Auteur : Niacy.
Disclaimer : Tout est à Hoshino-sensei : D. Gray-Man, Kanda, Lavi * soupir * mais l'histoire est de moi ^^'. Comment ça, y'a pas de quoi en être fière ?
Rating : T pour ce chapitre. Mais il s'agit toujours de relations amoureuses entre deux hommes, communément appelé le Yaoi. Alors que ceux qui n'aiment pas retournent en arrière. Merci. Sinon, appréciez...
Voilà la bête… Finalement, il y aura bien une suite à DA. Vos commentaires et encouragements m'ont donné des ailes.
Merci à vous toutes ( je ne crois pas qu'il y ait de lecteurs, sinon désolée ) et un petit mot aux anonymes, auxquelles je peux enfin répondre - je sais, je n'ai pas le droit T_T mais on dira que vous n'avez rien vu :
ZerHypno : Merci pour ton compliment et ta review. Si le but du premier chapitre était de vous frustrer, celui-ci est de vous contenter ? Je l'espère en tout cas^^. Quand à la poésie... on dira que c'est plus joli de dire : la chevelure couleur de feu de Lavi plutôt que : les cheveux oranges ou rouges de Lavi. Enfin, c'est mon avis tout à fait personnel. Si tu aimes, c'est bien le principal ^^. A peluche. Biz.
Mathilde : Merci pour ton commentaire enthousiaste ! Je vois que tu es une grande fan de ce couple toi aussi ! YES ! J'avoue, je suis très gênée par tes compliments sur mes textes, je fais du mieux que je peux. Je suis exigeante quant à mes lectures et donc j'essaie d'écrire ce que j'aimerais lire. Le Lavyuu ou Yuvi, il n'y en a pas assez -grr- alors compte sur moi pour écrire toujours plus sur eux. Biz.
Yumii : Je vois que toi aussi tu aimes quand Kanda joue de Mugen en particulier pour mettre à mal son Usagi personnel. kukuku. J'espère que ce qui suivra te plaira. Merci pour tes compliments et ton commentaire en tout cas. Biz.
S. Shin : Oh, te voilà-là toi aussi ? Tant mieux pour moi^^. Bah, les petites scènettes, ce sera pour une autre fois, ici ou sur l'autre site... Enfin, si tu le veux bien :P. Bises, à toi aussi, p'tite n'exorciste. PS : embrasse Kanda de ma part mais pas la peine de risquer ta vie, non plus ! Sur la joue, ce sera amplement suffisant ^^'.
Moïa : Tiens, un mouchoir ! Merci pour ton comm' et pour le compliment. J'espère simplement que cette suite te satisfera. Pour le lemon... Fais-toi plaisir^^. Biz.
Alors, alors...
Euh...
A l'origine, il ne devait y avoir qu'une suite toute simple, mais... je me suis laissée emporter par l'écriture et du coup, le second chapitre était vraiment trop long par rapport au premier. Alors, après mûre réflexion, je l'ai coupé en deux. * pas taper ! * C'est mieux je trouve. Plus facile à lire, plus digeste, ect.
Au passage, une petite dédicace à Seiiruika qui m'a beaucoup soutenue et encouragée. Sans elle, je ne sais pas si j'aurais été au bout de cette fic, tant j'avais l'impression d'être OOC et trop dispersée. Merci d'avoir enduré mes mails pessimistes. N'hésitez surtout pas à lire sa fic sur DGM Les yeux du souvenir, qui est une vraie perle d'écriture, avec un scénar riche, des persos (Lavi et Kanda entre autres) divins et torturés. Bref, à lire sans modération.
Bonne lecture, Niacy^^
.::.:: DIVINE ATTRACTION ::.::.
« Le désir de l'homme trouve son sens dans le désir de l'autre (...) parce que son premier objet est d'être reconnu par l'autre ». Jean Lacan. Écrits.
2ème partie : « ... je te trouve... »
Sous les hauts plafonds de l'immense bibliothèque qui surplombaient de lourdes étagères se tenaient Lavi et Bookman, travaillant respectivement chacun de leur côté d'une table en chêne clair. Les deux archivistes ne disaient mot ni ne se regardaient ni ne prêtaient attention aux quelques personnes qui fréquentaient ce lieu de savoir et connaissance. Le silence était d'or dans cette partie de la Tour de l'Ombre et semblait envelopper d'un cocon isolant chaque chose et chaque personne s'y trouvant : ainsi, le bruit de bottes qui frappaient d'ordinaire le sol brut se faisait aussi léger que des plumes, les voix portantes des scientifiques excités devenaient simples murmures, les gestes se faisaient plus lents et plus précautionneux. Juste le calme serein que seules conféraient les bibliothèques.
Le roux se pencha en avant sur sa chaise, détachant ainsi son dos ankylosé pour être resté assis trop longtemps dans la même position, posa son coude gauche sur la table devant lui entre deux livres ouverts et, sa joue sur son poing fermé, poursuivit son travail consciencieusement.
Une heure après, sa main passa dans ses courtes mèches rousses qui gênaient sa vue pour ensuite se saisir d'une feuille de papier vierge et, de son écriture fine et déliée, il commença à coucher ses conclusions. Son unique orbe vert se leva très légèrement pour observer son aïeul.
De Bookman, il ne voyait que son étrange queue de cheval qui défiait les lois de l'apesanteur, son front dégarni marqué par l'âge et ses sourcils poivre et sel qui se froncèrent soudainement. Lavi baissa la tête derechef dès qu'il aperçut ses yeux étrécis cernés de noir se poser sur lui. En un soupir muet, le jeune homme s'apprêtait à subir le courroux de son mentor qui, comme il l'avait pressenti, s'abattit sur lui :
« Reste concentré ! »
Il ne répliqua pas. En l'instant, il n'était pas 'Lavi' mais l'apprenti de Bookman, alors toutes ses bouffonneries, qui lui donnaient l'air plus bête qu'il n'était, n'avaient pas lieu d'être. Retranchés comme ils l'étaient dans le fond de l'immense salle au plafond voûté, personne ne pouvait surprendre les rares conversations entre Bookmen qu'ils entretenaient hors des murs protecteurs de leurs chambres et ainsi briser sa couverture.
Le silence retomba, pesant mais sécurisant malgré tout. L'encre séchait doucement sur le papier, seules quelques traces noires brillaient encore sous les rayons du soleil qui filtraient péniblement à travers les grandes fenêtres aux carreaux ternes et jaunis. Les livres méritaient le plus grand soin. De prime abord, tout individu ignorant de la fragilité de ces mémoires écrites aurait pu penser à une négligence d'entretien, pourtant tout rat de bibliothèque saurait que l'un des plus grands dangers des livres était l'astre diurne qui fanait les pages et diluait les encres pour les rendre illisibles. Le soleil, un des ennemis des Bookmen.
Malgré toute sa bonne volonté, Lavi ne parvenait pas à se concentrer davantage sur son travail d'archiviste. Sa rencontre avec Kanda plus tôt dans la matinée lui revenait sans cesse en tête, cette façon qu'il avait eue d'initier le contact... Il avait encore la sensation de sentir la lame glacée de Mugen sur son cou, sa main sur son corps, ses lèvres sur les siennes. Pourquoi n'arrivait-il pas à se le sortir de la tête ?
Il ne représentait rien pour lui. Dans la Congrégation, son rôle était de se mêler aux autres exorcistes afin de récupérer des informations sur l'envers du décor de cette guerre décisive et non pas de créer des liens avec qui que ce soit. Rester neutre et détaché, impartial et sans états d'âme. Voilà ce à quoi se résumait sa mission. Cela en avait toujours été ainsi.
Un long soupir lui échappa malgré lui, tandis que les yeux du Japonais lui revenaient en mémoire. Deux puits sombres, froids et impénétrables. Deux billes noires qui le hantaient sans cesse.
La voix sèche et neutre de son maître rompit le flot de ses pensées malsaines et le replongea dans la réalité.
« Je t'ai vu moins dissipé.
— Je ne le suis pas.
— Laisse-moi en douter. »
Lavi ne put masquer sa perplexité face au regard inquisiteur de celui qui lui avait tout appris. Le vieil homme avait posé sa plume près de l'encrier avant de croiser ses bras sur sa poitrine, ses mains disparaissant dans ses larges manches. L'aura menaçante qui vibrait autour de sa fragile personne donna au roux la force nécessaire pour l'affronter visuellement. Pas qu'il ait peur, simplement, il savait devoir argumenter face à Jiji. Il en était toujours ainsi.
« Tes jeux doivent cesser.
— Quels jeux ? Je ne comprends pas.
— Arrête tes enfantillages avec moi, Aho ! Dois-je te rappeler les règles de notre clan et les raisons de notre venue ici ?
— Bien sûr que non, Panda. J'ai fait quelque chose qui t'a déplu ? Les informations que j'ai rapportées sont-elles dépourvues d'intérêt au vu de nos enregistrements ?
— Là n'est pas la question, Lavi !, insista-t-il sur son prénom d'emprunt, en fronçant les sourcils. N'oublie pas que tu te dois de rester objectif !
— Ce que je fais, gronda-t-il.
— Ton amitié avec le jeune Destructeur du Temps et la sœur de l'Intendant peut prêter à confusion...
— C'est Lavi qui est ami avec Allen et Lenalee, nuance !, corrigea-t-il d'une voix dure qui n'avait rien à voir avec le ton enjoué qu'il prenait d'ordinaire. Tu sais très bien ce que je pense de...
— ... et je doute que tes jeux avec l'exorciste Japonais soient utiles, poursuivit Bookman sans se départir de son sérieux et ignorant sa réponse.
— Yuu-c... Kanda ?, se reprit-il rapidement. Qu'est-ce que tu vas chercher là ?
— Tu te laisses emporter par tes émotions.
— Pas du tout !, s'exclama-t-il un peu trop fort à son goût et à celui de son vis-à-vis, s'il en jugeait par la noirceur de son regard sur lui. Je... Bookman, tout ce qui se passe entre lui et moi n'a rien de personnel. Tu me demandes de jouer le rôle de Lavi, un boute-en-train joyeux et ennuyant au possible. C'est ce que je fais. Et la personne la plus réceptive à mes pitreries est justement Kanda. N'y vois rien d'autre, Jiji.
— Fais attention. A trop vouloir jouer avec le feu, on se brûle.
— Tu n'as pas à t'inquiéter sur ce point. Je sais ce que je fais. »
Rien ne filtra dans la prunelle émeraude de ce qu'il ressentait vraiment pour Kanda. Pas qu'il ressente vraiment quelque chose. Il était un Bookman ! Pourtant, tout au fond de lui, une petite voix lui soufflait qu'effectivement, il se brûlait les ailes à ses côtés. Cette même voix lui disait que son cœur sensément mort battait à nouveau dans sa poitrine à sa simple vue, que la glace qui l'emprisonnait s'était fissurée. Lavi ne l'écouta pas et se replongea dans son travail avec dans la tête, la silhouette d'un certain exorciste avec un long manteau noir et une haute queue de cheval.
Assis jambes croisées sur le divan face au bureau du Grand Intendant, Kanda compulsait d'un œil alerte les quelques informations recueillies pour sa mission prochaine. D'une oreille, ce dernier écoutait les explications de son supérieur sur les diverses conduites à tenir et l'objectif à atteindre. D'une oreille seulement, parce que le Japonais savait que malgré toutes les bonnes intentions de Komui, jamais les choses sur le terrain se déroulaient comme sur les plans. Pas qu'il lui en veuille. De toute façon, chacun avait son boulot. Le Chinois n'était pas un compatible après tout.
« Je sais que tu reviens tout juste d'une longue mission Kanda, mais celle-ci me semble être dans tes cordes.
— Aucune importance.
— J'aurais pu envoyer Lenalee ou Lavi, mais ils ne sont pas immunisés contre le poison des akumas, Alistair Krory est au Portugal et Allen est encore en convalescence, et si je me fie au compte-rendu des trouveurs, l'air est saturé de leur...
— C'est bon.
— Je suis vraiment navré, mais comme tu n'as pas été blessé et que tu peux...
— C'est mon boulot, Komui. Je suis là pour ça. Pas la peine de trouver des excuses, répliqua-t-il d'un air blasé, sans le regarder.
— Merci à toi.
— Tch'. Je pars dans une heure, conclut-il en portant sa main sur son katana, toujours à proximité.
— Non, c'est bon, tu as encore du temps devant toi. »
Komui avala une gorgée de son café noir fait avec amour par sa chère petite sœur tout en observant les réactions de l'épéiste. Ce dernier releva enfin la tête de ses documents pour plonger son regard presque noir sur lui. L'air renfrogné qu'il arborait en permanence semblait plus sombre que d'ordinaire. L'aîné avait conscience de peut-être en demander trop au Japonais, pas que ce dernier s'en plaigne, mais il ne pouvait pas en toute conscience ne pas se servir des capacités extraordinaires du jeune homme.
De toute manière, les consignes venant de plus haut étaient très claires : toutes les missions à haut risque de mortalité devaient lui être confiées. Le nombre d'exorcistes était trop limité pour risquer d'en perdre un alors qu'ils avaient Kanda Yuu sous la main. Cela peinait le Chinois. Parce que derrière ses abords froids et brutaux, il savait que Kanda n'était pas qu'une machine de guerre. Il n'y avait qu'à voir l'intérêt discret qu'il portait à Lenalee.
« Précise, grogna l'exorciste en fronçant les sourcils.
— Bien sûr, Kanda !, commença-t-il en redressant ses lunettes sur son nez. Un des trouveurs arrivera demain par le premier train de la matinée pour te chercher et te guider jusqu'au bastion d'akumas.
— Je trouverai mon chemin tout seul !
— Je le sais bien, mais j'ai besoin de quelques informations complémentaires avant ton départ.
— Hm. C'est tout ?
— Oui. Profite de cette journée pour te reposer un peu. »
Sans un mot de plus, le brun se leva brusquement et tourna le dos à l'Intendant qui le regardait d'un œil compatissant. Ce que ça pouvait l'énerver ! Il détestait cette pitié qui transpirait dans ses paroles. Il n'était pas à plaindre. Il était un des bras armés de Dieu et sa vie ne valait que par le nombre d'akumas qu'il anéantissait. Rien d'autre ! Tout le monde le savait, il n'y avait pas de quoi se formaliser.
« Kanda ? »
Rigide comme à l'accoutumé, les bras tendus le long du corps, le fourreau de son katana dans sa main gauche qu'il ne quittait jamais, celui-ci s'arrêta à mi-chemin vers la porte sans pour autant se retourner. Des bruits papiers se faisaient entendre, certainement Komui fouillait-il dans le bazar qu'était son bureau. Kanda ne cherchait même pas à savoir comment ce dernier pouvait s'y retrouver dans ce capharnaüm. Ce n'était pas comme s'il s'en souciait de toute façon.
« Je suppose que tu vas aller au réfectoire.
— Et ?
— Tu vas donc croiser Lavi et Bookman, tu pourrais leur donner ça ! C'est...
— Je ne suis pas ton coursier. »
Dans un claquement sec, la porte se referma sur la silhouette vigilante de Kanda. D'un pas déterminé, il traversa le long corridor qui le menait hors des quartiers scientifiques. Pour il ne savait quelle raison, il ne décolérait pas de son entretien avec Komui. Partir ce jour ne l'enchantait pas plus que ça, pas qu'il ait prévu quoi que ce soit non plus.
Son état d'esprit s'assombrit davantage lorsque le visage de Lavi lui revint en tête. Pourquoi avait-il fallu qu'il lui en parle ? A présent, il lui faudrait encore tenter de l'oublier, lui et son sourire idiot, ses lèvres douces, son souffle dans son cou, ses soupirs quémandeurs. Bon sang, pourquoi est-ce qu'il avait été le provoquer ce matin ? Ce type l'agaçait vraiment à toujours parasiter son esprit.
Au passage, il bouscula quelqu'un, mais ne prit pas la peine de se retourner pour voir si cette personne allait bien. Elle n'avait qu'à regarder où elle allait.
« Eh Bakanda ! Ne t'excuse pas surtout ! »
Moyashi, grogna-t-il intérieurement.
« Oh ! Je te parle. »
Kanda continua son chemin avant de passer sa frustration sur lui et de le trancher en deux avec Mugen. Non, réflexion faite, il ne valait même pas la peine qu'il dégaine son katana.
« Toujours aussi aimable celui-là !, entendit-il grommeler le maudit derrière lui. Eh Lenalee, Lavi, attendez-moi ! »
Le Japonais ralentit son allure à l'évocation du roux. Discrètement, il tourna la tête sur la gauche et, à travers sa frange qui lui chatouillait les yeux, il croisa le regard vert du futur Bookman. L'échange ne dura qu'une courte poignée de secondes, mais ce fut suffisant pour capter le sourire faux qu'il lui lança. Ce qu'il pouvait détester cette hypocrisie !
Feignant l'indifférence, le brun reprit sa course vers sa chambre, sa haute queue de cheval battant l'air à chacun de ses pas. Aussi ne vit-il pas le changement dans le faciès de celui qui l'obsédait plus que de raison avant de retrouver son masque joyeux et qu'il ne saute sur Allen pour lui souhaiter le bonjour.
A travers les ombres qui inondaient les longs couloirs de la tour de la Congrégation se mouvait une silhouette fine et agile. Des pas à peine esquissés se faisaient entendre dans le silence de la nuit. Pas âme qui vive à l'horizon. Cependant, malgré le calme apparent, le visage de l'homme restait stoïque et n'arborait pas la moindre expression. Son faciès d'ordinaire joyeux et avenant avait repris cette gravité que seul Bookman avait eu l'occasion de voir, celui de l'homme concentré et déterminé qu'il était réellement.
D'une main sûre, Lavi fit passer une de ses mèches couleur de sang derrière son oreille gauche, mais celle-ci retourna immédiatement à sa place gênant à nouveau le seul œil valide du jeune homme. Sans plus y accorder d'importance, l'archiviste continua son chemin dans les corridors concentriques et interminables de la citadelle et, avec un sens de l'orientation poussé à l'extrême et une extraordinaire mémoire photographique, il lui était d'une facilité déconcertante d'errer dans la quasi-obscurité qui l'entourait. Sans l'ombre d'une hésitation, il bifurqua sur la troisième à droite menant à un escalier et disparut dans la nuit.
Quelques minutes plus tard, Lavi arrêta sa course pour se plaquer nonchalamment en une position habituelle contre un mur de pierre, les bras croisés sur sa poitrine et sa jambe gauche repliée pour une meilleure stabilité, et attendit. Des pas se faisaient entendre dans le couloir transversal et semblaient venir dans sa direction. Alors pour prévenir d'un quelconque questionnement sur le fait qu'il soit à cet endroit à cette heure indue de la nuit, un sourire niais venait d'apparaître sur son visage, faisant s'incurver son œil émeraude de telle façon que l'on puisse croire qu'il était tout à fait naturel pour lui de se promener seul la nuit dans les corridors. Ce qui n'était bien évidemment pas le cas. Quel prétexte pourrait-il utiliser s'il se faisait débusquer ? Il trouverait bien une explication alambiquée de son cru le moment venu et le moyen de retourner la question au premier concerné. Ce n'était pas comme si cela ne lui était jamais arrivé.
Tous ici le connaissaient comme le futur Bookman, frivole et sympathique, et cette couverture avait bien des avantages, car ainsi peu étaient ceux qui se posaient trop de questions à son sujet. Non, 'Lavi' était bien trop gentil, avenant ou loufoque pour que l'on puisse lui prêter le moindre doute. Cela le dérangeait parfois. Il n'était pas ainsi, en vrai. La légèreté ne pouvait pas être appliquée à tous genres de situations et devoir prendre cet air idiot alors que tout le poussait à être sérieux lui pesait parfois. Il avait conscience que ses 'amis' - s'il pouvait considérer ses confrères ainsi - appréciaient ce fait, que cela dédramatisait la situation et déliait les langues mais il n'aimait pas vraiment ça. Mais un rôle était un rôle et il n'avait rien à redire. La fin justifiait les moyens. Lors du prochain enregistrement, il serait peut-être un homme glacial et indifférent. Qui savait dans quelle situation son mentor voudrait encore le mettre pour débusquer les informations dont ils avaient besoin ?
Le silence se fit à nouveau présent, le laissant sur ses gardes tout de même. Après un temps d'attente suffisant, il se décolla du mur de pierre, passa deux couloirs avant de franchir les quelques mètres qui le séparaient de sa cible : une porte en bois lambda, semblable à des centaines d'autres, que pourtant, tous dans cette tour qu'il s'agisse des exorcistes, des trouveurs ou des scientifiques se faisaient un devoir de ne pas dépasser et encore moins d'ouvrir, car derrière cette simple porte se tenait la tanière de l'homme le moins apprécié, le plus effrayant et le plus beau de toute la Congrégation : Kanda Yuu.
Le sourire de Lavi disparut comme neige au soleil alors qu'il se tenait droit et fier devant le seul obstacle qui le séparait de celui qui hantait ses pensées plus que de raison. Il n'était pas dupe et avait deviné - ressenti, le terme était plus juste - l'intensité de son regard sur lui ce midi. Ça n'avait pas été long, insignifiant même, mais suffisamment éloquent pour lui donner l'impulsion de venir à lui ce soir.
Yuu...
Son unique prunelle visible se troubla légèrement.
L'insaisissable Japonais avait réussi là où personne n'avait réussi : il avait su lire en lui et voir le vrai 'Lavi' derrière tous ses faux-semblants et ses pitreries, même s'il faisait tout pour l'en détromper. Là où les autres riaient, lui le dévisageait de son regard noir ; là où les autres appréciaient son attitude avenante, lui lui renvoyait un faciès fermé où l'ennui se devinait ; là où les autres se réjouissaient de sa présence, lui lui offrait son dos ; pas que Kanda agisse différemment avec tous ceux qui l'approchaient, mais là où les autres se laissaient berner par ses larges sourires, lui avait deviné que tout n'était que comédie.
Tous savaient plus ou moins qu'il était l'héritier de Bookman, sans en comprendre l'implication sous-jacente, mais seul Kanda avait compris –et lui avait dit– que tout n'était que mensonge : que cette amitié était feinte, que son cœur ne nécessitait aucune attache, que pour lui, ils n'étaient que de l'encre sur du papier ; et c'était ce qui les avait rapprochés. Parce que d'une certaine façon, ils partageaient cette même vision : l'attachement était néfaste, faussait la réalité, troublait les faits et rendait faible, parce que prudent, parce que dépendant. Et tous ces hommes qui gravitaient autour d'eux n'étaient que des nuisances : l'humanité ne valait rien ! Kanda s'en fichait et lui voulait les ignorer.
Tout en retenant son souffle, la main pâle du roux tourna avec lenteur le bouton de la porte et poussa le battant qui s'ouvrit sans difficulté, presque silencieusement. Il se glissa dans l'ouverture, sa main libre se plaqua contre le bois près de la serrure et une grimace expressive prit place sur son visage sérieux pour prévenir d'un quelconque bruit. Il se moqua de lui mentalement, comme si cela pouvait réduire une éventuelle nuisance sonore !
Son orbe vert parcourut la chambre, scannant le moindre recoin, mais la nuit était bel et bien entamée et les ombres habillant la pièce rendaient presque impossible d'y déceler quoi que ce soit. Pourtant, Lavi pouvait s'en remémorer chaque détail : le lit en fer forgé aux lignes épurées plaqué contre le mur à sa droite, la table de nuit attenante et son léger défaut sur le plateau en bas à gauche, le bureau simple et rarement usité qui masquait péniblement le plâtre tombé du mur, la haute fenêtre aux carreaux roses et violacés avec les exactes fêlures qui les recouvraient. Rien de plus. Kanda se contentait du strict nécessaire et s'il n'était pas certain que l'exorciste au katana y vivait - la présence de son arme près de la tête de lit l'attestait - il aurait pu croire que cette chambre n'avait pas d'occupant.
Doucement, sa vision se fit plus nette et déjà, l'obscurité semblait moins profonde. Les rayons de la lune montante, qui n'était pas visible de l'endroit où il se trouvait, perçaient péniblement les ténèbres, les étoiles ne brillaient pas, masquées par des nuages noirs, donnant une atmosphère étrange et surnaturelle à ce lieu silencieux. Un sourire sincère dont Lavi n'avait pas conscience naquit sur ses lèvres fines alors que son regard se posa sur le lit, plus précisément sur le corps de celui qui animait son être et le rendait... vivant.
Oui, Yuu Kanda le rendait vivant, s'il se fiait à ce sentiment de joie ténue qui vibrait dans sa poitrine. Qui aurait pu croire que cela le toucherait ? Certainement pas le premier concerné. Avant de le rencontrer et de le connaître - de vraiment le connaître - l'archiviste n'avait pas conscience qu'il lui manquait quelque chose dans la vie. Il ne le devait pas pourtant. Cela était contre-nature pour un membre du clan des Bookmen.
Oubliant ses interrogations pour profiter de l'instant présent, il fit un pas de plus sur le sol dégagé puis s'accroupit lentement pour délacer ses chaussures et les retirer avec le moins de bruit possible avec souplesse, s'il l'on tenait compte du fait que faire ceci avec le minimum de mouvement et de bruit n'était pas tâche aisée. A travers une mèche rousse qui lui barrait la vue et lui chatouillait le menton, il prit le temps d'observer celui qui serait son amant pour la nuit, du moins l'espérait-il.
Kanda dormait. Sa longue chevelure ébène était éparpillée sur l'oreiller et recouvrait une partie de son torse nu qu'un drap blanc ne couvrait pas. Son tatouage qu'il ne voyait pas à cause de l'obscurité devait être masqué par ces rivières brunes et soyeuses. La tête légèrement tournée sur la gauche lui permettait de voir son profil et ses yeux clos attestaient de l'état d'endormissement du samouraï.
Avec fluidité, il retira son haut vert qui s'échoua mollement sur le sol et d'une main sûre - son œil toujours rivé sur la créature endormie - déboutonna les boutons de son pantalon. De ses mains sur la ceinture et d'un déhanchement souple du bassin, il travailla à retirer le tissu qui habillait ses longues jambes. Seul le chuintement du vêtement s'écroulant sur le sol troubla la sérénité de ce lieu.
Toujours attentif à son environnement, Lavi se redressa uniquement vêtu de son caleçon, l'obscurité l'habillant tout entier pour masquer les pleins et les déliés de sa musculature harmonieuse. Le souffle profond et à peine audible de son hôte lui faisait l'effet d'une douce mélodie apaisante. Après ce qui devait être une minute - difficile de juger tant le temps pouvait sembler capricieux et faussé par moment - le roux s'avança lentement vers le pied du lit de Kanda et avec l'habileté d'un félin, ce dernier posa ses genoux de chaque côté des jambes du brun.
Comme précédemment, il s'immobilisa. Son poids sur le matelas avait peut-être alerté le samouraï de l'invasion de son espace personnel et bien qu'ils soient proches, rien ne garantissait la vie sauve à l'exorciste au maillet magique.
Rien. Pas un mouvement de la part de son amant endormi. Confiant, Lavi se fit plus téméraire et se pencha en avant, ses mains reposant à plat de part et d'autre du bassin du Japonais, son visage se retrouvant à quelques centimètres de son ventre devenu pâle à cause de la faible luminosité.
Lavi releva la tête et regarda Kanda. Il ne voyait pas l'entièreté de son visage d'où il se trouvait, seuls son cou, son menton et la pointe de son nez lui étaient visibles. Son œil alerte redescendit doucement pour découvrir le corps de celui qui l'aliénait et qui le rendait quelque peu confus. Où étaient partis son impartialité et son sens du devoir envers Bookman ? Qu'était-il advenu de son détachement vis-à-vis de ceux qui l'entouraient ? Et en quoi Kanda différerait-il des autres humains dont le comportement malsain le révulsait ? A chaque fois qu'il devait faire face au brun, ces questions refaisaient surface et frappaient son esprit. Sa conscience aussi certainement. Mais l'archiviste balaya ses réflexions d'un geste mental de la main. Il aurait tout le temps demain, lorsque Yuu serait parti, pour se pencher davantage sur le sujet... ou pas.
Le vent dehors se mit à souffler et tout à coup l'obscurité se fit plus prononcer. Des nuages noirs venaient de masquer la lune timide et par la même briser cette vision angélique d'un Yuu Kanda endormi, torse-nu et totalement à sa merci.
Ne comptant que sur sa mémoire photographique, son imagination et ses cinq sens, Lavi parcourut du regard les courbes invisibles du cou et des clavicules, puis le délié des pectoraux fins, des gemmes brunes qui y fleurissaient, devinant les courbes et les droites de son tatouage si énigmatique, pour ensuite s'arrêter sur le plat de son estomac et redescendre le long des abdominaux sculptés par des heures d'entraînements. Sa tête suivit son regard et il sut qu'il se trouvait juste au-dessus de son nombril. S'il fermait les yeux, il entendait le souffle profond de Kanda et pouvait dire quand ce dernier expirait et inspirait et par conséquent quand sa bouche se trouvait rapprochée de sa peau au goût si particulier.
Suivant les lois de l'apesanteur, quelques mèches rousses dégringolèrent pour caresser ses joues et frôler le ventre du samouraï. Il était près de lui. Il pouvait ressentir sur sa bouche entrouverte la chaleur qui irradiait du corps endormi et respirer le parfum caractéristique de savon qui l'emmenait à chaque fois dans un autre monde, le leur.
Avec le sentiment mêlé de braver un interdit et d'assouvir un désir coupable, Lavi s'humecta les lèvres avant que ces dernières ne fondent sur le côté droit du nombril pour y déposer un baiser léger. Son souffle s'y échoua telle une caresse alors qu'il réitérait son geste, encore et encore, parsemant cette zone sensible de plusieurs baisers papillons. Lorsqu'un frisson cueillit ses lèvres, il ne put qu'esquisser un sourire. Le Japonais réagissait aux stimuli.
Kanda ne bougeait pas, bien qu'il ait deviné la présence du roux dès l'instant où des pas s'étaient arrêtés devant la porte de sa chambre. Une seule personne osait s'approcher de son antre en pleine nuit, la seconde étant Lenalee qui n'avait jamais hésité par le passé à venir le voir lorsque Leverrier se trouvait à la Congrégation, bien qu'elle se gardât de ne jamais venir le soir venu. Il n'aurait pas fallu que quelconques rumeurs viennent ternir la réputation de la sœur de l'Intendant ou la sienne. Pas qu'il y accordait une grande importance, mais Kanda tenait à son intimité, détestait qu'on la piétine et faisait en sorte que personne n'ait l'idée de vouloir créer des liens avec lui. Il n'en avait pas besoin et cela l'ennuyait. Lenalee le savait et cette retenue faisait qu'il tolérait sa présence près de lui. Juste elle, et le cas de Lavi ne faisait pas exception !
Du moins, c'était ce dont le glacial Japonais voulait se convaincre. Mais alors pourquoi dans ce cas n'avait-il pas déjà foutu à la porte cet idiot qui s'amusait toujours à la mettre en rogne à la moindre occasion ? Non, c'était faux. Celui qui le foutait en colère, c'était ce Moyashi avec ses belles idées toutes faites sur la beauté de leurs gestes en tant qu'exorciste, sur la délivrance des soi-disant âmes qu'auraient les akumas et sa volonté à vouloir sauver tout le monde. Ce gamin était pathétique. Ils n'étaient que des destructeurs, pas des sauveurs. Non, Lavi l'ennuyait la plupart du temps parce que cet homme était faux. Il aurait pu le détester pour cela, voire ignorer sa simple présence, mais le fait était que l'apprenti Bookman réveillait en lui des émotions cachées et une attraction effrayante à laquelle il ne pouvait résister.
Il avait feint de dormir lorsque la porte s'était refermée discrètement et que le jeune homme s'était déshabillé en retenant tant bien que mal des grognements de frustration. Cela l'avait amusé quelque peu de voir l'autre ainsi se débattre dans le silence et tâcher de se faire plus discret qu'un chat. Si tant est que le terme amuser soit approprié dès l'instant où il s'agissait du brun.
Et à présent que des lèvres douces redessinaient son nombril, qu'un souffle chaud se répandait sur son ventre, Kanda avait grand mal à ne pas manifester son plaisir, à ne pas faire glisser ses doigts dans la chevelure courte et soyeuse du roux pour accentuer la caresse sur son corps. Sans un froncement de tissu, le brun changea l'angle de son visage et sa tête se mut sur l'oreiller lui permettant d'observer celui qui avait osé l'approcher. La pâle luminosité de la lune se réverbérait sur la chevelure de feu et donnait un aspect irréel à la peau laiteuse des épaules et du bas du dos qui se devinaient dans les ombres. Le bruit léger des baisers se répandait dans la pièce laissant place à son imagination.
Son corps réagit bien malgré lui lorsque la sensation d'une langue chaude et humide se fit ressentir le long de ses abdominaux pour remonter jusqu'à son torse, entraînant une cascade irrépressible de frissons, et un grognement sourd franchit la barrière de ses lèvres closes. Aussitôt, ses orbes bleu nuit croisèrent celui émeraude de son amant et le sourire satisfait que ce dernier ébaucha finit de le mettre en rogne. Lavi avait le don de l'agacer par ses attitudes.
« J't'ai réveillé, Yuu-chan ?, murmura une voix enjouée.
— Parce que tu pensais avoir été discret ?, grogna ce dernier, le faciès fermé et sévère.
— Oh ! T'es dur là ! J'suis sûr que tu m'avais pas remarqué avant.
— Tch'. Dans tes rêves !
— Dans c'cas, pourquoi je n'ai pas ton Mugen prêt à m'trancher la gorge ? », lança-t-il un sourire amusé aux lèvres.
Devant l'absence de réponse de son amant, Lavi eut un doute. Se pourrait-il que Kanda ait toujours su qu'il était là ? Se pourrait-il que le brun ait apprécié et se soit délibérément laissé faire ? Les sourcils du roux se froncèrent même si un seul était visible à cause de son cache-œil. Son esprit fusait de mille interrogations, son côté Bookman venait de faire surface, cherchant des réponses à tout va.
« A moins que ça t'ait plu, Yuu-chan ?
— Arrête de m'appeler comme ça, Baka Usagi ! Je n'ai pas le temps de jouer avec toi : j'ai une mission demain.
— Je sais. Lenalee m'l'a dit cet après-midi et c'est bien pour ça que j'suis là ! Ne me dis pas que c'qui s'est passé ce matin ne t'a pas frustré ! J'te croirais pas », affirma le roux, sûr de lui en déposant un baiser humide sur une perle de chaire brune.
Kanda ferma les yeux un bref instant sous la délicate caresse tout en essayant de masquer un soupir appréciateur.
« J'vois bien à ta réaction que tu t'en souviens parfaitement, glissa-t-il d'une voix basse et langoureuse, un sourire mutin en sus.
— Barre-toi ! »
Lavi fut surpris par la dureté qui siégeait dans le ton de son partenaire, mais l'archiviste feignit de ne pas l'avoir entendu et ses mains partirent à la rencontre des flancs soyeux pour remonter en une caresse appuyée sur son torse où ses lèvres se perdaient toujours.
« T'es sourd en plus d'être stupide ? Casse-toi Usagi ! »
Des mains calleuses et fermes se saisirent de ses épaules nues pour le faire reculer, les ongles courts s'enfonçant méchamment dans la chair ce qui tira une grimace expressive au roux. L'orbe vert rencontra ceux noirs de son amant, mais dans sa prunelle d'ordinaire espiègle ne se devinait qu'une sincère interrogation. Pourquoi Kanda réagissait-il ainsi ? Lavi savait que ce désir de l'autre était partagé !
« Non, je... »
Il ne put finir sa phrase. Violemment, il fut expulsé du corps jusqu'alors offert du brun pour se retrouver sur le dos, son coude gauche frappant durement le mur adjacent au lit. Le changement de position le prit au dépourvu et son souffle fut coupé par un poids mort qui comprimait sa poitrine et empêchait tous mouvements.
« Aïïïe ! Yuu-chan, tu m'as fais maaal !, s'offusqua l'archiviste, comme s'il n'y croyait pas vraiment.
— Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans ce que je t'ai dit ? »
La surprise et le doute se lisaient sur le visage déconfit de Lavi, baigné entre les ombres de la nuit et la lumière blafarde de la lune. Kanda accentua sa prise pour s'assurer de l'attention de celui qui s'amusait à ses dépens.
Le Japonais détestait ça, qu'on abuse de sa patience - déjà fort limitée - et surtout que Lavi se croie tout permis avec lui parce qu'il lui avait concédé quelques moments d'intimité. C'était pour cela qu'il refusait tout lien avec quiconque, toujours, ils essayaient d'en tirer avantage. Il n'était qu'un instrument pour les autres, un objet d'expérimentation, un bras armé de Dieu... Personne ne le considérait comme un homme, qu'il n'était plus désormais ; et d'ordinaire, cela ne le dérangeait pas plus que cela. Cependant, le fait que Lavi en fasse autant le blessait, même si cela lui coûtait de penser cela. Parce qu'être blessé par autrui, non pas physiquement, mais psychologiquement, signifiait qu'il avait laissé la porte ouverte à trop de choses. Il ne saurait le définir. Kanda ne voulait plus souffrir. Jamais. C'était au tour des autres, lui avait eu son compte.
« Je ne suis pas un jouet », gronda-t-il.
Lavi se figea. La voix sourde et menaçante de Kanda le pétrifiait. L'ombre dangereuse qui entourait le Japonais et qu'il lui présentait rarement dans l'intimité semblait gagner en dureté et le roux devina qu'il avait été trop loin. Yuu avait disparu au profit de Kanda et de cela, Lavi ne voulait pas. C'était Yuu qui le rendait humain. C'était Yuu qui lui permettait de ne pas oublier que malgré tout, il avait encore un cœur. Il était le seul qui avait su voir qui il était. Le seul ! Bookman le battrait sûrement s'il apprenait ce fait, mais il n'y pouvait rien. Yuu tenait une place trop importante pour lui.
« Yuu ! Non, je... »
L'archiviste reconnut à peine sa voix alors qu'il suppliait presque le brun de l'écouter.
« Tu ne peux pas venir quand ça te chante !
— Je ne te considère pas comme un jouet. Pas du tout », tenta-t-il de le rassurer.
Maladroitement, il dégagea son bras droit qui se trouvait bloqué par les couvertures que Kanda avait ramenées avec lui lors de leur renversement de position et posa sa paume sur sa joue, emprisonnant de fait une longue mèche ébène.
« Yuu, tu te méprends sur mes intentions.
— Arrête de m'appeler par mon prénom », cracha-t-il en rejetant sa main loin de son visage.
Pourtant, Lavi recommença à l'appeler par son prénom, non pas pour l'énerver davantage, mais pour ramener sur les berges de la raison celui qui chamboulait toutes ses perceptions. Il devinait la rage et la colère dans ses yeux qui plongeaient en lui, dans tout son corps qui se tendait et qui le recouvrait. Si vraiment Kanda avait voulu qu'il parte, il l'aurait jeté à terre et non contre le mur, dans son lit ; il l'aurait éloigné et ne se serait pas plaqué contre lui - certes, ainsi il le dominait et pouvait le mettre à mal, mais Lavi n'y croyait pas. Ou il ne voulait pas y croire plutôt. Parce qu'une infime partie de lui se plaisait à imaginer que peut-être le froid samouraï se serait attaché à lui, un peu, tout comme le futur Bookman qu'il l'était l'avait fait.
« Yuu... Qu'est-ce qui te prend ? »
Ce n'était peut-être pas très judicieux de le provoquer en utilisant son prénom honni, pourtant tout ce que cherchait Lavi était faire descendre d'un cran la tension palpable qui les entourait et la meilleure façon de faire cela était encore de rappeler les faits, l'accord tacite qu'ils avaient passé lors de leur premier ébat. Il déglutit difficilement pour se donner confiance et retrouver cette légèreté de ton que 'Lavi' possédait.
« Eh, on était d'accord pour que ce n'soit que du sexe entre nous, rien d'autre, nan ? Yuu-chan, me dis pas que t'as oublié ? »
Devant le froncement de sourcils du brun et son air un peu moins fermé, il poursuivit :
« Pas de sentiments, pas d'attachements... On comble juste un besoin physique et rien d'autre... Ce sont tes mots ça !
— Je sais encore ce que j'ai dit. Pour qui tu me prends, Nabot ?
— C'est juste un rappel des faits, hein !, lança-t-il un sourire idiot sur le visage. L'prends pas mal. »
Kanda aurait pu se laisser berner par les paroles de celui qu'il maintenait sous lui. Il aurait aimé s'y raccrocher, continuer leur jeu, faire semblant... Pourtant... Pourtant dès qu'il voyait ce sourire débile, cet air joyeux - qu'il savait faux pour avoir surpris plus d'une fois le roux arborer un faciès sérieux et impassible quand il ne se savait pas observé - cela le mettait en colère, parce que... Parce que cela lui rappelait encore qu'il n'était qu'un instrument. Pourquoi le fait que Lavi se comporte ainsi envers lui le dérangeait-il tant que cela, alors que tous agissaient de la sorte et qu'il en faisait de même avec lui ? Il n'en avait rien à faire de ce crétin, bavard et faux. Rien du tout.
« Tu joues toujours. Avec moi, avec tout le monde, tout le temps. Tu mens sans cesse... Tu es un 'Bookman' après tout ! »
Lavi fronça les sourcils et perdit son expression simulée de légèreté et, au regard tranchant et glacial que lui renvoya Kanda, il sut que celui-ci se réjouissait de lui avoir fait perdre sa confiance. Cette réflexion de la part du Japonais sonnait comme une insulte à son oreille et lui faisait... mal. Sa mâchoire se crispa malgré lui. Kanda lui reprochait-il ce fait ? Il faisait partie du clan des Bookmen, ne s'en était jamais caché, Kanda l'avait toujours su, alors pourquoi ? Il ne put continuer ses réflexions, la voix moins dure de son tourmenteur résonna à ses oreilles. Il semblait apaisé ce qui perturba davantage l'archiviste.
« Je m'en fous complètement du reste, tant que ça ne me concerne pas. Mais arrête de te comporter comme une chatte en chaleur avec moi. »
Lavi écarquilla les yeux de surprise. Une chatte en chaleur ?
— De quoi ? Mais nan, Yuu-chan !, s'offusqua-t-il. Où tu... ?
— J'en ai rien à foutre, Lavi. »
Ce dernier sentit son cœur battre la chamade. Il était rare que Kanda l'appelle par son prénom. Enfin, son nom d'emprunt.
« Ce que tu fais, ce que tu dis, ce que tu penses, je m'en fous. Je ne t'aime pas, je me fiche de ce qui pourra t'arriver demain ou un autre jour, je ne ressens rien pour toi. »
Lavi laissait courir son regard sur son visage teinté d'ombres, allant du front masqué par sa frange vers ses sourcils froncés, de sa bouche fine qui délivrait ces paroles dures, mais qu'il écoutait religieusement vers son nez retroussé, encore ses lèvres, ses yeux, ses longues mèches de cheveux qui caressaient ses joues, ses yeux toujours.
« ... Et c'est pareil pour toi, je le sais. Je... »
Ses yeux noirs d'où ne se reflétaient plus l'éclat menaçant de tout à l'heure. Se pourrait-il que Kanda doute ?
« Tu quoi, Yuu ? »
Le brun soupira profondément en baissant la tête.
Il était rare que son aîné parle autant et d'autant plus que celui-ci ne l'affronte pas de visu. Kanda avait beaucoup de défauts, mais pas celui de ne pas être franc. Aussi sec et désagréable que cela puisse être, il disait toujours ce qu'il pensait et agissait en conséquence, sans regard en arrière.
« Yuu ? » insista le roux en posant sa main sur la joue du samouraï, tentant d'attirer son attention sur lui.
Lorsqu'à nouveau leurs regards se croisèrent, l'archiviste se vit incapable de deviner ce qui se cachait derrière ces deux puits sombres, sensés refléter son âme. Il n'y voyait rien ni colère ni rage ni paix. Juste une impression de vide, mais pas une absence d'émotions.
Alors face à ce mur infranchissable et au silence qui peuplait la chambre, Lavi prit la décision difficile de se livrer un peu. Parce qu'il avait conscience que Kanda lui posait une question muette : « Qui es-tu vraiment ? »
Cela faisait des mois que leur jeu durait, que les règles se modifiaient petit à petit en fonction du comportement des deux protagonistes. Le fait que Kanda soit venu à lui ce matin en était un bel exemple. Jamais jusque-là, le sabreur n'avait fait le premier pas. Était-ce le fait qu'ils ne s'étaient pas vu pendant deux mois qui avait changé la donne ? Il ne pouvait parler pour celui qui se tenait au-dessus de lui, mais en ce qui le concernait, et bien qu'il ne doive pas ressentir ce genre de sentiments, Kanda Yuu lui avait manqué... beaucoup. Pas simplement leurs retrouvailles charnelles, leurs corps-à-corps furieux ou ses lèvres sur les siennes, mais ses grincements de dents, ses 'Tch', sa simple présence silencieuse à ses côtés, leurs sempiternelles chamailleries, leurs rares discussions, comme celle qu'ils avaient en ce moment.
Kanda réveillait une partie oubliée de lui-même, son vrai 'lui'. Et Lavi avait conscience qu'il en était de même pour le brun, peut-être sans qu'il s'en aperçoive lui-même. Mais le disciple du Bookman était un homme intelligent qui savait voir la vérité là où elle se cachait.
« Kanda... »
Il savait attirer toute l'attention de son amant en utilisant son nom de famille comme tous le faisaient à la Congrégation, seul 'Lavi' usait et abusait de son prénom pour son plus grand énervement, d'ailleurs. Or pour l'instant, il ne s'agissait pas de lui, cet éternel fanfaron, mais de sa vraie personnalité, celle que seuls Bookman et les membres de leur clan connaissaient et que Kanda avait deviné.
« Je ne sais pas quoi te dire, soupira-t-il, les yeux baissés. J'ignore ce que tu veux.
— La vérité pour une fois. Ça changera.
— Pourquoi ?, demanda-t-il en le regardant à nouveau. Pourquoi soudainement, tu te poses des questions sur moi ? Sur nous ? C'est pourtant simple : on se désire et on couche ensemble. Rien de plus, n'est-ce pas ? »
Cette dernière question, Lavi ne savait pas pourquoi il l'avait posée. Peut-être - et il insista mentalement dessus - peut-être désirait-il autre chose ? Parce que l'attitude de Kanda l'intriguait. Ce n'était pas son genre d'insister autant. Ce n'était pas son genre de se préoccuper d'autrui, a fortiori de lui !
« Je ne suis pas un jouet qu'on prend quand on s'ennuie et qu'on jette quand on n'en a plus besoin.
— Tu n'en es pas un. Et je n'en suis pas un non plus. »
Lavi était perdu. Le regard sombre de son amant n'arborait pas cette gravité coutumière. Non. Au fond de ses prunelles, de l'impression générale que dégageait son visage fermé bordé de sa frange et de ses longues mèches ébène laissées libres, se devinaient de la curiosité, une certaine gêne peut-être, une touche de fragilité qui l'interpellait. Sans trop en dire, pour se garder de la manœuvrabilité, le roux consentit à dévoiler un peu de sa vérité. Rien de trop précis. Juste comme ça.
« Je suis le futur Bookman, c'est vrai, expliqua-t-il d'une voix solennelle. Je suis un observateur indépendant des évènements en cours, un archiviste qui prend en compte les faits et les répertorie, et ce, en toute impartialité, sans prendre parti ou quoi que ce soit. Je ne ressens pas d'empathie pour ceux qui combattent, bien que je tienne moi-même un rôle dans cette guerre contre le Comte Millénaire, mais... » Son timbre de voix se fit plus doux. « Mais même si je ne suis pas sensé éprouver d'émotion et ne pas avoir de cœur, je... j'éprouve du plaisir ou de la peine parce que je ne suis pas une machine mais un homme. Et..., et quand je suis avec toi, tout remonte à la surface, tout est plus confus. Ce n'est plus 'Lavi' mais moi et... »
Kanda plissa des yeux aux derniers mots de l'archiviste sous lui. Il savait que ce dernier était faux, mais n'en avait pas pris toute la mesure. D'une certaine façon, il était touché par les révélations de Lavi ou qui qu'il puisse vraiment être.
A travers les ombres qui l'habillaient, ne se voyaient que sa chevelure de feu qui couronnait sa tête sur l'oreiller, sa prunelle verte où la malice avait disparu et ses lèvres qui se mouvaient et délivraient une partie de la face cachée de celui qui le tourmentait intérieurement. Celui qu'il tenait sous son joug le bouleversait et lui retirait toute envie de lui dire le fond de sa pensée.
« Si j'agis de façon étrange, comme une chatte en chaleur pour reprendre ton expression et d'ailleurs, c'n'est pas très gentil ça, Yuu-chan ! », lança-t-il pour dédramatiser la situation, son éternel sourire factice aux lèvres.
Aux vues de la concentration et de l'attention que ce dernier lui offrait et son manque de réaction face à l'utilisation d'un suffixe honorifique féminin à son prénom - chose qu'il détestait vraiment -, Lavi comprit que Kanda était tout ouïes pour lui et il s'en sentit... flatté.
« ... ce n'est pas parce que tu es un jouet ou un quelconque substitut, Yuu, continua-t-il avec sérieux. C'est juste parce que je ne sais pas vraiment comment réagir.
— Tu n'as qu'à être toi.
— Le problème, c'est que je ne me connais pas. Je n'ai que des rôles, je ne suis que des personnages que Bookman me demande d'interpréter. Qui je suis vraiment, je n'en sais rien. Et toi, tu es toi, fidèle à l'image que tu montres et tu attends la même chose de moi. Mais je ne sais pas com...
— Tu es Lavi.
— Lavi n'est pas moi !, contra-t-il, une lueur sévère dans son unique œil posé sur le Japonais.
— Tu es Lavi, répéta-t-il plus franchement. Un emmerdeur bavard, énervant, futile, ennuyant...
— J'ai compris pas besoin d'en rajouter des tonnes, lui lança le roux avec un grand sourire made in Lavi aux lèvres.
— ... et aussi le disciple de Bookman : un homme intelligent, posé et déterminé. »
Son sourire disparut sur les derniers mots du brun. Lavi l'avait rarement vu si sérieux. Pas que Kanda soit frivole ou léger, mais derrière ses paroles ne se cachaient pas la morgue qu'il se plaisait à lancer aux visages de son entourage. Il n'y avait aucun jugement dans ses propos. Seulement une constatation des faits, que lui-même l'expert-ès-observation se voyait incapable de faire.
« Ce n'est pas si simple, tu sais, souffla-t-il en tournant le visage pour échapper à l'inquisition troublante du regard de son vis-à-vis. Je...
— Urusai !
— Hein ? »
Lavi reporta son attention sur le brun, mais avant qu'il ne puisse rajouter quoi que ce soit des lèvres fines se posèrent sur les siennes pour empêcher toutes tentatives de contre-argumentation.
A suivre...
Merci de m'avoir lue.
