Harry n'entendit pas les ordres brutaux qui tombaient. Une voix d'habitude si glaciale envers lui, cassée par la douleur. Il n'eut pas conscience que Ron et Hermione s'étaient pétrifiés, en larmes tous les deux, les yeux qui allaient de son corps à celui qui le tenait actuellement. Car il n'eut jamais conscience de toute la douceur qu'exprimait son visage à cet instant. Pas de rictus de victoire ou de douleur. Juste un sourire tendre d'un homme qui semblait s'être endormi à côté de la personne aimée.
A Sainte-Mangouste, son réveil fut pénible. Les sorts des mangemorts l'avaient atteints de plusieurs façons. Les premiers visages qu'il vit furent ceux de Ron et Hermione. En larmes tous les deux. Larmes d'angoisse et de joie mélangées. Hermione, fidèle à son habitude, lui donna aussitôt les nouvelles importantes :
- Tu as réussi, Harry ! Voldemort est mort ! On a eu si peur pendant que tu étais ici …
- Combien de temps, articula péniblement Harry.
- Une semaine, répondit Ron en l'aidant à boire.
- Mais il n'y a pas eu cours, ajouta Hermione. Ils ne reprennent que dans trois jours. Nous avons de la chance, tous les professeurs peuvent reprendre leur poste.
- Sauf Rogue, ajouta Harry à mi-voix le cœur serré.
Il vit clairement les regards gênés de Ron et Hermione.
- Il n'est pas mort, dit Hermione avec précaution.
- Mais je l'ai vu, avait protesté Harry. Je l'ai vu recevoir un avada. Et un certain nombre d'autres sorts.
- Et tu as raison, Harry.
A ce stade là, Harry ouvrit et ferma plusieurs fois de suite sa bouche. Personne ne survivait à l'avada kedavra ! Enfin, sauf lui, mais lui, il était particulier non ?
- L'avada fait mourir une personne vivante, Harry, reprit péniblement Hermione. Mais il ne peut rien faire sur une personne qui est déjà morte …
- Déjà … morte ? Réussit à balbutier Harry.
Mais … une personne qui est déjà morte est … morte ? Non ? Ou il avait encore raté un épisode, voire une saison entière du film ? Hermione reprit doucement la parole :
- Cela m'a étonné moi aussi lorsque je l'ai vu arriver comme un fou, si Ron, il n'y a pas d'autres termes, il est arrivé comme un fou vers toi quand tu es tombé. Il paraissait encore plus inquiet que Dumbledore même ! Oh, juste pendant quelques secondes, après il s'est mis à aboyer des ordres dans tous les sens. Tous te concernaient exclusivement.
- Ro … Rogue ? Parvint à articuler Harry en balbutiant.
- Oui, Harry, reprit Hermione plus fermement. Rogue.
- Mais … comment ?
- Ce que je vais te dire ne vas peut-être pas te plaire, Harry, commença Hermione d'une voix hésitante. Enfin, en tout cas si tu … éprouves … des … sentiments pour lui …
Harry vit Ron écarquiller les yeux d'angoisse et d'interrogation en le fixant. Ils restèrent silencieux quelques secondes et, rien qu'à l'expression de leurs visages, Harry sut qu'il venait de trahir ce qu'il avait tenté d'enfouir au plus profond de lui lorsque Ron articula d'une voix blanche :
- Mais … ce n'est pas possible. Tu ne peux pas …
Il s'interrompit de lui-même lorsqu'il vit jaillir les larmes des yeux d'Harry qui hochait la tête. Ron reprit d'une voix suppliante :
- Harry … Non …
- Ron, arrête …
- Mais Hermione, c'est … Rogue …
- Je le sais, intervint Harry d'une voix hachée, Merlin sait que je le sais. Hermione, tu n'as pas fini ton explication sur ce qui n'allait pas me plaire …
- C'est … c'est … enfin, comment te dire ? Ron, tu pourrais m'aider !
- T'aider ? Mais comment veux-tu que je t'aide ? Je n'arrive même plus à le regarder dans la grande salle ! Je crois même que je vais renoncer à aller en cours avec lui !
- Mais enfin, Ron, tu es ridicule, s'agaça Hermione. Dumbledore ne l'aurait pas laissé enseigner pendant seize ans si les élèves avaient été en danger !
Le regard d'Harry allait de l'un à l'autre. A ce niveau là, ce n'était plus de l'inquiétude qu'il ressentait, mais une panique totale. Il pourrait peut-être sombrer à nouveau dans une inconscience bienfaitrice ? Non ? Ce n'était pas une option disponible ça ?
- Vas-y, dit Ron en se plaquant les mains sur les oreilles, je ne peux pas entendre cela deux fois.
- C'est un … vampire, dit Hermione dans un souffle en attrapant la main d'Harry dans la sienne et en la serrant très fort.
Vampire.
Le mot eut un peu de mal à se frayer un chemin dans le cerveau d'Harry.
Vampire.
Vraiment l'immonde créature qui se nourrit du sang d'autres êtres humains ? Vraiment … vraiment ?
Vraiment … vraiment, décida la partie qui suivait ses cours. Et, oui, un vampire se nourrit du sang de ses victimes.
Déjà il se doutait avant qu'il n'avait pas été gâté par le sort le jour de sa naissance en le laissant orphelin à un peu plus d'un an, avec pour mission d'anéantir Voldemort, mais si en plus son cœur avait fait une telle erreur … Merlin l'avait vraiment totalement oublié dans sa distribution de bonheur … Pourquoi cet imbécile de Voldemort ne l'avait pas tué en même temps que lui ? Franchement, cela aurait pu être la seule bonne action de sa vie, et il avait raté l'occasion !
Harry sentit soudain l'angoisse lui serrer la gorge :
- Qui est au courant ?
- Pour Rogue ? Seulement Dumbledore et les professeurs, je pense, répondit Hermione. J'ai compris lorsqu'il a répondu à un moment à Dumbledore qu'il avait été sonné et que c'était pour cela qu'il avait eu un temps de retard. Pour cette attirance, j'ai eu un doute après ta réaction lorsque Rogue est tombé avec le sort de mort. Tu nous as donné l'impression de devenir fou furieux à cet instant … Et j'ai beaucoup réfléchi sur ton attitude aussi cette année en potions. Harry, si seulement tu nous avais dit que tu étais amoureux …
- Amoureux, s'étrangla Ron. Harry ! Non ! C'est juste … une simple attirance, hein ?
- Si seulement, soupira Harry.
Il se tut alors que Ron poussait un léger gémissement et qu'Hermione lui serrait la main à lui broyer.
- C'est donc bien à lui que tu pensais lorsque tu as hurlé … enfin, juste avant l'avada, murmura Hermione.
- Qu'est-ce que j'ai hurlé, paniqua Harry.
- Pour mon amour …
Harry ferma les yeux, mais finit par hocher lentement la tête.
- C'est cela aussi qui m'a permis d'aller au delà de la douleur de l'endoloris. Lui. Le souvenir que j'en avais.
Il finit par leur raconter lentement ce qu'il avait vu presque un an auparavant dans l'infirmerie. Il leur raconta aussi ses rêves, en édulcorant car il n'était pas sûr que Ron resterait assis sur sa chaise s'il ne le faisait pas.
- Qui a entendu ce que j'ai hurlé, finit-il par demander.
- Dumbledore, nous, ainsi que McGonagall et Flitwick. Les mangemorts ne comptent pas car ils ont reçu le baiser des détraqueurs. Il n'y avait personne d'autre dans la pièce. Et … Rogue est arrivé à ton deuxième avada. Le dôme doré a disparu et il a couru vers toi.
Ils n'eurent pas le temps de discuter plus avant, car un médicomage venait d'entrer dans la pièce. Voyant son patient réveillé, il prit Harry dans un tourbillon d'examens médicaux.
Harry était loin de se douter qu'à Poudlard, son réveil n'était pas passé inaperçu pour tout le monde. Un poing s'abattit brutalement sur le mur d'un appartement privé. Enfin, ce sale gosse daignait ouvrir un œil et sa magie se remettre un peu en ordre.
- Mais tu es soulagé de cela, murmura sa conscience.
- Soulagé ? Tu parles, maugréa le propriétaire du poing. Ce n'est pas toi qui vas devoir tout lui expliquer ! Le vampire, le calice. Tout quoi !
- Tu omets volontairement l'union sorcière …
- J'imagine déjà trop bien sa tête horrifiée lorsque je vais lui dire … J'aurai bien de la chance s'il ne se jette pas du haut de la tour d'astronomie ou dans le lac.
- Mais si tu le détestes autant que tu veux bien le dire, cela va t'indifférer …
- La paix, la conscience, la paix !
Le professeur Rogue s'assit, ou plutôt se laissa tomber brutalement sur son canapé. Il avait volontairement refusé de s'avouer la vérité tout au long de l'année, mais ce qu'il avait ressenti lors du combat contre Voldemort l'obligeait à le faire et à prendre des décisions.
Aussi improbable que cela puisse être, il y avait une certaine chance que ce soit l'union sorcière, l'union de leurs magies qui ait permis à Potter de trouver la force de tuer Voldemort. Bien, ceci posé, et pour éclairer la lanterne des lecteurs, il fallait donc se remémorer ce qu'était vraiment une union sorcière.
C'est une union bien particulière des magies de deux heureux élus. Heureux, pensa Severus, tu parles, le gamin va d'abord tenter de me réduire en poussière. Bien, l'union sorcière ne peut apparaître que lorsque les sentiments amoureux des heureux élus sont des plus profonds. Mais les raisons pour lesquelles elle apparaît chez quelques rares couples et pas chez la majorité des autres reste encore un mystère.
Maintenant le temps que l'autre admette ses sentiments …
- Parce que toi tu les admets facilement ? Persifla sa conscience.
- Moi, je me raisonne, rétorqua Severus. Et on verra un Potter faire la même chose quand les dragons seront des animaux domestiques !
Bien, l'union sorcière étant la reconnaissance par la magie des sentiments de l'heureux couple, leur puissance magique respective s'en trouvait décuplée et chacun pouvait puiser dans la magie de l'autre pour augmenter sa force. Ce qui expliquait la légère angoisse de Severus lorsqu'Harry s'était retrouvé face à Voldemort et sous l'emprise du doloris de celui-ci.
- Légère angoisse, railla sa conscience, peur panique, oui !
- Vas-tu te taire, toi ? Tu crois que c'est agréable de sentir sa magie décroître à une allure fabuleuse parce que le gamin a décidé de résister au sort et qu'il y arrive en pompant ton énergie magique ? Et en plus ce n'est pas le problème principal ! Si seulement il n'y avait que l'union sorcière, je pourrais bien lui laisser quelques jours avec magnanimité pour se faire à l'idée qu'il va devenir mon compagnon dans tous les sens du terme, mais le temps qu'il admette ma condition … et ce qui va en découler pour lui …
- Tu es amoureux ! Tu es amoureux ! Chantonna sa conscience.
Severus osait enfin se l'avouer.
Après plusieurs mois de dénis formels.
Il avait réussi à tomber amoureux de Harry Potter, alias le Survivant, alias désormais le Sauveur pour la majorité du monde sorcier. Et ses sentiments semblaient être réciproques. Sauf si l'augmentation de sa propre puissance était due à autre chose qu'une union sorcière, pensa Severus avec une pointe d'angoisse.
- Angoissé que le gosse ne soit pas amoureux ? Railla sa petite voix.
Heureusement, finit par penser Severus, Dumbledore n'a pas l'air d'être au courant. Nul doute qu'il l'asticoterait sérieusement sinon. Tout en lui rappelant certainement qu'il était hors de question d'entretenir une relation autre que platonique avec un élève. Mais franchement, Albus était donc si âgé qu'il ne se rappelait plus du sens du mot désir ? C'était bien le seul point que Severus pouvait admettre à haute voix. Difficile de faire autrement vu le nombre de fois où il avait remercié ses robes de camoufler au reste du château le profond désir qui pouvait s'emparer de lui à la vue de celui qui devrait être appelé à être son compagnon pour de très, mais alors très longues années !
Bon élaborer une stratégie : d'abord, contraint et forcé, attendre la fin de l'année scolaire, les aspics. Parfait. Ensuite, le dernier jour de l'année, convocation dans son bureau. Il parlerait aux elfes de maison pour que ses bagages restent ici à Poudlard. Et enfin redécouvrir avec lui toutes les positions dans lesquelles deux hommes pouvaient s'unir charnellement.
Redécouvrir ?
Redécouvrir pour lui certes, mais Potter ? Avait-il eu le temps de découvrir simplement ? Songea brusquement Severus.
La réponse fusa immédiatement dans son esprit : bien sûr que non, enfin, à son avis. Donc, dans l'intervalle, prendre une petite heure pour préparer un lubrifiant maison, à savoir trois en un : lubrifiant, anesthésiant local léger et baume cicatrisant. Il allait prouver à son futur amant qu'il savait parfaitement être attentionné lorsqu'il le voulait. Evidemment, il ne le voulait pas très souvent, mais peut-être qu'avec un compagnon cela changerait ? Et ledit futur amant aurait intérêt à montrer un peu plus d'enthousiasme pour cette matière que pour les potions !
Il fut dérangé dans ses intenses réflexions quelques minutes plus tard par un Dumbledore qui entra sans avoir frappé dans ses appartements. Une première en plus de seize ans de présence ici. Que se passait-il donc ?
- Severus, tonna Dumbledore. Qu'est-ce que vous m'avez caché ?
- Si vous m'en disiez un peu plus, je pourrai peut-être vous éclairer, répondit Severus froidement.
- Ne jouez pas ce jeu là avec moi ! Comment avez-vous pu me cacher qu'il s'agit de vous dans l'union sorcière d'Harry ? Vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas senti votre magie se transformer, Severus !
- Et après, répondit âprement Severus. Si je vous l'avais dit, qu'est-ce que cela aurait changé ? Vous pensez vraiment avec votre incurable optimisme que Potter va me sauter au cou ? C'est plutôt de la tour d'astronomie qu'il risque de sauter lorsqu'il apprendra qui je suis en plus d'être simplement son compagnon !
- Vous m'auriez évité de me torturer les méninges depuis le début de l'année, tout simplement Severus ! Sans compter mon inquiétude devant cet amour qui clairement le ronge !
- Si déjà, selon vous, cela le ronge alors qu'il n'est au courant de rien, je ne suis pas au bout de mes peines avec ce gosse !
- Arrêtez de le voir comme un enfant, Severus ! Il aura dix-huit ans bientôt !
- Et alors ? Qu'il commence par me le prouver qu'il n'est plus un gosse, par ses actes ! Cela me changera !
- Mais vous ne pourrez pas le traiter comme cela. Enfin, Severus, c'est de votre compagnon dont nous parlons là !
- Albus, je suis parfaitement au courant de qui nous parlons. Et puisque vous voulez me l'entendre dire à haute voix, nous parlons de mon futur compagnon, de mon futur calice et de mon futur amant. La seule inconnue qu'il reste c'est de savoir dans quel ordre je vais faire les trois choses avec lui.
- Severus, protesta Dumbledore visiblement choqué, vous …
- Je quoi ? Cela vous choque que je vous dise ouvertement qu'il sera mon amant ? Ne vous voilez pas la face, Albus ! Vous avez dit vous-même qu'il devait s'agir d'une union sorcière ! Et puisque vous voulez toujours tout savoir, apprenez que s'il n'avait pas cumulé les deux handicaps d'être à la fois mon élève et le fils de James Potter, il le serait depuis bien longtemps !
Il eut la satisfaction d'avoir réduit son employeur au silence durant quelques secondes.
- Vous avez toujours particulièrement bien dissimulé vos sentiments Severus, soupira le directeur en scrutant son professeur de potions. Mais je n'ai presque aucun doute sur l'union sorcière Severus. C'est la seule explication à la force accrue de sa magie et à ce qui s'est passé lorsqu'il a défait Voldemort.
Severus se détourna sans répondre. Avoir cette confirmation de la bouche de celui qu'il estimait plus que quiconque au monde, résonnait à la fois comme une sentence et une promesse. Sentence d'aimer un Potter. Promesse de bonheur pour peu que chacun y mette un peu du sien ! Enfin, Potter surtout !
- Maintenant, que comptez-vous faire ? Finit par demander Dumbledore d'une voix douce après un moment de silence.
- Attendre la fin de l'année et le convoquer ici le premier jour des vacances pour l'empêcher de prendre le Poudlard express. Je lui expliquerai la situation, il va me gratifier d'une des colères dont il a le secret que j'ai bien l'intention d'étouffer en le faisant plonger dans les délices du sexe. Vous voulez d'autres détails ?
- Non, merci, répondit sèchement le directeur. Je vous fais une totale confiance, Severus ainsi qu'à Harry. Et ce n'est pas un rappel ou une mise en garde, c'est une simple affirmation. Je sais que vous allez prendre soin de lui. Et qu'il sera heureux avec vous. Vous avez enfin trouvé quelqu'un sur qui déverser votre besoin de protection, et Merlin sait qu'Harry a besoin de se sentir en sécurité, choyé, je dirai même, comme il ne l'a jamais de toute sa jeune vie. Mais il a aussi suffisamment de caractère pour que vous ne l'étouffiez pas.
Dumbledore quitta les appartements de son maître des potions qui n'avait plus de voix. Il avait rêvé, ou Dumbledore venait explicitement de lui donner son consentement ? Mais comment allait-il faire pour résister jusqu'au départ du Poudlard Express maintenant ? Et comment ça le gamin n'avait jamais été choyé ? Sa famille de moldus l'avait bien élevé, non ? Et il avait dû être outrageusement gâté, non ? Bon, là, il n'aurait pas le choix, il faudrait qu'il voit ça avec le principal intéressé.
RAR
Mifibou : je compte, comme pour toutes mes autres fics, aller au bout de celle-ci ! Et j'espère effectivement te faire vivre des choses un peu différentes …
