Spirale - 30/04

Quinze années. Enfin un peu plus, peut être seize ou dix-sept, voire dix-huit mais est-ce réellement important ?

Toujours est-il que cela faisait une quinzaine d'années que la dernière grande guerre ninja s'était terminée sur une victoire de nous même et que tous les pays semblaient avoir enterré la hache de guerre. A l'exception de certaines bandes d'imbéciles qui n'aspiraient qu'à toujours plus de pouvoir ou d'argent.

Enfin... On n'y peut rien, il y aura toujours des personnes comme elles à venir troubler la paix. Et personnellement, je trouve que c'est une très bonne chose, au moins nous ne nous trouvons pas au chômage.

Oups.

Si mon père me lisait il m'enguirlanderait certainement pour avoir dit cela...

Quoiqu'en y repensant... S'il me lisait cela voudrait dire qu'il a trouvé et osé ouvrir et lire mon journal intime et dans ce cas... Papa tu es le pire des pères qu'une fille puisse rêver d'avoir. Même si je suis morte, j'ai droit à mon jardin secret !

Dans le cas contraire, il est le meilleur des pères, attentif, affecteux et etc. etc. etc...

Non pas que je ne l'aime pas ou que je déteste parler de lui mais je n'ai pas trop de temps à lui accorder, et puis je suis certaine que les bouquins d'Histoire le feront bien mieux que moi. Je ne suis pas écrivain, je gâcherais son incroyable légende.

J'ai tout juste assez de temps pour vous confier ma propre histoire. Elle n'est pas aussi grandiose et intéressante que la sienne, et en y repensant je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai accepté la suggestion de cet idiot d'Uchiha mais cela m'occupera en attendant le moment fatidique.

Oh, au fait, Spirale Uzumaki. Retenez bien ce nom car c'est le mien.

Hermite pas net des contes de mon père, prête-moi ta plume. Parce que moi, je n'ai jamais écris de ma vie.

C'était donc il y a quelques années, premier jour de ma dernière a

nnée à l'Académie, que tout avait commencé. J'avais dix ans, tout comme mes futurs équipiers qui n'étaient que de simples amis à cette époque. Une gamine sans cervelle, excitée, criarde, bavarde, nulle en théorie et plus ou moins douée en pratique. Mes notes ne dépassaient que rarement la moyenne en devoir sur table, les mots m'agaçaient et je ne voyais pas l'intérêt d'apprendre sur papier des choses que nous devrions faire en temps réel. Comme je le disais, une gamine sans cervelle.

Tout le contraire de ce très cher Setsuko. Très bon élève -bien que j'étais sûre qu'il n'était qu'un lèche-botte- il était adoré de tous, sa mère, les profs, les autres élèves... Tout en lui m'agaçait, même son côté amical et sa sale manie à continuellement me proposer son aide que je rejetais avec de gentils mots. Rivalité quand tu nous tiens.

Et pourtant, l'Uchiha et moi étions amis depuis notre tendre enfance.

Cette matinée là, c'était son père qui devait nous conduire à l'Académie. Ma mère étant enceinte, mon père débordé par ses tâches de Hokage, et le paternel de mon ami devant conduire un autre de ses rejetons pour sa toute première rentrée il s'était très généreusement proposé pour faire le « ramassage scolaire » et me prendre au passage.

Honnêtement, je m'en serais passé...

Pour une fois, j'étais prête en avance. Petit déjeuner pris, douche faite. J'avais décidé d'attacher ma longue chevelure dorée en deux simples couettes et de repousser mes quelques mèches rebelles par une barrette ornée d'une jolie petite grenouille verte comme celle qui me servait de doudou et celles qui paraient la housse de couette de ma chambre. Et m'étais habillée de cette tenue spéciale.

La veille, j'avais fouillé dans les vieux cartons de mes parents et trouvé le vieil uniforme que portait mon père. Une sorte de pull orange à fermeture et un pantalon de la même couleur, taquine –il avait en horreur que je touche à ses affaires- je l'avais revêtu et m'étais montré à lui. La réaction qu'il avait eue avait été plus qu'inattendue... Au lieu de me gronder, je vis ses yeux bleu profond s'emplir de larmes, ses bras s'entourer autour de moi et finalement je l'avais entendu crier au combien il avait de la chance d'avoir une fille si fière de son père. Moi qui voulais l'embêter je m'étais trouvée prise à mon propre piège, ce fut moi qui fus embêtée. Et il me l'avait très généreusement donné, je me souviens encore de ses sanglots qui avaient mouillé mon épaule, et des miens qui coulaient sur mes joues.

J'ignorais pourquoi, je me sentais fière et honorée.

Ma mère l'avait alors raccourcit à ma taille, et rajouté une broche toujours avec mon amphibien favori en guise de bijou, et je dois avouer que j'avais fière allure.

Donc j'étais prête en avance et attendais devant la porte d'entrée l'homme qui allait me conduire jusqu'à l'Académie. Enfin, on frappa à ma porte, et je me précipitais jusqu'à la poignée pour l'ouvrir. Fausse alerte, ce n'était que l'ancien professeur de mon père. Et en voyant ma déception sur mon visage, Kakashi, c'était son nom, se mit à rire.

« Et bien, moi aussi je suis ravi de te voir, Spirale. »

Je bougonnais quelque chose comme une excuse et le laissait entrer, ignorant mon père derrière moi qui me demandait de bien vouloir me comporter envers mes aînés. Je me souviens que le vieux jounin avait répliqué que je lui rappelais quelqu'un au même âge, m'avait doucement tapoté la tête et envoyé un clin d'œil alors que son ancien élève se frottait nerveusement l'arrière du cou.

Je repris ma place, assise à même le sol, dos au radiateur encore froid à cette période de l'année, et coincée entre le portemanteau et la marche délimitant l'entrée et la cuisine. Ecoutant vaguement la discussion entre adultes –ou plutôt ninja- qui s'adonnait à table.

Ils parlaient des relations entre Konoha et Ame qui semblaient se dégrader après un différent, quelque chose en rapport avec un parchemin interdit découvert peu de temps avant, que l'un voulait brûler et l'autre non. Cela me semblait banal à l'époque, banal et inintéressant.

Puis vint le moment ou ils se souvinrent de ma présence, Kakashi se tournant vers moi avec un sourire, du moins je pensais puisqu'on ne voyait pas la moitié inférieure de son visage, et disant,

« Je n'arrive pas à croire que ta fille soit déjà en troisième année. Je me souviens encore quand on venait de t'assigner à moi comme élève, rien n'aurait laissé deviner que tu deviendrais Hokage. »

Ouais... Souvenir de ma présence était peut être exagéré, ils parlaient de moi comme si je n'étais pas là, ce qui était agaçant...

Mon père se remit à gratter son cou et à rire nerveusement.

« Je dois avouer que vous avez raison, Kakashi-sensei. Mais Spirale est plus douée que moi... » Mon attention fut piquée, avant de me prendre la plus grande déception de ma vie. « ...si seulement elle pouvait être un peu moins impulsive et bornée. »

Je me relevais en sursaut et lançait vers lui mon plus féroce regard noir, je suis certaine que mon visage était aussi rouge qu'une tomate.

« Papa ! »

En guise de réponse il haussa un sourcil, l'air persuadé qu'il avait raison et... Oui, il avait raison mais ce n'était pas une raison pour le clamer haut et fort devant son ancien professeur. Cette fois-ci ce fut ma mère qui vint en mon secours, toute souriante en portant mon jeune frère qu'elle déposa dans sa chaise haute.

« Tel père, telle fille, Naruto. »

Et Kakashi de renchérir,

« Bien dit, comme on dit les chiens ne font pas des chats. »

Je me mis à rire sous cape et par chance échappa à un nouveau cours sur le respect quand on frappa à nouveau à la porte. Je posai ma main sur la poignée et appuyai, tirant pour ouvrir je fus accueillie par le visage rayonnant d'un petit Uchiha, par le sourire de son grand frère et un hochement de la tête de leur père. Toujours aussi bavarde cette famille.

Saisissant mon sac à dos grenouille, je me tournais vers mes parents et leur invité en hurlant,

« J'y vais ! On se voit ce soir ! »

Et fut de nouveau arrêtée par la voix de mon père criant,

« Une petite minute ! »

Je marmonnais dans ma barbe inexistante, ou plutôt dans mes curieuses moustaches de renard, soupirant et lui demandant ce qu'il voulait. Prenant le temps de saluer son ancien camarade et coéquipier, et ses deux fils aînés, de lui demander comment allaient sa femme et ses enfants, pendant que je tapais impatiemment du pied –il allait nous mettre en retard- j'obtins enfin ma réponse.

« Et mon bisou alors ? »

Cette fois-ci, ce fut un grognement qui racla ma gorge. Même si cela ressemblait curieusement à un ronronnement, ce qui gâcha totalement l'effet. Bien que j'avais envie de lui répliquer que 'papa s'il te plaît c'est la honte devant mon meilleur ami et surtout devant son père, j'ai plus deux ans quoi', je m'exécutais pour la simple et bonne raison que la conversation qui allait en résulter serait longue, pénible, et que je voulais être à l'heure pour mon premier jour.

Une fois avoir embrassé mes parents, frotté mon nez contre celui de mon jeune frangin de deux ans, et lancé un « yo ! » tonitruant à l'ancien sensei aux cheveux blancs tout en agitant ma main, je fus finalement dehors. Et nous partîmes sans plus attendre.

Daisuke, le frère de mon ami, bavardait joyeusement tout en nous posant d'innombrables questions sur les cours, la pratique, la théorie et la vie à l'Académie. Nous lui répondions tout aussi gaiement, ou du moins Setsuko et moi. Parce que leur père resta silencieux tout le long du voyage, je fus même surprise lorsqu'il daigna enfin d'ouvrir la bouche devant les grilles.

« Bonne journée Setsuko. »

Ce fut tout ce qu'il dit. Oh et aussi,

« Toi également Spirale. »

Et dire que cet homme était le meilleur ami de mon père, qu'ils se considéraient comme des frères. Mais les deux étaient aussi différents qu'un chien et un chat, la nuit et le jour, le soleil et la lune.

« Merci, toi aussi papa. »

Là s'était son fils qui lui répondait, comme tu t'en doute cher lecteur importun de ce journal, même si je pense et espère être la seule à y avoir accès, à ce journal... Bref, c'était à moi d'e prendre la parole.

« Merci Sasuke. Je veux dire Sasuke-san... Je veux dire... Merci. »

Depuis mon entrée à l'Académie et ce jusqu'à ce que je devienne ninja, je n'ai jamais vraiment su comment j'étais censée le désigner. Mon père utilisait simplement son prénom, ma mère ajoutait « -kun » à la fin et les autres ninjas le nommaient soit « -san » soit « sensei. ». De quoi perdre son latin.

Il ne me le fit pas remarquer et hocha simplement la tête, nous laissant pénétrer dans la cours pour rejoindre nos amis et surtout les couloirs afin de voir à quel professeur nous avions été assignés. J'ignore si Sasuke et Daisuke nous observaient, et je pense que je l'ignorerais toujours. Quoiqu'il en soit, cette journée restera gravée dans ma mémoire à jamais.

C'est que cet idiot d'Uchiha avait raison, ce maudit journal m'a permis de passer une journée ! Bien que mon poignet me fasse souffrir, et j'ai dû me creuser la tête maintes et unes fois, l'orthographe et la grammaire ne m'ont jamais vraiment aimés... Peut être continuerai-je demain, ou alors abandonnerai-je ce bouquin dans un coin de cette pièce étroite où il pourrira à cause de l'humidité ambiante ? J'hésite encore...