Chapitre II/
Qui était-il ? Il l'obsédait. Elle pensait à lui jour et nuit. Trois jours après la cérémonie, Gaëlle était toujours dans un état second. Elle ne s'était jamais sentie comme cela et la violence de ses émotions lui faisait peur. C'était fort au point de la faire pleurer, elle qui avait appris à ne plus verser de larmes. La simple image de cet homme suffisait à lui nouer le ventre. Son corps lui murmurait des choses dans un langage qu'elle ne comprenait pas. C'était à la fois douloureux et plaisant et elle ne voulait pas que ça s'arrête.
Elle ne quittait que rarement le quartier des femmes, passant son temps dans la petite cabane où elle vivait. De toute façon, les temps étaient paisibles et beaucoup de chevaliers restaient au Sanctuaire uniquement pour ne pas manquer la réincarnation d'Athéna.
Sayuri se faisait beaucoup de souci pour son amie. Depuis cette fichue cérémonie, Gaëlle n'était plus la même et ce qui lui faisait le plus de peine, c'était qu'elle refusait de lui dire ce qu'elle avait. La jeune japonaise aimait se promener dans le domaine et se rendait souvent aux arènes afin de s'y défouler avec d'autres filles. Et ce jour-là, elle décida d'y emmener Gaëlle de gré ou de force. On n'avait jamais vu une femme chevalier passer son temps enfermée chez elle ! Elle se rendit à la petite cabane et frappa à la porte :
- Gaëlle, t'es là ?
La jeune blonde vint ouvrir. Elle avait le visage brouillé comme toujours depuis quelques temps. Sayuri ne fit pas de commentaires et dit :
- Tu viens aux arènes avec moi ? On va se bouger un peu !
Gaëlle hésita un moment. Elle n'avait pas la moindre envie de sortir mais elle était consciente d'avoir négligé beaucoup de choses depuis trois jours.
- Ok, je viens.
- Ah bien ! Je me demandais si tu n'allais pas de transformer en larve à force de rester ici !
Gaëlle lui offrit un faible sourire et mit son masque avant de suivre son amie. Elles marchèrent en silence pendant quelques minutes puis Sayuri décida de repartir à l'attaque :
- Gaëlle, tu vas me dire que je suis gonflante mais je suis certaine que quelque chose ne va pas chez toi. Je ne t'ai jamais vue dans cet état même durant les périodes les plus difficiles. Du moins, à l'époque, tu me disais toujours ce qui n'allait pas, ajouta-t-elle avec une pointe d'amertume.
Gaëlle sentit son cœur se serrer à ce reproche mais comment expliquer à Sayuri que depuis cet homme, tout était différent ? Elle-même avait du mal à analyser ses sentiments. Elle répondit le plus diplomatiquement qu'elle put :
- Pardonne-moi. Je voudrais tellement pouvoir t'en parler mais….je ne peux pas. C'est trop….
- Trop quoi ?
- Compliqué. Nouveau.
- Nouveau ? Donc tu admets au moins qu'il y a quelque chose. Ce n'est pas ce que tu disais jusque-là. Mais qu'est-ce qui t'es arrivé bon sang, t'as couché avec le Pope ou quoi ?
- Sayuri, tu es folle de dire une chose pareille ! s'écria la blonde choquée.
Elle l'entendit rire :
- Au moins, ça te fait réagir, c'est bon signe ! Dis-moi juste une chose : est-ce que c'est arrivé pendant la cérémonie de présentation ?
- Oui.
- Tu as vu ou entendu un truc qui t'a chamboulé ?
Gaëlle la voyait venir. Sayuri était en train d'essayer de lui tirer les vers du nez. Elle mourait d'envie de se confier mais elle avait peur. Elle sentait que son problème touchait de très près aux interdits imposés aux chevalières. Comment réagirait Sayuri ?
Gaëlle se raccrochait à l'espoir que tout finirait par s'arranger, qu'elle allait oublier. Si ça se trouve, la prochaine fois qu'elle reverrait cet homme, elle se demanderait ce qu'elle avait bien pu lui trouver. Oui, elle récupèrerait enfin sa tranquillité d'esprit. Cette idée était pour elle comme une bouée de sauvetage.
Sayuri continuait de la cuisiner alors elle s'écria d'une voix lasse :
- Ecoute…. Je ne peux pas te le dire, pas maintenant ! Laisse-moi le temps de comprendre, je te promets que je t'en parlerai quand….quand j'aurais fait le point.
- Tu ne me fais pas confiance ?
- Mais bien sûr que si ! Seulement, je veux essayer de me débarrasser de ça toute seule !
- Dis-moi au moins si c'est grave !
- Je ne sais pas… c'est difficile de juger.
Sayuri soupira en réalisant qu'elle n'en saurait pas plus.
- Ok, je te laisse tranquille. Mais si jamais tu es dans la panade, promets-moi de m'appeler.
- Oui…c'est promis.
Gaëlle s'en voulait énormément de faire des cachotteries à Sayuri. Mais elle n'était pas prête à lui parler.
Les deux filles arrivèrent aux arènes et Sayuri poussa un petit cri de joie :
- Oh ! Mais regarde qui voilà !
Un jeune homme et un enfant s'entraînaient. Où plutôt, le jeune homme entraînait l'enfant. Gaëlle se tourna vers son amie :
- Tu les connais ?
- Mais oui, on s'est rencontré il y a deux jours. C'est Aioros, le chevalier d'Or du Sagittaire ! Et le gamin, ce doit être son frère, il m'a dit qu'il l'entraînait.
Gaëlle ne put s'empêcher de sourire. Sayuri n'avait pas perdu de temps avant de se faire de nouvelles connaissances ! Et parmi les Chevaliers d'Or en plus ! Mais cela ne la surprenait pas outre mesure. Sayuri savait se montrer très liante et savait choisir ses amis. Son amie l'attrapa par le bras :
- Allez viens, on va les rejoindre !
- Mais on va les déranger !
- Non ne t'inquiète pas. Et puis, Aioros est super sympa, faut que je te le présente !
Gaëlle céda sachant qu'il était inutile de discuter. Elles dévalèrent les gradins et quand il les vit approcher, Aioros leur adressa un grand sourire :
- Tiens ! Mais c'est Sayuri ! Quel bon vent t'amène ?
- Salut Aioros ! Nous étions venues nous entraîner ! Je te présente ma meilleure amie, Gaëlle de la Couronne Boréale.
Gaëlle n'en revenait pas. Sayuri s'adressait à lui comme s'il s'agissait d'un de ses amis. Aioros la salua d'un signe de tête amical.
- Ravi de te rencontrer !
Gaëlle rougit sous son masque et répondit du mieux qu'elle put :
- C'est un honneur, Seigneur du Sagittaire !
« Seigneur » était la formule protocolaire que l'on se devait d'utiliser avec les Chevaliers d'Or. Mais Aioros sourit et répondit :
- Pas d'étiquette avec moi. Tu peux m'appeler par mon prénom et même me tutoyer. Nous sommes tous des chevaliers d'Athéna !
Et tout d'un coup, Gaëlle se sentit une immense sympathie pour Aioros. Elle ne s'attendait pas à trouver un Chevalier d'Or aussi ouvert et amical.
- C'est ton petit frère ? demanda Sayuri à haute voix en se tournant vers l'enfant, occupé à donner des coups de poings dans une colonne. La marque de ses coups restait gravée dans le marbre.
Aioros jeta un œil vers lui et répondit :
- Oui, il s'appelle Aiolia. Il a sept ans.
- C'est toi qui l'entraîne ? voulut savoir Gaëlle. A quelle armure est-il destiné ?
- A l'armure d'Or du Lion, répondit Aioros.
Il cria au petit garçon :
- Aiolia ! Ca ira comme ça pour l'échauffement. Viens par ici.
Le petit essuya la sueur qui collait ses boucles blondes à son front et s'approcha. Les deux frères se ressemblaient beaucoup si ce n'est que l'aîné avait des cheveux bruns. Aiolia, voyant deux inconnues, s'accrocha timidement à son frère en fixant les filles de ses grands yeux curieux. Son aîné lui ébouriffa les cheveux :
- Eh bien tu ne dis pas bonjour ? Je te présente Gaëlle et Sayuri !
- Bonzour ! dit l'enfant avec un petit sourire.
Gaëlle le trouva adorable et Sayuri s'accroupit à sa hauteur :
- Alors comme ça, tu es le futur chevalier du Lion ?
A ses mots, les yeux du petit étincelèrent :
- Oui ! Ze serais un chevalier aussi fort que mon frère !
Aioros se mit à rire :
- Et bien pour commencer, tu vas continuer à t'entraîner sur ta technique. Tu as encore du mal à contrôler ton cosmos.
L'enfant acquiesça et s'éloigna en trottinant sous le regard bienveillant de son frère. Ce dernier se tourna vers les deux amies.
- Je vais vous laisser les filles, il faut que je le surveille. On ne sait jamais il pourrait faire exploser l'arène ! fit-il en levant les yeux au ciel d'une manière qui fit rire Sayuri.
Elles saluèrent Aioros qui s'éloigna puis elles se dirigèrent vers un endroit tranquille pour s'entraîner. Dés qu'elle fut sûre que personne ne pouvait l'entendre, Sayuri dit à son amie :
- Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ?
- J'en dis qu'il est vraiment très sympa ! Je ne m'attendais pas à cela venant d'un chevalier d'Or !
- C'est pour ça que tout le monde l'adore ici ! Il n'est pas du tout hautain et il est très accessible. Il vient souvent se mêler aux chevaliers de rangs inférieurs et donner des conseils aux apprentis ! Et pour ne rien gâcher, il est mignon !
- Il ne manque pas de charme c'est vrai.
Mais il ne lui arrive pas à la cheville…, pensa Gaëlle qui pensait toujours à l'homme aux cheveux bleus.
Les filles se mirent dans un coin reculé et commencèrent à s'entraîner. Gaëlle se rendit compte qu'elle avait envie de se défouler, de se libérer de tout ce qu'elle avait accumulé. Elles passèrent une bonne heure là tandis que le ciel prenait les teintes rouges du couchant. Soudain elles entendirent une énorme explosion suivit du fracas d'une colonne qui s'effondre.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ! s'écria Sayuri. Tu as senti ce cosmos ?
Une voix d'enfant surexcitée retentit un peu plus loin :
- Grand frère, t'as vu ça, j'ai réussi !
- Super Aiolia ! Tu as fait d'énormes progrès ! Allez viens on rentre !
- Eh bien, il promet beaucoup le petit lion ! dit Gaëlle en souriant.
Elle se sentait fatiguée mais l'entraînement lui avait fait un bien fou. Elle avait retrouvé un peu de sa bonne humeur d'avant. Les filles restèrent encore un peu pus quand il commença à faire trop sombre, elles retournèrent à leurs quartiers.
