Chapitre 1 :

Bon, reprenons du début, si je le peux. Si j'arrive à aligner des pensées logiques dans ces bras ennemis qui m'emmènent je ne sais où et malgré moi que les échos des voix de mes compagnons hurlant mon nom faiblissent avec la distance et ma faiblesse grandissante que mon sang coule, sans fin, tachant ma robe noire et blanche, et que je m'accroche désespérément pour ne pas sombrer dans le noir total… Je ne dois pas devenir inconsciente : c'est trop dangereux, je dois m'accrocher, résister, supporter la douleur, lutter contre cette obscurité enveloppante. Trop tard…


Je me nomme Ashuramaru, gardienne d'un katana et démone noire, oui, je suis fière de le dire : ma puissance est plus importante que celle des démons normaux. Et oui, je suis enfermée dans cette maudite arme depuis… trop longtemps : une éternité ? J'avoue que ce n'est pas facile de m'en souvenir, ni de compter ces années écoulées : j'ai perdu le compte à cause de mon immortalité. Elle me renforce, me laisse ma jeunesse, mais me fait oublier certaines choses primordiales. C'est le prix à payer de l'immortalité.

Mes frères, sœurs et moi-même sommes obligés de servir ces petits Humains de pacotille, sans en avoir forcément le choix. Ils sont si faibles, pitoyables, j'éprouve du mépris pour eux. Je ne sais même plus pourquoi nous le devons : un arrangement de nos chefs mutuels. Mais je ne me rappelle plus comment j'ai atterri dans ce katana. Des bribes de souvenirs me reviennent : une séparation difficile avec quelqu'un, une personne chère, puis un pacte signé de mon sang. Mais, si je me concentre dessus, ils disparaissent. Toujours est-il que je suis coincée dedans, sans qu'on m'ait demandé un jour mon avis. Même si certains combats peuvent être très amusants et palpitants.

Mais, si je méprise les Humains et les considère comme faibles, je hais les vampires plus que tout ! Un combat permanent qui nous oppose, trop ancien pour en expliquer les causes, mais les conséquences sont là : les combats à la mort. C'est dans ce but que nous sommes gardés dans des armes : nous fournissons nos pouvoirs à ces Humains qui tentent de les exterminer. Même si un pincement au cœur me prend en repensant aux vampires : nous avons à une époque était proches, beaucoup trop même. J'ai perdu des choses auxquelles je tenais en étant prisonnière. Je ne faiblirais pas pour autant.

Cependant, rien ne nous empêche – et nous en profitons bien – de nous amuser avec ces Humains, afin de tester leur résistance, et de vérifier qu'ils seront assez forts pour survivre à une forte concentration de pouvoir en eux. Les démons noirs encore plus. Comment expliquer cette sensation qui s'empare de nous quand nous possédons un Humain ?

La liberté. Oui, nous avons l'impression d'être libre, de retrouver – enfin ! – ce qui nous a été arrachés par la force. Nous nous en nourrissons, aussi : leur âme est à notre portée, un buffet gratuit et à volonté ! Leurs émotions sont un véritable délice : tellement complexes, elles les font faire de leur mieux, se surpasser, ou abandonner. Leurs erreurs, leurs décisions tournent autour d'elles je ne peux pas décrire leur goût… les voir se débattre pour ne pas perdre le contrôle, et finir par sombrer, c'est vraiment amusant.

Mais voilà, cela fait longtemps que je n'ai pas mangé, que je reste là, à l'écart : mon dernier maître s'est fait tuer une quarantaine d'années auparavant. Entouré par les vampires, il n'a pas eu le temps de me nourrir, et mon aide sans don de sang n'a pas été suffisante. Il a été un bon repas pour l'un d'entre eux. Je n'ai rien pu faire, malgré mes efforts.

Perchée sur la garde du katana que je possède, j'observe paisiblement la brume blanche et mouvante qui m'entoure : le monde dans lequel je vis, où mes pensées flottent. Je repense au passé. Mes cheveux et les pans de ma robe noire et blanche, fendue sur la jambe droite et gauche, sont emportés par un léger vent. Quelque chose de spécial va arriver aujourd'hui, je le sens. J'entends aussi l'agitation de mon espèce : je ne suis pas la seule à avoir ce pressentiment, nous sommes trois.

Une voix résonne alors, dans la salle où nous sommes gardés, à l'écart et bien protégés me troublant dans mes souvenirs. Je tend l'oreille. Qui est-ce ?

— Ils vont tenter de vous posséder, dès que vous poserez la main sur la garde, dès que vous toucherez une partie de l'arme, même, expliqua-t-il. Ne vous laissez pas faire.

Sa voix est grave, intimidante. Un chef, certainement, je peux le sentir dans son assurance, il a l'habitude de donner des ordres et de se faire obéir. Un souvenir me revient : un jeune homme de seize ans environ, les cheveux noirs et ébouriffés. Il pénètre dans la salle arrogant, plein de confiance en lui il réussit à obtenir une arme, sans difficultés apparemment. Mais l'un des quatre enfants qui étaient venus n'est pas ressorti : possédé, il a été tué.

Ainsi, il est devenu lieutenant-colonel, ce petit… Glenn. C'est apparemment une ancienne Humaine qui a pris la place du démon dans son arme, celle qu'il aimait. Je ne sais pas vraiment comment cela est possible, peut-être que le démon a été libéré ou qu'il doit collaborer avec elle.

Nous avons cependant un secret que les Humains ne savent pas : nous avons réussi à développer une technique pour parler malgré la distance. Toutefois, seules les informations les plus importantes me parviennent : les communications sont difficiles et consomment beaucoup d'énergie.

J'entends d'autres voix, une jeune fille et trois garçons. Seraient-ce les personnes sélectionnées, comme chaque année, les plus résistantes, pour pactiser avec un démon noir ? Je jubile et passe ma langue sur mes lèvres, effleurant mes canines effilées et allongées, faites pour se planter dans la gorge de la prochaine personne qui tenterait de me posséder. Ma faim et ma soif de sang me reviennent, encore plus fortes maintenant.

Est-ce aujourd'hui que je vais me nourrir ?

Je sens mon pouls s'accélérer sous l'envie et l'excitation provoquée par la lutte à venir pour avoir le contrôle, et le plaisir de briser les défenses de celui qui tenterait de m'approprier. Une présence s'approche de moi, un jeune homme, il semble sûr de lui, une démarche déterminée. Trop. Il en est même arrogant, mais je vais enfin pouvoir jouer. Je vais pouvoir en profiter, retourner sa confiance en lui contre lui-même. Un sourire s'étend sur mes lèvres. Viens, petit humain… Dégaine-moi et joue avec moi !

Cependant, il hésite un instant. J'ai peur qu'il fasse demi-tour au dernier moment, je serre les mâchoires : il ne va pas me décevoir, j'en suis certaine : je sens déjà sa rage. Puis, ses doigts se nouent un à un sur ma garde. Un sourire victorieux et carnassier s'étend de plus belle sur mes lèvres. Enfin ! Mon corps se transforme en une masse noire et tourbillonnante. Je vais chercher ses points faibles, trouver les raisons de son combat et les retourner contre lui. C'est la meilleure chose à faire contre les Humains.

A peine suis-je dans sa tête, que je vois une scène de massacre. Celui de sa famille adoptive, celle qui l'a aimé. Lui aussi l'aimait, sans pouvoir cependant se l'avouer, dans sa fierté, mais la douleur est là. Je sens sa culpabilité, sa haine, et son désir de vengeance tellement puissant envers cet aristocrate aux cheveux violets pâles. Il tient particulièrement à l'une des victimes et a tenté de le sauver : un petit ange blond et souriant, qui lui parlait de s'échapper.

Je me saisis du souvenir pour l'utiliser contre lui, prenant la forme de ce gamin – Mikaela si je comprends bien – et commence à titiller ce gamin qui veut mon pouvoir. Je sonde son âme, cherche sa vengeance : je dois savoir, jusqu'où est-il capable d'aller pour l'accomplir ? Mais, je le sens se refermer lui-même au lieu de se noyer dans le désespoir. Il est plus fort que ce à quoi je m'attendais de sa part, surtout pour un enfant.

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Il semble avoir déjà eu un contact avec un démon : son attitude me le prouve, il est sur ses gardes. Tant mieux pour lui, mais pas avec un démon noir, encore moins un affamé qui sent la chair fraîche. Je vais me montrer, mais cette fois-ci sous la forme d'une ombre, remplie de haine et le remplissant de terreur.

Il résiste, se tient toujours debout, malgré mon obscurité grandissante. Ma hantise ne semble avoir aucun effet sur lui. Je dois avouer que je suis surprise et impressionnée : même mon ancien possesseur ne m'avait pas autant tenu tête ! Un sourire naît intérieurement en moi, je suis aussi intriguée et intéressée. Je ne vais peut-être pas être nourrie immédiatement, mais vais l'être sans doute bientôt. Autant faire un pacte, ce sera… amusant ! Il semble prometteur, je peux voir les souvenirs de ses combats et il semble très bien manier les armes. Il ne sera pas sans défense face aux vampires.

Soudain, je sens quelque chose en lui, profondément enfoui, s'agiter doucement puis disparaître. Qu'est-ce que c'était ? Je sonde plus profondément son âme, il se crispe. Je distingue, bien cachée, une chose recroquevillée, noire et gluante. Elle s'agite faiblement sous mon contact, pulsant à chaque battement du cœur de Yuichiro. Je fronce les sourcils. Cela aurait effrayé bien des démons.

Mais pas moi. Cela m'intrigue encore plus. Que peut bien faire cette chose ? Quelles en seront les conséquences, si elle apparaît ? Mais qu'est-ce qui va faire sortir cette chose ? Yū – puisqu'il s'appelle ainsi – ne semble même pas au courant, de sa présence dans son propre corps.

Encore plus amusant, excitant. Cela va sans doute faire des dégâts quand elle va se libérer. Décidément, j'ai été bien gâtée ! Je décide alors de me montrer sous ma véritable forme, celle qui me correspond vraiment et qui est mienne quand je suis seule : je n'ai plus de raisons de me cacher. L'épaisse obscurité qui nous entoure disparaît peu à peu, ainsi que les volutes noires qui l'entouraient, laissant place à un fin brouillard blanc. Celui qui constitue mon monde. Je laisse mes cheveux violets voleter autour de moi. Un sourire victorieux apparaît sur le visage du jeune Humain.

Ne crie pas victoire trop tôt, mon maître : tes ennuis ne font que commencer. Dès que tu essaieras de me nourrir de ton sang pour devenir plus fort, je ferais en sorte que tu te brises, que tu sois à moi, mon petit Yū.

— Alors, démone, quel est ton nom ? Tu es à moi, maintenant, je me trompe ?

Je souris narquoisement : il est naïf sur les bords, bien qu'il soit féroce au combat. Sa part non-humaine s'agite fébrilement en lui, me faisant froncer les sourcils.

— Ashuramaru. Je t'aiderai, mais dès que tu faibliras, je serai là ! Je tiens tout de même à te prévenir : tu n'es plus totalement Humain, et ce, avant que tu ne m'aies.

La joie et la confusion partagent son visage aux traits fins. Ses yeux verts me fixent pour tenter de comprendre le sens de mes paroles énigmatiques. Il fronce les sourcils.

Il secoue la tête, abandonnant un large sourire fend son visage d'une joue à l'autre. Je suis surprise : personne ne m'a jamais sourie ainsi ! Peut-être réussira-t-il finalement à se contrôler… Je place de l'espoir.


Bon, voilà le premier chapitre et début de cette aventure, qui va pour le moment je ne sais où - oui, OK, j'ai l'histoire principale et les grandes lignes mais bon...
Sinon, vous en pensez quoi? Bonnes fêtes à tous!