Rien n'avait changé après le moment le plus embarrassant - mais aussi le plus excitant - de toute la misérable vie de Daryl Dixon.

Enfin presque.

Depuis... ça, Rick semblait plus attentionné à son égard. Cela n'allait pas jusqu'à la pitié, heureusement car Daryl ne le supporterait pas, surtout venant de lui, mais il y avait plus de regards, de frôlements, de sourires.

Et le redneck n'aimait rien de plus que de voir l'ex-flic sourire. Quand il le faisait, ses yeux turquoise se bordaient de pattes d'oies qui déclenchaient l'envol d'invisibles papillons dans son ventre.

Ridicule.

C'était ce qu'il était devenu. Merle se serait fichu de lui jusqu'à la fin de ses jours s'il avait su. Des fois il entendait sa voix dans sa tête lorsqu'il chassait seul dans les bois, avec celle, beaucoup plus désagréable, de son paternel. Elles l'agaçaient comme autant de mouches bourdonnant autour d'un marcheur en décomposition, se nourrissant de ses restes jusqu'à faire ressortir d'immondes souvenirs enfouis au plus profond de lui.

Les humiliations. Les coups. La solitude.

Ils revenaient au galop, prêts à le piétiner, à lui rappeler que sa place se trouvait dans la poussière, parmi les bons à rien et les morts. Sa respiration se faisait pénible, de plus en plus erratique et cette boule de nerfs caractéristique se formait sous ses côtes, l'empêchant encore plus d'inhaler. Suivait ce besoin de s'enfuir à toute vitesse, le lieu de destination n'ayant aucune importance, est-ce que tu cours après ou loin de quelque chose ?

Soudain Rick apparaissait comme par miracle sur son chemin et les ténèbres s'évanouissaient. Stoppé net dans son élan, Daryl était obligé de plisser les yeux pour le contempler, se demandant s'il imaginait le halo de lumière qui l'entourait.

L'homme le regardait avec sa bienveillance caractéristique et il savait intuitivement que tout irait bien tant qu'il resterait dans son ombre.

C'est tout ce qu'avait fait Daryl depuis ça. Penser à lui. L'admirer de loin. Ils ne s'étaient plus retouchés. Pas le temps ni l'intimité, se justifiait-il, surtout que Rick devait préparer l'arrivée du bébé; Lori devrait accoucher d'ici un mois et cela mettait toute la prison en ébullition.

L'arrivée d'une nouvelle vie après tant de morts. La concrétisation d'un espoir.

Daryl ne savait pas ce qu'il ressentait à ce propos. Certes il aurait pu voir ce nouvel enfant comme une menace qui risquerait probablement de l'éclipser face à Rick, mais il s'en fichait; tout ce qu'il voulait, c'était que Rick fût heureux avec sa famille, qu'importe s'il n'en faisait pas partie.

Le couple n'était cependant pas au beau fixe; Lori et Rick s'étaient passablement distancés et l'ex-policier s'entendait de moins en moins avec son ancien coéquipier; quoi de plus normal lorsque l'enfant que sa femme portait avait de fortes chances d'être de Shane ? Pourtant, il leur avait pardonné, à tous les deux. Sacré Rick. Au sens propre et figuré.

Même s'il tentait de le cacher, il souffrait du démantèlement de son couple et de la perte de son meilleur ami, ce qui le poussait tout naturellement à chercher le contact humain ailleurs; il passait plus de temps avec les membres du groupe, se portait volontaire pour faire les corvées, même les plus ingrates... Hélas, il n'arrivait jamais totalement à s'intégrer, de part son statut de chef. Un gouffre de respect voire de crainte le séparait des autres, gouffre qui même s'il existait avec Daryl, était surplombé par un pont indestructible.

Sans savoir que Daryl faisait de même à chaque fois qu'il avait le dos tourné, Rick étudiait discrètement le redneck du regard, l'air d'attendre qu'il fît le premier pas. Ce dernier voulait lui dire qu'il était prêt depuis le moment où il l'avait supplié j'ai besoin de toi, est-ce que tu es avec moi ?, c'est à ce moment précis qu'il avait su qu'il était condamné, qu'il aurait tout aussi bien pu vendre son âme au diable.

Toutefois, Rick n'était pas le diable, juste un homme, mais un homme bien comme il n'en avait jamais rencontré.

Un homme pour qui il ressentait du désir, à qui il pensait la nuit, sur sa couche, en se caressant, avant de se maudire pour avoir utilisé son image à des fins aussi basses. Si seulement il n'était pas aussi inexpérimenté qu'un nouveau-né. Il aurait pu être ce dont il avait besoin en ce moment.

Un soir, Rick finit par ne plus supporter de jouer au chat et à la souris avec Daryl; il voulait en avoir le cœur net et se rendit donc dans sa cellule avec le prétexte d'aller vérifier des "trucs".

Le chasseur était assis contre le mur face à l'entrée, en train de lire à la lumière d'une bougie un livre que Carol lui avait sûrement offert. Ce spectacle surprenant obligea Rick à s'arrêter un instant sur le seuil afin de le contempler en secret; Daryl mordillait sa lèvre inférieure, totalement absorbé par sa lecture. Il n'imaginait même pas qu'il savait lire. Il s'en voulut de s'être fié à des stéréotypes qui n'avaient plus lieu d'être depuis l'épidémie. La flamme de la chandelle dansait sur sa peau mate, faisant onduler l'ombre des mèches brunes qui tombaient sur son front et Rick le trouva magnifique.

Il fronça les sourcils; jusqu'ici, la seule personne qu'il avait jamais qualifiée de la sorte était Lori.

- T'vas entrer ou tu comptes rester dans l'ombre à m'espionner tout'la nuit ?

L'ex-flic fit un pas dans la lumière, gêné d'avoir été découvert.

- Désolé, c'était vraiment... inapproprié.

Silence.

- Il faut qu'on parle.

Daryl se raidit. Il sembla hésiter un instant avant de lui faire signe de s'assoir. Rick s'installa au pied de la couche, le plus loin possible de lui pour ne pas l'effaroucher davantage.

Pendant de longues minutes, ils se toisèrent en chiens de faïence à chaque bout du lit miteux. L'air sous tension vibrait comme la corde d'un arc. Rick poursuivit:

- Il faut qu'on parle de... de nous, chuchota-il pour ne pas réveiller les autres.

- Y'a pas d' "nous". T'as Lori, répondit Daryl d'un ton qui se voulait neutre.

- C'est vrai, mais la vérité... C'est que je te veux toi aussi.

Daryl scruta le visage de Rick, à la recherche d'un signe indiquant qu'il était en train de mentir.

- Je le pense, Daryl. Je ne sais pas comment, pourquoi, mais c'est ce que je ressens. Maintenant, qu'est-ce que tu veux, toi ? Parce que te jeter sur moi avant de m'éviter pendant une semaine, c'est m'envoyer des signaux assez contradictoires, plaisanta Rick.

Le redneck était incapable de formuler une réponse cohérente. Une foule d'émotions se bousculaient en lui; la joie, le soulagement, l'envie, la crainte. Rick attendait patiemment, décidé à ne rien faire tant qu'il n'aurait pas obtenu son consentement.

- Je... J'te veux aussi. J'tai toujours voulu, finit-il par avouer à mi-voix.

Il n'en fallut pas plus à Rick qui rampa sur le matelas jusqu'à lui pour l'embrasser passionnément. Daryl répondit instantanément et s'agrippa à lui, une main crispée dans ses boucles brunes. De l'autre, il posa le livre sur la table de chevet à l'aveuglette. Ils ne cessèrent de s'embrasser que lorsqu'ils furent à bout de souffle et que leur tête tournait tel un manège; pantelants, ils ne se lâchaient pas du regard. La même expression bestiale se reflétait sur leur visage respectif, ils en étaient conscients.

Rick pencha la tête sur le côté. Daryl acquiesça.

Se retenant péniblement de courir, ils se dirigèrent à pas feutrés jusqu'aux douches, seul endroit de la prison qui serait à coup sûr désert en cette heure si tardive. Après tout, Glenn et Maggie préféraient la tour de guet.

Daryl poussa Rick dans la première cabine et l'embrassa à nouveau, incapable de se lasser de son goût si... lui. L'ex-policier lâcha un râle sourd lorsque son dos heurta les catelles froides mais ne rompit pas le baiser; au contraire, il l'approfondit pour le plus grand plaisir de Daryl.

Ils ne surent combien de temps ils restèrent à s'embrasser et à parcourir fiévreusement le corps de l'autre, cependant quand ils s'arrêtèrent, leurs lèvres étaient gorgées de sang à l'instar d'une toute autre partie de leur anatomie; les yeux hagards de désir de Rick descendirent sur l'entrejambe de Daryl, et ce dernier faillit perdre la raison. L'homme défit sa ceinture et ouvrit sa braguette avec dextérité, avant de prendre son membre durci dans sa main. Le souffle du redneck se coupa; il faillit jouir sur le coup, par le simple contact de cette paume sèche et si chaude sur son sexe.

Mais Rick ne s'arrêta pas là. Il le caressa sur toute sa longueur, faisant glisser la peau fine sur son gland d'une lenteur délibérée, sans perdre une miette des réactions de Daryl: il voulait graver chaque battement de paupière et chaque haussement de sourcils dans sa mémoire. Le chasseur s'effondrait devant lui, ne tenant plus sur ses jambes que parce qu'il y avait une paroi derrière lui pour le soutenir. Les gémissements les plus exquis s'échappaient de ses lèvres pincées, réveillant chez Rick des pulsions dont il n'avait jamais eu connaissance.

Il augmenta la pression et la cadence, tentant de reproduire ce qu'il aimait qu'on lui fasse à lui, se fiant avant tout aux réponses de Daryl, qui se mit à jurer dans sa barbe; ce dernier avait envie de crier stop pas comme ça pas si vite mais sa langue était engourdie par tant de baisers.

Rick se pencha sur lui et mordilla son cou, sa mâchoire puis son oreille gauche, où il chuchota de la manière la plus sensuelle qui soit:

- Je n'ai jamais désiré un autre homme avant toi; tu es le premier et tu seras le dernier...

Ce fut le coup de grâce pour Daryl; l'orgasme le frappa de plein fouet et il jouit dans la main de Rick, souillant sa chemise ainsi que son avant-bras. Dans un état second, au bord de l'évanouissement, il sentit la honte remplacer la jouissance, suivie de peu par la peur d'avoir déçu Rick.

Il avait tenu aussi longtemps qu'un adolescent puceau.

- D-Désolé, dit-il d'une voix éraillée.

Rick sourit.

- Ne le sois pas.

Daryl lui en fut reconnaissant mais cela n'empêcha pas ses joues de brûler d'embarras. Son regard descendit le long du corps svelte de Rick et ce qu'il y découvrit acheva de détruire les vestiges de sa dignité.

- Tu n'as pas...

- Non.

- Tu n'avais pas à... J'aurais dû...

Daryl se maudit; perdu dans les affres du plaisir, il avait complètement négligé Rick. Putain d'égoïste.

- Je voulais te faire plaisir à toi, Daryl, le réconforta l'ex-policier en prenant son visage en coupe.

Le redneck dut lutter pour reprendre confiance en lui, pour simplement croire en ce que disait Rick et en ce qu'il avait murmuré: s'il voulait bien de lui, s'il pouvait être son premier et son dernier, il le serait.

Résolu, il écarta les cheveux qui lui tombaient devant les yeux et se laissa tomber à genoux.

- Qu'est-ce que...

Daryl déboucla la ceinture et ouvrit le jeans de Rick.

- Daryl, tu n'es pas obligé de faire ça...

- Ferme-la.

Il libéra son sexe et le branla à quelques reprises, ignorant les tremblements de sa main. Lorsqu'il fut dur comme fer, il le lécha, d'abord timidement, presque craintivement, mais le soupir de Rick l'enhardit: il le prit presque entièrement dans sa bouche, savourant le goût salé sur sa langue.

- Merde !

L'entendre jurer, lui qui était d'habitude si respectueux et posé, l'alluma au plus haut point. L'ex-flic attrapa ses cheveux et s'y tint fermement, le faisant gémir. Les vibrations envoyèrent des décharges électriques le long de la colonne vertébrale de Rick et il rejeta la tête en arrière. Le redneck observa alors les reliefs de son corps depuis un point de vue qu'il n'avait jamais osé imaginer avoir un jour; la ligne de poils gris qui montaient à l'assaut de son ventre et se frayaient un chemin entre ses abdominaux, ses pectoraux saillants, sa pomme d'Adam qui faisait l'ascenseur...

Soudain son sexe heurta le fond de sa gorge et il s'étrangla.

Rick se retira immédiatement, se confondant en excuses. Cependant, Daryl était obstiné et insatiable: il plaqua l'homme contre les catelles de la douche et le suça avec acharnement, le faisant taire du même coup, ou du moins, l'empêchant de formuler des phrases cohérentes. Ses grognements auraient seuls suffit à le faire bander mais la sensation de ses doigts dans ses cheveux l'enivraient. Il voulait tout donner à cet homme, la terre, l'eau et le ciel en commençant par lui tout entier.

La volonté était là, le comment, c'était une autre histoire. Il n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de faire. Parfois, Rick lui donnait des indications entre ses dents serrées et l'encourageait d'un râle lorsqu'il faisait tout juste.

Au bout d'un moment, les muscles de ses cuisses se contractèrent sous ses mains et il le sentit jouir dans sa bouche. Miraculeusement, cette fois-ci il ne s'étouffa pas. Il attendit le dernier spasme de plaisir de Rick avant de cracher et de se relever.

Ils se regardèrent, essoufflés. Ils étaient décoiffés, leurs vêtements chiffonnés et souillés; personne n'aurait pu se méprendre sur leurs activités, pas même Carl. D'un hochement de tête, ils décidèrent de se déshabiller et de prendre une douche.

Enlacés sous le jet d'eau tiède, Rick caressait le dos couvert de cicatrices de Daryl d'un doigt aussi léger qu'une plume et déposait des baisers paresseux sur le sommet de son crâne.

C'était le paradis.

Non.

Il était le paradis.

Et Daryl se promit de ne jamais le quitter.

- Je s'rai là, Rick. Pour toi, pour tes gosses, pour tout le monde. Je s'rai là.

Rick s'éloigna juste assez pour le regarder dans les yeux, les bras autour de la taille du chasseur. L'émotion dans sa voix était perceptible quand il répondit:

- Et je ne pourrais rien demander de plus.


Voilà, c'est fini ! J'ai essayé d'osciller entre animalité et tendresse, malaise et feels... j'espère que ce n'est pas trop chaotique T.T