Bonjour !

Voilà, je poste le premier chapitre, en ne sachant toujours pas où je vais.

Petitetoile, merci pour tous tes compliments, ca me fait vraiment plaisir. Ce serait avec joie que je t'enverrais un mail, mais comme tu n'as pas de compte et que je n'ai pas ton adresse mail, je ne peux pas te prévenir, ma chérie. Eventuellement, donne moi un moyen de te contacter, ou crée un compte, ca ne prend pas longtemps et ca ne t'oblige pas à écrire quoi que ce soit. Ca facilite juste les communications =)

Je vous souhaite une bonne lecture.


Chapitre 1 : Débauche parisienne


Il n'avait rien à faire ici.

La révélation le frappa de plein fouet. Il ferma les yeux et porta une main lasse à son visage fatigué. Bien sûr qu'il n'avait rien à faire ici. Paris avait un charme certain et manifeste, ce qui faisait de la capitale française un de ses lieux de prédilections. Même si, au départ, chaque pas qu'il faisait dans les rues pavées de la vieille ville lui semblait plus difficile que le précédent. La dernière fois qu'il avait marché dans ces mêmes rues, Alec avait été à son côté, à rire de ce qu'il lui disait, à s'émerveiller de ce qu'il voyait. La pyramide de verre du Louvres, dont les carreaux reflétaient les rayons du soleil éclatants de l'été parisien comme autant de diamants, avait forcé son admiration. Avant que l'élégante Dame de Fer, qui brillait de tous ses feux dans la nuit d'encre et donnait son nom à la Ville Lumière, ne lui ravisse la première place. Les quelques jours passés à Paris avec Alec avaient comptés parmi les meilleurs jamais vécus. Dans toute sa vie, qui s'allongeait indéfiniment. Puis, le temps et les nouvelles rencontres aidant, le rire d'Alec avait cessé de le poursuivre. Il avait cessé de craindre de se balader dans les rues de Montmartre, d'aller admirer la grandeur de Notre-Dame, de paresser sur un banc du Pont des Arts. Il avait cessé de craindre, mais il n'avait jamais cessé de le voir, partout où il allait. Le fantôme d'Alec, à ses côtés, lui semblaient simplement naturel. Il se demanda vaguement quand sa raison avait cédé la place à la folie, pour qu'il accepte sans mot dire d'être ainsi hanté par un ancien petit-ami qui, de plus, était toujours de ce monde. Seulement trop loin de lui. Beaucoup trop loin de lui. Il avait fait en sorte de le rendre inaccessible. Il s'était enfui. Le plus vite possible. Le plus loin possible. Jusqu'en Asie. Puis il était revenu, appelé par Paris comme un bateau perdu en pleine tempête par la lumière salvatrice d'un phare en flammes. Il était revenu, dans cette ville où il avait vécu le temps d'une Révolution, le temps de s'enticher d'un Comte aux cheveux bruns et aux yeux bleus déjà désespérément amoureux d'une reine aussi belle que stupide, pour pouvoir se torturer tout à son aise en regardant l'Ouest droit dans les yeux, en cherchant au-delà de la ville et au-delà, même, des eaux tumultueuses de l'Atlantique, les contours diffus de la Statue de la Liberté et de New York, où il avait laissé Alec.

Qu'est-ce qu'il foutait encore là, par l'Enfer ?

La jeune fille remua, ce qui lui arracha un soupir agacé, et elle ouvrit les yeux. Ses beaux yeux aussi verts que des émeraudes. Un sourire étira ses lèvres pâles alors qu'elle se redressait sur un coude. Ses cheveux glissèrent de son épaule comme des spires de flammes pour effleurer la peau de son torse. Elle leva une main et la passa dans les courtes mèches noires hérissées sur sa tête sans qu'il ne fasse le moindre mouvement ou dise quoi que ce soit.

- "Tu n'as pas dormi ?" demanda-t-elle à voix basse.

- "Il n'a pas fermé l'oeil de la nuit", lui répondit son frère et resserrant sa prise sur sa taille. "Pourquoi n'as-tu pas fermé l'oeil de la nuit ?"

- "Peut-être qu'il était trop occupé à réfléchir..."

- "Réfléchir à quoi ?"

- "Je ne sais pas, je ne suis pas dans sa tête, tu n'as qu'à lui demander."

- "Je ne crois pas qu'il me réponde, si je lui demandais..." soupira le garçon. "Toi, il te répondrait. Il te répond toujours. Il t'aime plus que moi."

- "Foutaises, il n'aime personne d'autre que lui."

- "Je ne crois pas qu'il soit égocentrique à ce point-là."

- "Je ne parlais pas de lui, je parlais de lui", expliqua patiemment la fille.

Magnus ferma les yeux, sentant une migraine poindre. Tous les jumeaux agissaient-ils comme eux ? Ca devait être épuisant pour leurs parents. Ou leur chef de clan, dans leur cas. Il rouvrit les yeux pour se rendre compte qu'ils le fixaient, attendant visiblement une réponse à une question qu'il n'avait même pas entendu.

- "Vous me fatiguez", se contenta-t-il de dire en se redressant.

La jeune fille remonta ses jambes contre elle, posant son menton sur ses genoux serrés, tandis qu'il jetait les siennes hors du lit pour se lever. Il chancela jusqu'à la salle de bain, nu comme au jour de sa naissance, et se glissa dans la douche. Sa main tourna le robinet bleu et un jet d'eau glacée tomba sur sa tête, chassant tout à fait les vestiges de son insomnie. Il fallut peu de temps pour que des bras enserrent de nouveau sa taille avant qu'un corps froid se presse dans son dos. Aux ongles peints de vert, il reconnut la jeune fille qui, justement, se hissa sur la pointe des pieds pour venir déposer un baiser léger comme une plume sur sa joue.

- "Tu devrais partir, tu sais", lui murmura-t-elle tout bas. "Tu n'es pas heureux ici. Tu n'as jamais été heureux. Tu ne le seras jamais, d'ailleurs."

- "Qu'est-ce qui te permet de dire ça ?" grinça-t-il en commençant à trembler.

- "Ca fait dix ans, mon chéri. Ca fait dix ans que je t'observe", révéla-t-elle.

- "Que nous t'observons", corrigea son frère en les rejoignant.

Il se glissa devant lui et passa ses grandes mains dans ses cheveux noirs, encore assombris par la pluie glacée de la douche. Doucement, il embrassa ses lèvres avant de mordiller sa lèvre inférieure, dans un geste plus tendre que sensuel. Sa soeur dissémina une multitude de baisers sur la ligne tendue de ses épaules et de sa nuque, comme pour le détendre un peu.

- "Tu as passé les dix dernières années à chercher une réplique parfaite de ce que tu as perdu, de ce que tu as abandonné, sans jamais la trouver. Avant, finalement, d'essayer d'oublier en te concentrant sur son exact opposé. C'est à dire nous."

- "Non pas que nous en soyons déçus", intervint la jeune fille. "N'est-ce pas, Robert ?"

Le garçon - c'est donc Robert qu'il s'appelait... - hocha la tête pour marquer son assentiment avant d'embrasser encore ses lèvres entrouvertes. Il lui fut difficile de savoir si le frisson qui le secoua alors était dû au froid de l'eau ou à la présence des deux vampires.

- "Mais tu ne réussiras jamais oublier, mon chéri", murmura Robert à son oreille.

- "Donc, il faut que tu rentres à la maison", renchérit sa soeur.

Il ferma les yeux, se laissant bercer par le timbre envoûtant de leurs voix si semblables. Quoi qu'à bien y réfléchir, il pouvait noter quelques différences. La voix de la jeune fille était très légèrement plus éraillée que celle de son frère, qui gardait un ton velouté en toute circonstance. C'était la seule chose qui les différenciait. Outre la longueur des cheveux de la petite, et ses attributs physiques parfaitement féminins, bien entendu. Il n'aimait pas leurs voix. Il n'y avait aucune émotion dans leurs paroles, jamais. Juste la froide vérité. Elles manquaient de vie, comme tout ce qui les caractérisait. Elles n'étaient pas assez graves, pas assez douces, pas assez calmes et profondes. Elles n'étaient pas la voix d'Alec.

- "Personne ne sera jamais lui..."

- "Hormis lui."

- "C'est évdient. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le dire, tu sais, Rosalie."

Rosalie ! Ni Agathe ni Agnès. Robert et Rosalie. Trop rugueux, comme noms. Ils tombaient de ses lèvres comme des couperets mal aiguisés, sans grâce aucune. Pas comme le nom d'Alexander, aussi doux que tranchant. Il déglutit difficilement quand le visage pâle de son ancien amant se dessina derrière ses paupières closes, comme s'il répondait à une invocation. Ses yeux bleus mangeaient la moitié de son visage, agrandis par la peur et le désespoir. C'était le visage qu'il avait lorsqu'il l'avait abandonné derrière lui, dans cette station de métro. L'image même de la douleur et du chagrin, tandis que lui fuyait loin de cet ange qui lui faisait tant de mal sans même le savoir. Et s'arrachait le coeur par la même occasion. Il rouvrit les yeux.

- "Il faut que je rentre à New York. Il faut que je rentre à la maison."

Le sourire qui étira les lèvres de Robert aurait dû illuminer la pièce, mais il lui semblait si pâle et si terne comparé aux sourires étincelants d'Alexander.

- "Mais d'abord", dit la jeune Rosalie en fermant le robinet bleu pour ouvrir le rouge, "laisse nous te réchauffer un peu."

Les mains fines quittèrent sa taille pour descendre plus bas tandis qu'une langue douce se frayait un chemin entre ses lèvres, et il essaya encore une fois d'oublier Alec.

Sans succès. Comme toujours.


Voilà, fin du premier chapitre. Peut-être à bientôt !

Aschen