Chapitre 2
Ankha Zeet, District 7
Ma plate-forme s'élève vers le haut, et je peux sentir la panique enfler dans ma poitrine. J'ai 60 secondes, 60 secondes, avant que ma tête soit mise à prix. Me tuer va devenir le prix à payer pour survivre. Une partie du prix en tous cas.
Ma plate-forme s'arrêta avec un clink. Je secouai la tête d'un côté à l'autre frénétiquement, mes deux tresses noires me fouettant le visage, essayant de capter ce qui m'entoure. Différentes forêts, et une clairière en face de moi, des provisions jonchant le sol.
Quelque chose accrocha mon regard, un sac à dos rouge près d'une matraque. Des vivres et une arme. Dès que je les ai, je me casse.
Un bruit sourd indique que nous pouvons quitter nos plates-formes mais personne ne bouge. Nous nous fixons les uns les autres, ne sachant quoi faire. Puis la fille du District 3, To, bondit de sa plate-forme et pique un sprint dans la clairière. La glace est brisée et de plus en plus de gens plongent vers la nourriture et les armes dont ils ont tant besoin.
J'arrache du sol le sac à dos rouge et la matraque et je m'enfuis en diagonale, pour garder un œil sur mes concurrents.
To court en tournant son arc bandé de tous les côtés pour éloigner tout le monde de son chemin. Je me jure que je ne cesserais pas de faire attention à cette fille-là. Elle n'est pas cruelle, mais elle est déterminée à rentrer chez elle.
Murk, le garçon de mon District qui a les cheveux grisonnants alors qu'il n'a que 18 ans, est face à face avec le rebelle du 6. Ils ne se battent pas vraiment pourtant, se contentant de s'affronter du regard pour l'épée qui repose entre eux deux. Ils ont sûrement peur que si l'un esquisse un mouvement, l'autre fera de même.
J'entr'aperçois la petite Rhiattany qui se faufile en haut d'un arbre. Elle a certainement l'intention de se cacher là.
Le garçon du District 12, Achoo, ou peu importe son nom, glisse un ensemble de couteaux impressionnant dans sa veste, ainsi qu'un petit objet que je n'arrive pas bien à voir.
J'arrive à la ligne d'arbres et j'y disparais.
Quke Kimbler, District 4
Les huit toujours dans la clairière se fixent du regard les uns les autres. C'est à nouveau comme sur les plates-formes. Quand personne ne savait quoi faire. Notre tenue nous colle au corps. Tout ce que j'ai pour l'instant, c'est une cruche d'eau. Mais c'est bien assez. Ayant grandi dans le 4, je sais à quel point l'eau peut se révéler crucial.
Nous nous détournons et nous dirigeons vers différentes directions. Nous ne voulons tuer personne. Pas tant qu'on n'y est pas obligé. Je commence à marcher, cherchant de la nourriture, un endroit où dormir. Je ne mets pas longtemps à trouver une petite comble qui devrait contenir la pluie ou le vent.
Je laisse ma cruche d'eau dans mon repaire et repart trouver de la nourriture. Je ne veux pas mourir de faim. Je ne trouve absolument rien que je reconnaisse. Bien sûr, la majorité de ce que je peux reconnaître sont des poissons. Si seulement je trouvais une rivière ou un lac, je serais dans mon élément.
Tout d'un coup, une douleur explosa dans ma cheville. Je glapis et me tortilla sans même y penser, envoyant le serpent qui vient de me mordre voler dans les airs. Le poison se répand très vite et je tombe, des tâches noires obscurcissant ma vision. Une heure dans les jeux et je suis déjà mort.
J'espère que quelqu'un fera bion usage de mon eau.
Krenk White, District 1
Pour la première fois, je me surprends à souhaiter que mes cheveux ne soient pas si blonds, presque blancs. Sans vouloir paraître trop orgueilleux, je suis plutôt pas mal. Mais quand même, des cheveux bruns serait un meilleur camouflage, et nous devons utiliser toute l'aide qu'on pourra bien obtenir.
De la clairière, j'ai récupéré des crackers, du fil et des aiguilles. Ce qui m'énerve prodigieusement. Je n'ai pas besoin de coudre, j'ai besoin d'armes ! J'imagine que ça pourrait être utile si je dois me faire des points de sutures à moi-même ou quoi que ce soit. Mais ce n'est pas vraiment ce qui me préoccupe. Je regarde autour de moi pour vérifier s'il y a quelqu'un dans cette zone.
Non.
Je laisse tomber mes affaires au sol et je casse une branche d'un arbre. Bien. Maintenant, je peux me battre. Et j'en ai bien l'intention. Tout ce qui se passe est bien réel et, sans vouloir paraître trop orgueilleux, je mérite de rentrer chez moi.
Je m'assois contre l'arbre avant de changer d'avis et de me blottir sous un buisson. Mon dieu, je me sens idiot, recroquevillé avec mes genoux contre mon torse. Sans vouloir paraître trop orgueilleux, je suis plutôt grand. Et plutôt muscler. J'aime entraîner mon corps. Mais le buisson a le mérite de m'offrir une cachette.
Il fait noir maintenant. Le sceau de Panem apparaît dans le ciel et je crache sur le sol. Une ancienne habitude que je partage avec des amis. Notre moyen à nous de nous rebeller. L'hymne joue et je fais de mon mieux pour sembler ennuyé. Ils nous ont dit que les participants décédés seront affichés pendant l'hymne tous les jours.
« Quke Kimbler » La photo du garçon du District 4 s'affiche. Puis le noir revient.
Rien que lui, alors ? Mince. Je m'attendais à plus. Ça m'aurait évité bien des soucis. Oh, et puis tant pis. Un de moins et plus que vingt-deux !
Day two
Aria Lyemann, District 5
Je m'échine à travers la forêt. Mes cheveux noirs sont lâches. Je refuse de les rattacher. Le Capitole peut me faire me battre, me faire mourir, mais ils ne peuvent pas m'empêcher d'être moi. Et j'adore mes cheveux.
Je n'ai rien eu hier, mais je m'y connais un peu en plantes comestibles. J'ai reconnu certaines feuilles, des baies qui étaient très bonnes et ses feuilles que je suis en train de marcher avec mes dents du fond me redonnent de l'énergie.
Tout à coup, j'entends un beuglement derrière moi. J'esquive alors que quelqu'un tente de ma balancer quelque chose à la tête. C'est ce mec, Krenk. Un vrai bouffon. S'il n'avait pas crié comme ça en me chargeant, il aurait pu m'assommer et me tuer ensuite facilement.
Etant donné la situation, je cours. Je n'ai aucune arme, et il est plus grand et plus fort que moi.
Je me rue vers un arbre. Ce n'est pas comme si j'étais une très bonne grimpeuse mais je parie qu'il ne pourra pas aller aussi haut que moi, vu que je suis beaucoup plus légère.
J'escalade, agrippant toutes les branches à ma portée. De la sève collante et dégoûtante m'enduit les doigts, ainsi que le tronc même de l'arbre. Je déteste la sensation de la sève sur ma peau mais j'ai de plus graves préoccupations. A savoir Krenk qui semble déterminé à me suivre jusqu'en haut.
Mes mains glissent et je vacille dangereusement.
La main de Krenk se referme sur ma cheville.
Je me débats de son emprise mais je ne peux pas lui faire lâcher. Mon cerveau fonctionne à une vitesse que je n'aurais jamais cru possible, analysant toutes mes options. Je décide de prendre un gros risque. Je laisse mon autre pied glisser de la branche. Je ne me retiens qu'avec mes mains lorsque je le lui envoie un violent coup de pied dans la tête. Sous le choc, il me lâche et saisit l'arbre pour tenter de garder son équilibre.
Je garde mes mains douloureusement serrés autour de la branche and lui écrase sauvagement les mains avec le bout de ma chaussure. Sous la douleur, il lâche sa prise et je luis enfonce désespérément mes deux pieds dans la poitrine.
Repoussé en arrière, je vois son corps s'incliner pendant un temps étrangement long, puis il lance un cri à glacer le sang et tombe de l'arbre.
J'entends un bruit sourd lorsqu'il heurte le sol de la forêt, ainsi qu'un craquement. Je ramène mes jambes sur la branche. Je reste supendu là un moment pour trois raisons. De un, je suis tellement abasourdi que si j'essaye de bouger tout de suite, je vais sûrement dégringoler de l'arbre aussi. De deux, j'ai peur que Krenk ne fasse seulement semblant d'être mort. Et enfin, parce que j'ai peur qu'il ne fasse pas semblant.
Je reprends mes esprits et redescends doucement vers le sol. Je fixe Krenk, dont le cou forme un angle inhumain. Non. Il ne fait pas semblant. J'ai honte de dire que j'en suis contente. Je lui retire sa veste, sa chemise et son pantalon. Je prends aussi son paquet partiellement entamé de crackers et son set de couture.
Et je cours. Je ne veux pas faire face à l'évidence froide et morte de ce que je suis déjà en train de devenir.
Rhiattany Hurli, District 9
Je redescends de mon arbre. Je ne peux pas rester ici une minute de plus. Mon estomac grogne si fort qu'il me fera automatiquement repérer si quelqu'un passe par là. Je me balance et atterris avec un bruit sourd. Je suis congelé, mes oreilles sont mises à rude épreuve. Je suis sûr que personne ne m'a remarqué me hisser dans l'arbre hier, mais ça ne coûte rien d'être prudent. Je ramasse une poignée d'herbe et la fourre dans ma bouche juste pour avoir quelque chose à mâcher. De l'herbe, ce n'est pas facile à mâcher. C'est dur et filandreux.
Et maintenant, je marche.
Après un nombre de temps d'agonie que je ne pourrais même pas commencer à mesurer, je trouve un arbre fruitier. Je reconnais ces fruits comme étant des pommes. J'en dû en manger une dizaine dans le train qui m'a conduit jusqu'au Capitole. Je ne peux pas en croire ma chance. Ça doit être le seul arbre fruitier de l'arène. J'attrape une pomme et mords dedans pendant que j'en fourre trois autres dans mon T-shirt au cas où je devrais quitter cette zone rapidement.
Je me sens prête désormais, en quelque sorte. Je suis peut-être jeune mais j'aurais toute la nourriture qu'il me faut pendant des semaines grâce à ce bel, très bel arbre. Et comme je l'ai dit durant mon interview, j'apprends vite. Nul autre dans cette arène n'apprendra aussi vite que moi comment lancer un couteau, grimper à un arbre, n'importe quoi. Je peux le faire.
Mais j'aurais bien voulu avoir une serviette. Cette pomme est très juteuse.
Drai Brister, District 11
Je tombe sur cette fille, je ne me rappelle plus son nom. Elle lance un hurlement. Maintenant, tout le monde sait où nous sommes. Je serre fort sa gorge. Elle se cabre sous mon poids, se débattant désespérément. Elle plante ses ongles dans mes jambes, que j'utilise pour la plaquer au sol par les épaules. Elle est forte. Je commence à penser que je ne réussirais jamais à l'étouffer. Mais non, ses démènements s'espacent.
Elle comprend qu'elle ne peut plus en réchapper, alors elle me regarde droit dans les yeux. J'évite au possible de lui rendre son regard, parce que voir la lueur de ses yeux s'affaiblir peu à peu me rappelle ce que je suis en train de faire. Tuer une personne.
Elle devient toute molle. Je garde ma position au cas où ça serait un ultime piège. Après un moment, je la relâche et vérifie son pouls. Elle n'en a pas. Je fixe le bleu violacé, presque un collier, qu'elle a autour du cou, entouré par des cheveux blonds sales et emmêlés.
Elle n'a rien sur elle, alors je pars. Il n'y a rien d'autre à faire.
Jiminy Frank, District 8
Je me recroqueville dans ma grotte, avec mon couteau et ma miche de pain. Il est doux et raffiné, donc je suppose qu'il vient du District 1. Je respire son odeur profondément. Ce pain pourrait très bien être le meilleur et le dernier que je mangerais de ma vie. L'hymne commence, annonçant la liste des morts de la journée. Je me glisse à l'air libre pour pouvoir voir le ciel et j'attends en silence.
« Krenk White » On voit une photo de ce garçon du 1. Je suis content qu'il ne soit plus là. Il est grand et fort. Ou plutôt était.
« Braedi Tandey » Une des filles. Je ne me rappelle plus de quel District elle vient. Elle fait très jeune. Je crois qu'elle est plus vieille qu'elle n'en a l'air. J'espère que c'est le cas. Ce n'est pas juste pour les très jeunes d'être ici.
Mais qu'est-ce que je dis ?
C'est n'est juste pour personne d'être ici ! Nous sommes une bande de gamins, et seulement un seul d'entre nous a participé à la rébellion que nous sommes soi-disant en train d'expier. Soudainement, je n'en peux plus et commence à frapper le mur de ma grotte.
« C'est une perte d'énergie, tu sais. » entendis-je derrière moi.
Je me retourne brusquement, dégageant d'un coup sec mon couteau de ma botte.
« Du calme ninja, je ne vais pas te tuer. On est ici tous ensemble, peu importe ce que le Capitole raconte. »
Celui qui vient de parler se déplace à la lumière de la lune et je vois que c'est Wriarin, celui qui a combattu pendant la rébellion. Je ne baisse pas mon couteau.
« Tu t'en vas ou je te tue. » je crache. Evidemment je bluffe. Il a une vilaine épée et je n'arriverais sans doute à l'approcher suffisamment pour le toucher.
Il sait que je ne pourrais mettre ma menace à exécution : « On est d'humeur grincheux, ninja ? »
« Tais-toi. Et ne m'appelle pas comme ça. » je grogne.
« Qu'est ce qui t'énerves autant ? »
« Des gens comme toi. Ceux qui nous ont tous fait punir. Qui sont la cause de nos maisons bombardées. Et à cause de qui on a été envoyé dans cette arène. »
Il lève un sourcil, puis l'abaisse lorsqu'il réalise.
« Oh…tu es en colère contre les rebelles. »
Ma voix claque : « Oui le génie, rien qu'un peu. »
Il secoue la tête : « Pourquoi ? On ne peut pas simplement garder la tête baissée et laisser le Capitole nous exploiter pour toujours. »
« Et pourquoi pas ? Quand nous 'baissions la tête', nous ne mourions pas par dizaines de milliers et nous n'étions pas obligés de nous entre-tuer dans une arène. »
« As-tu tué quelqu'un déjà ? »
« Non. »
« Moi non plus. Donc techniquement, le Capitole ne nous oblige pas à tuer qui que ce soit. »
Je le fixe. Comment peut-il dire ça ? Nous n'avons peut-être tué personne, mais d'autres l'ont fait ; trois personnes sont déjà mortes. Parce qu'ils y ont été contraints, tout ça à cause de la rébellion, qui est elle-même de la faute des rebelles. Comment peut-il rester là et ne pas se détester ?
« Ecoute ninja, tu n'aimes pas le Capitole, n'est-ce pas ? »
Je me contente de l'observer, incertain de ce qu'il va faire avec cette information.
« Bon, je vais prendre ça comme un non. Hé bien, moi non plus. Alors, pourquoi on ne s'aiderait pas ? On pourrait dormir à tour de rôle, partager la nourriture, se surveiller les arrières l'un l'autre. On pourrait même rassembler un grand groupe ensemble. Si on se regroupe et qu'on refuse de se tuer, on pourrait battre le Capitole à leurs propres Jeux. »
Ma bouche est grande ouverte. Je ne peux pas en croire mes oreilles. Il est malade. « Oublie ça ! Tu es complètement fou ! Comment je peux savoir que tu ne me poignarderas pas la seconde où je te tournerais le dos ? »
« Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Tu sais que je déteste le Capitole plus que tout. C'est pour ça que je me suis battue avec les rebelles. Te tuer, c'est me plier à leurs règles. Donc je ne le ferais pas. En fait, ce serait plutôt moi qui devrait m'inquiéter, sachant à quel point tu me détestes pour m'être battu. Alors, d'accord ?
Il repose son épée et me tend la main.
Je réfléchis ardemment. Il dit probablement la vérité lorsqu'il dit qu'il ne me tuera pas. Il ne se courbera pas devant la volonté du Capitole. En plus, ayant combattu avec les rebelles, une petite rébellion comme le fait de refuser de tuer serait bien son genre. Il a marqué d'ailleurs pas mal de points. Deux cerveaux sont mieux qu'un, surtout quand dix-neuf autres essayent de vous tuer. Mais quand même, je déteste les rebelles de nous avoir fait ça, d'avoir empirer une situation déjà désagréable. En aucun cas je ne pourrais oublier le fait que c'est un rebelle mais je pourrais peut-être essayer de passer outre ce problème. Après tout, mes opinions politiques comptent moins que ma vie.
« Je compte pas serrer ta main. Mais d'accord. »
