Merci à Misiri-addict, ma première revieweuse. J'espère tout de même que tu as fermé l'œil, j'm'en voudrais de refiler des insomnies à mes lecteurs ^^ Bonne lecture …
Le sable fripait sa peau et lui chatouillait les pieds. Ses cheveux sentaient le sel et la chaleur des flammes alourdissait ses paupières. Dans son oreille, une voix grave fredonnait quelques vers espagnoles. Entre les braises et les lucioles, elle ne parvenait plus à faire la distinction. Seules ces présences derrière elle et cette brulure au ventre importaient. Un sentiment de pouvoir et d'immensité. Tant de choses qui faisaient planer Bella.
"Sans cesse défoncée, elle m'appelle Roméo ..."
Des doigts chauds lui caressaient les cheveux et le bruit des vagues se mêlait à cette sombre voix. Mais ils n'étaient pas seuls. Autour, de joyeuses présences chantaient. Tel un tourbillon, elles les encerclaient, dansant avec de grands gestes désordonnés, tentant de leur cacher l'océan, leur bonheur.
"Mais cette fille là ne m'aime que quand elle boit de trop ..."
L'odeur de l'alcool ne lui faisait même pas froncer le nez. Rien n'avait d'importance que ce goût de chocolat sur les lèvres, ce goût du vide et du vertige. Parce qu'elle tombait. Cette chute l'éloignait de ce monde sans passé, sans soucies. Elle cria.
2. A la recherche de l'oubli
C'est en sueur que Bella se réveilla. Elle était encore habillée et même si le ciel était noir, il ne devait pas être bien tard. De leur voix grinçantes, BB BRUNES couraient toujours après Dear Jekyll, s'amusant à se mettre dans la peau de Mr Hyde. Exaspérée par ces paroles à la fois trop abstraites et trop vraies, elle débrancha la sono. Ces maudits accords avaient réveillé son inconscient et ses cauchemardas.
A côté, la radio de Carlie diffusait toujours les mêmes chansons monochromes. En se concentrant un peu plus, elle put distinguer les sons de la télévision : son père devait être rentré. Retirant ses chaussures -chose qu'elle n'avait pas encore faite-, elle courut écouter les infos. Une odeur assez appétissante flottait dans l'air et elle sourit à sa mère qui faisait des allez-retours entre la cuisine et le fer à repasser. Lui prenant le linge propre des bras, elle prit la relève. En marmonnant un "Salut" à son père - qui lui adressa un vague sourire -, elle passa devant le téléviseur pour aller s'installer derrière la planche.
Comme à son habitude, le présentateur, d'un ton n'acceptant aucun contrefait, s'appliquait à faire le résumé d'une journée pleine de faits plus ou moins excitants. Elle arrivait trop tard, et déjà il en était à la rubrique sport. Toute l'Amérique semblait ne jurer que par le football ces derniers temps - son père compris. Les écharpes aux couleurs des différentes teams avaient étaient remplacées par les bannières tricolores. Une nouvelle forme de nationalisme, diraient certains. Un simple effet de mode pour Bella. Personnellement, elle avait goûté à tout avant de comprendre que le sport ne serait jamais fait pour elle.
Sa lubie à elle, c'était la musique. Depuis toute jeune, elle faisait du piano. Entraînée par sa première amie, elles s'étaient inscrites au conservatoire. Son amie avait continué tandis que Bella s'était fait recalée dés la première année : manque de discipline. Plus tard, elle commença la guitare. Aujourd'hui, rien ne lui faisait plus envie. Cela devait faire des semaines qu'elle n'avait touchées à sa guitare, et c'était sans parler de son piano qui croulait sous la poussière. En réalité, plus rien ne l'intéressait. L'adolescence, disait son père. Remarque souvent accompagnée par le regard triste de Renée. Après tout, il ne pouvait pas savoir.
Quand la table fut mise et le repas servi, son père brancha le décodeur pour regarder les chaines câblées. Bella aimait bien regarder ces programmes : il y avait toujours du beau monde sur les plateaux. Sa sœur bouda ses légumes ainsi que son poisson. Habitués, ses parents n'y prirent garde. Ce ne fut pas le cas de Bella. Depuis quand Carlie refusait de se nourrir ? En lui jetant un coup d'œil, elle s'effraya à la vue de sa maigreur. Jamais encore elle n'avait remarqué. A croire qu'elle n'était pas la plus chétive de la famille.
"Pourquoi tu manges pas Carlie ? Ca te ferait franchement du bien, t'es maigre comme un clou.
Etonnée, la jeune adolescente décrocha son regard du téléviseur pour fixer sa sœur.
- Depuis quand tu te soucis de ce que je fais ?
Scotchée par l'agressivité de la réplique, Bella resta muette. Sa mère tenta de lui venir en aide :
- C'est vrai que tu ne manges pas beaucoup ces derniers jours ma puce.
- J'n'ai pas faim ! Je ne vais pas manger alors que je n'ai pas faim !
- Vu la taille que doit avoir ton estomac, ce n'est pas étonnant que tu n'ais pas faim. Dis-moi, ça t'arrives encore ? D'avoir faim.
- Mêle-toi de ce qui te regarde Bell ! J'te demande moi, c'est quand la dernière fois que t'as eu envie de sourire ?
Ce coup bas lui value un regard noir. Enervée, elle se leva bruyamment. Le bruit de ses pas sur le carrelage réveilla Pirate qui aboya derrière elle. Elle lui claqua la porte au nez. Bella jura avoir décelé un regard vexé chez son chien. Mais ses pensées enfantines furent interrompues par son père qui, de toute évidence, n'était pas stupide :
- Il n'empêche, elle n'a pas complètement tord Bell. Quand est-ce la dernière fois que tu ais sourit ?
Sentant la colère monter, elle préféra se lever de table. Avant, elle se sentit obliger d'ajouter quelque chose :
- On en reparlera quand Carlie se sera fait hospitalisée pour cause d'anorexie."
Inutilement fière, elle se renferma dans sa chambre. Elle n'alluma même pas la lumière. Elle s'assit sur la chaise qui traînait devant sa fenêtre. De son troisième étage, on pouvait voir le parking de son immeuble ainsi que le Centre Commercial du coin. Mais c'était tout. Néanmoins, les fenêtres de ses voisins étaient très intéressantes. En face, c'était même un vrai feuilleton.
La plupart des chambres du foyer qui faisait face à son immeuble abritaient de jeunes étudiantes regorgeant d'imagination pour occuper leurs nuits. Souriant face à de telles pensées, elle ferma sagement sa fenêtre pour retourner sur son lit. Elle se rappelait le temps où elle ne prenait place sur cette chaise que pour fumer une clope. Aujourd'hui, elle s'était promis de ne plus jamais toucher à ce genre de poison. Voilà une chose qu'elle n'avait put cacher à son père. Et malheureusement, il se plaisait à le lui rappeler.
Chose que Bella évitait de faire à tout prix. Malheureusement, son subconscient semblait ne pas vouloir tirer un trait sur son passé. Ce dernier se plaisait à hanter ses sommeils. Ainsi, ses nuits étaient pleines de ces fantômes qu'elle s'évertuait à chasser tout le long de la journée.
Cherchant de quoi s'occuper, elle se retint d'empoigner sa guitare. Elle n'avait pas très envie de donner raison à sa sœur. Elle se dirigea alors vers un tiroir d'où elle sortit une feuille blanche et un crayon. Lentement, presque avec lourdeur, elle s'appliqua à donner vie à quelques formes simples. Bientôt, une plage pris forme. Mais l'eau était noire, le sable sans fin et le soleil sans rayon. Elle aurait souhaité ajouter un bateau, une famille, un chien, un parasol ou encore, une voiture. Mais voilà, elle en était incapable. Ses talents en dessin s'arrêtaient en ces quelques lignes la rendant impuissante face à ce néant sans couleur.
Avec aigreur, elle se rendit compte que c'était avec ce même sentiment qu'elle entrevoyait son avenir. Tristement, elle plia la feuille en quatre pour ensuite en faire un avion en papier. Finalement, elle rebrancha la sono.
"Des rumeurs adolescentes disent que je ne suis pas à toi ..."
Elle se releva brusquement.
"... et je pense qu'une part de vrai se cache."
Elle coupa la mélodie, pris le CD et le cassa en deux. Un bref instant, leur bord tranchant la séduisirent. Mais le rire de son père retentit quelque part chez elle, et elle reposa bien délicatement les deux morceaux de disque sur son bureau.
Le lendemain, elle retrouvera sa nouvelle classe ainsi que le bavardage incessant d'Angela. Cette dernière semblait prendre un plaisir démesuré à refaire le portrait de chaque élève. Sa théorie était simple : « Que des sacs à merde. » Pour l'excuser, Bella se disait que se faire rejeter par les autres entraînait forcément une certaine aigreur. Elle la laissait donc déverser son flot de poison, fermant son esprit à chaque nouvelle insulte. Pourtant, quand elle le voulait, Angela pouvait être quelqu'un de vraiment adorable :
"Vraiment, faut que tu viennes un jour ! On prend toujours le bus pour y aller ! J'te présenterais Victor, Adrien, Fred, Steph, Cleb !..."
Et c'est comme ça que, entre deux portraits, elle lui faisait part de ses projets. Elle et sa bande de surfeurs partaient un week-end sur deux à la Push pour profiter des vagues. Mais le surf était une chose qui n'avait jamais séduit Bella.
"C'est gentil, mais ce week-end, je suis invitée ailleurs.
- Oh ! Ce n'est pas grave, une autre fois alors !
- Peut-être ...
- T'es pas très bavarde ...
- Tu parles pour deux ! Essaya-t-elle de plaisanter.
- Autant rester seule, dans ce cas."
Consciente de l'avoir blessée, Bella demeura muette, perdue dans le sens de ses agissements. C'est vrai qu'elle ne parlait pas souvent. Mais que dire ? Elle n'avait rien à raconter !
"Que veux-tu savoir ?
- Sur toi ?
- Eh bien oui ! A part moi, je ne sais pas trop de quoi je pourrais bien te parler !
- Ok. Tu as raison, j'ai suffisamment parlé de moi. Mm ... Je ne sais même pas si tu es fille unique ou pas.
- J'ai une sœur.
- Ok. Quel âge ?
- 13 ans, elle vient de redoubler sa cinquième et est en bonne voie pour devenir anorexique.
- Sur les traces de sa grande sœur ?
Vexée par cette allusion sur sa faible masse, elle grogna :
- On ne choisit pas son corps !
- Je suis d'accord, dit-elle en louchant sur ses cuisses. Bon, je vois que ce sujet ne te plaît pas trop. Et si tu me parlais de ton passé ?
- Y a rien à dire, affirma Bella avec une froideur dont elle fut la première à s'en étonner. Je n'ai jamais rien fait de bien excitant.
- Il y a bien des choses qui te plaisent !
Après un moment de réflexion, elle avoua -plus pour échapper à d'autres questions sur son passé qu'autre chose- qu'elle aimait bien la musique et qu'elle avait fait du piano et de la guitare.
- Ah ouais ? Trop bien ! Moi je suis incapable de chantonner quoique ce soit, alors jouer d'un instrument, c'est même pas la peine !
- Oh ! Tu sais, moi aussi je chante comme une casserole. Ce n'est pas parce que tu ne chantes pas juste que tu es incapable de jouer d'un instrument de musique.
- Tu joues bien ?
- Jouais. J'ai arrêté.
- Pourquoi ?
- Plus envie.
Voyant que Bella n'avait pas envie de s'étaler sur la question, elle la laissa en paix. On était vendredi et c'était leur dernière heure. Ce jour là, elles n'avaient pas cours l'après-midi. Bella s'en réjouissait. Elle avait très envie de s'aérer la tête.
A côté de chez elle, à trois arrêts de bus, se trouvait un petit parc où de nombreux arbres formaient un petit bois. Elle aimait s'y rendre quand il faisait beau. Et même si le soleil n'était pas au beau fixe aujourd'hui, elle prévoyait d'y passer l'après-midi. En sortant du lycée, elle partit acheter un américain à la superette du coin. Par la suite, elle retourna en vitesse chez elle pour poser ses affaires et prendre Pirate. Ce dernier, comprenant qu'ils sortaient en promenade, commença un étrange ballet avec sa queue.
Une fois sur place, Bella s'assit sur la pelouse éternellement humide. Pour l'heure, elle n'avait pas encore envie de s'aventurer sous les arbres. Elle profitait de la hauteur du soleil et mangea goulument son déjeuner en regardant son chien courir après les pigeons. Il y avait peu de monde. Seul un couple de son âge ainsi que quelques mamans poussant une poussette arpentaient les allées du parc. Personne aux alentours de la forêt. Plutôt une bonne chose, se dit Bella. En soupirant d'aise, elle s'allongea sur l'herbe et ferma les yeux. Ces derniers temps, elle était continuellement fatiguée. Son sommeil ne la reposait pas et chaque journée de cours était une épreuve en elle-même.
En repensant à sa journée, elle réalisa avec regret que le courant ne passait pas entre elle et la classe. Peut-être qu'à force de trainer avec Angela, elle avait inconsciemment adopté son point de vue, se tenant ainsi en retrait des autres élèves. Mais quand elle essayait d'en visualiser un dans sa tête, seul le visage d'Angela apparaissait. A croire qu'elle avait passé cette première semaine de cours dans une classe vide.
"Je suis juste très distraite." Cette piètre excuse la fit rire. Que dirait Ben s'il la voyait ! Que lui prédirait-il ? Que l'échiquier est vide ? Qu'il n'y a plus de soldat ? Juste des fantômes.
Souhaitant faire taire ses pensées, elle se leva brusquement et rappela au pied Pirate. Loin d'être docile, elle dut lui courir après pour le réprimander. Finalement, ils s'engouffrèrent tous deux dans le bois sombre. Les arbres n'étaient pas bien épais, mais plantés de telles sortes à ne laisser qu'un petit sentier qu'elle préféra ignorer. Elle coupa donc directement entre les arbres. Sa sœur lui avait un jour assuré avoir rencontré un cerf. Mais Bella doutait de la véracité de ses propos : cet endroit était désert. Peut-être des écureuils, à la limite, et encore !
Quand elle fut certaine d'avoir perdu son chemin, elle s'adossa à un chêne plus imposant que les autres, et se blottit contre son chien qui s'était roulé en boule à ses côtés. Elle pouvait entendre son cœur battre et elle prit plaisir à enfoncer ses doigts dans son épaisse fourrure. Très vite, il se mit à ronfler. Elle sourit de bien-être. Avec calme, elle sentit le sommeil l'emporter. L'accueillant à bras ouverts, elle ferma les yeux et n'entendit plus que sa propre respiration. Puis le silence.
La vitesse lui ébouriffait les cheveux et le froid lui brulait les yeux. Mais elle riait. Le danger l'amusait énormément et aujourd'hui, on peut dire qu'elle avait été gâtée.
"Bella ! Freine ! Attention, la barrière !"
CRAC !
"Ah !"
Son cœur battait la chamade et elle tenta de le calmer en expirant lentement. Tant de rêves qui lui volaient ses nuits. Elle aurait souhaité tout oublier. Ne plus rien conserver de ce passé qui lui collait à l'âme. Pourtant, ce souvenir n'était pas déplaisant. Elle ne comprenait même pas pourquoi elle l'avait revécu dans son sommeil.
Peut-être parce qu'aujourd'hui, c'est tout ce qui lui restait de Jacob. Ce prénom lui value un pincement au cœur. Mais si elle l'avait voulu, elle aurait très bien put se rendre chez lui et retenter l'expérience. Cependant, elle n'en était pas complètement sure. De toute façon, elle n'en avait pas envie. Ce stupide rêve l'avait réveillé et il n'y avait aucune raison pour qu'en plus, il la turlupine éveillée. Elle avait déjà choisit.
Furieuse, elle s'apprêtait à se relever quand une forme, derrière un arbre, la coupa dans son élan. Avec émerveillement, elle vérifia que son chien soit toujours endormi pour pouvoir s'approcher de la biche qui broutait calmement. Malheureusement, elle ne fut pas assez discrète et le tapis de feuilles, sous ses pieds, ne l'aida en aucune manière. Un craquement, un regard et une fuite précipitée de l'animal. Mais cet enchainement d'actions rapides laissa Bella avec le sourire béat des premiers amours. Tant de choses simples qui rendent la vie plus légère. C'était idiot, mais sa journée semblait d'un coup bien plus belle.
Moins pessimiste, elle réveilla Pirate pour rentrer chez elle. Avec entrain, elle s'amusa à retrouver son chemin. Mais la forêt était trop petite pour que l'on s'y perde réellement. Des fois, Bella le regrettait. Quand elle quitta l'ombre des arbres, elle se heurta au soleil dont la chaleur l'incita à rentrer. C'était rare une journée ensoleillée comme celle-ci. Bella était heureuse d'avoir put en profiter. Chez elle, surement que sa sœur se trouvait déjà postée devant l'ordinateur. Plus tard, sa mère rentrerait, suive de prés par son père. La soirée se terminerait avec un repas succulent mais désagréable, et il en sera de même pour toutes les journées à venir. Mais qu'importe. En ce moment même, elle était heureuse, et c'était, pour l'heure, la seule chose qui importait.
Bella ne savait encore ce qu'elle détestait le plus : le week-end ou la semaine de cours ? Une pile d'arguments se pressait des deux côtés, mais elle n'avait pas encore tranché la question. Et c'est en repensant à ce genre de question existentielle qu'elle se dirigeait vers sa première heure de la semaine. Devait-elle se sentir soulagée de la fin d'un long Dimanche, ou ennuyée par toutes ces heures de cours dont elle ne voyait la fin ? Le visage de Ben apparut alors. La réponse sembla plus claire. Vive le lycée !
La cérémonie d'ouverture pour le resto d'Arthur (le frère de Clio) avait été un vrai fiasco (enfin, pour elle) Ben avait prié sa petit amie pour qu'elle ramène quelques potes pas trop moches. Evidement, ils étaient tous pour Bella. Ca aurait put passer inaperçu (vieille technique d'esquive et on n'en parle plus) mais son jeune ami s'était montré tellement investi qu'il s'était sentit obliger de flirter à sa place. Ajoutez à ça l'alcool, la petite copine qui vous hait et le grand frère de deux mètres à qui on pourrit la soirée. Un désastre. A pleurer.
Alors oui, les cours d'économie, c'était de la petite bière à côté : pensée très vite effacée à la vue du professeur L.
Mollement, elle partit s'installer aux côtés d'Angela. Aujourd'hui, ils devaient se mettre par groupe de quatre. Les deux amies eurent la même réaction : grimace résignée. Grimace très vite effacée pour Angela quand elle étudia du regard les deux garçons qui avaient daigné se mettre avec elles. Tout les deux bruns, le tee-shirt moulant (ou collant, c'est selon) et le slip accompagné (accessoirement) par un jean taille très, très basse. Le prototype même du type qui est obligé d'avoir du succès au lycée. Avec un battement de cille que Bella crue avoir imaginé, Angela demanda leur prénoms : Guillaume et Mattias.
"C'est très exotique ! J'adore !"
Ouvrant de grands yeux éberlués, Bella contempla avec étonnement sa camarade. Angela, cette Miss-Je-n'aime-que-les-surfeurs-parce-que-les-autres-c'est-que-des-loosers venait de raconter n'importe quoi juste pour flirter avec un gars de "cette classe trop pourrie" Elle ne put s'en empêcher, elle éclata de rire. Ses trois coéquipiers la fusillèrent du regard. On ne vexe pas quelqu'un qui a du goût. Et oui Madame, Guillaume et Mattias, ça sonne exotique !
Alerté par le fou rire de Bella, le professeur se rapprocha du groupe. Tous se penchèrent précipitamment sur le dossier distribué. Tentant de se calmer, elle essaya de déchiffrer ce que lisait le garçon en face d'elle. Elle put décoder à l'envers : Etude de cas : les entreprises Carrefour-Promodès. Que du beau monde !
Par la suite, elle passa l'heure à rêvasser tout en regardant le reste du groupe travailler. Avec un peu d'attention, elle parvint même à comprendre leur technique de travail. Angela travaillait tandis que les deux autres l'encourageaient tout en discutant de leur week-end. Elle s'était bien fait avoir. Bella ne culpabilisa aucunement pour cette pensée perfide. Néanmoins, elle se demanda un instant si elle ne devait pas lui venir en aide. Cependant, l'un des deux gars la précéda.
"Dis la rouquine, on t'a pas beaucoup vu bosser. "
Surprise par cette réflexion inattendue, Bella mit du temps déjà pour, un : se reconnaitre et pour, deux : riposter.
"C'est moi que tu as appelée la rouquine ? Parce que, de un, je ne suis pas vraiment rousse ! Je suis même brune au soleil. Et parce que, de deux, c'est un surnom bien trop affectif que tu devrais n'utiliser qu'avec les filles en manque d'exotisme.
C'était méchant, et elle en était bien consciente.
- Oh ! Ne t'en fait pas choupette ! Ce n'est pas affectif, c'est méprisant comme surnom.
- Et qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me méprises ? J't'ai vexé parce que je n'ai pas fait de commentaire sur ton nom ?
- Bella, la ferme, lui chuchota Angela.
- J'dis ce que je veux. C'est ton problème si tu préfère faire le boulot à leur place. Moi, je n'aime tout simplement pas qu'on me dise ce que je dois faire. Ce qui, apparemment, n'est pas ton cas.
- T'es ignoble." lui balança le second jeune homme, celui qui n'avait encore rien dit.
Bizarrement, cette dernière remarque ne lui plut pas du tout. Ce n'était plus drôle, c'était même franc de sa part. Il le pensait vraiment. Et ça lui faisait de la peine, à Bella, qu'on puisse s'imaginer qu'elle était ignoble. Blessée, elle renferma sa trousse et son trieur dans son sac. Elle s'enfuit sans attendre la fin du cours. Son professeur ne s'en aperçut même pas.
Souhaitant s'aérer, elle se précipita vers la cours intérieur de l'établissement et s'appuya un instant contre un mur. Elle devait avoir les joues très rouges car elle les sentait moites et brulantes. N'importe qui serait passé par ici ce serait inquiété pour sa santé. Etant d'un caractère un peu trop nerveux, Bella s'essoufflait très vite. Elle s'apprêtait à sortir son emploi du temps quand elle se souvint avoir Histoire dans le bâtiment A. Jetant un coup d'œil à sa montre, elle s'aperçût avec agacement qu'il ne lui restait plus que cinq minutes de liberté. Elle n'avait pas vraiment hâte de se retrouver en face d'Angela.
Quand elle y repensait, elle s'avouait avoir été franchement désagréable avec elle. Mais après tout, son comportement à elle avait été des plus ridicules. Mais était-ce une raison ? Jamais -et elle en était à peu prés sure-, Angela ne lui aurait fait de telles remarques. En soupirant, elle sentit poindre en elle le remord. Mentalement, elle se traça quelques lignes à suivre : elle irait en histoire, elle s'excuserait auprès de sa camarade (et en aucun cas auprès des deux adolescents) puis tout redeviendrait comme avant.
Plus déterminée que jamais, c'est avec assurance qu'elle se dirigea vers sa salle de cours. La sonnerie retentit et sa classe ne tarda pas à la rejoindre. En les voyant arriver, son courage la quitta. Elle n'aimait pas beaucoup s'excuser. Quand elle pénétra dans la classe à la suite de ses camarades, elle repéra avec soulagement la place libre aux côtés d'Angela. Après tout, elle aurait très bien put s'arranger pour s'incruster entre Guillaume et Mattias.
Timidement, Bella traversa la salle pour la rejoindre. Elles ne se regardèrent pas, préférant suivre (ou du moins en apparence) le cours. Puis finalement, c'est Angela qui parla la première :
"Tu as dû me trouver minable.
Etonnée, Bella la regarda avec surprise.
- C'est vrai.
Se giflant mentalement, elle accusa son manque de tact. Mais cette affirmation fit rire sa camarade.
- Que veux-tu ? On ne se contrôle plus quand les hormones rentrent dans la danse !
- Lequel des deux ?
- Guillaume.
- C'est lequel ?
- Celui qui t'a ... insulté.
Bella se tordit le cou pour l'apercevoir. Identique à son copain, elle se demanda un instant ce qu'elle lui trouvait.
- Je suis désolée pour tout ce que j'ai balancé. Je n'aurais pas dû.
- C'est vrai que t'as pas été cool.
- C'est que tu faisais le travail à leur place, ça ne m'a pas plut.
- Mais c'est quand même moi qui en ai pris plein la gueule.
- Je suis désolée, répéta-t-elle.
Mais la rancune d'Angela n'avait pas totalement disparue.
- Tu sais, quand t'es partie, il a parlé d'un truc ...
Elle hésita à continuer. Curieuse, Bella l'encouragea à poursuivre.
- D'une mésentente entre ... gitans.
Elle se raidit.
- Quel rapport avec moi ?
- J'n'en sais rien. Il a juste dit qu'il ne comprenait pas comment tu aurais put ...
- J'aurais put ?
- Il ne l'a pas dit. Mais, j'ai cru que tu aurais put me renseigner.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.
Le mensonge planait entre elles et Angela n'était pas aveugle. Elle essaya d'en savoir un peu plus.
- Il a aussi dit que ...
- Stop ! Je ne veux pas savoir ! Je n'ai rien à faire avec les gitans, je ne les connais pas. Il a dû confondre."
Vexée par ces cachotteries, Angela ne lui reparla pas de toute l'heure. A ses côtés, Bella bouillonnait. Décidément, les choses allaient être bien plus compliquées que prévues. Elle avait beau tout faire pour oublier, pour se créer un nouveau cocon, tout le monde semblait connaitre sa vie par cœur. Déjà, la douleur lui rongeait les trippes et elle se concentra pour ne plus penser qu'à l'instant présent. Des fois, elle détestait être humaine. Aurait-elle été un poisson rouge, la question ne se serait même pas posé : au bout d'une demi-seconde, tout ce serait effacé de sa mémoire. Facile. En attendant, elle devrait continuer sa quête de l'oubli et du renouveau.
