Disclaimer : Si j'avais écrit Harry Potter, je serais riche et célèbre ;-) En attendant, les personnages, lieux et éléments du monde magique appartiennent à JKR, les situations et l'écriture à moi...

Je n'eus pas besoin de parcourir pendant longtemps le dossier Olivier Dubois pour que l'évidence me saute aux yeux :

- Mais il n'y a aucun élément contre toi dans ce dossier ! Aucun juge sensé ne peut te condamner là-dessus, tu as même été interrogé sous Veritaserum et tu as affirmé n'être pas coupable…

- Je sais, répondit simplement Olivier, l'air sombre.

J'étudiai encore le dossier en silence pendant quelques minutes, mais n'arrivai à aucune conclusion satisfaisante. Finalement, je fus brutalement tiré de mes réflexions par un « WEASLEEEEEY ! » qui résonna sans doute dans tout le service.

- Collins a dû se rendre compte de la disparition du dossier, expliquai-je, paniqué. Je dois y aller…

- Bonne chance…

Ces simples mots me donnèrent le courage de me diriger jusqu'à la porte de ma supérieure, le dossier bleu fautif à la main.

- Ah, c'est donc vous qui vous êtes emparé de ce dossier ! Voleur, voyou !

Pâle de terreur, je ne répondis pas. J'étais trop occupé à rester concentré pour tenir debout devant le bureau d'Amelia Collins, laquelle faisait virevolter plumes et parchemins dans toute la pièce sous le coup de la colère.

- Tenez, puisque vous êtes là, rendez-vous donc utile. Rangez cette lettre dans le dossier Dubois. C'est une missive du Ministre bulgare, qui demande une comparution immédiate du coupable devant la justice anglaise… Et sa condamnation, cela va de soi. Il estime que seule une véritable condamnation peut réparer l'injustice qu'a subie son pays.

L'injustice me frappa de plein fouet et je n'eus pas la présence d'esprit de retenir un commentaire :

- Madame Collins, je dois vous dire… Puisque j'ai lu le dossier, je peux vous affirmer qu'il n'y a absolument aucun élément contre Dubois…

Je bafouillais, mais au moins étais-je parvenu à m'exprimer.

- Et alors ? Nos bonnes relations avec la Bulgarie sont donc tout de même autrement plus importantes qu'un petit joueur de Quidditch amateur ! s'exclama Collins.

- Mais enfin madame Collins, aucun juge n'acceptera de le condamner ! Il a été interrogé sous Veritaserum…

- Ah, vraiment ? Le Veritaserum a-t-il été fabriqué sous l'œil de trois experts diplômés du troisième grade en Potions ?

- Non madame, c'est-à-dire qu'ils n'étaient que deux, le troisième étant malade ce jour-là… Mais il y en avait un qui avait l'Ordre de Merlin…

- Je me moque de Merlin comme de Dubois. L'argument est nul et non avenu, relisez vos textes de loi.

Et elle me plaqua sous le nez le Code des lois des cités sorcières de 945 à nos jours, tome 18. Un pavé de 986 pages exactement, que je connaissais plus que bien.

- Madame Collins, il a été établi à plusieurs reprises que le prévenu ne savait même pas lancer le sort qui a enchanté son balai… Il est incapable de faire preuve d'une telle puissance qui ne peut relever que de la magie noire !

- J'aimerais bien que vous soyiez capable de le prouver, tiens ! Maintenant faites-moi de l'air, j'ai besoin de respirer. Et ne dérangez pas monsieur Laghan pour cette affaire, classez-moi plutôt les dossiers des affaires diplomatiques avec le Japon depuis 1790.

- Bien, madame Collins…

J'avais senti qu'il était inutile d'insister néanmoins, je n'avais pas pour autant l'intention d'abandonner la partie.

- Alors ? me demanda immédiatement Olivier lorsque je fus de retour dans mon bureau.

- Alors, c'est plutôt mal parti. Mais tu n'as qu'à rester, je vais plancher pour essayer de trouver un élément, n'importe quoi, qui pourrait être en notre faveur…

Mon ancien camarade de Poudlard sembla considérer un instant l'invitation, puis chercher quelque chose d'approprié à répondre.

- Merci. Tu sais, je ne pensais pas que tu ferais ça pour moi… Je veux dire, on ne se connaît que très peu…

- C'est normal, le coupai-je. Il est évident que tu n'es pas coupable et cela me paraissait trop injuste que tu sois condamné pour une bêtise pareille. Je ne supporte pas l'injustice, surtout quand elle saute autant aux yeux.

Je n'avais même pas le courage de lui raconter de suite le contenu de la lettre du ministre bulgare, mais il allait falloir que je le fasse très certainement sous peu, et cette perspective ne me réjouissait pas du tout.

- Maintenant que j'y pense, c'est dommage que j'aie passé tant de temps à jouer au Quidditch à Poudlard, alors que j'aurais pu connaître d'autres personnes, observa soudainement Olivier.

- Heu… Peut-être. Je ne sais pas. Moi, j'étudiais souvent. Bon, je vais m'y mettre…

Olivier s'affala sur une chaise tellement faible qu'elle gémit sous son poids. Ce fut alors le début des vingt-quatre heures les plus longues de ma vie.

Je n'ai pas souvenir d'avoir ensuite passé un temps aussi long sans dormir, sans presque rien manger, le nez plongé dans la paperasse. Au début, Olivier restait stoïque, se contentait d'observer. Puis, la lassitude le gagna et il s'endormit la tête posée de travers sur mon bureau. Il glissait petit à petit sur mes papiers pas toujours classés, un filet de salive aux coins des lèvres, souriant comme un bienheureux.

Il se réveilla avec un mal au cou dû à sa position étrange pendant son sommeil, alla chercher un thé à la vanille dans le hall puis revint avec deux tasses fumantes, une pour chacun de nous. Il me somma d'aérer « mon cagibi » mais je n'avais pas de fenêtre, aussi lança-t-il un sort sous mes yeux effarés. Il sirota ensuite lentement son thé, en jouant avec une copie d'une missive officielle d'un quelconque Ministre brésilien sans paraître se rendre compte de l'importance de ce qu'il avait entre les mains.

- Leur calligraphie est différente… Étrange pays que le Brésil… observa-t-il.

Je ne répondis pas ; je venais d'avoir une idée. Les textes de lois n'avaient pour l'instant été d'aucune aide, j'allais m'intéresser aux dossiers similaires à celui qui m'occupait.

Dossier Perkins. Donovan Perkins avait été condamné il y a un mois pour avoir assassiné sept Moldus. Mais exactement comme pour Olivier Dubois, aucune charge sérieuse ne pesait contre lui. D'ailleurs, c'était un sorcier médiocre qui aurait été bien en peine de performer des sortilèges de haute magie noire pour exécuter des gens. Pourtant il avait été incriminé, et sans hésitation aucune si j'en croyais la conclusion du dossier.

Dossier Atkinson. Il y a deux mois, Julia Felis avait abattu de sang froid un dénommé Jeremy Atkinson, d'un Avada Kedavra parfaitement bien placé. Atkinson était connu en son temps pour être un farouche opposant à Vous-Savez-Qui. Je le savais car j'avais lu un article sur le sujet un an et demi auparavant, mais cet élément ne figurait pas dans le dossier. En fait, malgré les preuves accablantes contre Felis, elle avait été relaxée.

Pour la première fois, je relisais ces dossiers avec un œil nouveau, plus critique et plus averti, et j'y voyais l'œuvre de Vous-Savez-Qui. C'était tous les plus grands principes de la justice qui avaient été bafoués sous mes yeux, et la preuve se trouvait entre mes mains. J'avais délibérément voulu rester aveugle. Selon les éléments du dossier Perkins, ce pauvre bougre était évidemment sous l'emprise de l'Imperium au moment des faits, c'était quelque chose qui m'apparaissait clairement pour moi qui avais l'habitude des formulations alambiquées de la paperasse cependant, le juge semblait n'en avoir fait aucun cas. Je tournais les pages, agacé. Le dossier se terminait par un parchemin vierge. Mes supérieurs étant des personnes exceptionnellement rigoureuses, cela m'étonna et je restai quelques secondes à observer l'objet coupable. Olivier surprit mon geste et s'empara du parchemin.

- Revelio !

- Arrête de faire de la magie, soufflai-je. Je n'ai pas le courage d'affronter une nouvelle fois Collins aujourd'hui…

Mais sous mes yeux effarés, des mots se formèrent lentement sur le parchemin.

- C'est légal ça, « Version à remettre au juge » ? demanda ironiquement Olivier.

Question purement rhétorique.

- C'est l'écriture de Heck Laghan, mon supérieur… admis-je.

Laghan s'était soigneusement occupé de réécrire toute l'histoire dans cette version, Perkins apparaissait comme le pire des salauds et tout l'accablait. La conclusion du juge m'étonna tout de suite moins.

- Eh bien, soit ton supérieur est sous l'emprise de l'Imperium, soit il a des convictions torves et il a retourné sa veste. Quelle perspective préfères-tu ?

Le ton d'Olivier s'était fait presque cynique comme pour mieux me faire ressentir toute la gravité de la situation.

- Collins semble impliquée ? demanda-t-il.

- Non, il n'y a pas trace d'elle sur tous ces papiers. J'ose encore espérer qu'elle est tout simplement sadique, névrosée, impatiente et colérique, et qu'elle n'est pas en plus Mangemort… Je ne veux pas faire de conclusion hâtive, un mauvais caractère n'implique pas forcément qu'on œuvre pour servir le mal !

Mangemort. Je ne pouvais plus nier l'évidence. Quelque chose n'allait pas dans le monde magique, et il fallait y remédier. Je m'étais mis à réfléchir à toute vitesse.

- Je ne pense pas qu'elle soit blâmable, ajoutai-je. Elle s'exprime parfois un peu… violemment mais elle est beaucoup trop capable de sentiments pour ça. Et il y a des photos de sa famille partout dans son bureau ! Elle parle tout le temps de ses enfants… Je l'imagine mal commettre des atrocités, même si elle a mauvais caractère. Ce sont tout de même deux choses très différentes !

J'eus un coup en cœur en songeant qu'il n'y avait certainement aucune photo de moi dans le bureau d'Arthur Weasley.

- Je suis épuisé et j'ai un torticolis à force de dormir sur ton bureau, observa Olivier.

J'aimais l'idée qu'on puisse se préoccuper de choses aussi simples alors que rien n'allait autour de nous, comme si nous pouvions encore agir normalement. Sans même me demander la permission, Olivier fit soudainement apparaître un lit douillet dans un coin de mon bureau. Ou plutôt, il avait eu l'intention de le placer dans un coin et le meuble imposant recouvert de coussins vert fluo occupait à présent la moitié de la pièce et bloquait en partie l'accès à la porte.

- Tu ne peux pas t'empêcher de faire de la magie, hein ?!

- Non. Je ne sais pas comment font les Moldus, me répondit-il avec la plus grande simplicité.

- Oh tu sais, ils ont plus de ressources qu'on ne l'imagine…

Mon père aurait pu dire cela. Cette idée me rendit soudainement plus triste et nostalgique que je ne l'aurais voulu. Je me forçais à retourner à la réalité et je lâchai d'un ton larmoyant :

- Collins va me tuer si elle apprend ça…

- Ah ? Eh bien, si elle te tue, goûte ça d'abord, tu pourras mourir en paix.

Il pointa sa baguette sur mon bureau et fis apparaître un café et une tartelette au citron.

- Le café est très fort, ça t'aidera à te maintenir éveillé. J'ai appris à le faire à force de voyager jusqu'en Afrique pour les matchs de Quidditch. Et la tarte, c'est juste parce que j'aime bien le citron.

Sans rien ajouta, il s'écroula sur le lit et s'endormit.