Aurélien émergea du sommeil. Il se dirigea en trainant vers la cuisine, aplatissant ses cheveux emmêlés. Il mis une main devant ses yeux en sortant de sa chambre sombre pour se protéger de la lumière qui l'aveuglait. Il s'assit sur sa chaise, et entendit gringe d'une voix trainante :
« -Salut mec.
-Salut. »
Orel pris son petit déjeuner en silence. Gringe l'imita, les yeux à moitié fermés : apparemment lui aussi venait de se réveiller. Il sentait malgré son réveil récent que quelque chose n'allait pas, qu'il y'avait une lourdeur dans l'atmosphère. En effet, Orel était particulièrement silencieux et semblait froid. Hier soir, dans l'alcool et les rires, Aurélien avait noyé ses doutes. Mais la vue de son ami lui ramenait la situation en mémoire. Pourquoi ne pouvait-il pas juste arrêter d'y penser ? Après tout, cela n'avait durer que quelques secondes, quelques secondes d 'égarement tout au plus. Cela ne voulait absolument rien dire. Ne pouvait il pas arrêter de penser comme un gamin, et enfouir ce rien du tout, cette chose sans importance, dans un coin de sa tête ?
Apparemment non. Il avait bien trop peur pour arrêter d'y penser. Il était déchiré entre toutes les cellules de son corps qui redemandaient ses délicieuses sensations, et tout les centimètres carrés de son cerveau qui le conseillait de virer Gringe avant que ça ne parte en couille.
Gringe alluma une clope, sortit son portable et pianotât un texto.
« -Tu sais Stephanie ?
-Quelle Stéphanie ?
-Stephanie la meuf du bar là ?
-..
-La serveuse brune super chaude avec des lunettes !
-Ah ouais
-Bah j'ai réussit à choper son numéro de téléphone. »
Aurélien sourit. Gringe était décidément irrécupérable. Il y'avait à peine quelques heures, il s'était fait engueulé comme jamais par sa copine (ou son ex ? Gringe n'avait pas préciser à Aurélien ou il en était dans sa relation maintenant) et il commençait déjà à chasser quelqu'un d'autre. Enfin.. « Commençait ».. Connaissant son ami, Orel savait qu'il avait du tourner autour de « Stephanie » depuis un bon moment déjà. Si être en couple n'empêchait pas Gringe de coucher ailleurs, aucune raison pour qu'il s'abstienne de demander un simple numéro de téléphone.
« -Et elle est cool ?
-Bah ouais elle est marrante, pis elle répond vite. Dit Gringe en levant un regard carnassier et complice vers Orel. Elle devient accro mon pote ! Dans deux semaines j'ai ma bite dans sa ceinture abdominale !
-Ouais.. souffla Orel, ou alors elle te parle parce qu'elle s'emmerde et qu'on dépense les ¾ de notre fric las-bas.
-T'es juste jaloux parce qu'avec les filles t'a aucun talent.. Souris Gringe
-Moi au moins j'ai une meuf, répliqua Orel
-Mais moi aussi j'ai une meuf mon pote ! S'esclaffa Gringe »
Ah. Ok. Il ne semblait pas vouloir la quitter donc. Difficile d'imaginer que Julia puisse pardonner Gringe après l'avoir surpris dans les draps avec une autre. Mais Gringe savait se montrer convaincant. Orel le savait bien pour l'avoir vu se sortir de situations impossibles en usant de mots bien placés. Avoir un ami dragueur compulsif avait ses bons et ses mauvais cotés. Les bons cotés, c'était que toutes ses situations, ces romances et ses histoires foireuses étaient vraiment hilarantes. Aurélien ne comptait plus les soirée de bars ou, mort de rire avec ses potes, il regardait Gringe se lancer à la conquête d'une énième fille insignifiante. Généralement, il réussissait à avoir un baiser ou un numéro de téléphone, et la concernée ne le rappelait pas. Parfois il en ramenait une à l'appart, il se la tapait, et ré-aparraissait au près d'Orel au petit déjeuner, un air triomphant sur le visage comme si il avait découvert l'Amérique.
Les mauvais cotés surgissaient généralement quand Gringe tombait sur une fille un peu plus intéressante ( comprendre : un peu moins facile ou avec de plus gros seins) que les autres. Il devenait alors complètement obsédé et passait ses journées sur son portable, réfléchissant à la manière de la faire craquer. C'était les rares moments ou Orel se sentait mis à l'écart.
« -Franchement tant qu'à faire t'as qu'a la larguer. Je comprends pas pourquoi tu continue de t'emmerder avec cette meuf alors que tu l'aimes pas, dit Orel
-Ah parce que t'aimes ta meuf toi ? Répliquas Gringe, l'air moqueur
-Bah ouais... Ouais vite fais..
-Que dalle mon pote ! T'as juste pas les couilles de la larguer c'est tout. »
Aurélien, qui n'était décidément pas d'humeur, ne releva pas l'insulte et détourna le regard vers la fenêtre. Quand soudain ...
Soudain il sentit une main puissante lui attraper le visage et le forcer à se retourner. Le contact des doigts de Gringe, froids et durs, sentant le tabac et l'alcool de la veille, déclencha des fourmillement des les bras et les mains d'Aurélien. Encore une fois, il sentit presque instantanément le sang affluer sous son épiderme, chauffant la peau de ses joues. Gringe le regardait maintenant dans les yeux, le visage d'Aurélien dans sa main. Il resserras sa prise autour de ses joues. Au putain se dit Aurélien. J'y crois pas. C'est en train d'arriver. Putain j'y crois pas que c'est réellement en train d'arriver.
Gringe pris alors la parole :
« Bonjour je m'appelle Aurélien, je sais pas aligner deux mots devant une meuf que je connais pas sans être torché, et c'est pour ça que je m'emmerde en missionnaire avec ma meuf depuis 3 mois » dit-il d'une voix aiguë.
Se faisant, il avait fait bouger la bouche d'Aurélien en appuyant sur ses joues.
En gros, il était totalement en train de se foutre de sa gueule.
« De plus, je suis complètement jaloux de mon pote Gringe qu'est 10 fois plus cool que moi et qu'a une bite beaucoup plus longue que la mienne » Continua t'il en, faisant bouger les lèvres de sa marionnette humaine.
Orel se dégagea brusquement de la prise de Gringe. Se leva violemment de sa chaise et fis deux pas en arrière, le visage rouge de colère et de honte.
De honte d'avoir espéré. D'avoir espéré pendant une fraction de seconde... Quoi ? Il ne parvenait même pas à finir sa phrase. Dans un moment farfelu d'espoir, son cerveau avait supprimé les dernières barrières et avait ouvert les vannes. À quoi s'attendait-il quand il a sentit les mains de Gringe se poser sur son visage ? Qu'espérait-il hein ? Allez Orel. Aie des couilles au moins une fois dans ta vie. Tu voulais quoi, là au juste ?
Orelsan défiguras Gringe et lui cracha :
« Mais bordel à quoi tu joues ?!
-Nan mais ça va te vexe pas s'esclaffa Gringe
-Mais ça va pas dans ta tête ? C'est complètement gay de faire ça !
Silence.
-P..Pardon ? Demanda Gringe, ahuri
-Tu vois très bien ce que je veux dire . Me touches jamais plus comme ça !
-Oulah... »
Gringe se leva doucement de sa chaise, n'en revenant pas de ce qui venait d'entendre. Il mis ses mais devant lui en un geste d'apaisement.
« Orel , dit-il, je sais pas si tu te rends compte de ce que tu dis mais tu déraille complètement mon pote. »
Orel ne répondit pas et détourna le regard. Ses joues étaient encore chaudes. C'était vraiment trop con comme situation. Gringe de son coté, n'arrivait pas à concevoir que son meilleur ami se soit emporté pour une blague aussi insignifiante.
« -Merde Orel ! Explosa t'il devant son silence. Tu vas pas faire la gueule pour ça ? T'es complètement con ! Tu sais que j'suis pas pédé bordel ! »
Orel ne répondit pas. Encore blessé dans sa fierté, il voulait juste que Gringe se casse. Il voulait s'allonger sous les couvertures et se rendormir pour toute la journée. Il se sentait terriblement nauséeux et mal. Il se sentait coupable de ce que son corps avait exprimé malgré lui. Il se sentait coupable et triste d'avoir espéré un contact vicieux, qui n'arriveras surement jamais. Tremblant, il dit à Gringe d'une voix mal assurée :
« J'aimerais bien que tu t'en ailles maintenant.
-Putain mec t'es sérieux là ? S'indigna Gringe de plus en plus surpris
-Si-il-te-plait. Dit Aurélien, menaçant, en détachant chaque syllabe »
Sans déconner. Sa peau était encore rouge et il se demandait si des larmes n'allaient pas finir par lui monter aux yeux. Il ne voulait absolument pas que Gringe le voit dans cet état. Déjà rien qu'à se sentir observé par le regard incompréhension de son ami, il se sentait mal. Il avait la terrible impression que Gringe pouvait lire ses pensées dans sa tête. Il s'était rarement sentit aussi vulnérable. Casses toi . Casses toi . Casses toi. Si il te plait Gringe, barres toi d'ici avant de comprendre ce qu'il se passe.
Gringe de son coté, regarda son ami avec un mélange inquiétude, de dégout et incompréhension. D'un coté, il se doutait bien que quelque-chose d'inhabituel était en train de se passer. Ce n'était pas dans les habitudes d'Aurélien de se vexer pour des choses aussi futiles. De l'autre, il n'en revenait pas de se faire jeter dehors pour un truc aussi con et était trop fatigué pour formuler des hypothèses convaincantes, qui permettraient d'expliquer ce soudain changement d'atmosphère. Surtout qu'il s'était déjà fait tej par sa meuf la veille. Et voilà que son meilleur ami lui tournait le dos . Un peu de compassion merde !
« -Ok. Je me barres » Dit-il
Il s'avança vers la porte à grande enjambées et l'ouvrit. Arrivé sur le pas de la porte, il se retourna vers Orel qui regardait toujours vers la fenêtre.
« Je retourne à l'appart de Claude. Tu peux passer quand t'auras retrouver ton cerveau. À moins que tu flippe que je te foutes la main au cul vu qu'apparemment, je suis rentré dans le groupe des adorateurs de queues. » Lança t-il méchamment.
Orel encaissa le coup et souffla de soulagement lorsqu'il entendit la porte claquer dans son dos.
