle ne se plia pas aux sommations du jeune homme et fixa obstinément les yeux noirs de l'écuyer, dans le but de le faire succomber à sa volonté.
- Et vous êtes bien sotte de croire que Charles se bat pour vous, ajouta-t-il.
Décontenancée, la jeune fille cessa toute attitude combattive et regarda alternativement les deux chevaliers qui venaient de s'élancer fer contre fer dans une lutte enragée, puis Olivier, cherchant visiblement une réponse à ses questionnements.
- Flint n'est pas n'importe qui, mademoiselle Bell, explicita le jeune homme brun. Charles et lui se haïssent depuis de nombreuses années, alors n'ayez pas la prétention de penser que tout cela est de votre fait.
- Mais qu'est-ce que toute cette histoire ? N'êtes-vous point de simples voyageurs ? Comment Charles peut-il connaître pareil chevalier ? demanda-t-elle perdue.
Olivier posa sa main sur son front avec exaspération. Il lui tourna le dos délibérément, et observa le combat. Les déboires de Katie l'avaient pour le moment détourné de l'important. L'inquiétude se saisit de lui : Charles n'était pas en bonne posture, ce qui n'avait rien d'étonnant. Flint avait dit vrai, son expérience était beaucoup plus grande que celle de Charles qui s'était trop souvent refusé à guerroyer. Et là où le rouquin enchaînait des coups d'une grande technique, son adversaire n'hésitait aucunement à lui porter des coups bas, violant les règles que se devait de respecter tout homme d'honneur.
- Olivier, j'en ai assez de toutes ces cachotteries ! persista la jeune fille. Qui êtes-vous à la fin ?
- Assez ! s'écria-t-il outré de ce comportement infantile. Ne voyez-vous donc pas que ce n'est pas le moment de faire la conversation ?
Rien ne fit écho à sa colère, seulement les bruits métalliques des épées s'entrechoquant avec violence.
Cependant cela ne dura pas, Katie était bien trop furieuse d'être condamnée à regarder Charles supporter les coups d'épée violents de Marcus.
- Bon sang ! s'insurgea-t-elle. Pourquoi n'allons-nous pas lui prêter main forte ?
- Parce que ça serait déloyal, parbleu ! répondit Olivier effaré de si peu de bon sens.
- Et assister à la défaite de notre ami en bon spectateur que nous sommes, c'est loyal peut-être ? riposta Katie.
- Il est assez grand pour décider lui-même de ce qui est bon. Cessez de vous mêler de tout ! tempêta-t-il.
Katie ouvrit grand la bouche s'apprêtant à riposter durement aux arguments d'Olivier, mais elle se tut. Etonnant comme le silence s'était fait soudainement. Plus un seul bruit métallique attestant de chocs entre épées. Olivier et Katie se retournèrent tels un seul homme vers la scène du combat et furent stupéfaits de qu'ils virent : Marcus, dont les yeux étincellaient de rage, haletait et n'osait plus faire un geste, mis en respect par la pointe acérée qui prenait appui sur sa gorge. Epée que tenait fermement un rouquin qui jamais n'avait paru plus féroce.
- Tu as gagné, Weasley. Finis-en, grogna Flint.
- Non, souffla Charles.
Olivier voulut réagir, mais Katie le retint fermement, murmurant une imprécation : il paraîtrait qu'il ne faille pas se mêler des affaires des autres.
- Idiot ! ragea Flint. Qu'attends-tu ? Aurais-tu peur d'enfoncer cette lame dans ma chair ?
- Je ne veux pas me salir les mains avec quelqu'un de ton genre. Remonte sur ton destrier et fuis aussi loin que possible. Je ne veux plus jamais revoir ton visage de malfrat.
- Ton bon cœur sera ta perte. Tu me laisses la vie sauve, mais qui te dit qu'à la première occasion, je ne trahirai pas ta confiance ?
- Pars ! Et si tu fais, ne serait-ce qu'un pas vers ton épée, avertit Charles en désignant la lame qui gisait dans la poussière à quelques mètres de là. Je ferai en sorte que plus jamais tu ne puisses en tenir une, pour accomplir les vilenies dont tu te flattes tant.
- Soit, messire Weasley, persifla Flint. Je m'en vais et j'espère aussi pour votre propre bien que nous nous ne rencontrerons pas à nouveau. Car si ce jour-là arrive, je ne raterais pas mon coup.
L'air mauvais, il alla d'un pas tranquille rejoindre sa monture sous le regard fixe de Charles, puis il fit partir son destrier au grand galop. Le soulagement gagna les trois compagnons lorsque le chevalier ne fut plus qu'un point à l'horizon.
Un fracas retentit. L'épée de Charles gisait au sol, la pointe perlée d'écarlate, du sang qui avait doucement coulé de la gorge de l'ennemi.
Katie se rapprocha et toucha avec compassion le bras du chevalier. Leurs regards se rencontrèrent l'espace d'un instant, puis Charles reprit en main son épée et la rangea dans son fourreau.
- Ne traînons pas ici ! somma-t-il d'un ton bourru en mettant le pied à l'étrier.
Ses deux compagnons l'imitèrent et le suivirent sans mot dire.
Quand le soleil fut couché, il fut décidé de s'arrêter au pied d'une petite rivière qui s'insinuait au travers de deux montagnes. Le combat qu'avait mené Charles contre le chevalier, paraissait l'avoir mis de mauvaise disposition. Ne supportant pas les habituelles chamailleries de Katie et d'Olivier, il alla bientôt se réfugier au loin, s'enroulant maussadement dans sa couverture. Déconfits, ses deux compagnons cessèrent leurs querelles et consentirent à se coucher à leur tour dans un silence pesant.
Le bruissement des feuilles, le tintement de l'eau coulant et heurtant la roche, le hurlement du vent dans la plaine, et ces pensées qui tournaient et retournaient dans l'esprit de Katie, l'empêchaient de trouver le sommeil. Son regard restait fixé sur le dos de Charles couché à seulement quelques mètres d'elle, en disant long sur ses débats intérieurs.
Cédant à ses impulsions, elle repoussa la couverture et d'un pas silencieux, se dirigea vers la sombre silhouette allongée au pied d'un if. La situation lui sembla étrangement familière lorsqu'elle posa sa main sur l'épaule du rouquin.
- Charles. Tu ne dors pas, n'est-ce pas ? murmura-t-elle anxieuse de par ses intentions. La situation ne pouvait pas durer. Il fallait qu'elle sache, et cette fois-ci, il n'y aurait personne pour l'en empêcher.
De grands yeux bleus se tournèrent vers elle. Il avait l'air soucieux et cela la retourna. Comment une simple lueur inquiète dans cette couleur d'océan pouvait-elle faire battre son cœur plus vite ?
- Que veux-tu ? marmonna-t-il ennuyé de ce que l'on vienne troubler sa solitude.
- Savoir, répondit-elle simplement.
- Tu veux toujours savoir, riposta Charles fronçant sévèrement les sourcils.
- Je voyage avec des personnes dont je ne connais rien, répliqua Katie enhardie. Mon père dirait que je fais encore preuve de mon éternelle insouciance.
Elle releva la tête, cherchant à mettre des mots sur son ressenti, et observa un instant les nuages gris qui voilaient la lune.
- A dire vrai, il me tuerait d'avoir fait preuve d'une telle folie en partant à l'aventure avec deux inconnus, avoua-t-elle dans un soupir. A l'heure qu'il est, il a dû jurer ma perte s'il parvenait à me retrouver.
Charles continuait à la regarder fixement, en silence. Et cela la mettait dans un état d'énervement impossible. Elle tenta de se calmer. Pourquoi avait-il tant d'importance ? Rien n'avait jamais eu la moindre importance à ses yeux. Elle n'avait toujours été qu'insouciance, voilà tout. Cela ne pouvait-il perdurer ?
- Qui est ton père ? Pourquoi errez-vous de la sorte ? Où allez-vous ? demanda-t-elle compulsivement, cherchant à dissimuler son trouble par ses interrogations.
- Tu poses trop de questions, fit Charles d'un ton las, puis il se détourna.
- Tout simplement parce que je n'ai aucune réponse, gronda Katie.
Elle contourna la couche de Charles pour lui faire à nouveau face, se refusant de subir un nouvel échec. Elle saurait même si elle devait le regretter par la suite.
- Ne crois pas que tu pourras échapper bien longtemps à mes questionnements, vociféra Katie. Allons bon, tu n'es pas un meurtrier en fuite ?
- Tu as écouté trop d'histoires, grinça le rouquin énervé de tant d'obstination.
- Alors, qu'en est-il ? J'estime que j'ai le droit de savoir qui chevauche à mes côtés, qui m'a aidé, qui…
- Je me suis enfui de chez moi, le coupa abruptement Charles. Il n'y a là rien de bien intéressant.
- Ce Marcus Flint avait l'air de penser tout autrement, répliqua Katie tentant de réprimer le sourire triomphal qu'avait causé ce début d'aveu.
Charles poussa un soupir agacé.
- Flint est un imbécile, ronchonna-t-il. Nous ne sommes pas faits pour nous comprendre.
- Comment peux-tu connaître un tel chevalier ? s'enquit Katie. Il semble faire partie d'une noble famille.
- Katie, je suis moi-même d'une noble famille, mon père est seigneur d'un vaste comté, lâcha Charles ne sachant plus s'il devait être exaspéré de la conduite de la jeune Bell, ou bien soulagé de n'avoir plus rien à cacher. Et si je me suis enfui, c'est en partie pour cette raison.
- Es-tu donc fou ? s'exclama-t-elle de façon irréfléchie. Tu as quitté richesses et pouvoir. Morbleu ! Je comprends mieux ce que voulait dire ce Flint.
- Non, tu ne comprends rien, s'offusqua-t-il en s'asseyant avec brusquerie. Pour avoir richesses et pouvoir, il y a certains choix à faire comme renoncer à sa liberté, se plier aux règles du jeu, aux manigances. Et ça, je l'ai refusé. Mais, ce n'est point une fille de fermier qui pourrait le comprendre.
- Je n'ai point voulu te vexer, s'insurgea Katie. Et tu te trompes. Il me semble que nos fugues ont quelque peu les mêmes raisons : le besoin de liberté.
Charles s'allongea à nouveau, scrutant le ciel ténébreux.
- Tu ne m'as point dit où pouvait se rendre un prince en fuite, lança Katie avec un brin d'ironie.
Contemplant toujours les étoiles, un sourire mystérieux apparut sur le visage du rouquin.
- Le deuxième jour, nous avons croisé une vieille paysanne, commença-t-il.
Voyant qu'il ne poursuivait pas, Katie entreprit de l'encourager.
- A cela, il n'y a rien de bien intéressant, fit-elle remarquer narquoisement. Je ne vois pas en quoi une vieille femme a pu décider du but que vous pourriez poursuivre.
- Elle nous a juste conté une histoire, celle d'un monstre dévastant un village : le Quidditch.
Au grand désarroi de Charles, Katie se mit à pouffer de rire. Au vu de l'expression vexée de son ami, elle tenta tant bien que mal de réprimer son hilarité.
- Vous allez combattre le Quidditch ? Est-ce possible ? gloussa-t-elle.
- Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de drôle, renâcla-t-il avec courroux. Sauver la vie de plusieurs personnes est une quête glorieuse. Et ce n'est pas une jeune fille impertinente qui a le droit de s'en moquer.
- Morbleu ! On menace les enfants avec le Quidditch : si tu n'es pas sage, le Quidditch viendra te dévorer pendant ton sommeil, mima Katie d'une voix grave en agitant un doigt désapprobateur.
Devant tant de bonne foi, les certitudes de Charles furent ébranlées, mais il se reprit.
- Dans toute légende, il y a un fond de vérité, argua-t-il. La paysanne nous a bien indiqué le village de Shepherd.
- Shepherd, dis-tu ? Mon père est allé aux environs de ce village, il y a de cela quelques années. Et il ne m'a jamais conté pareille sornette. Pourtant, le ciel sait combien il aime me régaler d'histoires plus ou moins fantaisistes lorsqu'il rentre de voyage.
La mine sombre, Charles se renfrogna et rabattit sa couverture pour échapper au sourire moqueur de la jeune fille.
- Cette vieille folle vous a bernés. Il n'y a rien de mal à cela, avança Katie.
Charles ne réagit pas davantage.
- Je trouve même qu'il s'agit d'une bonne chose, insista-t-elle.
Perplexe, Charles se retourna vers la demoiselle, fronçant les sourcils.
- Si vous n'aviez pas écouté ses fabulations, peut-être auriez-vous abandonné vos rêves d'aventures, souligna Katie. Peut-être seriez-vous retournés en votre château...
Elle s'interrompit, scruta ses mains qu'elle agitait nerveusement avant de se reprendre en relevant fièrement la tête :
- Et je n'aurais jamais eu l'occasion de parler à un prince comme je le fais actuellement. C'aurait été dommage.
- Je ne suis plus un prince, rectifia Charles avec amertume. J'y ai renoncé.
- Il n'y a pas que le titre ou les richesses qui font un prince, glosa la jeune fille.
- Je veux bien te croire, Katie. Mais qu'allons-nous faire maintenant ?
- La terre est vaste, fit-elle remarquer. Je suis sûre que nombre d'aventures nous attendent ça et là.
Un sourire illumina le visage du jeune homme.
- Il se fait tard, nous pourrons toujours reparler de ceci demain. Olivier sera enchanté de voir que j'ai renoncé si facilement à mes chimères.
Katie hocha la tête et se releva. Mais une main lui attrapa le poignet et la retint.
- Veux-tu bien rester dormir avec moi ? débita Charles abruptement.
Le visage de Katie s'empourpra et l'air lui manqua soudainement.
- N'y voie pas une proposition indécente, assura-t-il et son air innocent ne pouvait en aucune façon démentir cette affirmation.
Katie détourna le regard. Les principes qu'on lui avait inculqués durant quinze longues années, avaient beau lui hurler de toute leur force de refuser pareille idée, pourtant le seul fait de sentir le regard troublant de Charles sur elle, suffisait à repousser toutes ces méfiances comme choses négligeables.
- Je t'en prie, implora-t-il, je ne pourrai réussir à trouver le sommeil seul.
Elle acquiesça. Doucement, Charles lui fit une place tout contre lui. Ils s'endormirent sereinement, s'apportant mutuellement chaleur et compréhension. Les jours à venir pourraient leur amener les dangers et les obstacles qu'ils voudraient. Jamais ils ne seraient seuls pour les affronter.
FIN
1) Il faudrait que j'arrive enfin à me désintoxiquer des guimauveries en tout genre. Même en voulant faire une jolie quête initiatique avec de l'aventure et de l'humour, au final, une amourette a réussi insidieusement à se glisser dedans. A la fin, ça se voit que j'ai complètement craqué.
2) C'est vrai ! Katie fait sa crise d'adolescence. Si vous ne vous en doutiez pas, c'est fait. De toute façon, Charles est bien assez équilibré, sage et romantique pour deux.
3) Oui, je ne regarderai plus Kaamelott, Les visiteurs...
