Bonjour tout le monde !
Après une très longue attente, voici le deuxième chapitre de cette histoire. Vous trouverez à la fin quelques notes et clarifications historiques au sujet des mouvements de résistance en Allemagne.
Personnages et noms humains utilisés :
- Elisabeth et Roderich Edelstein (Hongrie et Autriche)
- Antonio Fernandez Carriedo et Lovino Vargas (Espagne et Italie du Sud)
- Alice, Gilbert, et Ludwig Beilschmidt (Fem!Italie, Allemagne, et Prusse)
- Laura et Jan Fick (Belgique et Pays-Bas)
OCs :
- Thomas Franckel [chapitre 2]
- Marco Müller [chapitre 2]
- Lili Weyl
- Monika Beilschmidt
Bonne lecture !
X.
- Roderich ne devrait pas tarder...
Antonio mange sa soupe en silence tandis que Lovino scrute avec une forme d'inquiétude étrange l'horloge.
- J'ai un mauvais pressentiment, souffle l'italien.
Son vis-à-vis ne répond rien, habitué à la nature préoccupée de son colocataire.
- Et toi qui ne réagis jamais ! peste Lovino en se levant.
- Que veux-tu que je te dise ? Si tu ne voulais pas t'inquiéter de la pareille façon, tu n'avais qu'à rester dans ton petit village de Sicile.
Trois coups sourds retentissent soudain. Les deux hommes se regardent. L'italien se précipite vers la porte.
- Laura ?
- Bonsoir...
Jan entre en bousculant le propriétaire du restaurant. Ce dernier s'approche de la blonde qui murmure :
- Désolée...
L'aîné des Fick se tourne vers Antonio qui s'est levé avec empressement de sa chaise.
- Monsieur... ?
- Fernandez Carriedo. Antonio Fernandez Carriedo.
Jan sourit. Antonio frémit.
Quelqu'un frappe à la porte.
- Allez ouvrir, ordonne avec fermeté le frère de Laura.
Le jeune sicilien s'exécute sans protester.
- J'ai fait aussi vite que j'ai pu.
Roderich se tait aussitôt après avoir remarqué l'homme en uniforme de la Gestapo.
- C'est un plaisir de vous rencontrer Monsieur Edelstein ! annonce Jan sur un ton étrangement gai.
- Qui êtes-vous ?
- Le frère de votre amie Laura. Jan Fick. Je travaille pour le parti. C'est un honneur pour moi de faire la connaissance d'un pianiste de votre rang.
Roderich, modeste, objecte :
- N'exagérez pas !
Jan regarde avec attention chacun des moindres recoins du restaurant. Il inspecte les armoires, tire tous les tiroirs.
- Lovino ce n'est pas très allemand, lance le blond.
- En effet, mes deux parents sont italiens.
L'aîné des Fick souffle un « bien » assez peu convaincu.
- Montrez-moi votre cave.
Le ton est sans appel. Antonio jette un regard désespéré à son ami. Roderich écarquille les yeux. Laura manque de s'évanouir, écrasée par la culpabilité.
- Montrez-moi votre cave, répète Jan.
- C'est privé, rétorque Lovino avec un aplomb remarquable.
- Jan rentrons, ajoute Laura.
- Montrez-moi votre cave ! crie à présent son frère hors de lui.
Le propriétaire du restaurant capitule. Il ouvre avec lenteur la trappe qui mène au sous-sol et allume la lumière en tremblant. Jan descend les marches quatre à quatre.
- Allez-y. Fouillez.
Le ton du sicilien est provocant et si le policier ne le frappe pas, c'est parce qu'il est obnubilé par l'inspection de la cave. Il remonte, presque déçu.
- Rien à signaler.
XI.
« Pas comme Lili » se répète en boucle Elisabeth. « Je ne veux pas finir comme ma sœur ».
- Cachez-vous derrière les tonneaux, murmure à voix basse le père de la famille cachée dans ce taudis.
« Des bottes » songe la brune. « Des bottes comme celles des hommes qui ont emporté ma Lili ». La jeune femme se tapit derrière les lourdes barriques de vin. A ce moment, elle se sent comme une bête traquée cherchant à échapper à ses prédateurs. Elle ne voit plus les bottes. Elle les entend. Ne pas bouger, ne pas respirer. La trappe se referme. Tout le monde se retrouve. La trappe s'ouvre à nouveau ... Merde.
- Roderich ?!
Pas de bottes cette fois. Des souliers vernis.
- Elisa...
XII.
- Gilbert ! Où est Gilbert ?!
Ludwig balaye le hangar des yeux.
- Un avion a explosé en vol aujourd'hui, murmure l'un des collègues du blond.
- Tu te fiches de moi ?
L'allemand s'approche à grands pas du jeune homme.
- C'était l'avion de Gil' oui ou merde ? C'était l'avion de mon frère ?!
Ludwig attrape l'autre aviateur par le col. Ce dernier s'énerve :
- Je ne sais pas moi ! Tu crois que j'ai fait gaffe à lui ? Lâche-moi imbécile !
Le plus baraqué obéit rageusement. Leur supérieur pénètre dans la halle d'un pas assuré. Pas un bruit.
- Je tiens à vous féliciter pour votre courage exemplaire.
La porte s'ouvre. Ludwig espère. Scheisse.
- Monsieur Müller. Nous sommes au complet à présent.
Le blond prend timidement la parole :
- Pas tout à fait, mon frère n'est toujours pas là.
- Nous le comptons pour mort.
Ludwig tombe à genoux.
Pas son frère.
XIII.
- Bougez-vous.
La voix d'Hans Scholl ne tremble pas. Derrière l'allemand se pressent quatre des membres de la Weisse Rose.
- Kurt. File-moi ces tracts.
L'auteur de cette sixième série obéit sans broncher. Sophie, la sœur de Hans, les jette pardessus la rambarde qui longe le deuxième étage de l'université munichoise.
- Merde le surveillant !
Sophie reste figée face au regard noir de cet homme qui s'apprête sans aucun doute à causer leur perte.
- Tirons-nous !
Hans et Kurt se dirigent avec précipitation vers les escalier, bientôt suivis par Antonio et Roderich.
- Vous n'irez nulle part.
Le ton de l'appariteur est étrangement calme. Il joue distraitement avec son trousseau de clefs et monte les marches une à une.
- Entrez dans cette salle, ordonne-t-il.
Tout le monde se regarde, paniqués. Hans pénètre avec un courage sordide dans ladite salle, suivi par ses amis. La porte se referme dans un bruit de fracas désagréable.
XIV.
- Antonio n'est toujours pas là !
Lovino fait les cent pas dans le salon.
- Ne t'en fais pas, il va revenir. Il a juste un peu de retard, voilà tout !
L'italien n'écoute pas Laura, assise à la table. Quelqu'un frappe à la porte. La blonde se lève sans un mot.
- Jan ?
L'aîné des Fick tient un journal à la main.
- Je viens voir le rital.
Laura s'écarte en silence pour laisser passer son frère qui dépose le journal sous le nez de Lovino.
« Cinq résistants arrêtés hier »
- Sympa le boulot de ton petit ami...
Jan ne peut s'empêcher de sourire de façon narquoise. L'italien sent son cœur rater un battement.
- C'est pas possible.
Sa voix tremble. Pitoyable. Le plus grand demande :
- Ça te dérange que je refasse un petit tour dans ta cave ?
XV.
- Thomas, entre !
Tous les regards se tournent vers la porte du restaurant. Un homme de haute stature portant le même uniforme que Jan vient d'entrer dans le troquet.
- On est toujours plus efficace à deux...
Lovino tressaille. Il avait tout prévu. Cazzo. Laura se rapproche de l'italien et lui assure que tout ira bien. Les deux policiers ouvrent la trappe et allument la lumière.
- Oh...
« Putain tout est fini » songe le sicilien. A la cave, des cris retentissent. Des objets tombent. « C'est le bordel » pense la blonde. Jan et Thomas remontent, tenant fermement la famille juive et Elisabeth.
- Leurs papiers, demande avec satisfaction l'aîné des Fick.
L'italien obéit avec peine, fouillant dans un tiroir pour retrouver les documents que cherche le blond.
- Tenez.
Jan regarde avec attention les cartes.
« Je vais vraiment finir comme Lili » se rend compte Elisabeth.
XVI.
Antonio ne pleure pas lorsqu'on le pousse avec brutalité vers la guillotine. Devant lui marche Sophie. Elle se tient droite. Fière. Dieu ce qu'il admire cette femme. Elle lui apparaît si courageuse. Roderich lui, tient la tête basse. Kurt tremble. Hans insulte les officiers chargés de les mener à la mort.
- Eh Roddy ?
- Quoi ?!
Antonio prend une longue inspiration.
- Pense à Elisabeth.
Le jeune pianiste se redresse. « Peu m'importe de mourir si mon amour survit.»
XVII.
Les dernières pensées d'Elisabeth sont pour Roderich. Son cher et tendre mari.
- Avancez !
Un homme en uniforme hurle sur la longue file de femmes qui se presse vers un bâtiment sommairement appelé « douches ».
- Déshabillez-vous !
La jeune femme aux longs cheveux bruns obéit par peur de se faire frapper. A ses côtés, une dame relativement âgée pleure et prie.
- Arrête de geindre sale juive !
L'homme en uniforme s'échauffe et hurle sur tout le monde. « Je ne veux pas y aller » pense Elisabeth en frémissant. La vieille femme pleure toujours.
- Ta gueule !
L'officier frappe avec violent la femme qui ne se relève pas.
- Avancez !
La brune pénètre dans le hangar et s'efforce de garder la tête haute. S'il faut mourir, autant le faire avec dignité.
XVIII.
Les dernières pensées d'Antonio sont pour Lovino. Son compagnon, cet homme qu'il a tant aimé et qui a partagé sa vie durant tant d'années.
- Avancez !
Un homme en uniforme hurle sur la courte file de résistants qui se presse vers la guillotine.
- Hans Scholl !
L'aîné avance avec une fierté dérangeante. Clac. Trois minutes et l'affaire est réglée. Antonio sent son cœur se soulever.
- Sophie Scholl !
La jeune femme se tourne vers Kurt et lui sourit. Clac. Antonio a de plus en plus envie de vomir.
- Kurt Huber !
L'auteur des derniers tracts tombe à genoux. Deux hommes en uniforme l'aident à se relever. Clac. Cette fois c'est sûr, Antonio va rendre ses tripes.
- Roderich Edelstein !
« Je dois rêver » tente de se convaincre l'espagnol. Clac. Plus le temps pour les jérémiades à présent.
- Antonio Fernandez Carriedo !
Il n'y a plus lieu de lutter maintenant.
Le mal a gagné.
