En sortant du bureau du professeur Rogue, Grigori devait faire appel à tout ses talents pour ne pas rire aux éclats. Recruter le sévère professeur de potions était son objectif le plus ambitieux sur l'ensemble de la scolarité, et alors qu'il comptait utiliser l'année pour attirer l'homme dans ses filets, celui-ci se jetait tout simplement dans ses bras. Enfin, il avait déjà commencé à attirer son attention les années précédentes, et les Inquisiteurs lui avaient fourni nombres de renseignements sur les secrets de son directeur de maison. Ce qui ne leur avait pas été difficile... La toile de l'Inquisition s'étendait partout.
Consultant sa montre, il décida de se rendre au Nid. Il avait besoin d'exprimer sa satisfaction et il ne voyait pas de meilleur moyen pour cela qu'un verre de whisky pur-feu et quelques brins de Délicate.
Il grimpa jusqu'au quatrième étage et, ignorant les portraits, passa à travers un mur. Il se retrouva dans une pièce chaleureuse, au parquet lambrissé et à la cheminée flambante. Tous les portraits du couloir étaient également présents ici, bien que ici soit un peu partout selon la volonté du château et l'envie des occupants. Il n'y avait personne d'autre dans la pièce, mais il entendait des bruits venir de la bibliothèque et du laboratoire. Ignorant la présence de ses comparses, il se dirigea vers un superbe bar en ébène, dont la plaque était en argent. Il en tira une bouteille d'un excellent whisky et un verre glacial, puis se dirigea vers une armoire plus proche de la cheminée. Il appuya légèrement sur l'œil d'un des hippogriffes sculptés dans les portes, ce qui ouvrit un tiroir secret, dans lequel se trouvait une simple boite métallique et une pipe. De la boite, il sortit quelques touffes d'un mélange de plantes séchées, qu'il bourra dans sa pipe. Après avoir fermé le tiroir, il alla s'asseoir le plus confortablement possible dans un fauteuil face à la cheminée. Il se servit un verre de whisky, tira quelques bouffées sur sa pipe... Puis contempla ce qu'il avait accompli jusque ici...
Il avait cinq ans quand son don pour la métamorphomagie s'était manifesté. Cela aurait pu se passer n'importe où mais, grâce à la Magie, c'était arrivé à la maison. En y repensant, c'était absolument ridicule. Il avait été terrifié par le chien d'un invité, qui lui avait sauté dessus, avant de le faire rire en lui léchant le visage.
Le lendemain, son oncle le conduisait à la glacerie Fortarôme, sur le Chemin de Traverse. Il échangea quelques mots avec le glacier, qui les guida dans sa cave. Un Nid. Son oncle se baissa pour lui chuchoter à l'oreille « Le Nid de l'Hydre à Londres est dans la cave de la glacerie Fortarôme ». Une porte était apparue et, derrière, des merveilles. L'Hydre n'avait pas encore retrouvé sa puissance, mais comme en témoignait les caisses pleines de trésors circulant d'une pièce à l'autre, la contrebande avait repris de plus belle. Mais ils passèrent une autre porte, qui donnait sur un luxueux bureau. Son oncle lui ordonna de s'asseoir dans un coin, et il fit venir une femme qui examina son neveu sous toutes les coutures.
– Nein, nein, nein ! Tu perds le contrôle, Grigori ! », hurla Fraü Lehrerhart.
Depuis ce jour au nid, la sorcière germanique lui servait de tutrice et d'enseignante. Maîtriser son don, les arts martiaux (notamment l'escrime et la savate), les potions, la littérature, l'histoire, l'arithmancie, les runes... Tous les sujets étaient abordés et si, naturellement, c'est en métamorphose qu'il excellait, il obtenait de bons résultats dans les autres domaines. Ce qui, pour le moment, enrageait Fraü Lehrerhart, c'est qu'il n'avait pas réussi à maintenir une apparence pendant plus de deux heures. Son record était d'une heure, quarante-six minutes et vingt-deux secondes. Mais, son oncle le lui avait assuré, s'il arrivait à tenir deux heures, ils pourraient réaliser un rituel qui lui feraient gagner en maîtrise. Tous les Métamorphomages de l'organisation en passait par ce rituel.
A huit ans, il préparait un poison de son invention. Ses victimes, en théorie, mourrait entre quelques jours et un mois plus tard, en fonction de la dose administrée (qu'il fallait savamment calculée). Le poison était absolument indétectable et, à vrai dire, le cadavre le serait aussi. Le poison avait cet effet, une fois sa victime décédée, de changer le corps en poussière.
Il le testa sur un rat, notant avec précision la date d'administration et la dose, à côté d'autres informations concernant le rat lui-même comme son âge, son poids...
A neuf ans, il avait tué pour la première fois. Une femme, en Italie. Il ignorait pourquoi, il ignorait même son nom. On lui avait donné son emploi du temps et une description physique. Il était vêtu d'une tunique, à la romaine. Aux côtés de Fraü Lehrerhart, il jouait avec une petite baguette magique pour enfant. Lorsque sa cible sortit d'une boutique de mode, il eut simplement à appuyer sur un minuscule ressort caché.
Une semaine plus tard, on confirmait la disparition de cette sorcière et il recevait sa prime et une convocation au Nid.
Il était nu. Autour de lui, les membres de l'Hydre, le visage masqué, se serraient en rang. Le rituel d'adoption de l'Hydre n'avait pas été réalisé depuis vingt en Angleterre. Grigori était allongé dans un cercle de runes. Son oncle et Fortarôme – on lui avait expliqué qu'il aurait besoin d'un parrain, et il avait demandé au glacier, dans l'espoir de pouvoir consommer gratuitement – récitaient des formules incompréhensibles. Émergeant de son pied gauche, une chaleur avait commencé à s'enrouler autour de sa jambe, puis de son torse.
Lorsqu'il se releva, il constata que les adultes autour de lui, même s'ils l'avaient toujours bien traité, le considéraient avec une certaine vénération. Lorsque son parrain le guida face à un miroir, il sut immédiatement pourquoi. Le Basilic était le symbole de l'Hydre en Grande-Bretagne, mais celui qui lui rendait son regard en reflet enserrait une couronne dans ses mâchoires. Il était un Prince de l'Hydre et, en tant que tel, sa future Tête.
Un an plus tard, il réalisait un autre rituel, sans assistance cette fois. Ce rituel lui permettrait, outre de maintenir à volonté une apparence secondaire – volontairement insignifiante, afin de mieux tromper son monde – d'avoir un meilleur contrôle de ses capacités, qui seraient moins sujettes aux caprices de ses émotions. Si le rituel ne dura que deux heures, sa préparation avait pris une semaine. Il nécessitait, entre autre, de se baigner dans le sang d'un cochon, de se vêtir d'une fourrure de loup-garou fraîche et non-tannée – l'élément le plus compliqué à obtenir, pour des raisons évidentes – et de respirer la fumée de diverses plantes et écorces. Le tout en maintenant l'apparence choisie comme seconde peau pour toute la durée du rituel.
Après avoir réalisé ce rituel et, étant déjà un membre confirmé de l'organisation, il avait pu accompagner des membres dans diverses missions. Notamment des cambriolages et des assassinats, durant lesquelles il agissait comme éclaireur, diversions et, parfois assassin – il se souvenait avec tendresse d'une mission durant laquelle la cible cherchait à le protéger de ses complices. Puis, enfin, vint le jour où il avait reçu sa lettre. Outre la perspective d'approfondir les connaissances qu'il avait acquise, il était très excité par la mission qui l'attendait, la reconstruction de la cellule poudlarienne. Mais, dans l'immédiat, il allait enfin avoir une baguette, et c'est pour ça qu'il courait comme un fou dans la maison.
C'est Florian qui l'accompagna. Seulement, il ne l'amena pas chez Ollivander. Comme pour bien d'autres objets magiques, l'Hydre disposait de ses propres artisans. En l'occurrence, ils se rendirent chez un japonais, Fujiwara, qui travaillait presque exclusivement pour l'Hydre. Il avait fait serment de ne jamais rien révéler sur ses clients et sur les baguettes qu'il leur vendait, en raison de sa manière particulière de procéder.
Son atelier était situé sur une île de l'archipel d'Okinawa, à la population exclusivement sorcière. Il se situait dans une rue marchande, bien que le seul signe qui permettait de le reconnaître soit une petite plaque de bronze. Et en entrant, ils purent constater qu'il s'agissait bel et bien d'un atelier, et non pas d'une boutique. Des essences de bois du monde entier s'alignaient sur un mur, tandis qu'en face s'étalaient des échantillons de créatures magiques variées. Au milieu, un établi sur lequel se penchaient deux sorciers, visiblement très concentré. L'un d'eux, clairement dans la vingtaine, s'appliquait sur un morceau de bois sous l'œil vigilant du second, qui approchait la soixantaine. C'est celui-là qui se tourna vers eux et vint les accueillir en se courbant légèrement.
– J'imagine que c'est pour l'enfant, M. Fortarôme. Votre filleul ? » sa voix était douce, quelque peu révérencieuse.
– Vous devinez juste, comme d'habitude, Fujiwara-sensei.
– Dans ce cas, jeune homme, veuillez me suivre là où nous pourrons discuter tranquillement », en se tournant vers Grigori.
Il guida le jeune sorcier dans une autre pièce, plus petite, meublée seulement d'une petite table . Il s'agenouilla d'un coté de la table, et y fit apparaître du thé et quelques pâtisseries, en faisant signe à Grigori de s'installer de l'autre côté. Florian était resté dans l'atelier.
– Vous vous appelez ?
– Grigori Llewellyn. Quand est-ce que je pourrais avoir ma baguette ?
–Ah, impatient, n'est-ce pas ? Cela dépend. Voyez-vous, jeune Prince, et ne vous étonnez pas que je sache qui vous êtes, je considère mon travail comme un art. Il est aisé de fabriquer diverses baguettes et d'en faire essayer plusieurs à un sorcier, jusqu'à en trouver une qui lui correspond. Mais ça ne signifie pas que c'est celle qui lui correspond le mieux. Avez-vous une idée de comment l'on peut remédier à ce problème ?
– Hmm... en connaissant au mieux possible le sorcier ? »
La réponse fit rire le sorcier plus âgé.
– Vous avez tout à fait raison, et c'est ce que nous allons faire aujourd'hui. Je vais apprendre à vous connaître au mieux possibles. Ensuite, nous retournerons dans l'atelier et je prendrais quelques mesures. Selon la complexité de votre personnalité, votre baguette pourra être prête demain au minimum. Mais, concernant un si jeune Prince de l'Hydre, je doute que cela soit aussi simple.
– Et.. comment allez-vous apprendre à me connaître ? ». Grigori était inquiet. Il s'était entraîné à résister à la légilimencie, mais il détestait ça. Le sorcier fit un petit geste de sa baguette, et sur la table, deux diadèmes argentés, un carnet et une plume rejoignirent le thé.
– Nous porterons chacun un de ces diadèmes. Cela me permettra d'explorer votre psyché, vos souvenirs et vos désirs, conscients ou non. Le procédé est totalement indolore. Je vous recommande de boire un peu de thé avant que nous commencions, cela dit. »
Grigori suivit le conseil de son aîné, puis passa le diadème. Il sentit très vite les effets du léger somnifère présent dans le thé, et se laissa aller dans le sommeil.
Deux semaines plus tard, ils reçurent un message de Fujiwara, les informant que leur commande était prête. La lettre était également un portoloin, et ils arrivèrent immédiatement dans la cour de l'atelier. Fujiwara et son apprenti les y attendaient. L'apprenti tenait, dans ses bras tendus, un écrin en cuir de dragon. Il s'agenouilla devant Grigori pour le lui présenter, et celui-ci, d'une manière très solennelle, l'ouvrit. A l'intérieur, une baguette sculptée dans un bois blanc, avec une poignée d'argent. Lorsqu'il tendit la main pour la saisir, lentement, il murmura 'Votre travail est magnifique, Maître'. Pour les sorciers autour de lui, c'était incompréhensible, et Florian fut même choqué car son filleul venait de s'exprimer en fourchelangue. Et lorsque, avec révérence, il saisit la baguette qui lui était destinée, il fut empli d'une agréable chaleur, et une note légère se fit entendre autour de lui. Le tatouage de basilic sur son corps s'étendit jusque sur sa main, comme s'il voulait renifler ou voir de plus près ce corps étranger.
– Acajou, corne de serpent cornu, vingt-six centimètre, flexible. La poignée est en argent. L'acajou est un bois particulièrement adapté à la métamorphose, tandis que la corne de serpent cornu permet à votre baguette de réagir au fourchelangue, don que vous possédez, comme vous venez de le prouver. Elle émettra également une note de musique, en cas de danger. Ou même dans d'autres cas. Cela ne m'étonnerait pas, vous connaissant, qu'elle émette un trille victorieux lorsque vous gagnerez un duel.
Notes de l'auteur :
Buvez avec modération et ne fumez pas ! (bien que Grigori ne fume pas de "tabac" à proprement parler... mais même, ne fumez pas...)
Sinon, bon, il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre, dans le suivant on reviendra au présent et on verra d'autres membres de la cellule poudlarienne.
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