~ Chapitre 2 ~

Etats-Unis, Colorado Springs, 2004.

Le jour s'était levé ; Sam le savait, mais elle refusait pourtant de quitter le confort de son lit. Elle enfouit sa tête dans l'oreiller pour échapper à la clarté de sa chambre et soupira, lasse, lorsqu'elle sentit un bras glisser autour de sa taille. La mission dont elle revenait l'avait éreintée et elle n'aspirait qu'à dormir. Ce n'était manifestement pas le cas de l'homme couché près d'elle.

" Pete, soupira-t-elle.

Un souffle chaud dans son cou précéda le frôlement de ses lèvres sur son oreille.

- Bonjour, murmura-t-il.

Elle grogna lorsqu'il fit jouer ses doigts sur la peau de son ventre, l'empêchant ainsi de se rendormir.

- Pete, répéta-t-elle mollement.

Elle sut qu'elle n'était pas arrivée à faire passer le message, parce qu'il déposait maintenant une myriade de baisers sur sa nuque.

- J'ai besoin de dormir, articula-t-elle d'une voix ensommeillée.

Il soupira contre sa peau et se décolla légèrement d'elle.

- D'accord, dit-il en déposant un baiser sur son épaule.

- Mmmm, marmonna-t-elle en cédant de nouveau au sommeil.

Elle sentit le matelas bouger ; il quittait le lit.

- Je trouve juste ça dommage que, pour une fois que je suis là, on ne puisse pas profiter l'un de l'autre.

Ses yeux s'ouvrirent subitement et elle tourna la tête pour le regarder. Il était debout, de l'autre côté du lit, en train d'enfiler un sweat-shirt.

- Ta visite était une surprise et je suis suis rentrée de mission à plus de vingt-et-une heures, exposa-t-elle.

- Je sais, soupira-t-il en faisant le tour du lit afin de s'asseoir à côté d'elle.

Il replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et lui offrit un sourire contrit.

- Je suis désolé, Sam. Je ne te reproche rien. Simplement... J'avais pensé que les choses se dérouleraient autrement.

Sam reposa sa tête sur l'oreiller et ferma les yeux. SG-1 avait aussi espéré que les choses se passeraient autrement ; ils étaient partis en mission de reconnaissance sur une planète habitée par une population descendant des Incas. Tout aurait dû bien se dérouler, mais Teal'c avait été reconnu comme étant le primat d'Apophis et il avait reçu un projectile dans l'épaule. Daniel avait été jugé complice lorsqu'il avait voulu le défendre et il avait risqué la lapidation. Le colonel avait dû user de toute sa diplomatie pour convaincre les habitants de libérer leurs amis, alors qu'elle-même avait passé pratiquement deux jours à recalibrer le DHD, qui s'était mystérieusement déréglé à leur arrivée. Elle y était parvenue au dernier moment, alors que ses co-équipiers couraient vers la Porte, poursuivis par de nombreux hommes en colère.

- La prochaine fois, murmura-t-elle.

- J'avais pensé...

L'hésitation de Pete l'intrigua. Elle renonça à essayer de se rendormir et se redressa dans le lit ; un bref coup d'œil au réveil lui indiqua qu'il n'était que sept heures. Il la fixa puis baissa les yeux en étouffant un rire gêné.

- Oublie ça, dit-il finalement en faisant mine de se lever.

Elle lui attrapa la main, l'obligeant ainsi à rester à sa place.

- Pete, dit-elle sérieusement.

Il prit une profonde inspiration.

- J'avais pensé... Voilà... Un de mes collègues m'a dit qu'un poste s'était libéré à Colorado Springs et je m'étais dit que c'était peut-être l'occasion de... enfin, tu sais...

Sam écarquilla les yeux, incertaine de comprendre la portée de ses paroles.

- Je m'étais dit que ça pourrait être l'occasion pour nous d'emménager ensemble, finit-il par avouer.

Elle ouvrit la bouche mais ne parvint pas à parler ; son esprit était trop embrumé et cette proposition bien trop subite. Elle lut sur le visage de Pete qu'elle n'avait pas la réaction à laquelle il s'était attendue. Une sonnerie retentit sans qu'elle n'y fasse vraiment attention. Elle le vit se lever et décrocher son téléphone. Elle resta assise dans le lit, ses dents jouant inconsciemment sur sa lèvre inférieure, alors que le murmure de la voix de son amant s'élevait depuis le couloir. Ce n'était pas qu'elle ne l'aimait pas, songea-t-elle ; elle l'appréciait et ils passaient de bons moments ensemble... Mais de là à vivre avec lui ?

Elle sortit de ses pensées lorsqu'il passa la tête par la porte.

- Il y a eu un cambriolage ; je suis sur l'enquête. On se voit plus tard ?

Il quitta la pièce avant qu'elle n'ait le temps d'acquiescer. Elle l'entendit se déplacer dans la maison et elle ne s'autorisa à fermer les yeux que dix minutes plus tard, lorsqu'il claqua la porte d'entrée.


Elle était assise à son bureau, les jambes repliées sous elle, les yeux fixés droit devant, visiblement concentrée sur les données qui défilaient sur l'écran de son ordinateur. En réalité, son esprit était ailleurs : elle n'avait pour ainsi dire pas eu de nouvelles de Pete depuis qu'il avait quitté la maison, trois jours plus tôt. Il l'avait contactée le soir-même pour lui annoncer qu'il resteraient sûrement plusieurs jours à Denver pour poursuivre son investigation et depuis, plus rien.

Elle n'était pas spécialement inquiète – après tout, il était peut-être sur une enquête particulièrement difficile – mais elle n'aimait pas la façon dont ils s'étaient quittés. Il semblait être beaucoup plus avancé dans leur relation qu'elle, et le fait de ne pas s'en être aperçue la chagrinait.

Elle sortit de ses pensées et battit plusieurs fois des paupières lorsque son ordinateur émit un bip lui indiquant que le diagnostique qu'elle avait lancé avait été interrompu.

Erreur fatale inattendue, lut-elle sur l'écran. Elle soupira, faisant jouer ses doigts sur le clavier tout en essayant de ne pas faire de lien entre ce message et sa vie privée. Elle pressa la touche entrée et vit avec soulagement que le diagnostique reprenait là où il s'était arrêté. Elle se redressa sur sa chaise et avala la dernière gorgée de café contenue dans son mug, avant de se lever pour rejoindre la paillasse sur laquelle se tenait un générateur récemment rapporté par SG-11. Elle n'eut cependant pas le temps de toucher l'objet : le téléphone situé à côté de la porte sonna, et elle dévia sa trajectoire.

- Major Carter, dit-elle en décrochant.

Elle écouta les quelques informations que lui transmettait le sergent Harriman.

- Bien, merci Walter.

Elle raccrocha et fit un pas vers le couloir au moment où le colonel entrait dans son laboratoire.

- Carter ! s'exclama-t-il en évitant de justesse la collision.

- Mon colonel ! répondit-elle sur le même ton.

Elle étudia rapidement son supérieur ; il paraissait légèrement essoufflé.

- Quelque chose est arrivé ? questionna-t-elle.

Il fronça légèrement les sourcils mais décida d'éluder la question.

- Le général Hammond veut nous voir, répondit-il.

- Oui... On vient de me prévenir, acquiesça-t-elle.

Elle lui sourit alors qu'il lui faisait signe de passer devant lui, appréciant secrètement le fait qu'il soit venu la prévenir en personne.


Elle était en train de franchir la porte de la salle de réunion tout en écoutant le colonel lui expliquer qu'il avait entendu dire qu'un civil était arrivé au sein de la base lorsqu'elle se figea.

- Pete ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Son ton était accusateur, presque agressif. Elle le savait, mais la présence du policier dans sa vie professionnelle provoquait en elle un sentiment proche du rejet. Ce dernier lui tournait le dos, admirant la Porte des étoiles à travers la baie vitrée. Il se retourna, ne semblant cependant pas s'émouvoir de l'accueil glacial qu'elle lui avait réservé, et lui offrit une accolade avant de saluer le colonel.

Ce dernier lui adressa un vague signe de tête et se tourna vers Hammond.

- Je suis d'accord, mon général ; que fait-il ici ?

- Colonel, major, asseyez-vous. Le lieutenant Shanahan a été mandaté par Washington afin de nous informer d'une affaire de la plus haute importance. Lieutenant ...

Pete regarda son auditoire et prit la parole.

- Il y a trois jours, une tentative de braquage a eu lieu dans une épicerie près de Denver. Les agents en uniforme sont arrivés rapidement sur les lieux et le coupable a pu être appréhendé.

Il fit une pause ; tous le regardaient avec intérêt. Teal'c arqua un sourcil interloqué ; si le visionnage des cop shows lui avait appris quelque chose, c'était que ce genre d'affaire était habituellement davantage du ressort du département de police local que du SGC. Il n'oralisa cependant pas son interrogation mais attendit avec impatience que le policier leur révèle la véritable raison de sa présence.

- Cependant, l'affaire se révèle plus complexe que prévu. Je vous laisse juger par vous-même.

Il se saisit d'une télécommande et une image s'afficha sur l'écran derrière lui. Il s'agissait vraisemblablement d'une capture d'écran issue de la caméra de l'épicerie. La vidéo démarra. L'angle de la caméra permettait de voir les trois rayonnages du petit magasin ; le comptoir du gérant barrait le bas de l'image et on apercevait de temps en temps l'homme en question, lorsqu'il se positionnait directement derrière sa caisse enregistreuse.

Pete fit avancer le film en vitesse rapide, ce qui permit tout de même à SG1 de compter l'entrée de trois clients dans le magasin. Le policier repassa en vitesse normale juste avant l'arrivée du braqueur. La porte s'ouvrit et un homme portant une casquette entra ; tout dans sa gestuelle trahissait une certaine nervosité. Il s'approcha du comptoir et s'adressa au gérant. Ce dernier apparut sur l'image et appuya discrètement sur ce qui devait être le bouton de l'alarme silencieuse ; le braqueur avait dû s'en apercevoir parce qu'il se précipita dehors dans demander son reste. Les autres clients de la boutique ne semblaient s'être rendu compte de rien puisque quelques secondes après, un homme s'approchait du comptoir. Soudainement, le gérant tendit les bras devant lui ; son client porta ses mains à sa poitrine, dans une attitude manifeste de souffrance, puis il sortit de l'épicerie et l'image se figea.

- Oh mon Dieu, murmura Daniel pour lui-même. Est-ce qu'il est en train de faire une crise cardiaque ?

Pete ne répondit pas mais il afficha une image de mauvaise qualité : il s'agissait d'un agrandissement de la vidéo-surveillance ; on y voyait le visage du client en gros plan.

- Cet homme s'est envolé suite à l'incident. D'après Chuong Nguyen, le gérant, ce n'était pas un client habituel de l'épicerie et aucun des deux autres clients ne le connaissait ; nous avons fait le tour des hôpitaux suite au braquage, sans retrouver sa trace.

- C'était peut-être un complice, suggéra Sam. Suite au fiasco du braquage, il a sans doute feint un malaise pour pouvoir s'enfuir sans être inquiété.

- C'est exactement ce que nous avons pensé, répondit le policier en lui offrant un fier sourire. C'est pourquoi nous avons transmis ces avis de recherche à tous les médias des environs dans les heures qui ont suivi le braquage.

Il leur tendit à chacun un dossier qui contenait une reproduction de l'avis de recherche. La qualité de l'image avait été quelque peu améliorée, et la photo était accompagnée d'un portrait-robot. En dessous, en gros caractères, on pouvait lire : « Avez-vous vu cet homme ? », suivi du numéro de la ligne directe ouverte pour l'enquête.

Jack referma le dossier et croisa ses mains devant lui.

- Et en quoi cela concerne-t-il l'armée ?

Son ton ne laissait aucun doute possible sur son ressenti face à ces informations.

- Parce qu'à moins que ce type ne cache un vaisseau dans son sous-sol, je ne vois pas en quoi nous pourrions être utiles.

- J'y viens, colonel, reprit Pete.

Le général offrit à Jack un regard réprobateur, même s'il comprenait mieux que quiconque l'impatience du colonel ; lui-même n'avait pas immédiatement saisi l'intérêt de l'affaire. Et encore, songea-t-il, les membres de SG-1 pouvaient s'estimer heureux : Shanahan leur livrait la version raccourcie de l'histoire. Lui avait dû subir deux longues heures d'explications détaillées avant que ses interlocuteurs n'abordent l'élément essentiel de ce dossier.

- Le lendemain de la diffusion de l'avis de recherche, l'homme de la photo a été retrouvé mort dans un fossé, au bord d'une route. Le médecin légiste a établi qu'il était décédé dans la nuit. La cause de la mort a été plus compliquée à déterminer : il n'y avait pas de blessure apparente ni de traumatisme crânien, aucune hémorragie et pas la moindre trace de drogue dans son organisme. En fait, conclut-il, il semblerait que notre John Doe soit mort de vieillesse : ses organes présentaient un état avancé d'usure et son corps a apparemment cessé de fonctionner.

- Mort de vieillesse ? intervint Daniel. Mais il semble avoir une vingtaine d'années sur cette vidéo. A moins que...

Il s'interrompit, les yeux dans le vague.

- Daniel ? interrogea Jack.

- Eh bien, je pensais à l'utilisation d'une arme extra-terrestre. Le zat, par exemple, tue sans laisser de traces. La mort paraît naturelle.

- Oui mais dans ce cas, pourquoi ne pas l'avoir zatté une troisième fois ? fit remarquer Sam.

- Peut-être que...

- Docteur Jackson, major Carter, interrompit Hammond. Ce n'est pas tout.

Il fit signe à Pete de poursuivre.

- Comme je vous l'ai dit, les services de police ignoraient l'identité de la victime ; après avoir trouvé son corps, ils ont élargi les recherches : en plus des fichiers criminels, ils ont également examiné les fichiers des personnes disparues.

Sur l'écran, un document s'afficha. Il s'agissait de la carte professionnelle de l'homme.

- C'était l'un des nôtres ? questionna Jack.

- Mais c'est impossible ! s'exclama Sam.

Le colonel la regarda d'un air étonné.

- Ce dossier indique qu'il est né en 1953, mon colonel.

Il tourna la tête dans l'autre sens, lisant les informations inscrites à côté de la photo.

- En effet, dit le général. Et c'est précisément ce qui a retenu l'attention de l'armée. Le second lieutenant Trevor McAdams a disparu avec un autre membre de son équipe lors d'une mission de reconnaissance près d'un village de Hanoï en 1974. On ignorait jusque là s'il avait été tué ou s'il avait déserté.

Les quatre membres de SG-1 laissèrent le silence s'installer, songeurs. Chacun tentait de trouver une explication.

- Se peut-il que l'homme retrouvé mort soit un descendant de Trevor McAdams ? questionna Teal'c. Il m'est arrivé de constater à plusieurs reprises de fortes ressemblances entre des membres d'une même famille. Maître Bra'tac lui-même estime que Rya'c est ma copie conforme.

- Cette hypothèse a déjà été vérifiée, dit Pete en secouant la tête. Le lieutenant McAdams n'avait pas d'enfants et il était fils unique.

- Donc, résuma Daniel, on a là un homme qui n'a pas vieilli depuis 1974. Personnellement, et ça n'engage que moi, je pense immédiatement...

- C'est un Goa'Uld, coupa O'Neill.

- Mais comment ? demanda Sam. On n'a aucune trace de l'atterrissage d'un vaisseau dans les années 70. Encore moins au Vietnam.

- Beaucoup de choses tombaient du ciel, à l'époque, lui répondit Jack. Je suppose que les gars présents sur place ne tenaient pas de comptes précis.

Daniel acquiesça alors que Carter fermait les yeux un instant. Teal'c se pencha en avant, les mains plaquées sur la table, comme s'il était prêt à se lever.

- Si le symbiote n'a pas été retrouvé, dit-il, il représente toujours un danger potentiel.

- C'est également la conclusion à laquelle en sont arrivés mes supérieurs, expliqua Hammond. C'est pourquoi j'affecte SG-1 sur cette enquête. Vous serez accompagnés du lieutenant Shanahan.

- Je vous demande pardon, mon général ?

Hammond retint le sourire qui menaçait de naître sur son visage ; il prit un instant pour regarder chacun des membres de son équipe phare : Jack affichait un air choqué alors que Daniel grimaçait, sans doute en prévision de la réaction du colonel. Le major Carter avait les yeux rivés sur le policier et Teal'c, fidèle à lui-même, paraissait impassible.

- Nous avons besoin d'un contact qui fasse le lien avec la police, colonel. Le lieutenant Shanahan, du fait de sa connaissance du programme Porte des Etoiles, est le mieux placé pour remplir ce rôle.

Jack ouvrit la bouche mais le général l'interrompit avant qu'il ne puisse dire quoi que ce fut.

- Et ce n'est pas négociable, colonel.

Il acquiesça, évidemment frustré.

- SG-1, vous partez maintenant pour Denver où vous rencontrerez Chuong Nguyen afin qu'il vous livre sa version des faits. Le Pentagone pense qu'il est peu probable que la présence d'un homme disparu au Vietnam dans l'épicerie d'un Vietnamien soit une pure coïncidence.

Sur ces paroles, le général se leva et rejoignit son bureau.