Avertissement - scènes de sexe explicites
Le décor : le bureau de Yashiro, quelques jours après le rapatriement de Nanahara
Les gens : Yashiro, Doumeki, Nanahara couvert de bandages
D'autres gens : qui appartiennent au gang de Matsubara
Le sujet de la conversation : Hirata, qui s'est révélé être le super-méchant du jour, que tout le monde-adore-détester.
Yashiro était assis sur le canapé en cuir, en train d'informer le chef par intérim du gang de Matsubara des récents événements (puisque Ryuuzaki était toujours techniquement leur prisonnier, et était de ce fait indisponible pour le moment). (Les récents événements : L'hostilité d'un Hirata en colère, jaloux, et potentiellement sexuellement frustré, ayant tenté de tuer Yashiro pour asseoir son statut. Le plan de Yashiro consistait à donner au gang de Matsubara assez d'infos pour s'en faire un allié provisoire, mais pas suffisamment pour les mettre sur un pied d'égalité.)
Le chef, Ota, était une nouvelle tête. A peine la trentaine, un visage long, avec cette carrure de nageur qui lui donnait l'apparence d'un triangle renversé. Il était assis en face de lui, et faisait exactement ce qui était attendu de lui. C'est-à-dire que ses yeux papillonnaient de l'entrejambe de Yashiro pour ensuite fixer ses jambes, puis revenaient sur son sexe, et ce toutes les trente secondes. A partir d'un moment, un imperceptible rougissement vint colorer ses joues, juste en-dessous de ses yeux. Yashiro était flatté. C'était une manière plus qu'évidente de montrer combien ce bleu voulait s'amuser avec les chiottes publiques des huiles du clan...
Ota joua parfaitement son rôle devant ses hommes. Il dit non à presque tout, parce qu'il n'y voyait (prétendait-il) pas d'intérêt pour Matsubara. Yashiro recueillit gracieusement les sous-entendus, avec le même soin qu'il aurait eu s'il collectionnait des pierres précieuses. D'un simple mot, il vira tout le monde hors de la pièce, à l'exception d'Ota et de Doumeki.
Sans ses hommes, Ota paraissait à la fois soulagé et un peu dépassé par la situation. Il jeta un regard nerveux en direction du garde du corps silencieux et stoïque qui se tenait debout derrière Yashiro. Il semblait se demander pourquoi il avait été autorisé à rester avec eux.
"J'imagine," commença Yashiro, souriant tandis qu'il allumait une cigarette. "Que vous attendez quelque chose pour sceller notre accord ?"
Oh, comme c'est mignon, sourit-il intérieurement. Je ne savais pas que des hommes adultes et bien bâtis qui plus est, pouvaient rougir comme des pucelles.
Il bougea très légèrement sur son siège, faisant mine de croiser les jambes, pour que la silhouette solide et rassurante de son garde du corps-jouet sexuel préféré reste dans son champ de vision.
"Nous pourrions en parler plus longuement au Dophin, si cela vous tente, évidemment. Vous voyez de quel hôtel je parle ?"
Là. Presque imperceptible. Une mâchoire qui se serre, un poing qui se ferme, un vaisseau sanguin qui éclate quelque part, qui sait. Était-ce son imagination, projetait-il dans la réalité ses fantasmes ? Cela restait une éventualité, mais Yashiro le sentait : quelque chose avait changé en Doumeki. Un frisson le parcourut, un de ceux à la fois familier et délicieusement étranger.
"Je - le - oui, je vois où c'est," balbutia Ota.
"Bien. Dans ce cas, voyons-nous là-bas demain. Que direz-vous de midi ? Pour savourer le dessert juste avant le déjeuner."
Oh ! Oh, est-ce que les yeux de Doumeki viennent de s'étrécir ? Là. Non ? Ah, je ne sais pas. Disons que c'est quand même le cas. Pour le fun.
Ota, les oreilles écarlates, fixait la table basse devant lui. Il essaya de protester une dernière fois.
"Ce ne sera pas - je veux dire, la réponse n'est pas certaine concernant les négociations, même si nous..."
"Bien sûr, bien sûr," le coupa Yashiro, désinvolte. "Nous ne faisons que parler. Que négocier." Il toisa Ota d'un regard qui avait mis des hommes beaucoup plus coriaces que lui à genoux. "Mais, vous savez, négocier peut devenir très amusant. A condition de savoir comment s'y prendre."
Les oreilles d'Ota étaient encore rouges tandis qu'il sortait de la pièce. Il refusa de regarder ses hommes dans les yeux en partant.
Fois Numéro 5, pensa Doumeki le matin suivant en se réveillant, aussi reposé que s'il avait passé plusieurs nuits blanches d'affilée. Fois Numéro 5. Juste survivre.
La Lexus se faufilait habilement dans le léger trafic de l'après-midi, si jamais le trafic à Tokyo pouvait un jour être considéré comme 'léger'. Yashiro en profitait pour regarder le paysage. C'était un jour ensoleillé, lumineux, agrémenté d'un ciel sans nuages. Un jour magnifique, vraiment. Idéal pour faire du tourisme. Ou contempler les oiseaux. Ou faire du lèche-vitrines. Ou... Mais Yashiro était à court d'activités intéressantes.
Doumeki ne lui avait pas jeté un seul coup d'œil dans le rétroviseur, ce qui se révélait presque aussi louche que sa manie habituelle de le fixer trop longtemps et de manière trop intense.
Ils arrivèrent finalement devant le majestueux bâtiment qu'était le Dolphin Hotel. Yashiro l'examina attentivement, concentré, et fit faire à Doumeki deux fois le tour avant de le diriger vers une place de parking très spéciale, le long de la rue. Doumeki était trop occupé à tenir la bride à ses émotions pour remarquer cette bizarrerie. Car ces émotions tentaient de s'échapper en ruant, comme dans ce vieux western qu'il avait vu étant enfant, où des chevaux, les naseaux dilatés, couraient et hennissaient. L'un de ses films où les chevaux étaient emmenés au bord d'une falaise pour mourir de manière on ne peut plus réaliste, juste pour que le film puisse se targuer d'être authentique ? Est-ce que les gens pouvaient vraiment être si cruels ? Ce n'étaient que des chevaux. Ils faisaient juste ce qu'on leur disait, ils obéissaient, fidèles à leur maître, inconscients de ce qu'ils -
"... -meki ! Idiot !"
"Que - oui. Désolé, Patron."
"A quoi tu pensais bordel ?"
"Rien. Je suis désolé."
"Je disais que tu m'accompagnerais pour être sûr que tout se passe comme prévu là-haut. Parfois c'est des agneaux pleurnichards dont il faut le plus se méfier."
"Comme vous voudrez, Patron."
Ce fut la plus longue marche-à-travers-le-couloir-jusqu'au-troisième-étage qu'il n'ait jamais vécue de sa vie. Le Patron sentait vraiment bon dans l'ascenseur. Un mélange de musc et de (coûteuse) eau de Cologne.
Yashiro ne l'avait emmené avec lui que pour impressionner Ota. Il le savait. Et pourtant ses instincts étaient en alerte - bien plus que ce que la situation ne semblait l'exiger. Ota les attendait dans la suite. Mais il n'était pas seul.
Gars de Matsubara #2 : Grand (encore plus que Doumeki), exceptionnellement bien fait de sa personne, de longs cheveux qui lui cachaient un œil, il exsudait l'argent et le pouvoir. A côté de lui, Ota, angoissé et nerveux, semblait presque penaud d'être là. Il ne pouvait en aucun cas soutenir la comparaison.
"Nakazawa," se présenta le très bel homme, allant même jusqu'à offrir sa main gauche à Yashiro après avoir jeté un bref coup d'œil à son bras droit immobilisé par l'écharpe. Il n'accorda en revanche pas un seul regard à Doumeki. "L'homme qui dirige dans l'ombre Matsubara," ajouta-t-il de façon tout à fait modeste. "Par intérim, bien sûr."
"Bien sûr."
Yashiro ressentit malgré lui une pointe d'excitation face à l'aura que dégageait cet homme. C'était rare pour lui d'avoir un rival susceptible de lui ravir le titre de la personne la plus magnifique/charmante/incroyablement attirante de la pièce.
Doumeki haït cet homme aussitôt, plus que n'importe quel autre être humain sur cette terre, plus que n'importe qui dans sa vie, à l'exception de son père.
"Veuillez pardonner ma présence inattendue," renchérit onctueusement Nakazawa. "Mais j'ai ouï dire d'imminentes négociations qui se tiendraient en ce lieu, et je me devais simplement d'y ajouter ma touche personnelle. En même temps, si possible. Ota ici présent," et il désigna de la tête son collègue à l'évidence mal-à-l'aise, "s'est finalement laissé convaincre par ma suggestion, bien qu'il continue de s'inquiéter de votre réaction."
Dites non, pria désespérément Doumeki.
"Mais certainement," dit Yashiro.
"Tu vois, Ota ? Je t'avais dit qu'il serait ouvert à la suggestion." Soudain, le voilà qu'il tenait le menton de Yashiro entre ses mains. "J'ai entendu dire qu'il était ouvert à tout."
Personne, encore moins lui-même, n'aurait pu prédire la réaction de Doumeki. Son poing vola dans l'air, frappa le menton de Nakazawa dans un bruit écœurant et définitif.
Vraiment ? lui demanda une voix dans sa tête, la même qui avait déblatéré sur les chevaux morts. Tu craques pour cette ordure et quelques sous-entendus sordides ? Alors que t'es resté là à regarder le Patron se faire enculer comme une pute sans jamais bouger le putain de petit doigt !
Yashiro resta sans voix pendant quelques instants.
Le poing de Doumeki lui faisait mal et son esprit était désespérément vide. Il entendait les plates excuses de Yashiro de manière déformée, comme si ses paroles provenaient de hauts-parleurs mal réglés. Il sentit, plus qu'entendit, son maître le convoquer dans le couloir. Pendant les quelques secondes durant lesquelles il le suivit tel un robot, il exulta intérieurement. Il avait empêché la Fois Numéro 5 !
Et puis la réalité reprit ses droits dans un bourdonnement assourdissant, quand Yashiro s'arrêta près de l'ascenseur et le regarda, l'expression glaciale. Doumeki pâlit affreusement.
"Patron, je -"
La claque qu'il reçut fut comme un coup de fouet. Plus violente qu'il ne l'aurait pensée pour être honnête. Il faillit s'encastrer dans les boutons de l'ascenseur. Yashiro avait fait exprès de viser l'estafilade sur sa joue, bien entendu. Il se redressa avec effort, tentant de comprendre pourquoi il avait mal autre part que là où il avait été frappé. C'était la première fois que le Patron levait la main sur lui.
Le regard de Yashiro était faussement calme, dangereusement acéré. Il attendit quelques secondes, le temps d'apprécier la tentative de Doumeki de se redresser et de se faire tout petit en même temps.
Le plan qu'il avait soigneusement préparé lui retombait dessus ou portait ses fruits d'une manière merveilleusement inattendue. Yashiro ne savait pas encore.
"Attends dans la voiture," ordonna-t-il froidement. "Tu ne bouges pas d'un cheveu tant que je n'ai pas fini. Me suis-je bien fait comprendre ?"
"Oui, Patron."
"Hors de ma vue."
Si marcher dans le couloir et monter jusqu'au troisième étage en ascenseur lui avait paru long, attendre dans la voiture, les oiseaux chantant dans une splendide après-midi de printemps, lui semblait prendre des années. Il s'enfonça dans le dossier, contempla ses chaussures.
Puis, lassé de la vue, il leva les yeux, se demanda combien de temps s'était écoulé. Mais il refusait de regarder l'heure, trop nerveux à l'idée de se rendre compte que l'aiguille de sa montre n'avait avancé que d'une minute ou deux.
Tout compte fait, il était presque content des récents événements. Entre les chevaux morts qui hantaient son esprit, le visage impassible de Yashiro dans l'ascenseur, le bruit satisfaisant qu'avait fait son poing en heurtant le menton de ce bâtard arrogant, les chevaux morts, la douleur souillée de rouge, la main de Yashiro frappant sa blessure à la joue, les chevaux morts, ses chaussures légèrement éraflées, et d'autres choses encore totalement hors sujet, il avait réussi avec succès à s'empêcher d'imaginer ce qui était sûrement en train de se passer au troisième étage.
Le troisième étage.
Tel un aimant, ses yeux furent attirés contre sa volonté par la rangée de fenêtres. Les rideaux étaient tirés pour la plupart. Mais pas pour toutes. Et soudain...
Il détourna le regard, le cœur battant.
Ne fais pas ça, dit la voix, lentement et distinctement. Ne regarde surtout pas. Compris ?
Mais il regarda bien sûr. Et ne put plus détourner le regard.
Ils échangèrent un total de zéro mots dans la voiture, le silence régnant tout le long du trajet du retour. Doumeki ne s'était autorisé qu'un bref coup d'œil tandis que Yashiro prenait place avec un soupir à l'arrière (des bleus et des marques de morsures sur sa nuque, des brûlures dues à une corde trop serrée, une petite coupure derrière l'oreille, mais autrement apparemment sain et sauf) avant de rediriger son attention sur la route.
Ce n'est que lorsqu'ils arrivèrent devant son appartement que la voix de Yashiro résonna finalement dans l'habitacle.
"Encore un étalage de manque de savoir-vivre de ce genre, et tu es viré."
Il y avait dans ce ton la même menace sous-jacente que Doumeki avait pu percevoir à l'hôtel. Il ne plaisantait pas.
"Je comprends." Puis, après une légère pause, "Je suis désolé, Patron."
Pas de réponse.
Doumeki baissa le regard, contempla ses mains. Il fronça les sourcils. Pourquoi ses jointures étaient-elles si blanches et sa peau si tendue ? Une maladie de peau peut-être. Comme la jaunisse, par exemple. Quoi de mieux pour couronner le tout ? Ou alors c'était parce qu'il se nourrissait mal. Depuis combien de temps n'avait-il pas mangé de légumes verts ?
Puis il pensa enfin à relâcher sa prise sur le volant. Le sang retourna progressivement dans ses mains.
Tandis qu'il se garait près de l'immeuble de Yashiro, un éclair de courage le traversa.
"Avez-vous faim ? Je peux vous cuisiner quelque chose."
"Non."
Laisse-moi tranquille, en d'autres termes. Un poids s'installa sur le torse de Doumeki, l'empêchant presque de respirer.
Cependant, avant de sortir de la voiture, Yashiro semblait pensif. Puis, son sourire familier, félin s'étira sur ses lèvres. Doumeki se serait senti soulagé s'il n'avait pas eu la chair de poule à cette vue.
"Je vais me faire à manger," annonçait-il finalement, ouvrant la portière. "Et tu devrais aussi te faire quelque chose. Le spectacle t'aura ouvert l'appétit, j'en suis certain."
Le spectacle ?
Alors même qu'il était déjà parti, le sourire de Yashiro sembla se graver de manière permanente dans le rétroviseur.
Il m'a vu regarder. Evidemment. Bordel, mais quel idiot. Un imbécile complet, un total crétin, un...
Puis, lentement, Doumeki réalisa. Les pièces s'imbriquèrent, le puzzle fut complet. La place de parking soigneusement choisie. L'ordre d'attendre dans la voiture, de ne surtout pas bouger.
Il avait été positionné. Stratégiquement manœuvré. Comme une pièce d'un jeu d'échecs. Un cavalier qui avait été déplacé là juste pour qu'il puisse mieux voir la reine se faire baiser par le roi adverse et son fou ou qu'importe. Le sang rugissait à ses oreilles.
Et sans y penser davantage, il se rua hors de la voiture.
Yashiro se tenait encore devant sa porte, occupé à chercher d'une main (évidemment) ses clefs. Il se retourna, surpris.
Dans l'esprit de Doumeki, le Patron était encore là, à quatre pattes sur le tapis, les rayons du soleil illuminant la scène à travers la baie vitrée. Nakazawa grinçait des dents et empoignait ses cheveux. Il le besognait durement, tandis que le visage strié de larmes de Yashiro était occupé à satisfaire un Ota excité et en sueur. Ses gémissements incessants étaient à chaque fois ponctués par un tiraillement de la corde qui liait sa nuque et ses mains. Il haleta, et le sexe suintant d'Ota glissa hors de sa bouche. Au même moment, Nakazawa se penchait et mordait sa nuque, fort.
Bien évidemment depuis la rue, Doumeki n'avait pu se rendre compte de détails tel le serrement de dents ou si les gémissements étaient en rythme ou non avec les coups de rein, mais son imagination avait gracieusement rempli les trous.
Livide de rage, Doumeki l'attrapa et le plaqua contre la porte d'entrée. Il prit brusquement sa mâchoire dans sa main. La tête de Yashiro heurta légèrement le panneau de bois sous le choc. D'un air absent, Doumeki regarda les yeux de Yashiro étinceler, s'étrécir. Son esprit parcourait à toute vitesse les différentes possibilités qui s'offraient à lui : le baiser, l'embrasser, le frapper, l'étrangler, pleurer sur son épaule. Ce sentiment qui le submergeait était très similaire à celui qu'il avait ressenti quand Yashiro lui avait menti à propos de sa sœur. Et ce qu'il faisait, en réponse, était tout aussi similaire. Comme c'était peu original de sa part.
Il ne savait même pas pourquoi il était aussi furieux. N'avait-il pas depuis longtemps accepté le fait d'être le jouet du Patron ? N'avait-il pas souhaité qu'il l'utilise comme bon lui semble ?
Pendant ce temps, le sexe de Yashiro s'était éveillé sous cette attention, et une excitation aussi soudaine que douloureuse le mettait au supplice. Il avait, comme Doumeki, fait le lien avec l'épisode précédent. Mais, contrairement à la dernière fois, Yashiro se sentait exposé d'une manière complètement différente, presque dangereuse. Depuis leur accrochage sur les sièges arrières de la Lexus, son imagination, même ses rêves dernièrement, n'avaient tourné qu'autour d'une seule et même chose. Et devant lui se tenait l'acteur principal, qui le maintenait contre la porte avec force, sa main agrippant sa mâchoire, ce visage arborant cette expression incroyable. Son odeur était tellement alléchante. La sueur et l'eau de Cologne bon marché.
"Attention," réussit-il à dire, soulagé que sa voix reste mesurée malgré l'excitation qu'il ressentait.
La voix ferme l'atteignit en plein cœur. Tu es viré. Le cauchemar de Doumeki. La seule chose qu'il ne pouvait s'imaginer.
Il le relâcha et fit un pas en arrière, encore plus humilié qu'auparavant, ce qu'il ne croyait pas possible. Pouvait-il encore tomber plus bas ? Il respirait lourdement, fixait le bras de Yashiro soutenu par l'écharpe, incapable de le regarder dans les yeux.
"Rentre chez toi."
D'abord le soulagement. Il n'était pas viré.
Puis, alors que la porte s'ouvrait puis se refermait, le froid. Il avait froid. Froid ? Non pas tout à fait. Il se sentait... vide ? Quelque chose comme ça.
Quelque chose. Rien.
Il se retourna, s'affaissa contre la porte, sachant pertinemment qu'en faisant ça, il satisfaisait tous les clichés de la série mélo par excellence. Il s'en moquait. Il se laissa glisser jusqu'au sol, rentra la tête dans ses genoux, essayant de calmer les battements de son cœur.
Un résumé des diverses durées qu'il avait pu expérimenter aujourd'hui : le couloir et l'attente dans l'ascenseur : un certain temps. L'attente dans la voiture : des années. Resté assis là comme un déchet abandonné, un sac en papier graisseux et froissé : une putain d'éternité.
Ou seulement trente secondes.
La porte s'ouvrit d'un coup sec et il bascula en arrière.
"En y repensant," lui annonça Yashiro d'une voix traînante et désinvolte, "Je viens juste de me rappeler que je ne pouvais même pas me branler correctement avec une seule main, alors que dire de cuisiner. Je suis quasiment sûr de n'avoir jamais touché une cuisinière de ma vie, d'ailleurs."
Doumeki bondit sur ses pieds.
