Chapitre 2 : Premier contact
Il était debout à 9h la veille il s'était encore promené le long de la digue et avait été jusqu'à El Palo, le quartier dans lequel il suivrait ses cours d'espagnol, pour prendre connaissance du chemin qu'il devra effectuer tous les jours. Il émit un rire jaune. Des cours. Il avait quitté l'Angleterre, s'était éloigné de tout ce qui touchait de près ou de loin à Poudlard pour retourner à l'école. Il leva les yeux au ciel. Mais après tout, ce n'était que quatre heures pris sur sa journée, il y survivrait.
Il ne tarda pas à se mettre en route parce qu'il devait encore prendre le bus pour arriver jusqu'à son école et il ne voulait pas arriver en retard aujourd'hui, il passait un test pour évaluer son niveau et ainsi être placé dans la classe qui lui conviendrait le mieux, il ne voulait surtout pas être en retard. Une fois qu'il y arriva, il passa au secrétariat chercher la preuve de son inscription et puis attendit dans la cour. Il s'amusa à détailler l'architecture qui était très différent de l'Angleterre. C'était moins… gris, moins froid aussi et beaucoup plus ouvert. Il n'y avait quasi pas de couleurs, les salles de classe donnaient directement sur l'extérieur où des tables et des bancs étaient laissés à la libre disposition des élèves et professeurs. Il s'était installé nonchalamment sur une chaise, lunette de soleil sur le nez et sac-à-dos au pied.
Il fut dérangé dans son étude des bâtiments par l'arrivée d'autres personnes dans la cour, elles tenaient quasi toutes en main un papier semblable au sien. La plupart étaient isolés et regardaient autour d'eux de manière apeurée, certains parlaient par groupe de deux ou trois, pour ceux-là il en déduisit qu'ils se connaissaient déjà d'avant. Lui-même avait tout fait pour arborer un air détendu, comme si rien ne le touchait. Néanmoins, au fond de lui, il avait la trouille et stressait de l'issue de cette journée, mais ça, il ne l'avouerait à personne. Après tout, il restait Drago Malefoy.
Après encore dix minutes à attendre au soleil, un professeur leur fit signe de rentrer dans une petite classe. Ils s'installèrent tous et on leur fournit des papiers et un stylo.
- Vale chicos. Hoy es el examen para hacer los grupos, ¡no cuenta, es un examen formativo! *Bien tout le monde. Aujourd'hui c'est l'examen pour faire les groupes, ça ne compte pas, c'est un examen formatif !* Drago, comme d'autres, avait froncé les sourcils. Le professeur reprit alors dans un anglais approximatif et agrémenté d'un accent effroyable : It doesn't count, this is not a real examination ! Il parcoura la classe en hochant la tête pour être sûr que tout le monde ait bien compris avant de poursuivre : Teneís dos horas (il leva deux doigts puis dessina une horloge au tableau auquel il dessina deux heures dans le cadran), dos horas. Después, vais a hacer un examen oral, si? Oral.
Tout le monde acquiesça puis retourna sa feuille. C'était des questions à choix multiples. Les premières étaient faciles, mais le reste demanda beaucoup plus de concentration à Drago qui ne connaissait pas parfaitement l'espagnol tout ce qu'il en savait, il l'avait appris en autodidacte via des livres qu'il s'était acheté dans des bouquineries moldues durant ses vacances. Il avait toujours aimé les langues et après celle-ci, il aurait bien voulu se mettre au français ou à l'italien.
Une heure venait de passer, il releva la tête pour craquer sa nuque et en profita pour observer les autres élèves qui l'entouraient. Il y avait une fille à l'air de bouledogue, les cheveux noir coupé court avec des mèches vertes. Il fit la grimace en la voyant avant de se détourner et d'observer un grand garçon svelte, bronzé aves des cheveux bruns en bataille un autre avait une carrure athlétique et des cheveux blonds, il ne fallut qu'une seconde à Drago pour le catégoriser comme un sportif américain ou canadien. A côté de lui se tenait une fille qui était littéralement plongée sur sa feuille, elle s'arrêtait pour réfléchir, ses yeux bougeant dans tous les sens pendant qu'elle repassait sa grammaire en tête, sans doute, avant de s'agiter de nouveau et de griffonner à toute vitesse sur sa feuille. Le simple fait de la regarder fatiguait Drago et il se reconcentra sur sa feuille.
Une demi-heure plus tard, il sortit le premier et on l'envoya faire son interview. Drago pensa qu'il se débrouillait bien, il savait qu'il avait fait quelques fautes, mais rien de bien méchant. On lui dit ensuite qu'il pouvait sortir et qu'il recevrait ses résultats d'ici une heure, en attendant il fallait qu'il n'aille pas trop loin. Il sortit donc et se rassit sur la chaise qu'il occupait précédemment. Le soleil avait encore monté depuis là-tantôt et était devenu plus brûlant, Drago ne tarda pas à bouger pour se mettre à l'ombre, lunettes de soleil visées sur le nez. Bientôt, d'autres personnes sortirent de la classe et passèrent leur oral, ensuite, ils se dispersaient dans la cour. La fille qui ressemblait à un bouledogue regarda de tout côté puis s'approcha de lui à pas lent. Drago avait sorti sa bouteille d'eau afin de boire et de se donner contenance. C'était maintenant ou jamais, il ne devait pas gaffer. Il était ici et pas à Poudlard, il avait le droit d'être… sympathique… avec des moldus.
Elle arriva enfin à sa hauteur et le salua. Elle lui demanda en espagnol si elle pouvait s'assoir à côté de lui, chose qu'il accepta. Elle se présenta comme Abigail, elle venait de Chicago. Il se présenta alors à son tour, en anglais. Rassurée, elle lui posa des questions sur lui, d'où il venait, quel âge il avait (elle avait trois ans de plus que lui, mais ne sembla pas se rebuter pour autant).
Au bout de vingt minutes, Drago commençait à chauffer, et ce n'était pas qu'à cause du soleil. Cette Abigail l'énervait. Elle lui retournait gentiment ses questions, certes, mais elle avait autant de conversation que Goyle. Elle ne disait quasi rien, regardait ses pieds avec ses yeux de merlan frit. Drago pria au fond de lui-même pour ne pas être dans la même classe qu'elle, il ne supporterait pas un mois à ses côtés.
Lassé de cet échange vain entre lui et la jeune fille, il observa les autres avec son air suffisant qu'il aimait tellement arborer pour se sentir supérieur. Certains avaient fait comme la cruche à côté de lui et s'étaient rapprochés pour faire connaissance, d'autres restaient isolés, ne sachant quoi faire dans cet endroit inconnu. De nouveau, son regard fut attiré par la jeune fille qui s'était excitée sur sa feuille durant l'examen. Assise à l'écart des autres, à l'ombre, elle lisait un livre d'histoire sur les rois de France. Les lèvres de Drago s'étirèrent en un sourire narquois, quasi de pitié. « Il n'y en a qui ne savent vraiment pas se détendre » pensa-t-il, puis ses yeux retombèrent sur le bouledogue à côté de lui et son sourire se mua en expression de dégout.
Dieu merci pour lui, le temps passa vite et rapidement il eut ses résultats : il était niveau B2. Il haussa les sourcils et lut l'explication : en langue, il existait les niveaux A1 (le débutant qui ne savait quasi rien dire dans la langue étrangère), A2, B1, B2, C1 et C2, qui était le bilinguisme parfait. Au vu du classement, il se sentit fier de lui. Ce n'était pas trop mal, l'objectif serait donc C1 et, qui sait, bientôt C2.
C'est avec un sourire goguenard qu'il fit demi-tour afin de rentrer à son studio, puis d'aller à la plage. Cependant, alors qu'il commençait à se diriger vers la sortie, feuille de résultat en main, quelqu'un lui rentra dedans avec violence. Sous le choc du contact, son corps bascula en avant, sans qu'il ne tombe, et ses lunettes s'envolèrent pour aller s'étaler sur le sol deux mètres devant lui. Il entendit un couinement de surprise et des excuses en français, puis en espagnol tandis qu'il se massait l'épaule. Il se tourna vers l'importune qui venait de lui rentrer dedans et qui était en train de ramasser ses lunettes.
- « J'espère qu'elles ne sont pas cassées ! » Dit-elle en espagnol. « Ouf, non elles n'ont rien, Dieu merci. » Elle les lui tendit, un sourire coupable sur les lèvres. Drago les saisit, les yeux légèrement plissés. La manière de prononcer les r et sa dernière expression était française. Il attrapa ce qui lui appartenait et reconnut la jeune fille : c'était l'excitée du papier, celle qui a failli déchirer sa feuille à force de griffonner dessus.
- « Je m'appelle Hermione », dit-elle, son sourire s'élargissant. « Je viens de Lille, en France. Et toi ? »
- « Drago. »
Elle lui sourit plus franchement avant de continuer :
- « Je suis désolée de t'être rentrée dedans, je ne regardais pas où j'allais. » Elle réfléchit un moment puis dit plus doucement, mesurant chacun de ses mots pour ne pas se tromper : « Je loge dans hm… le centre. Et toi ? »
- « Egalement. »
A ce moment, Drago faillit faire demi-tour, mais se ravisa à la dernière seconde. « Tu ne voulais pas faire autre chose, quelque chose qui sorte de l'ordinaire ? Hein mon gros, il est temps de prendre tes couilles en main et de changer ton balai d'épaule. Si tu veux te fondre dans la masse, c'est le moment de jouer au… moldu. » Cette dernière pensée lui arracha une grimace, mais qui disparue tout aussi tôt, de peur de donner la mauvaise impression à… Comment déjà ? Simone ? Léonie ? Hermina ? « Et merde. »
- « Tu veux qu'on fasse le chemin ensemble, hm… ? »
- « Hermione. »
- « Oui, c'est ça ! » Il attendit une seconde, avant de rajouter : « et donc ? »
Elle sembla se rendre compte de sa question et acquiesça rapidement. Ils marchèrent un moment en silence, ne sachant trop quoi dire. Drago n'osait pas initier la conversation, de peur de commettre une bévue. Certes, ce n'est pas comme s'il allait sortir sa baguette et faire léviter son sac à côté de lui, mais il préférait ne pas commettre de gaffe. « On ne sait jamais qui peut vous voir, encore moins vous entendre », tel était le dicton de son père ô combien vrai. De plus, Drago en était encore à prendre ses marques étant mineur et non-accompagné d'un sorcier adulte, il ne pouvait faire usage de la magie. Jusqu'à présent, son plus gros souci venait de deux grosses boites qu'il avait dans son studio : une où des gens apparaissaient et débitaient des âneries, l'autre qui était censé réchauffer des plats, mais il n'avait pas encore compris son principe.
Cependant, Hermione ne semblait pas aussi travailler pas tous ces éléments et, bien que ce soit timidement au début, elle engagea la conversation avec lui et lui posa des questions sur Londres. Tous les deux avaient du mal, se présenter dans une langue qui n'était pas la sienne posait des limites au sein de la communication, mais lorsque ces difficultés devenaient trop grandes, ils remplaçaient les mots espagnols qu'ils ne connaissaient pas par l'anglais.
Finalement, Hermione descendit du bus cinq arrêts avant lui. Il la salua et avant que le bus n'ait parcouru dix mètres, il était déjà passé à tout autre chose, laissant ses pensées vagabondées vers ce qui l'attendait durant ce mois.
