Auteur : Emiko-Ô ()
Catégorie: Réflexions/One-shot
Rating : Tout public
Disclaimer : Rien à moi, tout à Clamp… dommage lol.
NDLA : Premier recueil TRC, deuxième fic du recueil ;)
Bonne lecture ^_^
Du bout des lèvres
Tu ouvres les yeux, lentement.
Cette nuit encore, le sommeil n'est pas venu à ta rencontre. Tu retiens un soupir ; tu ne veux pas le réveiller. Tu ne le vois pas, mais tu sais qu'il dort. Et tu l'envies.
Tu l'envies d'avoir tout ce que tu n'as pas, mais tu ne lui en veux pas pour autant. Vous êtes différents, c'est tout. Mais des fois, comme ça, tu te demandes si tu ne pourrais pas lui ressembler juste un peu. Être un peu moins lâche, un peu plus téméraire. Ne plus avoir à fuir, avoir assez confiance en toi pour affronter tout ce que tu fuis depuis le début.
Tu aimerais savoir les choses comme il les sait.
Sa volonté inébranlable, cette maîtrise qu'il a de lui-même… avec ironie, tu penses que toi aussi, tu maîtrises. Mais c'est faux. Toi, tu te caches. Tu fuis. Il est vérité et tu n'es que mensonges, esquives, secrets.
Et il sait plus que toi. Il sait le plus important pour lui. Toi, tu es vide de tout. Tu ne sais que le passé, le présent te file entre les doigts, le futur t'échappe dans sa quasi-totalité.
Où vas-tu ? Que veux-tu ?
Que feras-tu, lorsqu'il te retrouvera, ce passé que tu fuis sans cesse ?
Ce passé qui te hante, cette ombre qui te chasse de monde en monde… Ashura.
Pourquoi tiens-tu tant à fuir ?
Ce vide, cette sensation de vie inutile, gâchée ; tu sais tellement bien ce que c'est… Tu voudrais tant t'arrêter de courir, faire une pause, rien qu'une fois. Rester quelque part et prendre le temps de regarder les nuages, de marcher pieds nus dans l'herbe…
Mais tu ne peux pas. Tu as bien trop peur que ça te fasse perdre l'avance que tu as sur ton passé.
Un sourire ironique étire tes lèvres avec douceur, la mélancolie te prend. Le passé est derrière, inchangé, immuable. Pourquoi le passé bougerait-il de là où il est ? Parce que c'est comme ça, tu le sais. C'est ta faute, tu n'as fait qu'endormir Ashura, te condamnant par là même à l'exil.
Pourtant, même l'endormir était trop à tes yeux.
As-tu seulement pensé à toi ?
Ta vie te semble-t-elle si insignifiante que ça ?
Oui.
Fut un temps où c'est ce que tu aurais répondu, n'est-ce pas ?
Mais avais-tu seulement prévu cette influence qu'il aurait sur ta manière d'exister ?
Cette vie n'est pas la tienne.
Une moitié de vie. Tes actes et tes pensées contre l'identité d'un autre.
Une vie partagée. Peut-être que c'est aussi un peu pour ça que tu l'as écouté. Parce que ce n'est pas uniquement ta vie. Ou peut-être parce que ce qui n'impliquait que deux personnes dans un même corps -ce que tu croyais n'être que deux personnes dans un même corps n'était qu'une illusion.
Parce que peu importe ton nom, ou celui que tu prétends porter, c'était toi et un souvenir, et cette idée te rend immensément triste, plus que tu ne l'es d'habitude.
Alors tu le regardes encore une fois dormir si paisiblement et tu te dis que finalement, sans lui, ta vie n'aurait jamais eu aucun intérêt. Et tu sais que tu as arrêté de survivre pour ce souvenir qui te ronge de l'intérieur, que tu as commencé à vivre pour toi parce que maintenant il y a autre chose qu'un souvenir, autre chose qu'un nom, autre chose que le passé ; parce que maintenant il y a...
-Hé, stupide mage, tu devrais dormir un peu.
-Tu t'inquiètes pour moi, Kuro-rin ?
-Dors.
Un autre sourire. Un autre mensonge comme tous les autres.
Mais un jour, tu le feras.
Tu cesseras de fuir, tu ôteras ton masque.
Et, rien que pour lui, du bout des lèvres, tu esquisseras la plus douce des vérités…
Tu ne le ferais pour personne d'autre.
