A/N: Désolé pour le délai. J'ai mis plus de temps que prévu à traduire le second chapitre mais j'ai du donner la priorité à mes premiers examens hors-session... (Déjà 7 de passés, plus que 13. Et dire que ma session ne commence que le 7 juin :p) Et ensuite j'ai tenu à me faire relire pour que ma traduction soit la meilleure possible et éliminer un maximum d'erreurs mais ma beta a elle aussi été occupée donc, voilà. Encore énorme merci à Vanessa (xechada la pirate) pour m'avoir relue !
Chapitre 2
Environ trois jours après avoir échangé ces emails avec Dave Karofsky, Kurt contacta Blaine par messagerie instantanée pour qu'il lui donne son avis sur toute cette histoire. Pas parce qu'il avait une quelconque réelle inquiétude à l'idée de faire de son ancien bourreau un pseudo-presque-ami, mais parce qu'il voulait savoir sur une échelle allant de Rachel Berry à, disons, Joan Crawford, exactement à quel point était-il fou?
L'idée d'être dément ne le dérange pas, il veut juste être capable de l'apprécier pour ce que c'est.
Quoique Blaine était assez bizarre à propos de toute cette histoire. Il posait beaucoup de questions sur comment Dave se comportait dans les couloirs, s'il souriait de manière étrange ou non, et si Kurt se sentait en sécurité. Des choses comme ça.
Il apparaît clairement à Kurt que Blaine pense ce que lui ne pense pas – ce que Dave pensait depuis le début qu'il penserait. Que Dave le harcelait seulement d'une nouvelle manière.
Kurt rit de son inquiétude. Il sait que ce n'est pas le cas. «De toutes manières,» dit il dans son téléphone lorsqu'il en eut assez de parler via internet et voulu vraiment parler, «il ne m'a jamais harcelé auparavant. Ce que je veux dire c'est que, oui, chaque fois qu'il me voyait il attaquait, mais ce n'est pas comme s'il se baladait à ma recherche. J'ai dû le poursuivre rien que pour pouvoir lui crier dessus.»
«C'est ton choix,» dit Blaine avec un petit soupir contenu. «je ne peux juste pas m'empêcher de penser aux brutes que j'ai connu, et aux tours qu'ils pouvaient jouer.»
Kurt rit, bien qu'il n'aurait pas dû. «Je ne pense pas qu'on soit autorisés à stéréotyper les brutes quand on se bat si fort pour les empêcher de nous stéréotyper. Dave n'est pas comme ces gars avec qui tu es allé à l'école. À moins qu'ils étaient tous dans le placard.»
Il n'est toujours pas sûr pourquoi il proteste autant, si ce n'est que... dans son esprit Karofsky s'installait confortablement en tant que Dave, et Kurt commençait à se sentir en sécurité quand il voyait du rouge dans les couloirs de l'école. C'était un nouveau développement auquel il voulait s'accrocher.
«Tu sais,» dit-il dans le silence de l'autre côté de la ligne, «Je pense qu'il aurait même pu danser avec moi au bal de promo si je n'en avais pas fait une occasion de faire son coming out. Je veux dire, il l'aurait certainement fait passer pour une blague, mais je pense qu'il l'aurait fait.»
C'est étrange, les choses que les gens regrettent après coup. Kurt ne regrette pas d'avoir pris le conseil, certes stupide, de Blaine de confronter tout seul son bourreau aux tendances violentes. Du moins, à présent que le traumatisme de son premier baiser est assez éloigné pour qu'il puisse l'ignorer. Mais il regrette d'avoir emmené Blaine confronter Dave dans une cage d'escalier publique entre les cours, car alors même que cela se produisait, il se rendit compte que 'publique' et 'bondé' sont deux choses qu'un garçon qui se trouve profondément dans le placard voudrait éviter si on le forçait à avoir une telle discussion.
Et il regrette d'avoir dit à Dave de faire son coming out au bal de promo, parce qu'il pense vraiment que Dave aurait dansé avec lui. Il se tenait à côté de Kurt sur la scène, et a descendu les marches avec lui jusque sur la piste de danse, et il n'a pas hésité un seul instant jusqu'à ce que Kurt ouvre sa stupide bouche pour lui proposer de faire de ce moment l'instant de toute une vie.
Rien qu'une brève danse que l'on aurait fait passer pour une plaisanterie aurait eut un énorme impacte sur quelqu'un d'aussi effrayé que Dave.
Blaine l'interrompit dans ses pensées pour le taquiner en lui disant que son véritable partenaire de danse n'était pas assez bien pour lui, et ils laissèrent tomber le sujet.
Kurt est maintenant assit dans une pièce blanche avec sur les murs d'énormes imprimés Currier and Ives* affreusement génériques, et il pense à téléphoner à Blaine mais il n'a pas envie de devoir appeler Dave 'Karofsky' pour le moment, et Blaine lui en veut beaucoup trop lorsqu'il dit Dave à la place.
Et puis, ses mains ne s'arrêtent pas assez de trembler pour qu'il puisse composer un numéro.
Mr. Schue se trouve près d'une rangée de téléphones publics, voûté avec son dos tourné. Finn est assit à côté de Kurt puisque, depuis le gymnase, il refuse de le quitter. Sue Sylvester est assise en face de Kurt et Finn, son dos bien droit et ses yeux alertes à tout ce qui se déplace autour d'eux. Ses yeux sont toujours un peu plus écarquillés que d'habitude.
Kurt ne peut pas penser à quel point ses réactions sont étranges comparées à celle de la Coach Sylvester qu'il connaît. Car cela implique penser à ce qu'elle a dû trouver en arrivant dans les vestiaires. Cela implique se demander si c'est elle qui a mis ces serviettes sur Dave, et, si c'est le cas, qu'a-t-elle vu en dessous? Cela implique se demander si elle est arrivée alors que cette... cette attaque se déroulait ou si Dave a dû rester étendu sur le sol du vestiaire des filles, seul, blessé, attendant d'être trouvé...
Cela implique penser à des choses qui le font hyper ventiler.
«Doucement.» lui dit Finn quand il commence à être tendu. Il se penche et pousse légèrement du coude le bras de Kurt.
Kurt expire et force les images hors de son esprit, se détournant de Coach Sylvester et se mettant à regarder une peinture de mauvais goût dans les tons pastels d'une petite maison dans les bois.
L'art hospitalier. Honnêtement.
Mr. Schue raccroche subitement le téléphone, si fort que plusieurs personnes, en plus de Kurt et Finn, se tournent vers lui. Il retourne vers eux avec le visage embrumé, et Coach Sylvester se lève pour le rencontrer à mi-chemin.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent avant qu'ils ne puissent échanger le moindre mot, et Kurt est distrait par la seule chose qui puisse ramener un peu d'ordre dans son univers.
«Papa?»
Il est debout avant qu'il ne s'en rende compte, et tout à coup les bras de son père l'encerclent et il essaie tellement fort de ne pas se remettre à pleurer qu'il doit forcer ses yeux si fermés qu'ils lui font mal.
«Hé, Kurt.» Son père sonne un peu déconcerté, très inquiet, mais il n'attend pas avant de l'étreindre à son tour.
Il n'y a jamais eut quoi que ce soit que le père de Kurt ne puisse rendre au moins un tout petit peu mieux pour lui, alors Kurt enfuie son visage contre la poitrine de son père, sentant les traces de sueur et d'huile à moteur qui sont attachées à la tenue de travail de son père depuis aussi longtemps que Kurt puisse s'en souvenir. Son père ne se retire pas, ne relâche pas sa prise. Il glisse une main à la nuque de Kurt et tapote son dos avec l'autre, et Kurt aimerait que cela aide à arranger les choses mais ce n'est pas le cas.
Il y a des voix autour de lui, au-dessus de sa tête. On dirait des bruits sourds. Il y a des mouvements et il est un peu bousculé mais il ne se concentre sur rien de tout cela. Seul le fait que son père parle au-dessus de sa tête fait qu'il prend conscience de ce qui ce passe. Le «Quoi?» brusque et surpris de son père fait lever la tête de Kurt et le fait cligner rapidement des yeux comme s'il se réveillait après un cauchemar.
Schue et Finn sont debout, passant de furieux à pâle-et-maladroit et inversement. Derrière eux, Coach Sylvester est en train de tourner en rond, tendue et animée comme si elle attendait juste la chance de pouvoir sauter sur quelqu'un.
Mr. Schue parle, et Kurt doit cligner des yeux et se concentrer sur sa bouche avant que les mots puissent atteindre son cerveau. «-prévoit pas de venir. C'est tout ce que je sais.»
«Bon Dieu.» murmure le père de Kurt.
Kurt fronce les sourcils. «Quoi? Que s'est-il passé? On a des nouvelles?»
Son père le libère, mais la main à l'arrière du cou de Kurt se déplace jusqu'à son épaule et y exerce une légère pression. Il sourit, mais ses yeux brûlent. «Va t'asseoir, fiston. Laisse-moi découvrir ce qu'il s'est passé et je te laisserai savoir.»
Kurt veut en discuter, mais il voit au visage de Finn que Finn a tout entendu. Il recule silencieusement, sans être embarrassé quand il voit la tache mouillée qu'il a laissée sur la partie de l'uniforme de son père où réside son nom.
Finn le dirige à nouveau vers les chaises, et Kurt parle avant même qu'ils se soient assis. «Qu'est-il arrivé?»
Bien sûr, Finn n'hésite pas. «Mr. Schue a appelé le père de Karofsky. Je suppose qu'il ne va pas venir à l'hôpital?»
«Quoi?»
Finn lève les épaules maladroitement, mais ses yeux sont troublés. «Kurt... mec, est-ce que tu savais que Karofsky est gay?»
Kurt fronce les sourcils et réfléchit à la question, et ses yeux retournent sur Mr. Schue et son père et leur conversation solennelle. «Quoi?» il demande à nouveau, ayant besoin de temps pour faire correspondre toutes les pièces du puzzle.
«Ouai. C'est ce que Mr. Schue a dit. Je pense que le père de Karofsky l'a mis à la porte parce qu'il est homo, et il maintenant il fait comme s'il n'avait pas de fils. Je suppose que Karofsky a dû rester avec des amis ces deux dernières nuits? Je sais pas, j'ai seulement entendu ce qu'a dit Schue.»
«Mais...» le regard de Kurt passe sur les adultes et de retour vers Finn. Il se sent étouffé et petit. «Mais on a rencontré son père. Il était même de mon côté à propos... à propos de tout.»
Finn ne fait que hausser les épaules. Les yeux de Kurt vont derrière un petit bureau où deux infirmières sont assises. Les doubles portes derrière elles sont là où ils ont emmenés Dave.
«Tu le savais.»
Kurt regarde en arrière vers Finn.
L'expression de Finn est troublée, mais il est difficile d'en discerner la cause. Il a beaucoup de choses troublantes qui se passent autour d'eux. «Tu n'es même pas surpris, si ce n'est que pour son père.»
Kurt acquiesce. Finn le sait déjà, le nier ne ferait pas de bien.
Finn se penche vers lui. «Est-ce que c'est... heu.» Il jette un coup d'œil en direction de leur père et Coach Sylvester et baisse la voix. «Est-ce que c'est comme un gaidar? »
Kurt reste bouche bée pendant un moment, puis soudainement se penche et s'écrase contre l'accoudoir en faux bois de sa chaise pour pouvoir serrer Finn dans ses bras.
Finn relâche une bouffée d'air étonné. Il tapote le dos de Kurt de manière incertaine.
«Tu as presque réussi à me faire rire.» dit Kurt dans son épaule osseuse. «Même dans des conditions pareilles, tu as presque réussi à me faire rire. Merci, Finn.»
«Heu. Ouai. C'est rien.»
Il relâche son demi-frère décontenancé et son maigre sourire s'estompe. Il regarde à nouveau vers les doubles portes derrière les infirmières.
Éventuellement son père vient s'asseoir à côté de lui. Kurt peut sentir l'huile à moteur et ça lui donne envie de se tourner et de pleurer, de hurler, de bafouiller à son père à quel point c'est horrible et qu'il n'a jamais vu quoi que ce soit de pareil hors des films...
Mais ce n'est pas à propos de lui. Pas encore. Ils doivent découvrir ce qu'il se passe derrière ces doubles portes, et ensuite il pourra rentrer à la maison et rendre ceci à propos de lui pendant un moment.
Il pensait vraiment que Paul Karofsky était quelqu'un de bien. Une personne meilleure que son fils, au moins. C'est ce que Kurt a pensé à la suite de leurs deux rencontres. Il s'attendait à ce que le père de Dave soit une brute dégoûtante et ignorante. Il l'espérait presque, pour pouvoir s'expliquer Dave d'une manière qui ait du sens. Mais ça ne semblait pas être le cas du tout.
Maintenant Dave est perdu derrière des doubles portes et son père ne fait même pas la route pour voir comment il va.
Quelques médecins sortent et font à chaque fois se tendre Kurt, Sylvester et Mr. Schue avec espoir. Mais c'est peut-être deux heures après l'arrivée de Burt Hummel qu'un de ces docteurs parle doucement à l'infirmière se trouvant au bureau de réception et elle montre le groupe en train d'attendre d'un mouvement de tête.
Kurt est debout en un instant, mais Sue Sylvester s'y rend plus vite.
«Alors?»
Heureusement, le médecin ne sourit pas, ne papote pas et ne prend même pas la peine de demander s'ils sont là pour Dave. Il regarde autour d'eux et parle solennellement. «Qui ici est un membre de la famille?»
Kurt n'a pas le temps de paniquer qu'aucun d'eux n'est relié à Dave, ou de penser à mentir pour obtenir des informations, qu'une voix répond de manière confiante. «Je le suis.»
Il doit serrer les poings afin de ne pas regarder Coach Sylvester bouche bée.
Le docteur lui touche le bras et lui fait signe de se diriger vers le fond et, d'une manière ou d'une autre, elle ne le repousse pas.
Kurt ouvre la bouche trop tard que pour s'ajouter au mensonge, mais Mr. Schue tend le bras vers lui et le prend par l'épaule. «Elle nous dira ce qu'elle aura appris.»
Il semble sûr de ce qu'il dit, mais Kurt connaît Coach Sylvester. Pourquoi dirait-elle quoi que ce soit à qui que ce soit? Pourquoi est-elle ici? La chose la plus proche d'un côté doux que Kurt ait vu chez cette femme – sans compter quoi que ce soit ayant rapport à sa sœur – est quand elle s'est mise de son côté contre Dave.
Non. Il ne peut s'interroger. Il ne peut pas y penser. Ça lui fait penser à des serviettes pleines de sang sur le sol du vestiaire. Ça le fait s'interroger sur ce qu'elle a vu, à quel point ça devait être horrible pour secouer quelqu'un comme elle à se point là.
Il ferme les yeux et se détourne des portes. Il ne peut s'empêcher de voir une main tendue avec des ongles abîmés et des entailles au niveau des articulations. Il ne peut s'empêcher de penser à la quantité de sang étalé entre de grandes jambes nues.
Dave est si fort. Kurt est mince et n'est pas le plus grand garçon dans le monde, mais il n'est pas inconsistant. Quand Dave était Karofsky il était capable de jeter Kurt comme s'il ne pesait rien. Il est fort, et il est grand. Il doit s'être défendu. Qui aurait pu maîtriser quelqu'un comme Dave Karofsky? Qui aurait été capable de le maintenir et de résister à ses coups?
Est-ce qu'ils étaient plusieurs? Est-ce que quelqu'un le maintenait au sol pendant que quelqu'un d'autre...?
Oh mon Dieu.
Est-ce qu'il a crié à l'aide ou est-ce qu'on lui a couvert la bouche? Est-ce qu'il est resté étendu là tout seul ou est-ce que Sue Sylvester, de toutes les personnes, est entrée à temps pour arrêté peu importe ce qui était en train de se produire? Pourquoi a-t-il dit le nom de Kurt? Pourquoi lui a-t-elle fait demander Kurt? Pourquoi est-ce que quoi que ce soit de tout ceci a-t-il dû arriver?
Il tremble, fort, et brusquement son père est juste là et Kurt ne réalise pas qu'il est en train de pleurer jusqu'à ce qu'il sente l'humidité de la blouse de son père contre sa joue. Il s'accroche à son père, voyant les yeux vitreux de Dave et le sourire timide de Dave dans le couloir, et pensant au fait qu'il pouvait toujours voir une pointe de rouge dans sa vision périphérique quand il se déplaçait dans les couloirs dernièrement.
Ils n'ont pas discuté, pas depuis ces emails. Ils auraient dû. Kurt avait son adresse email – il aurait dû lui écrire. Kurt aurait du savoir qu'il s'était fait jeter de chez lui. Il n'aurait pas dû le laisser s'en sortir tout seul.
Cette dernière semaine, personne n'a même rien qu'insulté Kurt. Dave l'a gardé en sécurité, avec ou sans béret. Même avant les emails. Même au bal. Les élections étaient une humiliation, mais les élèves ont applaudit quand Kurt a pris sa couronne, et l'ont ensuite rejoint quand il a dansé avec son petit ami.
Et Dave s'est enfui seul, parce que Kurt n'a pas su garder sa bouche arrogante fermée.
Bon Dieu. Dieu, Kurt n'est pas religieux et il sait que personne ne répond à ce nom, mais d'autres personnes mettent tellement de pouvoir dans ce mot alors il pense pour lui même: 'Dieu. Jésus Christ. Pourquoi, pourquoi, pourquoi?'
Son père marmonne à propos d'eux partant, à propos de dîner et de devoirs et d'un tout autre monde qui existe apparemment en dehors de la salle d'attente de l'hôpital.
Mais les doubles portes s'ouvrent et une Sue Sylvester pâle en sort, et elle se dirige vers Kurt sans demander la permission de qui de ce soit. «Je leur ai dit qu'ils devraient laisser entrer l'un de ses amis.»
Kurt s'éloigne de son père et Finn, se levant sans prendre conscience des mouvements de son corps. Il la regarde, elle est encore pâle et sa bouche est fermée rigidement. Il prend la main qu'elle tend vers lui et elle le tire loin de sa famille, vers les doubles portes.
Son père émet un léger bruit de protestation incertaine derrière lui, mais Kurt n'hésite pas.
Il fait une pause quand les portes se referment derrière lui, quand il est dans le couloir intérieur. Coach Sylvester s'arrête et se retourne vers lui, lâchant sa main comme si, même dans cet état, elle avait toujours peur de paraître trop douce.
«Est-il... réveillé?»
Elle fronce les sourcils. «Non. Il est plein de drogues du niveau de celles que prend Lindsay Lohan. Viens, Porcelaine.»
«Pourquoi... pourquoi moi?»
Elle semble ennuyée de ne pas être obéie, ou peut-être juste impatiente de retourner aux côtés de Dave. Elle regarde vers le fond du couloir et relâche bruyamment une bouffée d'air.
Quand elle se rapproche de lui, il ne peut s'empêcher de se tendre. «Il pensait que tu étais le prochain sur leur liste. Il en était sûr. C'est pourquoi il a demandé après toi à l'écore, c'est pourquoi tu dois aller lui parler maintenant. Je ne sais pas et ça m'est égal quand vous avez tous les deux commencés à en avoir quoi que ce soit à faire de l'autre. Ça m'est égal si tu le détestes encore ou si tout ce qui s'est passé entre vous n'était qu'une histoire dépravée d'abus domestique. Tout ce qui m'intéresse est que ce qui l'inquiétait quand je l'ai trouvé était que quelque chose t'arrives à toi. Maintenant viens avant que je te soulève et te porte.»
Il la suit. Il est de retour à cette respiration peu profonde qu'il ne pouvait arrêter à l'école.
La salle n'est pas comme celle qu'il voyait dans Scrubs. Il y a beaucoup d'équipement mais les chambres n'en sont pas, seulement des sortes de petites pièces délimitées par de fins rideaux. Certains rideaux sont laissés ouverts, et il regarde les gens couchés sur de petits lits, et des femmes inquiètes tenant les mains de vieilles dames, et il doit s'imaginer ce qui se trouve derrière les rideaux fermés.
Coach Sylvester s'arrête devant un rideau tiré. Ses pas frénétiques prennent fin et elle inspire une bouffée d'air pour se composer.
Kurt n'a pas le temps de faire de même avant que ses doigts fins et calleux le prennent par le poignet et qu'il soit tiré derrière le rideau avec elle.
Il veut faire cela doucement, mais il n'y a rien à regarder à part le lit et donc c'est là où ses yeux vont directement.
Dave éclipse le lit. Ses pieds dépassent et ses épaules sont presque trop grandes pour reposer en travers. Il y a un mince drap sur lui, tiré au dessus de ses bras et épaules, laissant uniquement sa tête découverte. Il respire, et un écran à côté de lui est illuminé avec son rythme cardiaque affiché en un nombre qui monte et descend, encore et encore, mais contrairement à ce que Kurt sait venant de la télévision tout est complètement silencieux.
Sa tête est couverte d'un bandage, et Kurt se souvient de ses cheveux si humides qu'ils scintillaient dans la lumière terne du vestiaire. Sa lèvre est gonflée, sa mâchoire est rouge et il a un morceau de peau griffé à vif au menton. Ses yeux sont tous les deux assombris par des bleus. Il y a un tube dans sa bouche qui passe par sa gorge et Kurt a envie de demander pourquoi. Il veut demander s'il a arrêté de respirer ou si ça a avoir avec les drogues qu'ils lui ont données ou quoi. Il veut tout savoir.
Il s'avance tout près du lit, regardant en bas vers cet imbécile surdimensionné et son visage enflé et décoloré.
Tout ce à quoi il peut penser est Dave lui souriant dans le couloir ce premier jour après leurs emails. Lui-même, si arrogant, si éclairé, décidant qu'il est assez grand pour l'appeler par son prénom, et Dave lui souriant en retour comme s'il aimait l'idée mais était trop timide pour le dire à voix haute.
Il ne connaît pas du tout Dave Karofsky.
Ils auraient dû discuter. Il aurait dû lui envoyer un email. Il aurait dû remercier Dave de le suivre, de faire attention à ce que rien ne lui arrive, même s'il ne pensait pas qu'on le lui devait.
Ils auraient dû danser ensemble.
Il avale sa salive et tend le bras vers Dave. Les bras et les mains de ce dernier sont sous le drap alors Kurt se contente de poser sa main délicatement sur son épaule. Peut-être qu'il n'est pas blessé à cet endroit là, peut-être qu'il n'y a pas de danger à le toucher.
«Est-ce qu'il va bien aller?» il demande, souhaitant que les yeux de Dave s'ouvrent pour qu'il puisse voir le vert auquel il n'avait jamais fait attention avant aujourd'hui. Il pensait qu'ils étaient juste bruns. Il n'avait jamais vu leur noisette étonnant.
Coach Sylvester répond lentement, comme si elle se sortait de ses propres pensées profondes. «Il ne va pas mourir.» dit-elle de manière raide.
«Je sais ce qui est arrivé.» dit Kurt, caressant l'épaule de Dave avec ses doigts anxieux comme si cela allait amener un quelconque réconfort. «J'ai vu. Quand la serviette est tombée...» Il avale.
«Alors que veux-tu que je dises?» lui aboie-t-elle, et d'une façon ou d'une autre il sait que la tension dans sa voix n'est pas dangereuse. Pas pour lui, en tous cas.
«Tout ce qu'a dit le docteur.» il répond, et il ne peut quitter Dave des yeux.
«Il a une commotion.» dit elle, rapide et amère. «Ils ont donné un coup dur à sa tête avec quelque chose.»
Il acquiesce, se remémorant le trou ensanglanté dans le mur.
«Nez cassé. Les deux épaules disloquées. Des côtes fêlées, aucune cassée par un quelconque miracle. Beaucoup de coupures et de bleus.»
Puis elle hésite.
Il ne peut toujours pas la regarder, ce qui les aide probablement tous les deux.
«Ils ont endommagé son... déchiré le muscle de manière assez inquiétante, mais le médecin ne pense pas qu'il ait n'importe... n'importe quel dégâts internes...» Elle laisse échapper une bouffée d'air.
Et c'est là qu'il comprend quel muscle ils ont déchiré. Il ferme les yeux, se souvenant de jambes nues et de sang. Il ne se rend pas compte qu'il tremble jusqu'à ce que sa main entre en contact avec son épaule pour l'immobiliser.
«Vous êtes amis tous les deux?» elle demande, malgré sa revendication un peu plus tôt de ne pas s'en soucier.
Ils ne sont pas amis, vraiment. Ils ne sont rien du tout. Tout ce qu'ils étaient l'un pour l'autre n'est plus d'actualité. Malgré tout, il acquiesce.
«Alors prends quelques minutes et parle à ton ami. Cela m'est égal s'il peut t'entendre ou non.» Sa main glisse de son épaule et elle s'en va, mais il se tourne abruptement avant qu'elle puisse tirer le rideau.
«Qu'avez vous vu?» demande-t-il, soudain et saisissant même pour lui.
Elle se raidit. Elle ne se retourne pas. « Ils s'enfuyaient quand je suis arrivée.» dit elle simplement, et puis elle disparaît de l'autre côté du rideau.
Ils. Plus qu'un. Ils, mais... mais Kurt est heureux que Dave ne soit pas resté tout seul, blessé et effrayé, avant qu'elle ne le trouve.
Il se retourne vers le lit. Il y a une chaise contre le mur, presque perdue au milieu de l'équipement qui l'entoure, et il l'amène auprès du lit.
Ce n'est pas assez silencieux. Les machines ne font pas de bruit mais il peut entendre des bruits de pas, des voix. Ce rideau n'est pas vraiment une barrière entre eux et le monde.
Coach Sylvester lui a donné l'ordre de parler, mais il n'a rien à dire. Il n'y a absolument rien, jusqu'à ce qu'il se rappelle pourquoi elle a demandé qu'il vienne en premier lieu.
«Je suis là.» il dit, murmure, au visage détendu de Dave. «Je vais bien. Personne n'est après moi.» Il inspire une bouffée d'air et essaie d'empêcher sa voix de trembler. «Tu m'as gardé en sécurité, comme tu l'avais promis.»
Un autre jour il aurait été horrifié par les larmes qui lui vinrent. Constamment dramatique et en train de pleurer est un de ces stéréotypes sur les homosexuels qu'il n'aime pas incarner. Il a pleuré beaucoup de larmes en dix-sept ans, mais elles étaient toutes méritées. Chacune d'entre elles était pour quelque chose d'important. Et donc il n'est pas embarrassé, parce que son père mettant Finn à la porte pour avoir dit que sa décoration de chambre faisait pédé n'est rien comparé à ceci. Pour tout le drame et la tension à McKinley, ceci est à un niveau de réalité qui fait pâlir tout le reste.
Kurt a pleuré pour Coach Sylvester quand sa sœur est morte. Il a pleuré au chevet de son père après sa crise cardiaque. Ce sont les seules choses auxquels il puisse penser qui se rapprochent de ceci.
Que ceci puisse arriver à qui que ce soit est plus qu'inquiétant. Qu'il l'ait vu de ses propres yeux, en ait vu la conséquence fragile, est horrible. Que ce soit quelqu'un qu'il connaisse, quelqu'un avec un gros tempérament et une montagne de peur, et un sourire timide, et une haine apparente de l'usage des apostrophes dans ses emails... le seul autre garçon gay à McKinley à la connaissance de Kurt...
Il n'y a aucun mot.
Il espère un mouvement, espère au moins un mouvement de paupière, mais il n'y a rien. Il reste assis pendant un moment, disant occasionnellement à Dave qu'il est là et qu'il va bien, au cas où Dave puisse l'entendre. Mais après un certain temps le rideau s'ouvre et une grande ombre se porte sur le lit.
«Il est temps de partir, Porcelaine. Ton père pense que je suis en train de te traumatiser en te gardant ici.»
Kurt renifle bruyamment, un bruit cynique et dur. Son père arrive trop tard pour empêcher le traumatisme, et il ne s'est pas produit à l'hôpital.
Sylvester acquiesce son accord avec ce reniflement, mais elle reste à côté du rideau ouvert jusqu'à ce qu'il se lève et laisse le lit derrière lui.
«Quelqu'un devrait rester.» dit Kurt alors qu'ils marchent dans le couloir.
«Ne t'inquiète pas, gamin.» elle répond sinistrement. «Personne ne fera partir tante Sue d'ici.»
Ce qu'il y a de bien à connaître le côté sombre de Sue Sylvester est que Kurt sait qu'elle dit vrai. Personne ne peut la faire bouger quand elle veut rester en place.
Quand il se rappelle qu'il possède un téléphone, deux messages et cinq sms de Blaine l'attendent, et il lui suffit de lire le premier pour voir que Blaine a découvert ce qui est arrivé.
Il appelle, s'asseyant sur son lit et agrippant le téléphone.
«Kurt, Dieu merci, est-ce que tu vas bien? J'étais mort d'inquiétude.»
Peut-être qu'il s'est vidé de toutes ses larmes, parce que l'honnête inquiétude de Blaine ne réussit qu'à le fatiguer. «Je vais bien. Rien ne m'est arrivé.»
«Mercedes m'a dit qu'elle a dû appeler la police? Que quelqu'un a quitté l'école dans une ambulance, et que tu n'es jamais revenu en classe?»
Il fronce les sourcils, reposant son dos contre le mur derrière son lit. «Elle n'a rien dit d'autre?»
«Elle ne savait rien d'autre! Personne ne sait, je suppose. Elle a dit qu'il y a une rumeur qu'un groupe de joueurs de football ont manqué le reste de la journée, mais... Allez! Que s'est-il passé? Est-ce qu'ils ont essayé de faire quelque chose? Est-ce qu'ils t'ont fait du mal, ou-»
«Je t'ai dit que j'allais bien, Blaine.» Il n'avait pas l'intention que cela sorte de manière si tranchante, mais il ne le retire pas. «Écoute, je te dirai tout demain, promis. Je suis juste vraiment épuisé maintenant, d'accord?»
Blaine dit «Bien.» et ce n'est qu'un peu sec. Kurt raccroche avec un soupir, mais un moment plus tard son téléphone vibre avec un sms et il lit:
Je t'aime, ne l'oublie pas. Dors bien.
Et il sourit.
Cette nuit là il rêve d'un match de football au ralenti, les acclamations de la foule et les intonations des Cheerios. Pour une quelconque raison le match se joue dans le gymnase, et alors même qu'il est assit là à regarder et applaudir, d'une manière ou d'une autre, il sait que derrière les portes qui mènent au gymnase quelqu'un est en train de crier. Quelqu'un hurle à l'aide, et il n'y a personne dans tout le monde pour l'entendre.
* Currier and Ives était un atelier de gravure américain dirigé par Nathaniel Currier et James Merritt Ives, qui se trouvait à New Yprk. La société réalisa plus d'un million de gravures entre 1835 et 1907. Currier and Ives décrivaient eux-mêmes comme des éditeurs d'images populaires et bon marché.
